SOLS LA MINUHITÉ DE LOUIS XV. GO
chc qu'on était redcvaJjic de la conservation du roi et dont dépendait sa vie. C'est ce qu'il voulait ])icn établir dans l'opinion du parlement et du peuple, et peu à peu dans l'esprit du roi , et c'est à quoi il s'en fallut bien peu qu'il ne parvînt parfaitement.
Pendajit la maladie du roi, il n'oublia rien pour afticber des soupçons, des soins, des inquiétudes extrêmes, et pour faire sa cour à la robe. 11 ne vint point si petit magistrat aux Tuileries qu'il ne se fit avertir pour lui aller dire lui-même des nouvelles du roi et le caresser, tandis qu'il était inaccessible aux premiers seigneurs. Les magistrats ])lus considérables , j'entends toujours du parlement, ou les cliefs des autres compagnies, ou leurs gens du parquet, il les faisait entrer à toute heure dans la cliand)re du roi et tout auprès de son lit pour qu'ils le vissent, tandis qu'à peine ceux qui avaient les grandes enti'écs jouissaient de la même l)rivance. Il en usa de même dans la première convalescence , qu'il prolongea le plus qu'il put pour donner 1» même distinction aux magistrats à (|iielque heure qu'il eu \îut, et privativement aux ]ilus grands fie la cour et aux ambassadeurs; il se cJ'oyait tribun (hi peuple et asjjirait à leui* faveur et à leur dangei'euse puissance. De là il se tourna à une autre alTectation, qui avait le même but contre M. le duc d'Orléans. Il nudtiplia les Te
70 KE htr.E.NT ET LA COUR DE FUANCE,
Deuin, (ju'il incita les (Ji\ers états des petits ofliciei*s du roi de l'aire chanter en différents jours et en dilTérentes éjiiises, assista à tous, y men.i tout ce «ju'il put , et courut encore plus de six semaines les Te Deinn cjui se chantèrent dans toutes les églises de Paris. 11 ne parlait d'autre chose, et sur Sii joie véritable de la ^uérison, il en entait ujie fausse (pii piiail le paiti et le dessein à ne s'y pouvoir niépiendrc 11 fit faii-e force fêtes à Lyon, dont il était jrouvernciii', dont il eut soin de faire répandre les l'clations.
Avec cela , dans ses l'apports avec le roi , ce n'était que verbiages, affectations, et une flatterie <;ui surnageait à tout. A la fétc de Saint-Louis, une nudtitude innnense encombra le jardin des Tuileries pour entendre la nuisique, et dans l'espérance aussi d(,' voir le ini paraître sur les terrasses qui sont de plain-picd aux appartements. I.C maréchal de Villeroy persuadait à grand'peine le roi de se montrer, liuitôt à la vue du jardin, tantôt à celle des cours, et dès (pi'il paraissait, c'é-. t/iient des cris de : Vive \v roi ! cent fois redoublés. \Ai marécfial de Villeroy faisait remarquer au loi cette multitude prodigieuse , et sentencieusement lui disait: Voyez, mon maître, voyez tout ce peuple, celte affluence, ce nombre de peuple immense, tout cela est k vous, vous en êtes le maître ; - et sans cesse lui répétait cette leçon
sous LA MINORITÉ DE LOUIS XV. 71
pour la lui bien inculquer. Il avait peur apparemment qu'il n'ignorât son pouvoir. L'admirabla dauphin son père en avait reçu de bien différentes, dont il avait bien su profiter.
M. le duc d'Orléans, lassé à la fin de la hauteur et de l'opposition du maréchal , et poussé à bout par une algarade qu'il fit au cardinal Dubois, son ministre et son favori, résolut de Tôter d'auprès du roi ; mais à ses dignités et à ses places , et à la confiance qu'il tenait d'une longue habitude , ce n'était pas une affaire ordinaire. Le dimanche 12 août, M. le duc d'Orléans alla sur la fin de l'après-dînée travailler avec le roi, comme il avait accoutumé de fane plusieurs jours marqués de chaque semaine, et, comme c'était l'été, au retour de sa promenade, qui était toujours de bonne heure. Ce travail était de montrer au roi la distribution d'emplois vacants, de bénéfices, de certaines magistratures, d'intendances, de récompenses de toute nature, et de lui exphquer en peu de mots les raisons des choix et des préférences , quelquefois des distributions de finances ; enfin les premières nouvelles étrangères , quand il y en avait à sa portée, avant qu'elles devinssent publiques. A la fin de son travail avec le roi , où le maréchal de Vificroy assistait toujours, et où quelquefois M. de Fréjus se hasardait de rester, M. \c duc d'Orléans supplia le roi de vouloir bien passer
Te li: RÉC.KNT Kl I.A COI II DE FHANCE,
dans un iiclil .n-ricrc-cabinii, où il avait ini mol à lui (lire lùto à tète. Lr niarcclial do VilleroN s'y opposa à l'instant. M. 1(^ due d'Orléans, qui lui tondait lo piégo, l'y vil donnor en plein avec satisfaclion. Il lui représenta avec politesse que le roi entrait dans un û're si voisi?i de celui où il gouvernerait par lui -même, (ju'il était temps que celui qui, en attendant, était le dépositaire de toute son autorité , lui rendît conq)te des choses qu'il Ifouvait maintenant entendre, et qui ne pouvaient ùivc fxpliipiécs qu'a lui seul, (juehiue conlianee que méritât quchpie tiers (pie ce pût èln», et (pi'il le priait de cesser d»' mettre obstacle à une chose si nécessaire et si importante, que lui régent a\ait |)eul-clrc à se i-epi-oclw r de n'avoir pas connnencéc plus l(M, uirKpicmciil pai* eonqdaisance pour lui. Le maréchal s'échaultanl et secouant sa j)erni(juo, répondit (pi'il s;i\ail le respect (pi'il lui de- Tail, et poui- le moins autaid ce cpi'il devait au roi cl à sa place, (|ui le cliarLicail de sa personne et l'en rendait responsable, et |)rolesla (pi'il ne souffrirait pas rpie Son Allesse Koyale parlai au idi en particulier, parc(! (pi'il devait savoir tout ce ipii lui étiil dit, beaucoup moins léte à léte dans un cabinet, liors do s;i vne, parce cpie son devoir était de ne le perdre pas de vue un seul moment , et dans Ions de répondie de si personne. Sur ee propos, M. le duc d'Oiléan> le rej;arda lixemenl,
SOLS LA MLNOiaiE L)E LOllS XV. 7^
et lui dit avec un ton de maître qu'il se méprenait et s'oubliait ; qu'il devait songer à qui il parlait et à la force de ses paroles, qu'il voulait bien croire qu'il n'entendait pas; que le respect de la présence du roi l'empêchait de lui répondre comme il le méritait et de pousser plus loin celte convei'sation. Et tout de suite il fit au roi une profonde révérence et s'en alla.
Le maréchal , fort en colère , le conduisit qu<'lques pas, marmottant et gesticulant sans que 31. le duc d'Orléans fît semblant de le voir et de l'entendre, laissant le roi étonné et le Fréjus riant tout bas dans ses barbes. Le hameçon si bien pris, on se douta que le maréchal, tout audacieux qu'il était, mais toutefois bas et timide courtisan, sentirait toute la différence de braver et de bavarder, d'insidter le cardinal Dubois , odieux à tout le monde et sentant encore la vile coque dont il sortait, d'avec celle d'avoir une telle prise, et en présence du roi, avec M. le duc d'Orléans, et de prétendre anéantir les droils et l'autorité du régent du royaume par les prétendus droits et autorité de sa place de g:ouverneur du roi. On n'y fut pas trompé. Moins de deux lieures après, on sut que le maréchal , se vantant de ce qu'il venait de faire , avait .ijoulé qu'il s'estimerait bien malheureux que M. le duc d'Orléans put croire qu'il eût Nonlu lui iii;ni([U(N' , (juaiid il u'/ivail
songé (jifà remplir son ])lus précieux devoir, cl (pi'il irait clicz lui dès le lendemain matin, pour en avoir un éclaircissement avec lui, dont il se flattait bien que ce prince demeurerait content.
A tout hasard on avait i)ris toutes les mesures nécessaires dès que le jour fut arrêté pour tendre le piège au maivclial. On n'eut donc qu'à leur donner leur dernière furme, dès qu'on sut, dès le soir même, que le maréchal viendrait s'enferrer. Au delà de la chambre à coucher de M. le duc d'Orléans était un grand et beau cabinet, à quatre givmdes fenêtres sur le jardhi , et de plainpied , à deux marches près, deux en face en entrant, deux sur le côté, vis-à-vis de la cheminée, et toutes ces fenêtres s'ouvraient en portes, depuis le haut juscpi'au pai-(|uet. Ce cabinet faisait le coin, où les gens de la cour attendaient, et en retour était un cabinet joignant, où M. le duc d'Oiléans Inivaillait et faisait ciili cr les gens les plus distingués ou favorisés (pii avaient à hii parlci'. Le mol était donné. Artagnan, capitaine des mousquetaires gris, était dans celte pièce, (pii savait ce qui s'allait exécuter, avec force ofOciers sûrs de sa compa^rnie, qu'il avait lait venir, et d'anciens mous- (pieU'iires pour s'en servir au besoin, (]ui voyaient bien à ce préparalif (|u'il s'agissait de (juelque chose, inaÎH sans se douter de ce (pie ce serait, il y avait aussi des chevau-lépers répandus en delior.*
sous LA MINORITÉ DE LOUIS XV. 75
le long' des fenêtres, et dans la même ignorance, cL beaucoup d'officiers principaux et autres de M. le duc d'Orléans, tant dans sa chambre à coucher que dans ce grand cabinet.
Tout cela bien ordonné, arriva sur le midi le maréchal de Villeroy avec son fracas accoutmné, mais seul, sa chaise et ses gens restés au loin, hors de la salle des gardes. Il entre en comédien, s'arrête, regarde, fait quelques pas. Sous prétexte de civilité , on s'attroupe auprès de lui , on l'environne. Il demande d'un ton d'autorité ce que fait M. le duc d'Orléans : on lui répond qu'il est enfermé et qu'il travaille. Le maréchal élève le ton, dit qu'il faut pourtant qu'il le voie, qu'il va entrer, et dans cet instant qu'il s'avance, La Fare, capitaine des gardes de M. le duc d'Orléans , se présente visà-vis de lui , l'arrête et lui demande son épée. Le maréchal entre en furie et toute l'assistance en émoi. En ce même instant. Le Blanc se présente. Sa chaise à porteurs, qu'on avait tenue cachée, se plante devant le maréchal. Il s'écrie, il est mal sur ses jambes , il est jeté dans la chaise qu'on ferme sur lui, et emporté dans le même clin d'œil par une des fenêtres latérales dans le jardin, La Fare et Aitagnan, chacun d'un côté de la chaise, les chevaUlégers et mousquetaires après, qui ne virent que l^ar l'elïet de quoi il s'agissait. La marche se presse, on descend l'escalier de l'orangerie du
T(i i.i: liij.H.M Kl i.A cou; bi: kka.nce,
lùiv (It's l)u<i(|ucls, un lioiiNc l;i grande yrillc ouverlc cl un can'ossc à six chevaux devant. On y pose la chaise: le maréchal a heau tempùler, on le jcltc dans le carrosse. Arlajinan y monte à cùlé de hn , un ofhcier des mousquetaires sur le devant et du Lihois, un des genlilslioinmes ordmaires du roi, à cùlé de i'oflicier; vingt mousquetaires, avec des ol'liciers à cheval, autour du carrosse, et louche, cocher!
Ce côté (hi janhii, qui est sous les fenêtres de rappartenienl de la reine, occupé par rinl'anle, ne fut vu de personne à ce soleil de midi, et, (|noi(iue ce nomhre de gens qui se trouvèrent dans l'appiulenient de M. ii- i\\\r d'Orléans se dispersât hientcM, il est étonnant rpi'niic an'aiic de celle nature demeura ignorée |)liis de deux heures dans le chàleau de Versadles. Les domestiques du maréchal de Vijleroy, à cjui j)ersonne n'avait osé rien dire en sortant, je ne sais par (piel hasard, attendirent toujours a\ee sa ch.iise pi es de la salle des gardes; et ceux qui étaient elic/ lui, dans les derrièi'es des cahinels du roi, m- r;iii|»rireiit rpTaprès que M. le chic d'Orléans eut \ii le idj, et «pi'il leiu- manda que le n^aréchal était ;dlé à VilleroN , où ils pou- ^aicnl lui aller porter ce (pii lui él.iit nécessaire.
Ce ne fut pas, après, un petit einharias que celui (le .M. Il- ^\lu• d'Orléans poiii en poiler la nouvelle au roi, .lès (lu'elle lut répandue. Il entra
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dans le rabinct du roi, d'où il jit sorlir tous los courtisans qui s'y trouvèrent, et n'y laissa quo les gons dont los charges leur donnaient cette entrée, et il ne s'en trouva presque point. Au premier mol le roi rougit ; ses yeux se mouillèrent : il se mit le visage contre le dos d'un fauteuil, sans dire une parole, ne voulut ni sortir ni jouer. A peine mangea-t-il quelques bouchées à soiq)er, pleura et ne dormit point de toute la nuit. La matinée et le dîner du lendemain 14 ne se passèrent guère mieux. Ce même jour 14, comme je sortais de dîner à Meudon avec beaucoup de monde, le valet de chambre qui me servait me dit qu'il \ avait là un courrier du cardinal Dubois, avec une lettre, qu'il n'avait pas cru me devoir amener à table devant toute cette compagnie. J'ouvi'is la leltre. Le cardinal me conjurait de l'aller trouver à l'instant à la surintendance à Versailles, d'amener avec moi un homme sûr en état de courir la ])oste pour le dépécher à la Trappe aussitôt qu'il m'aurait parlé, et de ne me point casser la tète à deviner ce que ce pouvait être, parce qu'il me serait impossible de le deviner, et qu'il m'attendait avec la dernière impatience pour me le dire. Je demandai mon carrosse aussitôt, que je ti'ouvai bien lent à venir des écuries, qui sont tort éloignées du château neuf que j'occupais.
Ce courrier à mener au cardinal pour le dépé-
78 LE RKr.ENT KT L\ COUU DE FRANCE,
cher à la Trappe nio Inurnait la l(^lo : je no pouvais iinajrinor co qui pouvait y Mre arrivé, qui occupât si vivouionl le rai'dinal dans des moments si voisins de celui de l'enlèvement du maréchal d<» VilleroN. La constitution, ou quelque fugitif important cl inconnu cl découvert à la Trappe, et mille autres pensées m'agilcrent jusqu'à VcM'sailles. Arrivant à la surintendance, je vis par- dessus la porte le caixlinal Dubois à la fenêtre, qui m'attendait, et (jui me lit de grands signes, et (]ue je trouvai au-devant de moi au bas du degré, conmie je l'allais monter. Sa première parole fut (\c nie demander si j'avais amené un lionune (jui put aller en |)oste à la Trappe, .le lui juontrai ce même valet de chambre qui en connaissait tous les êtres pour y avoir été fort sonv(Mil avec moi, et qui était connu de lui de ton! temps, i)arce qu(! de tout temps il venait chez moi, et que, petit abbé Dufiois alors, il rcnirelenait souvent en in'atlendanl. Il me conta, en montant le degré, les pleurs du roi, qui venaieiU iticn (raugmenter par l'absence (le M. do Frcjns', cpii avait disparu, cpii n'avait point couché à Versailles, ri (pi'ou ne savait ce qu'il était dcvemi, sinon (pi'il iTélail ni à Villeroy ni sur le chemin, |)arce (pi'ils venaieni d'iii a\oir
♦ . Flrury , par Cirulignaion divine, ^vrcpir de Fr(''juR , comnu' il •«•il rntUumr* dr !#• dire liii-m^nie , ri di-pnin rnrdinni cl promior miniaire.
sous LA MINORITÉ DE LOUIS XV. 79
des noiiTellcs ; que celte disparition mettait le roi au désespoir, et eux dans le plus cruel embarras du monde ; qu'ils ne savaient que penser de cette subite retraite, sinon peut-être qu'il était allé se cacher à la Trappe, où il fallait envoyer voir s'il y était, et tout de suite me conduisit chez M. le duc d'Orléans. Nous le trouvâmes seul, fort en peine, se promenant dans son cabinet , qui me dit aussitôt qu'il ne savait que devenir ni que faire du roi, qui criait après M. de Fréjus, et ne voulait entendre à rien , et de là à crier contre une si étrange fuite.
Peu de moments après arrivèrent le prince et le cardinal de Rohan, suivis de Pezé. Son attachement et sa parenté de Mme de Ventadour, qui l'avait fort familiarisé avec les deux frères, n'empôchaient pas qu'il ne fût fort aise de se voir délivré du maréchal de Villeroy, mais qui étant lié à Fréjus, était outré de cette escapade. Après plus de jérémiades que de résolutions, Dubois me pressa d'aUer écrire à la Trappe. Tout était en désarroi chez M. le duc d'Orléans; ils parlaient tous dans ce cabinet ; impossible à tout ce bruit d'écrire sur son bureau, comme il m'arrivait souvent quand j'étais seul avec lui. Mon appartement était dans l'aile neuve, et peut-être fermé, car on ne m'attendait pas ce jour-là. J'eus plus tôt fait de monter chez Pezé , dont la chambre était proche , audessus de l'appartement de la reine, et je m'y
«0 LK ki:<;i:nt i:T i.\ cmii di: riiANci:,
mis à l'crii'c. >l.i Ifllrc (''l.iil aclKnéc, et INv.r, (jiii m'y av.iil coiuliiil cl (jui iMail l'odcscrndn aiissilnt, ronionla cl me cria : < Il csl Irouvc, il est ti'oiivé; votre Icllrc est imilile, re\enoz-vous-on chez M. le (lue d'Orléans. »> Puis me conta (juc tout à riieiire liii lionnne à M. le duc d'Oiléans, qui savait que Tréjus était ami des Lamoignon, avait rencontré (loui'son dans la jurande cour, qui sortait du conseil des parties, à (jui il ;i\ait demandé s'il ne sa- \ait point ce (jii'clait devemi Fréjus; (pie Courson lui avait dit (pTil ne savait pas de (juoi on était si en peine; (pie rri-jus étail allé la \eille coucher à l^isville, où était le président de Lamoijinon; sMr(jnoi cet lionmie de .Ai. le duc d'OrUNins lui avait amené (ioui'son pom" le lui dii'c lui-même.
Nous ai"i"ivànies INv.é cl moi (lie/ M. le duc d'Oiléans, d'où (^ourson venait de sorlir. i.a séi'énilé v était revenue; Fri'jus lut hien brocardé, et le cardinal et le prince de Kolian ne s'y niéna'ièrent pas. Après un peu (rép.inouissement, Ui cardinal Dubois avisii M. le i\i\r d'Oiléans d'allci' porter au loi celle bonni^ nouvelle, et de lui dire (pTil allait dépêcber à Biisville pour laiic re\eiiir son précei)leur. M. le duc d'Orléans monta clie/ le roi et me dil (ju'il allait redescendre; les deux frères s'en allèrent de leiiicôlé avec Pezè, et je dememai à attendi'c M. le duc d'Orl('*ans avcr le cardinal Dubois. Après avoir un peu raisonné sur relie fui:ue de Fr(''jus, il me
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conta qu'ils avaient des nouvelles de Villeroj ; que le maréchal n'avait cessé de crier à l'attentat commis sur sa personne, à l'audace du régent, à l'insolence de lui Dubois, ni de chanter pouille tout le chemin , à Artagnan de se prêter à une violence si criminelle; puis à invoquer les mânes du feu roi, à exalter sa confiance en lui , l'importance de la place pour laquelle il l'avait préléré à tout le monde; le soulèvement (|u'une entreprise si hardie, et qui passait si tort le pouvoir du régent, allait causer dans Paris et dans tout le royaume, et le bruit (pi' elle allait faire dans tous les pays étrangers; puis des élans, puis des invectives, puis des applaudissements de ses services, de sa fidélité, de son invariable attachement à son devoir; après, des railleries piquantes à du Libois, gardien né de tous les personnages qu'on arrêtait , sur ce qu'il avait été mis auprès de Cellamare , auparavant de l'ambassadeur de Savoie. Enfin ce fut un homme si étonné, si troublé, si plein de dépit et de rage, qu'il était hors de soi à ne se posséder pas un moment. Le duc de Villeroy, le maréchal de Tallard, Biron, furent à peu près ceux qui eurent la permission d'aller à Villeroy, presque aucun auli'e ne la demanda. Mais ce ne fut que le lendemain.
M. le duc d'Orléans revint de chez le roi, (pii nous dit que la nouvelle qu'il lui avait jjorlée Fa- Vait fort apaisé : sur quoi nous conclûmes ([u'il
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Si Ui UKliKM i:i LA CUL 11 DK !• IIANCE ,
liiliail lairc en sorle (lue Fivjiis irvînt dans la nialinéc du liMidcniain ; (iiic M. le duc d'Orléans le reçCit à merveille, prît tout pour bon, raniadouàl, lui fil entendre que ee n'était que pour le ménager et lui ôler tout embarras s'il ne lui avait |)as eoullé le seerel lic l'ari'él du maréclial de Villei'oy; lui eu «Apliqucr la néeessilé avec d'autant plus de liberlé (pio Fréjus baissait le marécbal, ses bauleurs, ses jalousies, ses caprices, et dans son àme ^^erail ravi de son éloijxiuMuenl ci de posséder le roi tout à son aise; le prier de liiiic entendre au roi les raisons (le celle nécessité; commuinquer à Fréjus le cboix du (bie de Cbarost pour remplacer le marécbal; lui en pronieltre ton! le concert et les égards qu'il en pouvait désirer; loi demander de h; conseiller et de le condnire; enlin prendre le temps de la joie dn roi du icloni" de Fréjus pour lui appi'eni\w le cb<»i\ du nouNcau gouverneur, et le lui pi'ésonler. Tout cela bit convenu et très-bien exécuté \v. lendemain.
Néanmoins on connut, à partir de ce monuMd, la force (pie dormait à l'éNèqnc de Fréjus l'allaclieinenl du roi, cl l'on put j»ié\oir (pie ce ciédil si babilcmenl et si ténébreusement formé le conduirait à la plus baule lorlune. M. le duc (ÏOiléans, dans l'espoir (\i' se l'allacber, ci pciU-èlrc de VvUt'iiiwv, lui oiïril l'.uw lic\cclic (\(' Hciuis. Il refusa uu posic (praudiitionuaicul les plus grands
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do l'épiscopal en mérite cl lmi naissance. M. le duc d'Orléans, le roi lui-même, insistèrent, mais vainement. Ce combat, qui dura plus de quinze jours avant que M. le duc d'Orléans, à bout de voies, eût enlin admis son refus, lit l'entretien de (ont le monde. Vn matin que j'en parlais avec regret à Mme de Saint-Simon, connue elle se coiffait, car rien n'était alors si public, une femme de cbambre (|ui s'appelait Beaulieu , familière ])arce qu'elle était à elle depuis notre mai'iage, et qui avait de l'êsprit et du sens, prit tout d'un coup la parole. « Je ne m'en étonne pas, dit-elle, il ne ^eut point de Reims, il ne veut qu'être roi de France, et il le sera. »» Quoique j'en pensasse bien quelque chose , le propos de cette fdle nous surprit et s'est enfin trouvé une prophétie.
De personnages principaux autour du roi, il n*\ avait que Villeroy et Fréjus, avec le duc du 3Iaine, surintendant de l'éducation, dont il n'est pas encore tenqis de parler. Le régent , outre ses roues , conqilétement étrangers aux affaires, avait pi'ès de lui l'abbé Dubois , qui lit ensuite une ligure si principale et si funeste, et dont nous n'aurons que trop d'occasions de parler, d'Effiat, qui de longue main l'égnait au Palais-Royal , le duc de Noailles, qui ne visait à rien moms qu'à être premier nnnislre, et linit par en être noyé, Résous, important sans mérite, et qui montrait le liif dès qu'on
R4 LE HÉGENT ET LA CUIU DE FIlANCE,
voulait poiissoi" cl appioruiitlii', Lo Blanc, (jui vit un iiioincnt les ciciix ciitr'ouvcrls, pour tomber ensuite dans les plus profonds abhncs, le chancelier d'Aguesseau cl le garde des sceaux d'Argenson, si dillerents en génie, en caractère et en fortune, cl enlin La^v, g"rand joueur et grand conibinaleur, devenu si célèbre par le crédit et la culbute de sa banque. Nous dirons ici un mot trèscourt du chancelier, de d'Argenson et de Liiw.
D'Aguesseau, de taille médiocre, fort gros, avec un visage fort plein cl agi'éable, jusqu'à sa dernière disgrâce, et toujours avec une ])hysionomie sage, spirituelle, un (cil pouilant bien plus petit (lue l'autre. Il est remarquable qu'il n'a jamais eu voix délibérative avant d'élre chanceliei', et (pi'on se |)i([uait volontiers .ui jiai'lemenl de ne ])()i]il suivre SCS conclusions, par une jalousie de réclal «le la réputation qu'il avait ac(iuise, qui prévalait à l'eslinie et à Tamilié. Beaucoup d*espril, d'apjjlication, de pénétration, d(,' savoir en tout geme, de ^rravilé et d(; magistiature, d'équité et de piété, cl d'innocence de nueurs, tirent le fonds de son raniclère. On peut dire (jue c'était un bel esprit cl un lionnne incorruptible; avec cela, doux, bon, humain, d'un accès facile et agréable, et, dans \v particulier, dc' la gaieté et de la plaisanleric salée, mais sans jamais blesser pci'somK,'; cxir'nienieni ><d»re, poli sans oi-^ueil cl noble
sans \a inoindro avarice, natiuvllement paresseux, dont il lui était resté de la lenteur. Qui ne croirait qu'un magistrat orné de tani de vertus et de talents, dont la mémoire, la vaste lecture, l'éloquence à parler et à écrire, la justesse jusque dans les moindres expressions des conversations les plus communes , avec les grâces de la facilité , n'eût été le plus grand chancelier qu'on eût vu depuis plusieurs siècles ? Il est vrai qu'il aurait été un premier président sublime ; il ne l'est pas moins que, devenu chancelier, il fit regretter jusqu'aux Haligre et aux Boucherai. Un aussi heureux assemblage était gâté par divers endroits qui étaient demeurés cachés dans sa première vie, et qui éclatèrent tout à la fois, sitôt qu'il fut parvenu à la seconde. La longue et unique nourriture qu'il avait prise dans le sein du parlement l'avait pétri de ses maxhnes et de toutes ses prétentions, jusqu'à \v regarder avec plus d'amour, de respect et de vénération que les Anglais n'en ont pour leurs parlements, qui n'ont de commun (jue le nom avec les .nôtres; et je ne dirai pas trop quand j'avancerai qu'il ne regardait pas autrement tout ce qui émanait de cette compagnie, qu'un fldèh^ bien instruit de sa religion regarde les décisions sur la foi des conciles œcuméniques. Son équité et ses lumières lui montraient bien l'égarement du parlement à chaque fois qu'il s'y jetait, mais de le réprimer
sr» Li: HtcîENT i:t la coir de France,
rlail plus fort (|ii(' lui. Il nioltait donr Ions ses lal(Mils à pallier, à couvrir, à cxrnsor, à donurr {\c^ intcrprc'tations raplicnsrs, à rhlouir sur les laiites (lu ])arlcnu'nt, à ncp:oci(M* avec lui d'une pari, avec le régnent d'autre, à profiter de sa timidité, de sa facilité, de sa léf>éreté, pour tout émousser, tout énerver eu lui ; eu sorte (|u'au lieu d'avoir en ce ])reniier uiajiislrat un lenue soutien de l'autorité royale et uu viai ju-ic des justices , ou en tirait à peine quchpie i)é{;ayeiuent forcé qui affaiblissait encore le peu à quoi il avait ])u se résoudre à peine, et (pii donnait courage, force et Iiauteur au parleuicnl; «t si (jnelquefois il s'est expli(pié avec lui en d'autres tei'uies, ce n'était (pi'après uu lou*; rouibal, et toujouis bien plus faiblement (pi'il n'était convenu de le laiic.
Il était à mille lieiu's de sonjrer à èti-e cliancelier, quand le ré^M'Ut le lit appcici- et lui rcmil les sceaux. Dans sa surprise, il ne \il (|ii'im étau": , et no Si* remit «pic d;iii> Mm cnrosse, en allant cliez lui seul avec |(«s sceaux. Apres les premières boidéos qu'il fallut essiiNci* en \ anivant, il moula chez son Ui'i'v, espèce de pliilosopbe \oluptneu\ de beaucoup d'es|)ril et de sa\nii', mais tout des plus sinKuIiers. Il le tionva fumant devant son Icn, vn robe de clKunbre. •• Mon frère, lui dit-il en cn- Inml, je viens vous dire i\\w. je suis cbancf Tk r, » I/aulre se relouruanl : •■ (ili.'incclici-' «lit-il ; «pr.i-
sous LA MINORITÉ DE LOUIS XV. «7
vez-voiis fait de l'aulro? — Il est mort subitement cette nuit. — Oli bien! mon frère, j'en suis ])ien aise; j'aime mieux que vous le soyez que moi. » C'est tout le compliment qu'il en eut.
D'Aguesseau apprit son élévation comme un sage; ce fut aussi comme un sage qu'il tomba. Le lieutenant de police d'Argenson eut les sceaux ù la disgrâce du cbancelier ^
Argenson était un liomme d'infiniment d'esprit et d'un esprit souple, qui, pour sa fortune, s'accommodait à tout. Il valait mieux, pour la naissance, que la plupart des gens de son état, et il faisait depuis longlemps la police et avec elle l'inquisition d'une manière transcendante 11 était sans frayeur du parlement qui l'avait souvent attaqué, et il avait sans cesse ojjligé les gens de qualité, en cacbant au feu roi et à Pontcbartrain des aventures de leurs enfants et parents, qui n'étaient guère que (les jeunesses, mais qui les auraient perdus sans lessource, s'il ne les eût acconnnodées d'autorité et subitement lii'é le rideau dessus. Avec une ligure efirayante, qui retraçait celle des trois juges (les enfers, il s'éga\ait de tout avec sui)ériorité d'esprit, et avait mis un tel ordre dans cette in-
I . La dignilé de chancelier ne se perdait point. Quand le roi voulail se déraire d'un chancelier, il l'exilail el nommait un parde des sceaux qui faisait tout son nflice en sa place ; mais le chancelirr e\ilé lonsj'rvail le litre, le ranp rt 1rs honneurs de sa cliarpo.
88 IJ: Rl-y.ENT ET I.A (A)Vn DE FRANCE ,
ii()nil)raljl(' luultiliulc ih' P.ii'is, (lu'il n'y avait nul liabilaiit ilonl jour par jour il ne siM la conduile (*t les liabitutles, avec un discrmoinent exquis poui* appesantir ou alléger sa main à chaque alîaire ((ui se présentait, penchant toujours aux partis les l)lus doiLX avec l'art de faire trend)ler les plus innocents devant lui. Courageux, hardi, audacieux dans les émeutes, et par là maître du peuple. Ses mœurs tenaient beaucoup de celles qui avaient .sans cesse à comparaître devant lui, et je ne sais s'il reconnaissait beaucoup d'autres divinités ([U(^ celle de la fortune. Au milieu de fonctions ])énihles et en apparence toutes de li.i^ueur, riumiaiiilé trouvait aisément ^vàcc devant lui, et quand il éiait en liberté avec des amis obscurs et d'assez lias étap:e, auxquels il se fiait plus qu'à des j^cns plus relevés, il se livrait à la joie, et il était charmant dans ces conqiagnies. Il avait (pielques lettres, mais peu ou point de capacité d'ailleuis en , aucun ^'enre, à cpioi l'espi'it suppléait, et une grande connaissance du monde, chose très-rare en un bonune de son étal.
On sait ce que fut Law pour M. le duc d'Orléans, et comment sa banque tourna un temps toutes les l^les. I.,es étranp^er? enviaient notre bonheur, et n'oubliaient rien pour y avoir part. I.cs Anglais même, si liabiles et si consonnnés en banques, en rompagnies, en criunnerce, s'y laissèrent prendre,
sous LA MINORITÉ DE LOUIS XV. SO
♦H s'on iTpentiiTiit bien depuis. Law, quoique froid et sage, sentit broneher sa modestie. Il se lassa d'être subalterne. Il visa au grand parmi cette splendeur, et plus que lui, l'abbé Dubois pour lui, et 31. le duc d'Orléans, qui le fit contrôleur général, n était Écossais, fort douteusement gentilhomme, grand et fort bien fait, d'un visage et d'une physionomie agréables, galant et fort bien avec les dames de tous pays oii il avait fort voyagé. Sa femme n'était point sa femme; elle était de bonne maison d'Angleterre et bien apparentée, qui avait suivit Law par amour, en avait eu un fils et une fille, et qui passait pour sa femme et en portait le nom sans l'avoir épousé. On s'en doutait sur les fins ; après lem^ départ cela devint certain. Celte femme avait un œil et le haut de la joue couverts d'une vilaine tache du vin, du reste bien faite, haute, altière, impertinente en ses discours et en ses manières, recevant les hommages, rendant peu ou point, et faisant rarement quelques visites choisies, et vivait avec autorité dans sa maison. Je ne sais si son crédit était grand sur son mari; mais il paraissait plein d'égards, de soins et de respect pour elle.
La banque avait été établie d'abord dans la nie Qiiincampoix , où Law demeurait. Il fallut fermer la rue avec des grilles. Une cloche annonçait fouverlnro cl la fermefiur de la banque. C'était une
90 i.i: r.r.c.KNT kt l\ cmii di: thanci:,
fouir A lie pMS pouvoir \ niiMlrc unc^ (''piiiiilc, cl 1rs cniiiinis l'.iisaiciU i)assor les hilhMs ])ar les ïonrlrcs. Ton! le iiioinh» y riail ronfondu, larpiais et jicnlilsliomiiics ; el il s'y Taisait dos rorlimes siihiles, qui, pour quelques aiiioleurs heureux, eausèreut (les jolies. Plus tard, la IjaiKjue l'ut transférée sur la plaee Yeudônie. A la lin, la délianee succéda à renproueiuenl , et ])ieiilot riudignalion , quand on \il ipi'au lieu d(S beaux établisseuients annoncés au Mississipi , les éiui«»ranls iTy Irouvnicnt (pie l.i misère et \c désespoir. L'avidilé de certains frrands seigneurs concourut aussi à éclairer le publie. I.e parlenieni décréta I.aw de pi'ise de cor|)s. I.a débâcle nIiiI, cl avec elle la détresse l't la famine. On voyait iU'i^ escouades de j^cns perdus |)arcourii' les bôtels ;:arnis et s'emparei* des jinns mal famés et des filles perdues, })our les envoyer au Mississipi. Dans le nombre, |)lus d'im honnèle bourgeois bit pris, et rançonné ou {jeidu. L'<'\aspéi-alion allait croissant. Le prince de (lonli ne rou;.'il |)as de x- i.iin- remb(>urser de ses billets en plein joui-, et plusieiu's four^^ons cbar- '^i^s dVrus , (pii Iraversèreul la ville pour o|)érei* vc reniboursenK'iil , caiisricnt des rnmems sinistres.
Le ré;;enl réduisit d«' moitié la \aleur des bil- IcU, cl fut obli;:é de relirci* ces édils au boni de quelf|nr*s jours; niais le coup était i)orté. Le
sous LA MINORITIÙ DE LOUIS XV. 1)1
17 juillet au matin, il y ont nno telle fouie à la banque et dans les rues voisines, pour avoir eliaeun de quoi aller au marché , ([u'il y eut dix ou douze personnes étouffées. On porta tumultuairement trois de ces corps morts à la porte du Palais- Royal , où le peuple voulait entrer à grands cris. On fit promptement marcher un détachement des compagnies de la garde du roi aux Tuileries. La Vrillière et Le Blanc haranguèrent séparément ce peuple. Le lieutenant de police y accourut; on fit venir des brigades du guet. On fit après emporter les corps morts, et par douceur et cajoleries on vint enfin à bout de renvoyer le peuple , et le détachement de la garde du roi s'en retourna aux Tuileries. Sur les dix heures du matin , que tout cela tinissait, Law s'a^^sa d'aller au Palais-Royal; il j'eçut force imprécations par les rues. M. le duc d'Orléans ne jugea pas à propos de le laisser sortir du l*alais-Royal , où, deux jours après, il lui donna un logement. II renvoya son carrosse, dont les glaces furent cassées à coups de pierres. Son logis en fut attaqué aussi avec grand fracas de vitres.
Toute; celle banque linit misérablement. 11 fallut annuler et brûler les actions. Law s'enhiit ; on fit , mais sans succès , des ordonnances pour rétabli i' le crédit , et la fortune i)ublique en demeura longtemps ébranlée. Pucn ne contribua plus (pie celte
•Ji LE RÉGENT KT T.\ COUR DE FRANCK,
baïKjiio à trouljlor l.i ininorilr du roi cl la ivuciue de M. le duc d'Oiirans.
La raiiiille du rt-geul ; Madamo , Mnio la duclipsse d'Oi'lùans, Mme la duelifsse de Berry.
M. \c dur d'Orléans liahilail le Palais-Royal avec Madame, sa mère'. L'aînée de ses lilles, Mme la duchesse de Berry, élail au Luxembourg-.
Madame élnit une princesse de l'ancien lenfps, allacliée à riionneui', à la verlu, au rang', à la grandeur, inexorable sur les J)ienséances. Elle ne manquait point d'cspril, cl ce qu'elle voyait elle le voyait très-bien. Bonne et fidèle amie, sûre, vraie, droite, aisée à prévenir cl à choquer, fort diClicih; à ramener; grossière, dangereuse à faire des sorties iJubrKjnes , loil Allemande dans toutes ses mœurs, cl franche, ignorant toute connnodilé et loule délicatesse pour soi et pour les autres, sobre,
*. 1^ ioiir du fine u t»rt(.'ai)i l'iail duclicssr (!•• LonMinc Madame, leur corninimi- nuro, i-inil la i<'c<indi' remiiio «h- l'Iiilipp»' d'OrIcau» (Monsieur, fn-rc ilc Louit XIV). Onln* non lili», le dur de ClinrliH'B, cl la dtirhrtiirdc lU-rry, \cuvr d'un fn-rc du duc de HoiiiKitunc «i licllc- Mrur aiimi du roi d'Kiip.-ignc, le diu' d Orican», rJ'-pcnt, avait encore qu4in> ntir* : runc qui fui aMtcMc de CliclIeH, uno nuire prlnccHHrd*"» AsluriiMi, cl ! tii;iiH un iiiNtnnl Hcnlemcnl, rcinr- d'Hupapnc;
uni* iroisii'me <l d.- Mod»ne, cl la dernière, infaule d't's|iagn<'
^1 diichrsM de Parme. Il fit Ir rlicvolier dOrlénnt, un de ne» cnfaiii.K ^ '-prieur «le France, ei donna à un aiilrc de ne* hâlardn
' ' < II. ipii a |r rari:: dr duc il p.iir, puis ( .iiiilirai.
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sauvage et ayant ses lanlaisies. Elle aimait les chiens et les chevaux, passionnément la chasse et les spectacles , n'était jamais qu'en grand hahit ou en perruque d'homme, et en hahit de cheval, et avait plus de soixante ans que saine ou malade , et elle ne l'était guère, elle n'avait pas connu une rohe de chanihre. Elle aimait passionnément monsieur son fils, on peut dire follement le duc de Lorraine et ses enfants , parce que cela avait trait à l'Allemagne , et singuhèremenl sa nation et tous ses parents, qu'elle n'avait jamais vus. Elle passait sa vie à leur écrire. Elle s'était à la fin apprivoisée, non avec la naissance de madame sa hellefille , mais avec sa personne, qu'elle traitait fort hien dès avant le renvoi de Mme d'Argenton.
Mme la duchesse d'Orléans , qui avait heaucoup d'esprit et de toute sorte d'esprit, avait passé sa vie à tremhler devant le roi son père et Mme de Maintenon , et à se désoler de la conduite déréglée de son mari , sans rien faire pour le fixer auprès d'elle. Avec tout son esprit, elle était infatuée des chimères des hàtards , jusqu'à préférer leur rang au sien propre de petite-fille de France , et à prendre au fond du cœur le parti de M. du Maine contre monsieur son mari. Elle support a avec une admirahle patience les hauteurs de la duchesse de Bei-ry, qui se conduisit envers elle moins en fille qu'en fille de France, et (pii ajouta à rinfamie de
91 LL UKCEM 1:T LA COL 11 DE lUA.NCL,
SCS tlôbordoniLMils lo })lus i[uc scaiidiLloux cciaL dv Rcs (jucrclles avec inadamc sa mère.
Le caractère de Mme la duchesse de Berrv .i\ail déjà éclalé du vivaiil de sou uiari. Il avait rouiiueucé ,i\rc elle (oiume loiil prescjue luus ceux ([u'oii marie Ibrl jeimes cl loul ueuls. Il en ^'lail deveuu cNlrrincuieul amoureux, ce (jui, joiiil à sa douceur el à sa couijjlaisauce ualui'clle, lit aussi reiret ordinaire (|ui lui de la ^Aler ))arraileineut. Il uc lui pas lon^lemps sans s'en aperc(^- Niiir; mais ramoiii- l'ut jilus Torl (jue lui. Il li'ou\;i une lennue liaule, allièi'e, emporlée, iiu'apahie de relour, (|ui le méi)risait, cl (pii le lui laissait sentir, parce (|u'elle avait iuliiiiment plus d'esprit ([ue lui, et (lu'i'lle était de |)lus suprêmement lausse et parfaitement déteiininée. Ses j;;djmteries lurent si promptes, si rapides, si peu mesurées, (pi'il ne put se les cacher. Ses parlicidiers journaliers et sans lin avec M. ic duc d'Orléans, et où tout languissait pour le moins (piaiid il y était eu tiers, le niclt'iienl hors des ;:()nd<. Il \ col eulr<' eux des scrnes violentes et rcdnulilécs. La deiiiiéi-e, i|ui 5c pasSi'i îï li.uniHtuilIcI , par un tàclieux conti'clemps, attira un coup de pied d.uis le enl à )lnic la duchesse de herr\ , cl la ineiiiKc de l'eufiTnier dans im couNcnl pour le rcsie de sa sic, l'I il on était, (piand il lninit.i m.dade, à tourner %t}n cliapean autour du roi connue un eur.uil.
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pour lui dcclaiTr toutes ses peines et lui demander de le délivrer de Mme la duchesse de Berry. Ces choses en gros suffisent, les détails seraient et misérahles et affreux ; un seul suffira pour tous.
Elle voulut à toute force se faire enlever au milieu de la cour par La Haye , écuyer de M. le duc de Berry, qu'cîlle avait fait son chambellan. Les leltres les plus j^assionnées e.t les plus folles de ce projet ont été surprises, et d'un tel projet, le roi, son père, et son mari pleins de vie, on peut juger de la tète qui l'avait enfanté , et qui ne cessait d'en [)resser l'exécution. On en verra dans la suite encore d'autres. Elle sentit donc moins sa chute à la mort de M. le duc de Berry (pie sa délivrance. Elle était grosse, elle espérait un garçon, et ehe compta bien de jouir en plein de sa hberté , délivrée de ce ({ui lui avait attiré tant de choses fâcheuses du roi et de Mme de Maintenon, qui ne [)rendraient plus la même part dans sa conduite. Elle se sentit surtout émancipée à la mort du roi.
Après maintes passades, elle s'était tout de bon éprise de Riom, jeune cadet de la maison d'Aidie, (ils d'une sœur de Mme de Biron , (jui n'avait ni ligure ni esprit. C'était un gros garçon court, joufflu, |)àle, qui avec force boui'geons ne ressemblait pas mal à un abcès. Il avait de beUes dents, et n'avait j.nnais imaginé causeï- une passion qui en moins lie rien il('\int effrénée, el (jui dura toujours, saus
90 Li: lŒl.EM Li LA (ULll Dïù I JiA.NCE,
in'aninoiiis cmpCrlicr les passades ci les jl;uiïIs de Iraverse. H n'avait rien vaillanl, mais force IVères cl sœurs qui n'en avaient guère davantage. M. cl Mine de Pons, dame d'atours de Mme la duchesse de Berry, étaient de leurs jjarents, et de nic^nie province. Ils lirent venir ce jeune honnne (pii ('lait lieutenant de dragons, poiu* tâcher d'cMi faire (piehpic chose. A peine fut-il arrivé (pie le goût X' déclara, et <[u'il (lc\inl le maîti'c an Luxeuihourg. M. de Lau/un , dont il était ix'lil- Jieveu, en riait sous cape. Il élail i-;i\i, il se croNail renaître en Ini an Lnxeinhourg, du temps de Mademoiselle; il lui doiuiait des instructions.
Hiom élail doux et naturellement poli et respectueux, hou et honnête garçon. 11 sentit hienlot le |)ouvoir de ses charmes (pii ne pouvaient captiver (pie rincompréhensihle fantaisie déi)ravée d'une ])iincesse. Il n'en ahusa avec ])ers()ime, et se ht aimci" de tout le inonde par ses manières, mais il haila Miim; la duchesse de Herry comme M. dr Lauzuii avait traité Mademoiselle. Il fut hi«'nl(*»t paré des ])his helles dentelles et des pins riches liahits, [ilein d'argent, de hoiles, de joNanx cl de luerrerics. Il se faisait désirer, il se plaisait û donner de la jalousie à sa princesse, à en parrillre lui-même encore jdns jaloux. Il la laisail pleurer souvent. Peu à pen il la mit sur le pied de n'oser rien faire s'uis sa permission, non pas