SOLS LA MINORITE DE LOULS XV
niéino les cliosos les plus indifterentes. Tantôt prête (le sortir pour l'Opéra, il la faisait demeurer; d'autres fois il l'y faisait aller malgré elle. Il l'obligeait à faire bien à des dames qu'elle n'aimait point, ou dont elle était jalouse, mal à des gens qui lui plaisaient, et dont il faisait le jaloux. Jusqu'à sa parure, elle n'avait pas la moindre liberté. 11 se divertissait à la faire décoiffer ou lui faire changer d'habits quand elle était toute prête, et cela si souvent , et quelquefois si publiquement qu'il l'avait accoutumée à prendre le soir ses ordres pour la parure et l'occupation du lendemain, et le lendemain il changeait tout, et la princesse pleurait tant et plus. Enlin elle en était venue à lui envoyer des messages par des valets affldés, car il logea presque en arrivant au Luxembourg, et ces messages se réitéraient plusieurs lois pendant sa toilette, pour savoir quels rubans elle mettrait, ainsi de l'babit et des autres parures, et presque toujours il lui faisait porter ce qu'elle ne voulait point. Si quelquefois elle osait se licencier à la moindre chose sans son congé, il la traitait comme une seiTante, et les pleurs duraient quelquefois plusieurs jours. Cette princesse si superbe, et qui se plaisait tant à montrer et à exercer le plus démesuré orgueil, s'avilit à faire des repas avec lui et des gens obscurs, elle avec qui nul bomme ne pouvait manger s'il n'était prince du sang.
us l.i: HEGENT ET LA COru DE FRANCE,
(*ii jrsuitc» ({iii s'appelait le P. Hi^liM, (pil l'axait connuo enrant, ci cpii l'avait toujours c'uUivt''(* ilopuis, était nduiis dans ces ropas particuliers, sans qu'il on d'il lionle, ni (pie Mme la (lueliess(^ do lîerrv en lut eiuhîUTassée. Mme de Moucliy était la conlidente de tous ces étranges particuliers; elle et Kiom mandaient les convives, et choisissaient les jours. I^a Mouchy racconnnodait souvent sa princesse avec son amant, et en était niieux traitée ([u'elle, sans qu'elle osât s'en a})ei'cevoir, de crainte d'un éclat qui lui aurait l'ait pai'dic un amant si cher, et une conlidente si nécessaire. Cette vie était ])uhli(pie; tout au Luxembourg; s'adressait h M. de Kiom, (pii de sa paît avait j^rand soin d'y hien vivre avec tout le monde, même avec un air de respect qu'il refusait, même en public, à sa seule princesse. Il lui faisait devant le niondtî des réponses brus((ues (pii taisaient baisser les yeux aux spectateurs et rouifir cvm\ de Mme In duchesse de Herry, (|ui ne contraignait point s^'S manières soumises <'t passionnées pour lui devant les conqja^Miies. Le rare est que, parmi celle vie, elle prit un appartement aux (Carmélites du faubourg S<'iint-(«crmain dm clic allait (pichpuTois le» apn*»-dlnées , cl Icinjours coucher anv hoinio frics, el souvent y demeurait plusieurs jours de ftuite. VAW. n'y menait (|mc deux dames, raicmcnt Irois, presque point de domestiques: elle man;;eail
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aven ses dames de ce que le couvent lui apprêtait, allait au chœur ou dans une tribune à tous les oflices du jour, et fort souvent de la nuit; et outre les offices, elle y demeurait quelquefois en prières, et y jeûnait très-exactement les jours d'obligation.
La pem^ du diable la poussa enfin jusqu'à épouser secrètement Riom ; mais il est étrange que cette princesse si fière voulut à toutes forces déclarer ce beau mariage , et que le régent , qui ne savait rien lui refuser, y consentit. Elle mourut à Meudon comme la déclaration allait se faire. Elle était grosse de Riom pour la seconde fois.
Née avec un esprit supérieur, et quand elle le voulait également agréable et aimable, et une tigure qui imposait et qui arrêtait les yeux avec plaisir, mais que sur la fin le trop d'embonpoint gâta un peu, elle parlait avec une grâce singulière, une éloquence naturelle qui lui était j)articulière , et qui coulait avec aisance et de source , enfin une justesse d'expressions qui surprenait et charmait. Que n' eût-elle point fait de ces talents avec le roi et Mme de Maintenon, qui ne voulaient que l'aimer, avec Mme la duchesse de Bourgogne, qui l'avait mariée, et qui en faisait sa propre chose, et depuis avec un père régent du royaume, ([ui n'eut des yeux que pour elle, si les vices du cœur, de l'esprit et de l'àme, et le plus violent tempérament n'avaient tourné tant de belles choses
4 00 m: ni:r.ENT et i..\ corn de frange,
eu poison 11' pins (langiM'inix î L'oi-^ui'il \c |)lns dôincsuiv cl l.i laiissoté la plus (•onlinucllo, Hlo los prit pour lies vertus, dont ello se piqua toujours, et rirréligion dont elle croyait parer sonj esprit, mit le conil)le à tout le reste.
On a vu en plus d'un endroit ici son étrange conduite avec M. le duc de Berry ; son horreur pour une mère bAlarde; ses mépris pour un père qu'elle avait dompté; sa luiiiic déclarée pour tous ceux qui avaient contribué à son juariagc, parce que, disaitelle, il lui était insupportable d'avoii' obligation à quelqu'un ; ses grossières tr()nq)eries cl ses hauteurs; l'inégalité d'une conduite si peu d'accord avec elle-même; enfin jus(prà la honte de l'ivrognerie complèt(i et de tout ce qui accompagne la plus basse crapule en convives, en ordures et en impiétés. (M) a \ii (|iie, dès les jjremiers jours du maria;:e, i i 'oice du lempérament ne tarda pas à SI? déclarer, les indécences journalières en public, SOS courses après plusi(iurs jeunes gens avec peu ou point de mesure, et juscpTà (pielbis Jolies lut porté son abandon à l.a Ha\e, ensuite à Hiom.
Ce qui |)aiiil le plus e\lraoi-dinaire lut l'éton nanl conlrasli* d'im orgueil (jui la ])ortait sur l(»s nues, et de j.i débaucbe (pii la faisait manger nonsciilenient avec (piel(|ues gens d(; rpialilé, elle dont le rang ne soufTraii [)oint d'autres bonunes à sa Lible rpie des princes du sang, même en particulier
uiiiquenieiit et à des parties de campagne, mais d'y admettre le P. Rigiet , jésuite , qui en savait dire des meilleures , et d'autres espèces de canail les, qui n'auraient été admis dans aucune honnête maison , et souper souvent avec les roués de M. le duc d'Orléans , avec lui et sans lui , et se plaire à exciter leurs gueulées et leurs impiétés. Ce court crayon rappelle en peu de mots ce qu'on a vu épars ici plus au long, quoique écrit le plus succinctement qu'il a été possible , ^qui a montré jus- ([u'à quel point elle manquait de tout jugement et de tout hoimète et même naturel sentiment.
Parmi une dépravation si universelle et si pul)lique, elle était indignée qu'on osât en parler. Elle débitait hardiment qu'il n'était jamais permis de parler des personnes de son rang , non pas même de blâmer ce qui pouvait le mériter dans leurs actions les plus publi(jues, et qu'on aurait vues soi-même, combien moins de ce qui ne se passait qu'en particuher. C'est ce qui l'irritait contre tout le monde , connue d'un droit sacré violé en sa personne , le plus criminel manquement de respect, et le plus indigne de pardon.