RUE PIERRE-SARRAZIN, N
AVERTISSEMENT
Le duc de Saint-Simon , auteur des Mémoires , est né en 1675, et mort en 1755. Très-assidu, pendant sa jeunesse , à la cour de Louis XIV, mêlé , sous la régence, à toutes les grandes affaires, il n'a vu que de loin , et dans la retraite, le ministère du cardinal Fleury. Ses Mémoires embrassent la seconde moitié du règne de Louis XIV, l'époque entière de la régence, et finissent en 1725, avec le duc d'Orléans.
Son père était le frère puîné du marquis de Saint- Simon, Il fut page de la chambre sous Louis XIII, succéda à Barradas dans la faveur du roi , devint premier écuyer, duc et pair reçu au parlement, et gouverneur de Blaye et de Senlis. II avait même été nommé grand écuyer, et il en fit les fonctions aux funérailles de Louis XIII; mais, comme ses provisions n'avaient pas été régulièrement expédiées, une intrigue de cour le priva de cette charge, qui fut donnée, sous la régence d'Anne d'Autriche, au comte d'Harcourt.
Ce premier duc de Saint-Simon, comme tous les favoris qui ne se font pas pardonner leur fortune par dtî grands talenls et d'éclatants services , a été furt
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diVrii'' par ses contemporains. Bassompierre , surtout , parle de lui d'une fa^on méprisante. Tallemani des R<'aux,qui n'épargne personne, explique ainsi son ('U'Yation : « Le roi prit amitié pour SaiiU-Simon, à cause, disait-il, (pie ce garçon lui apportait toujours des nouvelles certaines de la chasse, qu'il ne tcmrmcntait pas trop ses chevaux , et que , quand il |M)rtait en un cor, il ne bavait pas dedans. »
Quoi qu'il en soit de la capacité du duc de Saint- Simon , ce n'était pas une âme vulgaire , et nous n'en voulons pour preuve que son fils. L'auteur des Mémoires avait au î)1us haut degré toutes les qualités »|u«' peut donner la plus excellente éducation ; il suHit d(; le lire pour être convaincu qu'il n'avait reçu que d(î bons exemples dans sa famille , et que l'honne'ur, la bonne foi, l'austérité desmieurs, la reconnaissîince pour Louis XIII, étaient les vertus qu'il avait sua-es avec le lait. 11 ne faut pas perdre de vue, en le jugeant, ce premier fond de vertus solides et respectables, (pii a t;int inllué sur toute sa vie, et sur son Uilent même. C'est par \h (ju'il a pu traverser, sans en 6lro ébloui , les années les plus glorieuses du règne de Louis XIV, résister, malgré sa jeunesse, à l'enthousiasme rpii aveuglait h; rest(^ des court i- Siins; juger M'-vèrement , et cpielquefois même durement, une |iMlili(|ue rpii ne trouvait qu<! des adorateurs, et au milieu d'une cour hypocrite et comimpue, vivre, pens<'r et parler v.n sag(î.
Il n'avait (|u'une s^eur, (jui fnt mariée au dnc dr*
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Brissac, et qu'il perdit jeune. Entré d'abord dans les mousquetaires, puis capitaine de cavalerie, et enfin colonel , il fit avec honneur deux ou trois campagnes. Une promotion de brigadiers, dans laquelle il ne fut pas compris, malgré ses droits incontestables, lui fit prendre la résolution de quitter le service. Il donna sa démission au roi , qui en fut blessé et ne put dissimuler son mécontentement. A dater de ce moment, il ne fut presque jamais en bonne posture auprès de Louis XIV. Le roi le comptait, l'estimait, mais ne l'aimait pas. On pourrait presque dire qu'il le craignait. Il devinait l'historien et le juge sous le courtisan. 11 lui avait donné, à la mort de son père, les deux gouvernements de Blayé et de Sentis ; mais ce fut tout ce qu'il fit jamais pour lui. yn moment il fut désigné pour l'ambassade de Rome. Ce projet fut ensuite abandonné, et Saint-Simon n'en recueillit que des jalousies et des dégoûts.
Cependant, quoique sans charge à la cour et sans privance avec le roi , il ne laissait pas d'y figurer avec distinction. Il avait épousé, étant fort jeune, une des filles du maréchal de Lorge, nièce du maréchal de Duras, et l'une des femmes les plus accomplies et les plus vertueuses de la cour. 11 avait pour amis, malgré la disproportion des âges, les ducs de Montausier et de Chevreuse, tous deux ministres d'État , et le premier, ancien gouverneur du duc de Bourgogne; le chancelier Pontchartrain , Chamiliart, qui fut un temps ministre tout-puissant de Louis XIV.
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Avec son rang, sii fortune et de tels appuis, Saint- Simon serait infailliblement arrivé à tout, si son àme avait pu se plier à certaines conditions humiliantes du succès.
11 n'y avait alors que deux moyens de parvenir; piir Mme de Maintcnon ou par les jésuites. Saint-Simon avait une piété solide; il avait été élevé par les jt'suites, mais il ne goùt;iit ni leurs doctrines, ni leurs personnes, et avait j^rand'peine à s'en cacher. Sans être précisément janséniste, il avait des liaisons avec Port-Royal, et la tendre et respectueuse amitié qui l'unissait à l'abbé de Rancé, contribuait à le dégoûter de la dévotion intrigante et persécutante. Les avances du P. Trllier, qui flairait sa capacité et voulait le conquérir, furent en pun? perte; et Saint-Simon resta f<Tme à H'pousîNer toute liaison avec ces docteurs équivoques, qui ont des accommodements avec le ciel, et n'en ont jamais avec leurs ennemis. Il demeura toute sa vie aussi étranger à l'hypocrisie et au fanatisme qu'à l'impiété.
Il ne fut pas moins éloigné de chercher à plaire par .Mmr (h' Maintrnon. Mal^'i»- h' mariage, dont il ne doutait pas, la position de Mme; de Maintenon lui paraissait contrain? à toiitrs 1rs règles de la politique et iwmt' de la morale. Il lui reprochait d'imposer à la cour et à l'filat un gouverFuincnt (\o coterie, et de préférer partout, dans l'intérêt d(î son influence per- Sfinnellc, la bassesse rt l'hypocrisie? au mérite. H se sentait révolté du scandale ({Ue le roi avait donné en
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étalant, jusque sous les yeux de la reine, ses amours doublement adultères , et quand il voyait ces enfants, que leur mère même ne pouvait avouer, assimilés en tout au sang royal , même pour la succession éventuelle à la couronne, il ne pouvait contenir son indignation. Penser ainsi et le laisser voir, c'était se fermer le chemin à tout, dans une cour où le roi ne faisait rien sans Mme de Maintenon , et oii Mme de Maintenon ne voyait que par les yeux du duc dii Maine.
Le roi avait un autre grief contre le duc de Saint- Simon; c'était son attachement aux prérogatives de la pairie. Toutes les fois qu'une décision royale avait pour effet de diminuer ces prérogatives, on était bien sûr, s'il y avait une protestation ou des démarches, d'y trouver mêlé le duc de Saint-Simon. Personne, parmi les ducs, ne connaissait comme lui l'histoire des parlements, la généalogie des grandes familles, les droits de la pairie, les usages, les règlements; et personne , on le croira sans peine , n'était en état de les exposer avec la même netteté et la même éloquence. Les occasions ne manquèrent pas , pour les ducs, de réclamer le maintien de leurs privilèges. 11 était l'âme de toutes ces intrigues, et le roi, qui en toutes choses abhorrait l'opposition , n'en était que plus irrévocablement éloigné de lui.
On peut dire que, pendant toute la fin de ce règne, Saint-Simon n'eut pas de plus grandes affaires que de débattre Icb intérêts de la pairie contre le parle-
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\uvni , et ceux des ducs contre ce qu'on appelait les princes ctranjïers. Tantôt c'est une difticulté qui s'élève, pour ia préséance, entre le duc de Luxembourg, le hén.)S, et plusieurs pairs : il ne s'agit là que d'une question de date, et Ion ne combat que pour savoir si, dans les rares occasions oii les pairs siègent «n parlement , M. de Luxembourg sera assis un peu plus haut ou un peu plus bas que MM. de La Rochefoucauld et de Saint-Simon sur le banc de la pairie. Une autre fois, le sujet delà querelle est le rang intermédiaire donné aux bâtards entre les ducs et les princes du sang. Les princes du sang , pour se rendre à leur siège, traversaient diagonalement le parquet de la grand'chand)re ; les pairs se coulaient le long du mur : grande dilférence ! Louis XIV imagina de donner au duc du Maine et au comte de Touhnise le droit de traverser le parcjuet, ce qui , dans la pensée de Saint-Simon , équivaut presque au renversement de la monarchie. Vient ensuite la grande, l'interminabli* alFairi' , l'tt/l'airr du bonnet. Ce bonnet est le cauchemar de Saint-Sinion ; pendant des années il n'en dort pns. Dans les occasions les plus solennelles, I au conseil de régence, quand il s'agit de casser le testanifnt de Louis XIV, et qu(; tous les esprits sont ubsorbés par ces grands intérêts, Saint-Simon, qui est un grand rt int4'llig«;nt patriote , trouve encore un moment pour ramener c(î bonnet sur le tapis, inmr lin-r parole du rég«;nt relativement au bonnet. i'Ai Ixinnet n'eî>l autre chose (fue le mortier du pre-
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mier président; et il s'agit de savoir s'il le mettra sur sa tète . ou s'il continuera de le laisser devant lui, sur son bureau, pendant qu'il préside la cour. Les discussions entre les ducs et les maisons de Lorraine, de Bouillon et de Rohan, ne sont pas moins graves. Il y a même ceci de particulier que , la plupart du temps , les princes affectent de se distinguer, faute de mieux, en renonçant à quelqu'une des prérogatives qui leur sont communes avec les ducs. Ainsi, les duchesses et les princesses quêtaient alternativement à la messe du roi : les princesses imaginèrent de s'en dispenser peu à peu sous divers prétextes; cela les confondait à la vérité avec le reste de la noblesse, mais elles s'en souciaient peu, pourvu que la comnmnauté avec les duchesses disparût. Autre exemple : les ducs et les princes suivaient seuls le roi à l'adoration de la croix , pendant la semaine sainte; les princes cessèrent peu à peu dy paraître, et les ducs, pour maintenir l'égalité, refusèrent aussi de continuer cette fonction, de sorte que le roi alla seul. Une prétention plus extraordinaire des princes fut de refuser le maréchalat. Le prince de Vendôme ne voulut jamais entendre à être fait maréchal, mais il finit par obtenir un brevet pour commander aux maréchaux , sans l'être. Voilà quels sujets de tribulations les princes étrangers et le parlement donnaient au futur historien du règne de Louis XIV. 11 n'y a pas d'exagération à dire que la préséance, le chemin de la croix, le traversenient
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(lu parquet, et, par dessus tout, le bonnet ^ ont occu[u' la moitié de sa vie , et remplissent plus du quart de ses Mémoires ; et c'est prescjue un lieu commun d'admirer comment un esprit si élevé, si clairvoyant, si essentiel, a pu s'enj^^ouer à ce point de pareilles minuties. On veut bien reconnaître (|ue l'écrivain sauve l'aridité et la vanité du fond par des détails charmants, et un style fait pour rendre même l'atlaire du bonnet intéressante; mais on ne persiste pas moins, avec une sorte d'unanimité, à blâmer ce singulier travers d'un grand écrivain, et à se plaindre des habitudes de cour qui asservissent un tel esprit à des bagatelles.
Sans anmisticr absolument le duc de Saint-Simon, et sans prendre, connue lui , le bonnet au tragi(iue, nous pensons qu'il ne mérite pas tous ces dédains, et que ces grands esprits qui le condanment, i)ourrairnt bien n'être au fond (jue des observateurs sup<;rliri.'Is. On a répété, non sans raison, (jue la royauté est une sorte de religion à hKiuclIe il faut un culte; il est vrai que ce culte ne sera jamais pris aus«'Tieux par ceux cjui n'admettent pas la légitimité du dogme, et (pi'en dépit i\v. tous les raisoimements, le Imiu .sens s'insurgera toujours contre les adorateurs de l'étifpiette. Mais, si l'on y rélléchit, est-ce donc de l'étiqujîtte (jue Saint-Simon se préoccu|)e? Il en fait ca«, comme tout honune bien élevé fait cas do l'étiquelie des salons, parccî qu'elle importe à la régularité, ù la dignité et h I agrément des rela-
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lions; mais dès qu'elle passe une certaine limite et qu'elle devient une idolâtrie , il est le premier à la tourner en plaisanterie. 11 raconte quelque part la discussion qui s'éleva , un jour de pluie , entre le premier écuyer et le premier gentilhomme de la chambre, pour savoir lequel des deux donnerait le chapeau au roi à la promenade , et cette impertinente dispute ne lui paraît , comme à tout homme sensé, qu'une plate comédie. Ses Mémoires fourmillent de passages qui dénotent un esprit fort dégagé de ces bagatelles, et très-enclin à juger sévèrement la bassesse et la servilité des courtisans. S'il se jette avec passion dans les luttes de la pairie contre les parlements et les princes étrangers, c'est qu'il y voit autre chose qu'une affaire d'étiquette; il y voit toute une politique , tout un système de gouvernement. 11 est étrange, mais il est vrai, que la question du bonnet n'est rien moins, à ses yeux, qu'une question d'honneur national et de liberté. Nous ^essayerons de le faire comprendre.
La France, jusqu'à la révolution, était une monarchie absolue. Entre une monarchie absolue et le despotisme, il n'y a que des institutions dont la force est uniquement morale. Le pouvoir de détruire ces institutions peut manciuer au roi ; mais, dès qu'il est absolu , il a légalement le droit de se mettre audessus d'elles, pourvu qu'il le puisse. Quelles étaient, en France, les institutions qui limitaient, en fait, non en droit, le pouvoir royal? 11 y en avait trois : la
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noblesse, la pairie, les parlements. Kêver une transfonnalion complète de l'ordri; social, ral)aissemcnt (le la royauté, l'élévation du peuple, ou, comme on disait alors, du tiers état, c'est ce que ne pouvait se permettre SaiiU-Simon, élevé dans des traditions de lidélité chevaleresque, et pour qui la légitimité du trône était un dogme; aussi sacré que ceux mémo de la religion. Mais, tout en acceptant le pouvoir absolu , il pouvait et devait même désirer le maintien des fortes barrières qui le contenaient dans des limites raisonnables. Presque tous les bons esprits s'accordaient sur ce point; et l'on ne différait que dans le degré d'inq)ortance que l'on donnait, soit à la noblesse, soit aux parlements. Les uns, fatigués de n être comptés pour rien , se souciant peu d'as- .socier la noblesse au pouvoir absolu , ou de changer une monarchie pour une aristocratie, n'attendant plus rien que de la loi, voyaient, dans les parlements, une sorte de représentation nationale, et !a seule garantie qui restât aux citoyens contre un gouvernement de bon j)laisir. L(;s autres, pleins de la doctrine du gouverneuKMit paternel et d(;s souveniis de l'histoire, ne voyaient de salut que dans une sorte de fmlriciat hérédiUiire, et, les yeux fixés vers la monarcfiie féodale, rjui s'évanouissait dans la nuit des temps, ne comprenaient pas (|u'un roi pût gouverner siins .sji fidi-le noblesse;, et restaient attaches de ai'Ur et de conviction à la vieille maxime : <« Le noble juge et combat. •» Le parlement de l*aris com-
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mençait alors à se sentir ; il avait joué un grand rôle sous la régence ; il se voyait appelé à représenter le tiers état; il se croyait le tuteur des rois. Il profitait de l'état d'abaissement où Richelieu avait réduit la noblesse. La noblesse n'avait que des titres et des honneurs ; seul il avait des droits et des fonctions. Il rendait la justice , il enregistrait les édits , il faisait des remontrances. En un mot , il était un pouvoir, tandis que la noblesse, en l'absence des états généraux , n'était qu'une décoration ou n'était rien.
Cependant, parmi cette noblesse, réduite par Richelieu à l'impuissance , et par Louis XIV à la domesticité, il y avait une classe, une seule, qui avait conservé quelques droits et quelques prérogatives : c'était la pairie. La pairie avait un caractère indélébile; elle était héréditaire; elle investissait le pair du droit de siéger, dans tous les parlements du royaume, au-dessus des conseillers, et lui donnait le pas, en toute occasion , sur ce qui n'était pas prince du sang royal. 11 y avait donc là un corps constitué, régulier, puissant , qui pouvait se porter pour le représentant de toute la noblesse , et qui , aux yeux de Saint-Simon, avait plus de droits que les parlements à se considérer comme le contrepoids légitime et efficace de la toute-puissance royale.
Saint-Simon, qui savait tout ce que vaut la tradition dans une monarchie de droit divin, comparait la pairie déchue d'une puissance presque égale à celle des rois , et les parlements , élevés , par des degrés
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insensibles, de la condition de grefiiers à celle de jupes, et enlin de pouvoir politique. Il voyait d'un côte les plus j^rands seij^neurs du royaume et les plus indépendants par leur nom, leurs alliances et leur fortune; de l'autre des légistes, sortis du tiers état, individuellement obscurs, vieillis dans les procédures, attacliés par état à la laveur, briguant des intendances, obligés de faire leur cour aux ministres, et, jusque dans leur propre corps, à leurs présidents. Enlin il opp()s;iit les charges de judieature, acquises pour de l'argent, aux honneurs de la pairie, conférés le plus souvent comme récompenses d'éclatants services. Peut-être même comprenait-il que l'autorité do la noblesse Cou de la pairie, qui la représentaitj et celle du roi, reposaient sur le même fondemcait; tandis que la grandeur et {autorité des parlements , ou ne ie|K>siiient sur aucun fondement, ou reposaient sur un principe (|ui deviendrait fatal, avec le temps, à la monarchie et à tous les dioit:> qu'elle consacre. Ces pensées, forliliées de l'orgueil du rang, lui faisaient voir avec horreur les empiétements successifs du pouvoir parlementaire et l'abaissement, ou pour mieux dire, l'avilissement de la pairie. Si, comme Saint- Simon le voulait, le parlement ne devenait pouvoir politique (jue quand il était cour des pairs, ce pouvoir, où dominait r<'lemriil aristoeraticpie, bridait l(; fKiuvoir royal sans h; menacer; si, au contraire;, l'aulorité du |>arlement lui appartenait en |>iopr(;, et malgré l'absence des pairs, non-seulement la cour
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n'avait en face d'elle que des adversaires essentiellement maniables , ce qui fovorisait le despotisme , mais cette résistance légale du tiers contre la volonté du roi détruisait le principe du gouvernement absolu , ce qui , dans l'avenir, pouvait aboutir à une révolution. Ainsi, la tradition méprisée, les anciens droits des familles et leur illustration méconnus, l'influence politique transportée des anciens maîtres du sol à des bourgeois enrichis , l'autorité du roi compromise par l'avilissement de la noblesse , les empiétements du tiers état autorisés et consacrés , voilà de quelles graves pensées était animé le duc de Saint- Simon quand il repoussait , de toute son énergie , les tentatives du parlement pour précéder les pairs ou pour se passer d'eux, dans les circonstances solennelles où la grand'chambre exerçait une part de la souveraineté. Ces discussions sur la forme d'un mortier, ou sur la manière de se saluer et de s'asseoir, n'étaient, de part et d'autre, que la couverture d'une lutte sérieuse entre la bourgeoisie et la noblesse. Nous pourrions nous y tromper aujourd'hui, faute de comprendre la situation des partis ; mais alors , les ducs et les parlementaires savaient parfaitement ce qu'ils faisaient; et la lutte de Saint-Simon contre le premier président, Achille de Harlay, futile en apparence, roulait en réalité sur des objets importants et dignes de passionner de tels hommes.
C'est de la même façon qu'il faut entendre les plaintes perpétuelles de Saint-Simon contre les princes
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étrangers et contre le pouvoir croissant des ministres. Tandis que les princes étrangers, en obtenant dc< distinctions au-de>>us des ducs , ravalaient dans !'•>pinion b première dignité du royaume, et don> liaient plus de bcilité aux rois et aux parlements d en avoir bon marché, les ministres, instruments directs du pouvoir royal, en rr nt ^ notïlesse soos une règle commune, aclj : de lui ôter la forc'-
quelle tirait de sa position. Désarmer ainsi la niblesse, c'était, dans les idées de Saint-Simon, émaociper la royauté , et du même coup la compromettre. La ruine de raristocratie le faisait trembler à la fois pour la liberté et pour la royauté. Aussi, lorsque Loufiob établit dans Tarmée 1 ordre du taUeui et un serriœ d inspection , ces sages et équitables mesures parurent-elles , à Saint-Simon , le comble du désordre, parce qu>n substitoant le mérite à la naissance , elles ouvrirent la porte à b bveur, et concoururent à anéantir b noMease, à b Ciaire d*'pendre absolument et compléleoient du roi. La royauté avait fini par tout absorber, et Louis XIV en vint un jour jusqu'à dire qoe tous les biens de ses sujets lui appartenaient.
Noos faisons cette apo^o^-ie du doc de Saint-Simon , non pour approorer ses idées, mais pour 1«'S apliquer. En luttant comme il l'a bit contre l'in- Ifttcg parieoienlaire . il a cédé à une pensée r..* . tique profonde, et non à une \7mité poérile. « première période de sa \-ie a donc en un sens, et e\U n'est ftwèig moins pleine qoe b seconde.
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L'amitié du duc de Montausier avait désigné Saint- Simon au duc de Bourgogne. Une certaine analogie de caractère contribua plus encore à les réunir. Pendant les dernières années de la vie de ce prince, Saint-Simon eut avec lui des conférences secrètes, dans lesquelles il lui déroula ses vues sur la pairie, sur les parlements , sur les ministères , sur la juste part qu'il convenait de faire à la liberté , et sur les questions religieuses. L'âge du roi, celui du Dauphin, permettaient à Saint-Simon de concevoir les plus tlatteuses espérances, quand la mort du duc de Bourgogne vint le replonger dans l'inaction. Il en sortit à la mort du roi pour faire partie du conseil de régence.
A partir de ce moment , et presque jusqu'à la mort du régent , il ne cessa de jouer un rôle considérable. II avait été élevé avec le duc d'Orléans ; depuis , il n'avait cessé de le fréquenter, de le servir de ses conseils, de le consoler et de le soutenir dans ses disgrâces. 11 lui avait rendu à diverses reprises de ces services qu'on ne peut attendre que d'un ami véritable; ainsi, quand Madame d'Orléans entreprit de marier sa fille au duc de Berr>', frère du duc de Bourgogne, ce fut le duc de Saint-Simon qui conduisit toute l'affaire et qui la fit réussir; quand la mort des jeunes princes jeta dans le public des souj> çons d'empoisonnement , et que toute la cour affecta d'accuser le duc d'Orléans, Saint-Simon eut seul le courage de rester ostensiblement fidèle à son amitié, et cette action , dans un court isiin , peut passer pour
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de rhéroïsme. Ce fut encore Saint-Simon qui détermina le prince à rompre le scandale de sa liaison publique avec Mme d Argenton , et à se remettre en termes convenables avec la duchesse sa femme. Ce passé le désignait pour exercer une part considérable d autorité sous la régence. Non-seulement il fut l'un des membres les plus écoutés et les plus autorisés du conseil , mais il eut son heure chaque jour pour travailler avec le régent. Son influence ne commença à décroître que quand l'abbé Dubois, depuis archevêque de Cambrai, et enfin cardinal, s'empara de l'esprit de son maître, et, de degré en degré, parvint à la toute-puissance. Dans cette cour corrompue, Saint-Simon demeuiti grave, austère, inflexible, et contraignit les roués eux-mêmes à l'estimer et à le retloutfr. 11 ne demanda rien, ou plutôt il n'accepta rien pf)ur lui-même. Quoique protecteur de Liw, il vit tout le monde s'enrichir, sans être tenté de suivre le torrent, et repoussa toujours la fortune que la reconnaissance du contrôleur général lui offrait. 11 consentit s^»ulement à se rendre à Madrid comme ambassadeur extraordinaire, pour demander officiellement la main de l'infante au nom de Louis XV. 11 en revint apf)auvn , mais avec la Toison pour son tils aîné, et uur gnuxh'sse pour son second fils. Avec cette ambas;>;)df linit son rôle politique. Une trèsancienne i'{ iisst'z intime liaison avec l'évêque de Fn'ju.s, depuis cardinal de Fleury, ne lui rapporta d'autrt* avantage cjue des conrersations familières et
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à cœur ouvert avec ce tout-puissant ministre. Il ne songea pas à en profiter autrement; et ce qu'il vit de ces commencements du règne de Louis XV le dégoûta plus que jamais des affaires.
Le grand événement de cette seconde partie de la vie de Saint-Simon, qui commence à la mort de Louis XIV, fut sa lutte contre les bâtards. 11 était de longue main animé contre eux ; d'abord par un sentiment de pudeur blessée, puis par une aversion^ réelle et motivée pour la personne du duc du Maine, et enfin, et surtout, par la considération de la dignité des pairs , offusquée par le rang intermédiaire donné aux bâtards, et par la déclaration de leur successibilité à la couronne. 11 déploya, pour cette affaire, plus d'énergie encore que pour le bonnet. Le duc du Maine, d'ailleurs, qui, après Louis XIV, n espérait rien que du parlement, s'était entièrement donné aux parlementaires, de sorte que Saint-Simon avait à venger tous ses griefs à la fois. 11 lui fallut tenir tête au parlement, au duc du Maine, à la duchesse d'Orléans, au maréchal de Villeroy, gouver neur du jeune Louis XV, à tout ce qu'on appelait le parti de la vieille cour. Pour surcroît de difficultés , il ne trouvait dans le régent qu'irrésolution et mollesse. La séance du parlement où fut cassé le testament par lequel Louis XIV donnait au duc du Maine une autorité au moins égale à celle du régent, la séance, plus dramati([ue encore peut-être, où les bâtards furent réduits au rang de leur pairie , mon-
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treiil dans Saint-Simon l'iiabileté, le sang-froid et la décision d'un général d'arnico. 11 tint là par deux fois, dans ses mains, le destin de la monarchie, et chaque* fuis il en sortit à son honneur.
11 nous apprend lui-même (pie ses Mémoires furent commencés dès J09i, lorsqu'il n'avait encore que dix-neuf ans. 11 les a ainsi écrits, pour ainsi dire, jour par jour, et chaque événement , chaque portrait a été tracé dans toute la fraîcheur et dans toute la vivacité de ses souvenirs. 11 eut soin de ne révéler à personne la tâche qu'il s'était donnée. On savait qu'il était studieux et (|u'il aimait à écrire ; on comptait trouver après lui, dans ses papiers, des notes précieuses, et ce fut une histoire complète de son temps (ju'un y découvrit. Il avait ordonné par testament de ne la publier ([ue cincjuante ans après sa mort; mais le gouvernement, sous prétexte ([u'il y était (juestion d affaires d'État et de négociations diplomatiques, lit déposer le manuscrit aux archives, et en interdit la publication. Ce ne fut qu'en 1788 que l'abbé Soulavic «ibtint la [)ermission d'en doriner des extraits, auxquels il ajouta en<:orc un supplément l'aimée suivante. Cette j'dilion , troncpn-e et inq)arfaite, excitait vivement la curiobité des sav;ints et des gens du inonde, s;ins la satisfaire. Knlin les Mémoires complct« et authentiques du duc de Saint-Simon virent le jour en 1829. L héritier de son nom se chargea lui-méfiie de collalionner les marmscrits et de présider à lapubliciition. Cette première édition , en vin-t
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volumes in-8", et la seconde, publiée en 1842, en quarante volumes in-12, sont en ce moment épuisées.
La réputation des Mémoires est faite. Ils occupent incontestablement le premier rang dans la riche collection des Mémoires sur l'histoire de France. Ils roulent sur deux époques très-importantes, la dernière moitié du règne de Louis XIV et la régence. Ils ont été écrits par un homme qui a constamment vécu à la cour, qui a connu tous les personnages dont il parle, qui a été mêlé directement à toutes les afiaires, ou qui a reçu les confidences des principaux personnages en tous genres. Ainsi, sous Louis XIV, il a pu connaître les secrets du conseil par les ducs de Montausier et de Chevreuse, par le chancelier de Ponlchartrain et par Chamillart, tous les quatre ses amis particuliers. Il a été initié aux mystères de la cour par quelques-unes des femmes les plus répandues et les plus autorisées , dont il cultiva l'amitié dans l'intention expresse de se tenir, par elles, au courant de toutes les aventures du dedans. Mme de Saint-Simon, dame d'honneur de la duchesse de Berry, et familière de la dauphine de Savoie, était elle-même une source inépuisable de renseignements et de lumières. Une fois la régence venue, la cour n'est plus accessible qu'aux libertins : Saint-Simon ne nous donne que peu ou point de détails intérieurs, mais , en revanche, rien ne lui est caché des affaires publiques. Le régent travaille tous les jours avec lui. 11 est initié par Torcy, Le Blanc, d'Argenson , Dubois
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lui-mènk', qui, h divers titres, rovui't*"t <1<* lui des senices, aux afiaircs les plus délicates et les plus secrètes. 11 apportait eu tout cela uue curiosité infatigable, une mémoire sûre, la sagacité la plus pénétrante et un excelh'nt jugement. C'est assez dire que ses iMémoires sont, pour l'iiistorien, un véritable trésor. A la vérilé, il ne se proposa aucun système; les événements le guidèrent : son tableau n'en est que plus fidèle; et on peut admirer que, dans ces longs Mémoires, qu'il a mis trente ans à écrire, il soit toujours le même d'un bout à l'autre. Il a été toute sa vie tidèle aux mêmes principes, aux mêmes amitiés, et, s'il. faut le dire, aux mômes antipatbies. Le reproche le plus sérieux qu'on puisse faire à ces Mémoires , c'est d'être très-fortement empreints (le la pci-sonnalité de leur auteur, et par consé([uent, dans toutes les matières (jui excitent ses passions, de soutenir ardennnent, et quel(|uefois obstinément, la cause (ju'il avait choisie. 11 est révolté du despotisnK; et de l'égoisme de Louis XIV : il en accumule b's preuves, et les raconte avec une énergie passionnée. H hait les bàtiU'ds, et par-d(;ssus tout le duc du Maine: si on l'en croit, cet élève favori de Mme d(; Maintenon, est le roi des fourbes et des traîtres, vX quoique ce nom revienne h ehacpu; pas sous sa plume, on [M'Ut jurrr (ju'il ru; Ta pas «'crit une seule fois sans émotion. Les pn-sidents ihi Ifarlay, Maisons, de Mesnies ont pris j»arli contre l(;s ducs dans I allai n* du l>onnet : il les peint avec des couleurs que Tacite n'eût
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pas désavouées » et les livre au mépris et à l'exécration de la postérité. Sous sa plume , le fils de Pontcliartrain devient un tyran subalterne, un cyclope, farouche dans le pouvoir, sans dignité dans la disgrâce; Villeroy est un favori glorieux et imbécile; Albéroni n'arrive au pouvoir qu'après avoir rampé dans l'ordure et dans les plus ignobles flatteries ; le duc du Maine est un cafard et un scélérat ; Vendôme et Yillars des larrons de gloire. Louis XIV lui-même, dissolu, vicieux jusqu'au scandale, puis hypocrite et tyran des consciences, furieux de gloire jusqu'à avaler les plus grossiers encens, superbe jusqu'à couvrir de cadavres tous les champs de bataille de l'Europe, pour assouvir son orgueil; mauvais mari, père dénaturé, maître dur et impitoyable, roi prodigue, dont les fêtes étonnent l'Europe, et dont le peuple meurt de faim ; grand pendant la moitié de sa vie par l'intelligence et la volonté de ministres qu'il déteste, également incapable et obstiné dès que Colbert, Louvois, de Lyonne lui manquent et qu'il veut vraiment gouverner par lui-même; roi de théâtre, qui fait trembler d'un froncement de sourcils tout un peuple de valets ; qui entre dans son parlement le fouet à la main , et n'est en réalité que le jouet de sa maîtresse et de son confesseur : ce Louis XIV de Saint-Simon est-il bien celui de l'histoire? Saint- Simon juge l'homme avec sévérité, et le roi avec dureté. 11 est juste de tenir compte à un roi de ce qui s'est fait de grand sous son règne. Le roi du
XVII AVERTISSEMENT
gnind siècle ne saurait être un roi vulgaire. Louis XIV a aini»' la gloire et il Ta cherchée où elle est véritablement, dans les armes et dans les lettres. Quand ses victoires et tant de chefs-d'œuvre accumulés, faisaient de lui le plus grand roi de l'univers , il n'a pas paru au-dessous d'une telle fortune ; et quand les désastres sont venus, il les a supportés avec un courage magnanime. C'était une ame née pour les grandes choses. Il a été, dans son siècle, et il reste pour l'histoire, la personnification la plus complète de la royauté.
Le style des Mémoires est le plus souvent diffus et incorrect; mais s'il se présente une grande scène ou un grand caractère à dessiner, Saint-Simon recueille .ses forces , lutte contre la réalité, et la rend avec une précision, un relief, une énergie, une fermeté de style , une richesse et une puissance de couleurs, qui ne permettent pas à l'àme la plus endormie de rester indiffircnt*'. Il a, comme Tacite, de ces traits qui saisissffnt resf)rit ci (jm'oii n'oublie plus. Personne, apHîs l'avoir lu, ne verra Louis XIV et le régent au- Ireinent que par ses yeux. Personne n'oubliera cette grande scène de la mort du Dauphin où htccrur do l'homme et du courtisan est si impitoyablement fouillé, ni relfi' chaMd>re de Louis Xl\ mourant, où les courti-^iuis se me.surent «les yeux , en cherchant la place; où ils frapperont le lendemain , ni cette séance du fwrlenienl où des juges, aeroutumésà trendiler (h;vanl Louis XIV et à l'adorer. bri.s«;nt sa dernière vo-
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lonté, détruisent toute la politique de son règne, et consomment Tanéantissement des grandeurs de sa plus chère famille.
Après ces grands coups de pinceau , Saint-Simon revient sans effort à des sujets plus humbles, et l'esprit et les grâces coulent de source dans toutes ses pages, comme s'il n'était fait que pour se jouer à des peintures aimables. Il abonde en traits charmants, en fines remarques, en tours adroits et dégagés. Ses quarante volumes se dévorent, et pourtant jamais l'auteur ne se détourne de son sujet, jamais une épisode , rien qui sente le roman ou même l'auteur de profession. On aime jusqu'à ses néghgences, parce qu'après tout , c'est le déshabillé d'un homme d'esprit.
On a répété, à propos d'un certain mépris qu'il affecte quelquefois pour les lois de la grammaire, qu'il écrivait en grand seigneur. Ce singulier éloge l'aurait peu flatté. Il était fait pour goûter la beauté du style, et il savait qu'on ne peut arriver à bien écrire sans y donner tous ses soins. Ses négligences doivent être expliquées par la loi qu'il s'était faite de tenir toujours son manuscrit au courant. Il laissait courir sa plume sur les choses indifférentes ; mais il s'y prenait à deux fois quand arrivaient les faits et les personnages historiques. 11 travaillait alors , et ce travail nous a donné quelques-unes des plus belles pages de notre langue.
Le volume que nous publions donnera une idée, non des Mémoires , qui sont conçus sur un autre
x\iv AVERTISSEMENT.
plan , mais du styU» et i\v l'esprit do Saint-Simon. Nous croyons qu'en réunissant dans un certain oi'dre les passages les plus propres à rendre la physionomie de Louis XIV et de sa cour , nous aurons rendu un service à ceux qui n'ont pas le temps de lire les quarante volumes; et (pie les autres aimeront à retrouver, sous une forme commode et portative, quelquesunes des plus brillantes et des plus fortes pages de Saint-Simon. Nous avons dû nous borner et rejeter des |)assages admirables que ne comportait pas notre C4idre, ou la dimension de ce volume. Nous laisserons à nos lecteurs, et nous éprouvons nous-mêmes bien des regrets. Mais, du moins, nous avons scrupuleusement reproduit le texte de Saint-Simon : pas un mot, pas une syllabe n'a ('lé ajoutée ou modifiée, et ces extraits qui forment, en un volume, une histoire suivie, sont une reproduction textuelle et littérale.
Plusieurs des noms qui devraient nécessairenuiit se? trouver dans une histoire ré^'ulière d(; Louis XIV ne se trouvernnt jkis ici. On y chercherait vainement Aniied*Autri(he,Ma7.arin, Fou(pu;t, le prince de (iondé h- héros , Turenne; (lolbcrt lui-même n'y est mentionné qu'en passant. On n'y parle ni (h; la reine, ni (hî la premi^n• Dauphine, ni de la bcllr «t malheun^usc; Henriette d'Angl(?t(;rre, la |»remière femme de Monsieur. C'est que le duc (h; Saint-Simon n'est entré à la aiur qu'en KiîM, et (|ii il in* |Kirlequ(î de ce qu'il a vu.
D'autrPîi oini.ssions viennent de nous. Dans la fa-
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mille royale . nous n'avons pas pu aller au delà du frère et des enfants de Louis XIV. 11 est vrai qu'après le grand Condé les princes du sang ne figurèrent plus de tout le règne ; c'est ce qui nous a forcé de les écarter ; mais nous aurions voulu pouvoir faire une exception pour le prince de Conti , que le roi prit en haine pour certaines lettres interceptées pendant la campagne de Hongrie , qui, envoyé en Pologne pour y régner, s'y regarda comme exilé , perdit la couronne , et revint en France heureux de sa chute , parce qu'il y retrouvait Madame la Duchesse.
« Le roi, dit Saint-Simon , était véritablement peiné de la considération quil ne pouvait lui refuser, et qu il était, exact à n'outre-passer pas d'une ligne. Il ne lui avait jamais pardonné son voyage de Hongrie. Les lettres interceptées qui lui avaient été écrites et qui avaient perdu les écrivains , quoique fds de favoris, avaient allumé une haine dans Mme de Maintenon et une indignation dans le roi que rien n'avait pu effacer. Les vertus, les talents, les agréments, la grande réputation que ce prince s'était acquise , l'amour général qu'il s'était conciHé , lui étaient tournés en crime. Le contraste de M. du Maine excitait un dépit journalier dans sa gouvernante et dans son tendre père, qui leur échappait malgré eux. Enfin, la pureté de son sang, le seul qui ne fût point mêlé avec la bâtardise , était un autre démérite qui se faisait sentir à tout moment; jusqu'à ses amis étaient odieux, et le sentaient.
XXVI AVERTISSEMENT
« Toutefois, mal^Mv la crainte servile , les courtisans même aimaient à s'approcher de ce prince. On «'lait tlatté d'un accès familier auprès de lui ; le monde le plus important, le plus choisi le courait. Jusque dans le salon de Marly, il était environné du plus ex- (piis. 11 y tenait des conversations charmantes sur tout ce qui se présentait indifféremment; jeunes et vieux y trouvaient leur instruction et leur plaisir, par l'agrément avec lequel il s'énonçait sur toutes matières , par la netteté de sa mémoire , par son abondance sans être parleur. Ce n'est point une figure, c'est une vérité cent fois éprouvée, qu'on y oubliait l'heure des repas. Le roi le savait, il en était piqué . fpu'Iquefois même il n'était pas ft\ché qu'on put s'en apercevoir. Avec tout cela, on n(; pouvait s'en défrndre; la servitude, si régnante sur les moindres choses, y échoua toujours.
« Jamais homme n'eut tant d'art caché sous une simplicité si naïve, sans quoi (\\u' ce soit d'affecté en rien. Tout "n hii coulait de .source; jamais rien de tiré, de recherché; rien m- lui coûtait. On n'ignorait pas qu'il n'aimait rien, ni .ses autres défauts. On les hii passait tous, et on l'aimait véritablement, (juclrpieloi.s jusqu'à se h; reprocher, toujours sans s'en corriger. «
Pamii les ministres, nous n'avons guère pris (pie Chamillart, rpii effaça tous les autres en autorité et en crédit [K'iidant sii longue administratioFi , cl les pères dr La Chai.Mf et Ti-llier, ii cause de l'imporlance capi-
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taie de leur ministère. Saint-Simon parle aussi avec détails de Pontchartrain, d'abord contrôleur général , puis secrétaire d'État de la marine, et enfin chancelier, dont il fut l'ami. «< C'était un très-petit homme maigre, bien pris dans sa petite taille, avec une physionomie d'où sortaient sans cesse des étincelles de feu et d'esprit, et qui tenait encore beaucoup plus qu'elle ne promettait. Jamais tant de promptitude à comprendre , tant de légèreté et d'agrément dans la conversation , tant de justesse et de promptitude dans les réparties, tant de facilité et de sohdité dans le travail, tant d'expédition, tant de solide connaissance des hommes, ni plus de tour à les prendre. Avec ces qualités, une simplicité éclairée et une sage gaieté surnageaient à tout et le rendaient charmant et en riens et en affaires. Sa propreté était singulière et s'étendait à tout, et, à travers toute sa galanterie qui subsista dans l'esprit jusqu'à la fin, beaucoup de piété, de bonté, et j'ajouterai d'équité avant et depuis les finances , et ," dans cette gestion même , autant qu'elle en pouvait comporter. »
Saint-Simon, qui se laisse guider par l'à-propos, par les circonstances , et s'étend quelquefois longuement sur des hommes secondaires, est au contraire d'une brièveté qui touche à la sécheresse sur des personnages très-principaux , avec lesquels il n'a pas eu de relations. Sauf une ligne ou deux de détails nécessaires , éparses dans le corps de l'ouvrage , voici ce qu'il dit de Bossuet, au moment de sa mort :
xxviii AVERTISSEMENT.
« I/Kj;Iiso et le siècle perdirent en ce même temps les deux |)rélats qui fussent alors chacun à l'une et à l'autre avec le plus d'éclat , le fameux Bossucît , évèrpu' de Meaux pour l'un , et le célèbre cardinal de Furstember^' pour l'autre. Tous deux sont trop connus pour que j'aie rien à dire de ces deux hommes, si ^'randement et si diversement illustres; le premier, toujours à rci^TCtter et qui le fut universellement, et dont les grands travaux faisaient encore lionte, dans une vieillesse si avancée, à l'ùge moyen et robuste des évoques, des docteurs et des savants les plus instruits et les plus laborieux. L'autre, après avoir si longtemps intéressé et agité toute l'Europe, était devenu un p(»ids inutile à la terre.... »
Saint-Simon n'est pas moins bref sur Racine , Boileau , Molière, La Fontaine. Le passage où il rend compte des distractions et de la mort de Racine , ne laiss(î pas d'être curieux. «« Personne, dit-il, n'avait I)lus de fonds d'esprit, ni plus agréablement tourne'', rwn du \Hn'{v. dans son commerce, et tout d(^ l'honnête homm*', de riionnne Fuodeste , et sur la fin , de riionnue de bien. Il av;iil les amis les plus illustres à lu cour, aussi bim que parmi les gens de lettres : c'est à eux à qui je laisse d'en parler mieux que* je ne fK)urrais faire. H arrivait qin'hjuefois que, h; roi n'ayant jKiint d«' ministre chez Mme de Maintenon , c(»nimele vendredi, surtout rpiand h; mauvais temps de l'hiver y rendait les séances fort longu(!s, ils envoyaient cluîrclurr Racine jMiur les anmser. Mallieu-
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reusement pour lui , il était sujet à des distractions fort grandes.
« II arriva qu'un soir qu'il était chez le roi et Mme de Maintenon chez elle , la conversation tomba sur les théâtres de Paris. Après avoir épuisé l'opéra , on tomba sur la comédie. Le roi s'informa des pièces et des acteurs , et demanda à Racine pourquoi , à ce qu'il entendait dire, la comédie était si fort tombée de ce qu'il l'avait vue autrefois. Racine lui en donna plusieurs raisons, et conclut par celle qui, à son avis , y avait le plus de part , qui était que , faute d'auteurs et de bonnes pièces nouvelles, les comédiens en donnaient d'anciennes , et entre autres ces pièces de Scarron , qui ne valaient rien et qui rebutaient tout le monde. A ce mot, la pauvre veuve rougit, non pas de la réputation du cul-de-jatte attaquée, mais d'entendre prononcer son nom , et devant le successeur. Le roi s'embarrassa, le silence qui se fit tout à coup réveilla le malheureux Racine, qui sentit le puits dans lequel sa funeste distraction le venait de précipiter. 11 demeura le plus confondu des trois, sans plus oser lever les yeux ni ouvrir la bouche . Ce silence ne laissa pas de durer plus que quelques moments, tant la surprise fut dure et profonde. La fin fut que le roi renvoya RacinC; disant qu'il allait travailler. 11 sortit éperdu et gagna comme il put la chambre de Gtivoye. C'était son ami , il lui conta sa sottise. Elle fut telle , qu'il n'y avait point à la pouvoir raccommoder. Oncciues depuis, le roi ni Mme de Maintenon ne parlèrent à Ra-
AVERTISSEMENT
cine , ni mrnie \v regardèrent. 11 en conçut un si profond ehagrin, qu'il en tomba en langueur 'et ne véiut pas deux ans depuis. »
Voici la froide mention (pi'obtient Boileau , dans l'histoire d'un règne qu'il a tant contribué à illustrer : •« Kn même temps mourut Boileau-Despréaux , si cnmm par son esprit, ses ouvrages, et surtout par ses satires. Il se peut dire que c'est en ce dernier genre {|u'il a excelle, qu(>iqu(; ce fut un des meilleurs ii(»nnnes du monde. » H dit de La Fontaine «« qu'il est c<jnnu par ses fables et ses contes, et toutefois trèsp»'Siint en conversation, » et après cela il n'en parle plus. Il ne mentionne Molière qu'en passant, à l'occasiiui de l'abb»; Roquette, l'original de Tartufe. Knlin , pour terminer ici ce qui a trait aux lettres , si cavalièreinrut traitées par le duc de Saint-Simon, nous l'apporterons les deux passages caractéristiques où il parle de Voltaire, bien que cela dépasse les limit<*s du règne de Louis XIV.
•« Arouet, dit-il, lils d'un notaire, qui l'a été de mon père et de moi jusqu'à sa mort , fut exilé et envoyé à Tulle, pour des vers fort satiricpies et fori inipudeiils. Ji; nr m'anuiserais i)as à marcjuci" un»' si p«'tite bagatelle, si ce même Aroucît, (hîvenu giand |KM'le et acadéuiicien sous le nom de Voltaire, n'élait devenu , ù travers force aventures tragi(|ues, une manière d(; |HMsonnage dans la n-publiciue des lettu.'S, et niénu; une manière d'important painii un cci lain monde. " 11 ne fait (|ue répéter, deux volumes plus
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loin , à peu près les mêmes paroles : « Je ne dirais pas ici qu'Arouet fut mis à la Bastille pour avoir fait des vers très-effrontés , sans le nom que ses poésies, ses avantures et la fantaisie du monde lui ont fait. Il était fils du notaire de mon père , que j'ai vu bien des fois lui apporter des actes à signer. Il n'avait jamais pu rien faire de ce fils libertin, dont le libertinage a fait enfin la fortune sous le nom de Voltaire , qu'il a pris pour déguiser le sien. »
En dehors du monde de la cour et de celui des lettres, il y en avait un autre, que Saint-Simon connaissait, à cause de ses rapports continuels avec la cour et surtout avec la pairie ; c'était la magistrature. La noblesse d'épée avait beau affecter de dédaigner la noblesse de robe ; elle l'écrasait à la guerre et dans les salons; mais partout ailleurs, et jusque dans les conseils du roi, il fallait compter avec elle. Elle tenait , par les procédures , la fortune des plus grandes familles; elle fournissait aux provinces des intendants, et au roi des secrétaires d'État et des ministres. Assise sur les fleurs de lis dans la grand'chainbre du parlement, elle enregistrait les édits royaux, et présidait dans les changements de règne, aux plus grands actes de la monarchie. Les présidents à mortier tenaient le premier rang à la ville, et se fi\isaient compter à la cour; le premier président ne voyait aucun magistrat au-dessus de lui , si ce n'est le garde des sceaux , et sa place en faisait un des principaux personnages du royaume.
AVEUÏISSOIENT.
Dl' tons les premiers présidents (jue Saint-Simon a connus, le plus célèbre, sans comparaison , et celui dont il parle le plus et qu'il connut le premier, est le premier président Aeliilie de Harlay, petit-neveu de celui qui fut si admirable pendant la Ligue. On peut dire (ju'il en a t'ait une peinture achevée , mais où la passion se lait trop sentir ' « 11 était savant en droit public, dit-il; il possédait fort le fond des diverses jurisprudences ; il égalait les plus versés aux belles-lettres; il connaissait bien l'histoire, et savaitsurtout gouverner sa compagnie avec une autorité qui ne souH'rait point de répliciue, et que nul autre premier président n'atteignit jamais avant lui. Une austérité pharisaïque le rendait redoutable par la licence qu'il donnait à ses rrpréhensions publi(jues, et aux parties et aux avocats, et aux magistrats, en sorte (ju'il n'y avait personne (jui n«.' trend)làt d'avoir à faire à lui. D'ailleurs, soutenu en tout par la cour dont il était l'esclave et le très-humblrserviteur de ce (jui y était en vraie faveur ; fin courtisan, singulièrement rusé politique, tous ces talents il ley tournait uni(juement à son and)ition de dominer et de parvenir, etide se faire une réputation de gnind hommr. D'ailleurs, sans honneur effectif, sans mœurs dans le secret, sans f)robité qu'extéri(!nre, sans humaniti' incarne, en un mot un hypocrite; [)arfait, sans foi, sans loi, sans Dieu etsansjune, cruel mari , père barban*, frère tyran, ami uiji(piement de soi-même, méchant par nature, se jilaisanta insulter, à outrager, à accabler, et n'en uyantdc sa vie perdu une occusion.»
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Saint-Simon raconte plus d'une bonne scène de ce président de Harlay. Il nous le montre avec son fils dans sa maison , assis gravement en face l'un de l'autre , et se demandant diplomatiquement des nouvelles de leur santé; puis retranchés chacun dans leur ai>partement , uniquement séparés par le palier, et s'écrivant des billets dont la sécheresse et le cérémonial n'auraient été désavoués par aucune chancellerie. Ailleurs , ce sont les pères de l'Oratoire et les jésuites qui plaident dans le cabinet du premier président ; celui-ci les écoute attentivement à tour de rôle, et sans marquer aucune préférence ; puis il les reconduit , selon sa coutume, jusqu'à la porte, et là, regardant les jésuites dans les yeux : « C'est un plaisir, dit-il , mes pères, de vivre avec vous, » et tout de suite se retournant aux pères de l'Oratoire : « et un bonheur, mes pères,de mourir avec vous. » — «Harlay, dit Saint-Simon, dont nous rapporterons encore ce coup de pinceau , était un petit homme maigre , à visage en losange , le nez grand et aquilin , des yeux de vautour qui semblaient dévorer les objets et percer les murailles ; un rabat et une perruque noire mêlée de blanc , l'mi et l'autre guère plus longs que les ecclésiastiques les portent; une calotte, des manchettes plates comme les prêtres et le chancelier ; toujours en robe , mais étriquée, le dos courbé, une parole lente, pesée, prononcée , une prononciation ancienne et gauloise , et souvent les mots de même; tout son extérieur gêné , contraint , affecté ; l'odeur hypocrite , le main-
x\Mv Avi:nTissK.>n:.NT.
lien l'iiUM cl c\ Mi(iiR' , (les révôiniccs lentes et prutontles, allant toujours rasant les murailles, avec un air toujours respectueux , mais à travers lequel pélillaient l'audace et l'insolence, et des propos toujours composés, à travers lesquels sortiiit toujours l'orgueil de toule espèce , et tant qu'il osait, le mépris et la dérision. »
Nous devrions finir ; mais puisque nous tenons de llarlay, nous allons citer un de ses bons traits, pour montrer de quel air Saint-Simon les raconte. La duchesse de La Ferlé alla lui demander audience, et, connue lout le monde , essuya son humeur. En s'en allant, elle s'en plai^^nit à son honmie d'atïaires , et traitii le premier président de vieux sinyc. 11 la suivait et ne dit mot. A la fin elle s'en aperçut, mais elle espéra ([u'il ne l'avait point entendue; et lui, sans en faire aucun semblant, la mit dans son carrosse. A peu de temps de là , sa cause l'ut appelée, et tout de suite papnée. Elle accourut cIk'Z le pnanier président et lui fait toutes sortes de remercîmenls. Lui , luunble et minleble, se jilonge en r<''v<''r<'nccs, puis, la re^^ardant enlre deux yeux : «« iMadamc , lui répond-il lout haut devant lout \v monde , je suis bien aise qu'un vieux singe ait pu taire ({uchpK; plaisir à une vieille guenon. » Et de là, lout humblement, sans plus dire un mol, il .se met à la conduire, car c'était sa façon de se défaire des gens, «l'aller toujours et de les laisser là d'une [lorte à l'autre. La duchesse de La E(;rté eût voulu le tuer ou être morte. Elle ne sut plus ce (ju'clle
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lui disait, et ne put jamais s'en défaire, lui toujours en profond silence, en respect, les yeux baissés, jusqu'à ce qu'elle fût montée en carrosse. »
Mais laissons-là ce monde de curieuses anecdotes , de révélations piquantes, de portraits animés, de scènes majestueuses ou terribles. Nos lecteurs trouveront, dans Louis XIV et sa cour ^ quelques-unes des plus belles pages que Saint-Simon ait écrites. C'est un bonheur d'étudier cette grande époque avec le secours d'un tel historien, à qui rien n'a manqué de ce qui fait un écrivain accompli, ni la parfaite connaissance des hommes et des événements , ni la sûreté , l'élévation et l'originalité des vues , ni les grâces d'un style incomparable.
LOUIS XIY