‹ Le cardinal RichelieuChapitre 2 sur 41 · Aubcri, Hisloire du cardinal duc de liichelieu, IGGO · texte numérisé non relu

Aubcri, Hisloire du cardinal duc de liichelieu, IGGO

loi \ii: i)i: lUciiKLiiu.

h' U'iii|» jn>tt' poiii iiiu' seule copie, de ( raiiilc que la curiosité ne les porldl à en lairo deux , et aprùs a\oir en leur piésence eollalionnc la copie sur la minute , il retenail Tune et l'autre par devers lui.

« Il s'lial»ill.iil ensuite, el taisait entrer ses niiuislres, nwc lescpiels il s'cnCermait pour travailler jusjpi'à dix ou (tuze heures. Puis il eulendail la messe, et faisait, ayant le dîner, un tour ou deux de jardin, |>(uu' doimer audience à ceux qui Tattendaieut.

• Après le dîner, il se donnait quelques heures d'entretien avec ses laniiliers ou avec ceux qui a\aieul dîné à sa table; puis il employait le reste de la journée aux affaires d'Élal et aux audiences pour les amhassadeius des princes étrangers et les autres personnes i)id)rKpies. Sur le soir, il faisait une seconde promenade, lant pour se délasser Tf^spril <|ue pour douuei- audience à ceux qui ne l'auraien! pu avoir le malin....

• 11 nr man(piait |)as tous les dimanches de s(î confesser el «le eommimiei-, à moins cpi'il ne lût malade; el le fais.iil ;i\(c laiil d'humililé, de ferveur et de lrndress(», (|ii'(iii lui \(»\ail pour l'ordinaire h-s \PM\ tniil iiioiiillés dr larmes.

• S41* maladirs ri ses iudisposilions ordinaires ri'in|H^(-|iaul dt «élrhrer la messe aussi souNiiit qu'il r«iil voulu, d w m.uiquail pas au moins de 1.»

VJE DE RICHELIEU. iOb

dire toutes les grandes fêles , et toutes les fêtes de Notre-Dame, h laquelle il était particulièrement dévot , el dont il croyait la protection absolument nécessaire pour le gouvernement des États.

« Mais , sa piété ayant sans comparaison plus de solidilé que de montre, il faisait ordinairement ses dévotions de très-grand matin, sans autres témoins que son confesseur , son maître de chambre , son aumônier, quelques officiers de ses gardes et ses valets de chambre, et se levait pour cet effet à une heure ou deux après minuit, au réveil de son premier somme; puis se recouchait pour se relever et entendre la messe aux heures ordinaires. «

Coiilrastes.

La nature humaine est composée d'éléments si divers que, dans la vie des hommes même les plus éminenls, il faut s'attendre à d'étranges con- Irastes. Ainsi nous avons vu Richelieu au gouvernail de l'État, grand et profond politique. Il s'était d'abord montre à nous comme un pieux prélat , tout occupé du salut de ses ouailles, de la conversion des hérétiques , et composant des livres de dé\otion. Au siège de la Rochelle, dans la guerre contre la Savoie, l'histoire nous le présente sous le

ifîG vu; i)i: rjc iiklœl'.

liariiois inililairr , iii.ncliaiil à la li'lc des Iroiipcs, inoiitr sur un (hcval de bataille, a}aul uu pluiucl au ciiapoau , Ti prc au tùlc , la poilrino couvtM'le iTiuic cuirasse, cl prcccdé de deux pages porlaul, l'un sou cas(|uc, l'aulrc son ^anlclel.

Dans le Palais-Cardinal, qu'il avait bâli comino pour uu r(»i, nous le \ oyons s'enlouranl d'houniics (lo lettres, se Taisant lui-même auknir de comédies cl de Ira^'édies, prolé^eant et jalousant le père du lliéâhe Irançais, le grand (Corneille. Pour luire leprcscntcr les pièces (pi'il compose eu couunuu avec quehpics poêles à ses gages, il élève à grands l'r.ds, dans s<Mi |>alais , une salle de speclacle. A roccaîiion de sa tragédie de Miramc , Fonlenclle nous le montre avec toutes les vanités d'un auteur vulpiire. - J'ai oui dire, rapj)orle-l-il, (pic les applaudissemi'uls «pir l'on donnait à celte pièce, ou plutôt à celui <pic l'on sa\ail y piendrc beaucoup d'inlérèt , liaiisportairni le caidinal hors de luiniùme; (|U" tantôt il se lc\ait et se lirait à luoitié du corps liors de sa loge poui' se montrei" à las- N'iiiblée, tantôt il imposait silence pour faire entendre drs morceaux ( ucore plus beaux. »

AiiprèH des dames, Kiclielieu est lalliné en galanterie, il parle le jargon piclcntirux des romans de relie épocpie ; il assiste à des thèses d'amoui", H il pasftt! de la salie du (ouscil du roi dans la luelle des U'autés célèbres de cett»' épcupie.

Enfin c'i'sl le nicnic honinio qui croit ou feint de croire à la magie , h la sorcellerie , et qui , sur de pareilles accusations, envoie au bûcher un malheureux prêtre, Grandier, curé de Loudun. Cette Iriste page d'histoire mérite d'être connue ; car elle met en relief la barbarie des mœurs dans ces siècles passés qu'on vante trop souvent , et bien injustement , au détriment de noire épo(jne.

Urbain Grandier.

Grandier, d'un esprit hautain , frondeur, de mœurs relâchées, avait excité un certain scandale dans le clergé de son diocèse, et s'était attiré beaucoup d'ennemis. 11 s'était attaqué, dit-on, à Richelieu lui-même, alors que celui-ci était évêque (le Luçon, et on le soupçonnait d'être l'auteur d'un pamphlet satirique dirigé contre le cardinal. Un jour le confesseur d'un couvent d'ursulines , à Loudun , accuse Grandier d'employer la magie pour inspirer aux religieuses de mauvaises pensées, et lui impute d'avoir envoyé des démons dans le corps de plusieurs d'entre elles, en se servant, pour ses maléfices, d'une branche de rosier fleuri qui avait ensorcelé toutes celles qui en nvMienl respiré l'odeur. LnubardemonI , envoyé

par hasanl à Loudiiii poni \ \ ciller à la (iéniolili(»n tliiii cliàteau loi I , ivciumIIc tous les bruits (|ui i-irculeul à ce sujet; il eu iuslruil le cardiual, en a\ant soiu de ji:r{)ssii' et d'euveuluier l'affaire. H sollicile la peruiissiou d eu faire l'objet d'uue iustruetion criiuiuelle, qu'il serait cbar^é de diriger. Hiclielieu lui doiuie à cet égard les pomoirs les plus étendus; et alors eonunence un procès où riiorrible se nièle à l'absurde et au burlesque. Les déiuons eux-uiènies sont partie au procès, et li;:uieid dans riuslructiou, parlant par la bouclie des lu-suliues ensorcelées. Grandier est soumis à tladVeuses torliues ; des cbirurgiens commis pailes juges ont ordie de lui raser les cbeveux , de lui arracher les sourcils et uièuie les ongles, pour xoir s'il u a pas (juehiue secrète manpie du dia- Ide; ils lui enfoncent Jiussi des aiguilles dans les rliairs pour ( lincber sur sou coi'ps «les endroils frappés d'insl•n^ibilité, ce (pu passait alois poiu" un signe certain d'un pacle a\ec l'enfer. Les juges, clioihis parmi les ennemis mêmes du malheureux (Irandier, et qui ?i a\aieiil rien à reliiseï' à Laubaidemont, le leeouniiKid coupable de magie, mair-lirr ri possessinii , cl le eoudaninèi-enl an biirlii-r. Son >upplicr lui Ii(>irihl(> ; a\aid de le livrer aux llanune^, (tu l.qtprwpia de nouveau à la lorliire avec laid de Nioleuec (pic ses jandx'S m furent rompues et (jue la moelle de ses os

en sortit à la vue des spectateurs. Il persista néanmoins à protester de son innocence , confes* sant d'ailleurs qu'il avait commis des fautes provenant de la fragilité humaine, et dont il se repentait. D'ordinaire on autorisait le bourreau à étrangler le patient au moment où il l'attachait au poteau placé au sommet du bûcher. Celte triste faveur avait été promise au malheureux Grandier; mais, par un raflinement de cruauté, il se trouva que la corde a\ait été nouée à l'avance de telle façon qu'il fut impossible, au moment fatal, de la serrer. La victime, alors environnée de flammes, s'adressant à son plus fanatique persécuteur, lui cria : « Père Lactancc , ce n'est pas là ce qu'on m'avait promis; mais il y a un Dieu au ciel qui sera le juge de toi et de moi. »

Le père Joseph.

Plusieurs historiens se plaisent à représenter Richelieu , ce génie absolu et dominateur, comme subjugué à son tour par un conseiller intime qui aurait eu une grande part dans ses résolutions, et aurait exercé un ascendant capital sur la direction de sa polili(iue. La vérité est que Hichelieu accorda de bonne Ikmut sa confiance à Leelerc du

iio VIE m: luciiELiEi'.

Tivinhiay, plus cimmi sous W nom de pcrc Jo- $rph, (jiii, apivs avoii' simni conimc milil.ïin» avec (lisliiulioii, s»' fil capiicin, puis ivchcrclia les ocrasions de se mêler aux ailaires des grands el de l'Ktat. Le eardinal reconnut en lui un singulier esprit de iiisi^ el de pei>é>érance, et un dévouement sans bornes à la main (jui l'employait; il se l'altaelia, el sou\enl se trouva bien, même dans Jes alïaires b^s plus dilTieiles, d'avoir pris l'avis du père Josepb. Les courtisans appelaient ce singulier favori XEmiurncc (irise ^ en raison de riunuble liabit de religieux cpi'il gîU'da toujours à la cour nn^ine et jusque dans les camps.

Paroles cl traits caracltTisliqucs.

Ouelipies mots profonds sortis de la boucbc de Hidulieu acbèveni de le laire coimaitre:

HirlMliiii partait a\ec l'armée; (pii allait en L'ingnedoc poiu* étouflér la rébellion du malheureux due de .Montmoi'eiK y. La princesse do Cuérnénée lo rencontre dans lapparternent du roi. Klle l'irnplnre en faveur du A\\i\ (pu l'aNait ép<'rdiinient aimer. « Monsi<'ur, lui dit-elle tout énme, \oiJ.s aile/, vu Languedoc, souvenez - vous des grandi^ii inanpies d'alTcction «pic le duc de .Moid-

VIE DE RICHELIEU. iJl

morency vous a données il n'y a pas longtemps ; vous ne sauriez les oublier sans ingratitude. — Madame, lui répondit Richelieu d'un air sombre qui fit frémir la princesse , je n'ai pas rompu le premier. »

Le cardinal avait attiré Charles I", roi d'Angleterre, dans l'alliance française ; il l'avait marié avec la princesse Henriette, sœur de Louis XIII; plus tard il eut sujet d'être mécontent de ce roi, qui ne le secondait plus franchement dans ses entreprises contre les possessions espagnoles dans les Pays-Bas. 11 écrivit alors à Fambassadeur de France à Londres ces mots de sinistre augure : .< Le roi d'Angleterre , avant qu'il soit un an , verra qu'il ne faut pas me mépriser. » Et en effet, en favorisant sous main le fanatisme protestant et l'esprit de révolte en Ecosse et en Angleterre , il prépara l'échafaud sur lequel tomba la tète de Charles 1".

Entin les historiens rapportent ces paroles, par lesquelles le terrible cardinal caractérisait si énergiquement lui-même son génie politique : « Je n'entreprends jamais rien sans y avoir bien pensé ; mais quand une fois j'ai pris ma résolution, je vais droit à mon but; je renverse tout, je fauche tout, et je couvre tout de ma soutane rouge. »

Richelieu a laissé, sous le titre de Testament politique, un remarquable résuuié des grandes 1 fc'

TABLE

I État (le la France avant le x.vii» siècle Page 1

II, Premières années de Richelieu. —Son entrée dans

l'épiscopat 4

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