LE ROI
Portrait de Louis XIV dans sa jeunesse.
Il ne faut point parler ici des premières années de Louis XIV. Roi presque en naissant', étouffé par la politique d'iuie mère qui voulait gouverner, plus encore par le vif intérêt d'un pernicieux ministre, qiù hasarda mille fois l'État pour son unique grandeur, et asservi sous ce joug tant que vécut ce premier ministre, c'est autant de relranché sur le règne de ce monarque. Toutefois il pointait sous ce joug. 11 sentit l'amour, il comprenait l'oisiveté comme l'ennemie de la gloire; il avait essayé de faibles parties de main vers l'un et vers l'autre; il eut assez de sentiment pour se croire délivré à la
1. Louis XIV, fils de Louis XIII et d'Anne d'Aulriciie, né en 1G38, lui eu 1G43, mort eu 1715.
î LOUIS \1V
inorl (le Mazaiin, s'il n'eut })as assez do force pour se délivrer plus UM. C'est ménie un des beaux endroits de sa vie, et dont le Iruit ;i été, du moins, de prendre cette maxime, cpie rien n'a |)u ébi'an- 1er dei)uis, d'ahliorier tout pi'emiei' nunisli'e , et non moins tout ecclésiasli([ue dans son conseil. Il en prit dès lors une autie, mais qu'il ne put soutenir avec la même iei'melé, parce qu'il ne s'aperçut prescpie pas, dans relïet, qu'elle lui échappât sans cesse : ce lut de [gouverner par lui-niônie, qui fut la chose dont il se picpia le plus, dont on le loua et le ll;dta davantaj^e , et (pi'il exécuta le moins.
Né avec un esprit au-dessous du médiocre, mais un esprit cajjahle de se l'ormer, de se liniei', de, se ral'liner, d'enqjrunter d'autrui , sans imitation cl sans {j^ène, il prolita iidiniment d'avoii- toute s<i vie vécu avec les personnes du monde (pii toutes en avaient Ir plus, et des plus diriérenles sortes, en hommes et en Icmiiies de tout û^e, de tout genre et de tout persoiniage. 11 aima la gloire, il voulut Tordie et la lè^le; il est né saj^e, modéré, secret, niailre de ses mon\rments et de sa lan^nie; le croiru-l-onï il était né hou et juste, et Dieu lui avait donné assez pour être un hou roi, et |»eiitèlre niênh; un assez grand roi. Tout Ir mal lui vint d'ailleurs. Sa première éducation lut tcllemeni abandonnée (pie personne n'osait approcher de
son appartement. On lui a souvent ouï parler de ees temps avec amertume , jusque-là qu'il racontait qu'on le trouva un soir tombé dans le bassin du jardin du Palais-Royal à Paris, où la cour demeurait alors.
Dans la suite, sa dépendance fut extrême. A peine lui apprit-on à lire et à écrire , et il demem-a tellement ignorant, que les choses les plus connues d'histoire, d'événements, de fortune, de conduite, de naissance, de lois, il n'en sut jamais un mot. 11 lond)a, par ce défaut, et quelquefois en public, dans les absurdités les plus grossières.
Ses ministres, ses généraux, ses maîtresses, ses courtisans s'aperçurent bientôt, après qu'il fut le maître, de son faible plutôt que de son goût pour la gloire. Ils le louèrent à l'envi et le gâtèrent. Les louanges, disons mieux, la flatterie lui plaisait à tel point que les plus grossières étaient bien reçues, les plus basses encore mieux savourées. Ce n'était que par là qu'on s'approchait de lui, et ceux qu'il aima n'en furent redevables qu'à heureusement rencontrer, et à ne se jamais lasser en ce genre. C'est ce qui donna tant d'autorité à ses ministres, par les occasions continuelles qu'ils avaient de l'encenser, surtout de lui attribuer toutes choses, et de les avoir apprises de lui. La souplesse, la bassesse, l'air admirant, dépendant, ranq)ant, plus que tout, l'air de néant shion par
lui, l'taiciil 1rs uniques \()i('s de lui i)laiiv. Wniv |K'U (ju'ou s'en écarlàl , on u'n rovenail plus, cl c'est ce (jui acheva la ruine de Louvois.
Ce poison ne lit (pie s'élendi'c. Il parvint jus([u'à un coudde incro\able dans un [)iince (pii n'était pas dépourvu d'espiit et (jui avait de rcxpérience. Lui-niènie, sans avoir ni voix, ni musique, cliantail dans ses particuliers les endroits les plus à sa louani^'^e des prolo-iues des opéras. On l'y vo\;iit baigné, et jusfpuï ses soupers })ublics au grand couvert, où il y avait quehpieCois des violons, il chantonnait entre ses dents les mêmes louanges quand on jouait les airs (pii étaient faits dessus.
De lace désir de gloire (pii l'ariachait par intervalles à ranioui*: de là cette laciUlé à Louvois de Ten^s'iger en de grandes guerres , tantôt pour culbuter Colherl, tantôt poui* se maintenir ou s'accroître, et de lui |)ersuadei' en même temi)S qu*il était pins grand capitaine (pTaucun de ses généraux , el pour les projets et |)our les exécutions, en (pioi les généraux l'aidaient eux-mêmes pour phiiie au ru\. Je dis les Condé, les Turenne, (.'t à plus l'orte raison tous ccu\ (pii leur ont succédé. 11 s'appropriait tout avec une facilité et une complaisance en lui-même admirables, et se cro\ail Ici (pi'ils le dépei^inaient en lui parlaid. De là ce; goût de revno, rpTii poussa si loin «pir* Irs i nncniis rappel:ii<-id • le roi des roues, » ce j:oùl des sièges poiii v
montrer sa bravoure à bon marché, s'y faire retenir à force, étaler sa capacité, sa prévoyance, sa vigilance, ses fatigues, auxquelles son corps robuste et admirablement conformé était merveilleusement propre, sans souffrir de la faim, de la soif, du froid, du cbaud, de la pluie, ni d'aucun mauvais temps. Il était sensible aussi à entendre admii*er, le long des camps , son grand air et sa grande mine, son adresse à cheval et tous ses travaux. C'était de ses campagnes et de ses troupes qu'il entretenait le plus ses maîtresses, quelquefois ses courtisans. Il parlait bien, en bons termes, avec justesse; il faisait un conte mieux qu'homme du monde, et aussi bien un récit. Ses discours les plus communs n'étaient jamais dépourvus d'une naturelle et sensible majesté.
Son esprit, naturellement porté au petit, se plut en toutes sortes de détails. Il entra sans cesse dans les derniers sur les troupes. Habillement, armements, évolutions, exercices, discipline, en un mot, toutes sortes de bas détails. Il ne tarissait pas non plus sur ses bâtiments, sa maison civile, ses extraordinaires de bouche; il croyait toujours apprendre quelque chose à ceux qui en ces geiu'cs-là savaient le plus, cl qui de sa part recevaient en novices des leçons qu'ils savaient par cœur il y avait longtemps. Ces pertes de temps, qui paraissaient au roi avoir tout le mérite d'une appli-
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ration ronlinnollo, (''l.uciil \c liioinplio (1(^ sos niinislres, qui, iwcc un peu d'ail cl (rt'vpôrioncc à le lnurner, laisaicnt \on\y ronnnr de lui co qu'ils vnuaiont eux-mêmes, cl conduisaionl \c grand selon leurs vues, el tiop souvent selon leur intérôt, tandis (pi'ils s'applaudissaient de le voir se noyer dans ces détails.
C'est donc avee grande raison qn'on doit déplorer avec larmes l'horreur d'une éducation nnicpicment dressée pour étouffer l'esprit et le canu* de ce prince, le poison abouiinable de la flatterie la plus insigne qui le déifia dans le sein même du christianisme, el la cruelle politique de ses ministres qui l'enferma, et qui pour leur grandeur, leur puissance et leur fortune l'enivrèrent de son autorité, do sa grandcui-, de s;i gloire jusqu'à le corrnnqirc, et à étoufTei* en lui, sinon toute la honlé, l'écpiilé, le désir de counaîtie la vérité (pic Dieu lui avait donné, au moins l'énioussèrent prcscpic cnticremenl, et enq)échci'cnt sans cesse (ju'il ne fil aurnii usage de ces veiMus; dont son lONannic cl Jui-méme fiu*cnl les victimes.
De ces sources étrangciTS el pcslilculicllcs lui vint lin Ici orgueil, (juc vr n'csl point tr(q) de dire rpie, sans la crainte du diahltî (pie Dieu lui laissa jus(pic dans ses plus grands désordres, il se seiail fait adorer, et aurait trouvé des adoivilem's, témoin entnî autres ces monuments si outrés, pour eu
parler môme sobrement, sa statue de la place des Victoires, et sa païemie dédicace où j'étais, où il prit un plaisir si exquis , et cet orgueil en tout le reste qui le perdit, dont on a vu tant d'effets funestes.
Détails d'intérieur. — Le roi dans sa famille et dans ses parUculiers.
Jamais homme si naturellement poli, ni d'une politesse si fort mesurée, si fort par degrés, ni qui distinguât mieux l'âge, le mérite, le rang, et dans ses réponses quand elles passaient le « Je verrai, » et dans ses manières. Exact aux heures qu'il donnait pour toute sa journée, une précision nette et courte dans ses ordres. Si dans les vilains temps d'hiver qu'il ne pouvait aller deliois, il arrivait qu'il passât chez Mme de Maintenon un quart d'heure plus tôt qu'il n'en avait donné l'ordre, ce qui ne se présentait guère, et que le capitaine des gardes en quartier ne s'y trouvât pas, il ne manquait point de, lui dire après que c'était sa faute à lui d'avoir prévenu l'heure , non celle du capitaine des gardes de l'avoir manquée. Aussi, avec cette règle, qui ne manquait jamais, était-il servi avec la dernière exactitude, et elle était d'une commodité infinie pour les courtisans.
Il traitait bien ses valets, surtout les inférieurs. C'était parmi eux qu'il se sentait le phis à son aise.
L't (ju'il se communiqua il \c i>Uis ramili(''romont , surtout aux principaux. Leur aniilic et leur aversion a souvent eu de grands elTets. Ils étaient sans cesse à portée de rendre de bons et de mauvais oflices ; aussi faisaient-ils souvenir de ces puissants alîranchis des empereurs romains, à qui le sénat cl les grands de l'empire faisaient leur cour cl ployaient sous eux jivec bassesse. Ceux-ci , dans tout ce règne, ne furent ni moins comptés ni moins courtisés. Les ministres mémo les plus puissants les ménageaient ouvertement; et les princes du sang, jusrpraux bâtards, sans parler de tout ce qui est inférieur, en usaient de môme. Les cbarges des premiers genlilslionuiies de la cliandjre furent i)lus qu'obscurcies par les premiers valets de cband)re, et les grandes cbarges ne se soutinrent (jue dans la mesure que les valets de leur dépendance ou les petits officiers très- subalternes approcbaient nécessairement plus ou moins du roi. L'insolence aussi était grande dans la j)biparl d'eux, et telle (pi'il fallait savoir l'évilci' , nii la suiiporler avec patience.
Ia* roi voy.'igeait toujours son carrosse plein de f«'nniies : ses maîtresses, après ses bâtardes, ses belles-tilles, (piebpicfois Madame, et des dames (piand il y avait place. Ce n'était cpie jjour les rendez-vous de cbass*', les voyages de; Fonliiinebleau, lie Clianlilly , de Conqûègiic , et les vrais voyages ,
que cela était ainsi. Pour aller tirer, se promener, ou pour aller coucher àMarlyou àMeudon, il allait seul dans une calèche. Il se défiait des conversations que ses grands officiers auraient pu tenir devant lui dans son carrosse ; et on prétendait que le vieux Charost, qui prenait volontiers ces tempslà pour dire Lien des choses, lui avait fait prendre ce parti, il y avait plus de quarante ans. Il convenait aussi aux ministres, qui, sans cela, auraient eu de quoi être inquiets tous les jours, et à la clôture exacte qu'en leur faveur lui-même s'était prescrite, et à laquelle il fut si exactement fidèle. Pour les femmes, ou maîtresses d'ahord, ou filles ensuite, et le peu de dames qui pouvaient y trouver place, outre que cela ne se pouvait empêcher, les occasions en étaient restreintes à une grande rareté, et le bahil fort peu à craindre.
Dans ce carrosse, lors des voyages, il y avait toujours de toutes sortes de choses à manger : viandes, pâtisseries, fruits. On n'avait pas sitôt fait un quart de lieue que le roi demandait si on ne voulait pas manger. Lui jamais ne goûtait à rien entre ses rei)as, non pas même à aucun fruit, mais il s'amusait à voir manger , et manger à crever. II fallait avoir fabn, être gaies, et manger avec apl)élit et de bonne grâce, autrement il ne le trouvait pas bon, et le montrait même aigrement : on faisait la mignonne , on voulait faire la délicate , être
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(lu bel air; ot cola ir(Mni)0('liait pas que les mômos damrs ou i)rincos:^os (jiii soii[)ai(Mit avec (raulres à sa lahle \c nirinc jour ne lusscul obligées, sous les ni(>nies peines, d'y faire aussi bonne contenance que si elles n'avalent nianp:é de la journée. Avec cela, d'aucuns besoins il n'en l'allait point parler, outre que pour des l'enunes ils auraient été trèsen i barra ssants avec les délacbenients de la maison (lu loi et les gardes du corps devant et derrière le carrosse, et les officiers et les écuyers au\ [)()rtières, (pii r.iisai(Mit une poussière qui dévorait tout ce (jui rlail dans le carrosse. Le roi, (pii aimait l'iiir, en Mjulail toutes les glaces baissées, et aurait trouvé fort mauvais (juc (lucbiuc dame eut tiré le rideau contre le soleil, le vent ou le l'ioid. Il ne fallait sculemeid jias s'en apercevoir, ni d'aucune autre sorte d'incommodité : on allait toujours e\- Irémement vite, avec des relais le plus ordinairement. Se ti-ou\ cr mal était nn déméiitc à n'\ pins revenir.
J'ai oui conter à l.i duchesse de Clievrense, (\\w. le roi a toujours foit aimée et distinguée, et (pi'il a, tant (pi'elle l'a pu, \onlu avoir toujours dans ses voyages et dans ses |)artieidiers, (prallaiil dans son carrosse avec lui de Versailles à Fontainebleau, il lui prit au bout de dinx lieues un de ces besoins pressants aux(piels on ne eroil p.is poinoir lésisler. Ix* voyage èUiil tout de suite, ei le roi .inri.i en
ET SA COUR. il
cl)cniin pour dîner sans sortir do son carrosse. Ces l)esoins, qui redoublaient à tous moments, ne se faisaient pas sentir à propos, comme à cette dînée, où elle eût pu descendre un moment dans la maison vis-à-vis. Mais le repas, si ménagé qu'elle le put faire, redoubla l'extrémité de son état. Prête par moments à être forcée de l'avouer et de mettre pied à terre , prête aussi très-souvent h perdre connaissance , son courage la soutint jusqu'à Fontainebleau où elle se trouva à bout. En mettant pied à terre, elle vit le duc de Beauvillier, arrivé de la veille avec les enfants de France, à la portière du roi. Au lieu de monter à sa suite, elle prit le duc par le bras, et lui dit qu'elle allait mourir si elle ne se soulageait. Ils traversèrent un bout de la cour ovale, et entrèrent dans la chapelle de cette cour, qui heureusement se trouva ouverte , et où on disait des messes tous les matins. La nécessité n'a point de loi; Mme de Chevreuse se soulagea pleinement dans cette chapelle, derrière le duc de Deauvillier qui en tenait la porte. Je rapporte cette misère pour montrer quelle était la gêne qu'éprouvait journellement ce qui approchait le roi avec le plus de faveur et de privancc , car c'était alors l'apogée de cehe de la duchesse de Chevreuse. Ces choses qui semblent des riens, et (pii sont des l'iens en effet, caractérisent trop pour les omettre. Le roi avait quelquefois des besoins, et ne se cou-
il LOUIS XIV
Irai-mail pas (1(^ iiK'lh'c i)i(.Hl ù torro. Alors l(^s liâmes ne l)()ii;^( aiciil ilo carrosse.
Mme (le Mainteiion, (jui ( rai;^nalt fort l'air cl bien d'autres ineommodités, ne put «iatiner là-dessus aueun pi'ivilépe. Tout ce ([uelle obtint, sous prétexle de modestie el d'autres raisons, lui de voyafrei" à jwut ; mais, en (juebpie étal (fuelle iiit, il fallait mareliei", et sui\re à point nonnné, et se trouver arrivée et rangée avant que le roi entrât chez elle. Klle lit bien d(îs voyages à Marly dans un élat à ne pas l'aire niarclier une servante. Elle en lit un à Fontainebleau (ju'on ne savîiit pas véritablement si elle ne mourrait pas en cbcniin. En (piel- (juc étal (pi'elle IVit, le roi allait eliez elle à son lieure ordinaire, el y faisait ce (|u'il avait projeté; tout au plus elle était dans son lit, })lusieurs fois y suant I.i lièvre à grosscîs gouttes. I^e l'oi (pii, conmie on l'a dit , aimait l'air, el (jui craignait le cliaud dans les cbambies, s'étonnait en airiNant de trouver tout f.'rmé, et taisait ouvrir les fenêtres, el n'en rnbaltait rien, (pioi(pi'il la vît dans cet étal, cl jusrju'â dix lieures qu'il s'en allait souper, et «ins considération pour la Iraîclieur de la miit. S'il devait y avoir nMisi(|ue, la lièvre, le mal de Iclc n'eininV-baient rien; <t cent bougies daus les yciix. Ainsi le roi allait toujours son train, sans hii demander Jamais si elle inu était point iiicouiniodée.
Mme kl dachesse de Bourgogne était grosse; elle était fort incommodée. Le roi voulait aller à Fontainel)leau contre sa coutume, dès le commencement de la l)elle saison, et l'avait déclaré. Il voulait ses voyages de Marly en attendant. Sa petitefille l'amusait fort, il ne pouvait se passer d'elle, et tant de mouvement ne s'accommodait pas avec son état. Mme de Maintenon en était inquiète, Fagon en glissait doucement son avis. Cela importunait le roi, accoutumé à ne se contraindre pour rien, et gâté pour avoir vu voyager ses maîtresses grosses, ou à peine relevées de couches, et toujours alors en grand habit. Les représentations sur les 3[arly le chicanèrent sans les pouvoir rompre* Il différa seulement à deux reprises celui du lende-' main de la Quasimodo, et n'y alla que le mercredi de la semaine suivante, malgré tout ce qu'on put dire et faire pour l'en empêcher, ou pour obtenir que la princesse demeurât à Versailles.
Le samedi suivant, le roi se promenant après sa messe , et s'amusant au bassin des carpes entre le château et la perspective, nous vhncs venir à pied la duchesse du Lude toute seule, sans qu'il y eût aucune dame avec le roi, ce qui arrivait rarement le matin. Il comprit qu'elle avait quelque cliose de pressé à lui dire, il fut au-devant d'elle, et quand il en fut à peu de distance, on s'arièta, et on le laissa seul la joindre. Le lète-à-lèle ne fut
pas lon^. Klli' s'rii rcloiirna, cl lo roi revint vers nous, et jusque près des earpes sans mot dire. Cliaeun \it liicii de ([uoi il élait cpieslion, et personne ne se pressait de [larier. A la fin le roi arrivant tout auprès du bassin, regaida ee qui élait là de plus [)rineipal, et sans adresser la parole à personne, dit d'un air de déi)il ces seules paroles : « La duehcsse de Bourgoj^ne est blessée. » Voilà M. de La Hoelielbucauld à s'exclamer, M. de Bouillon, le duc de Tresme et le maréchal de Houlilers à ré[)éter à basse note, puis M. de La Kocliefou<-auld à se récriei' plus fort que c'était le })lus g:rand inallieur du monde , et cpuî s'élanl déjà blessée d'aulres lois, elle n'en auj'ait peut-èlre plus. « Eli! (piand cela serait, interrom[)it le roi tout d'un coup avec colère, «jui jus([ue-là n'avait dit mot, «pi'cst-cc (pic cela me rei'ait!' Kst-ce qu'elle n'a pas déjà un lils.'' cl quand il Jiioinrail, est-ce que le duc «le \\r\\\ n'est pas en àjie de se niaiicr cl d'en avoir.'' cl (pic m'imporlc (pii me succède des uns ou des autres 'if Ne sonl-ce pas également mes pelils-lils'/ •» Lt tout de suite avec iiii|»cluosilé : M I)ien merci, elle ejit blessée, puis(|u'eiic avait à l'èlre, et je n(! serai plus coiihaiié dans mes voyages et dans loiil ce (pie j'ai en\ie de làii'c piu' les représentalions des médecins et les raisonnenienU des matrones. J'irai et reviendrai à ma fan- Uiisie, cl on me laissera eu repos. « Lu silence à
ET SA COUR. do
entendre une fourmi marclier suceéda à eetle espèce de sortie. On baissait les yeux , à peine osaiton respirer. Chacun demeura stupéfait. Jusqu'aux gens des bâtiments et aux jardiniers demeurèrent immobiles. Ce silence dura plus d'un quart d'heure. Le roi le rompit, appuyé sur la balustrade, pour pai'ler d'une carpe. Personne ne répondit. Il adressa après la parole sur ces carpes à des gens des bâtiments qui ne soutinrent pas la conversation à l'ordinaire; il ne fut question que de carpes avec eux. Tout fut languissant, et le roi s'en alla quelque temps après. Dès que nous osâmes nous regarder hors de sa vue, nos yeux se rencontrant se dirent tout. Tout ce qui se trouva là de gens furent i)Our ce moment les conddents les uns des autres. On admira, on s'étonna, on s'afdigea, on haussa les épaules. Quelque éloignée que soit maintenant celte scène, eUe m'est toujours également présente. M. de La Rochefoucauld était en furie, et pour cette fois n'avait pas tort. Le prcjuier écuser en pâmait d'effroi; j'examinais, moi, tous les personnages des yeux et des oreilles , et je me sus gré d'avoir jugé depuis longtemps que le roi n'aimait et ne conq)tait que lui, et était à soimême sa fin dernière. Cet étrange propos retentit bien loin au delà de Marly.
^g LOUIS MV
Fasle el dépenses du roi.
11 aiu.a ru tout la splciuU'ur , U nu.gniliceiuc , la profusion. Ce goùl il le tourna en maxune par p„lili.p,o , et l'inspira en tout ù sa cour. Celait lu, plaire que de s'y jeter en table, en habits, eu ùiiuipages , en bâtiments, en jeu. C'étaient des occa-^ions pour qu'il parlât aux gens. Le fond était .pi-il tendait et parvint par là à épuiser tout le monde en incitant le luxe en honneur, et pour certaines parties eu nécessité. 11 réduisit amsi peu à peu tout le monde à dépendre entièrement de SOS iiientaits p..ur subsister. Il y trouvait encore la satisfaction de son orgueil par une cour superbe en (oui. et pur une plus grande confusion (pu anéantissait de plus en plus les distinclions naturelles. ,
C'est une plaie ipii , une fois inlroduilc, est Uevenue le amccr intérieur qui ronge tous les partieiiliers, parce .pie de la cour il s'est promptemeiit eominuniqué il l'aris et dims l(-s provinces el les armées, où les gens en .pi-'l-iue pla<.^ ne sont comptés (pi'à proportion de leur table et de riu iMacnilieeiiee, depuis cell,' malheureuse inlroducli„n qui ronge tous l.'s parlieuliers, ciui force ceux d'un étal ii pouvoir >oler à ne s'y pas épargli.i', la plupart dans la nécessité de soutenir 1. mi .lépensc. Ll de lii la coiiluiion des états, que lorgucd et
jusqu'à la bienséance entretiennent, qui par la folie du gros va toujours en augmentant, dont les suites sont infinies , et ne vont à rien moins qu'à la iniinc et au renversement général.
Rien , jusqu'à lui , n'a jamais approché du nombre et de la magnificence de ses équipages de chasse et de toutes ses autres sortes d'équipages. Ses bâtiments , qui les pourrait nombrer? En même temps, qui n'en déplorera pas l'orgueil, le caprice, le mauvais goût? Il abandonna Saint-Germain, et ne fit jamais à Paris ni ornement ni commodité , que le Pont-Royal , par pure nécessité , en quoi , avec son incomparable étendue, elle est si inférieure à tant de villes dans toutes les parties de l'Europe.
Lorsqu'on fit la place de Vendôme , elle était carrée. M. de Louvois en vit les quatre parements bâtis. Son dessein était d'y placer la bibhotlièque du roi, les médailles, le balancier, toutes les académies , et le grand conseil qui tient ses séances encore dans une maison qu'il loue. Le premier soin du roi, le jour de la mort de Louvois, fut d'arrêter ce travail, et de donner ses ordres pour faire couper à pans les angles de la place , en la diminuant d'autant , de n'y placer rien de ce qui y était destiné, et de n'y faire que des maisons, ainsi qu'on le voit.
Saint-Germain , lieu unique pour rassembler les 34 h
i8 LOUIS XIV
inervoillrs de la viio , rimmcnsc plain-piod (rune forOl loule joiyiiaïUo , imiciiic encore par la boaiilc de ses arbres, de son leiraiii, de sa situation, l'a- >antaj.^e et la facilité des eaux de source sur celte élévalicai, les agréments admirables des jardins, des hauteurs et des terrasses, ((ui les unes sur les autres se ])ouvaient si «liscnient cojiduire dans toute l'étendue (ju'un aiirail voulu, les cbarnies et les conunodités de la Seine : enlin , une ville toute fahe et que sa i)osition enti'ctenait par elle-niénie : il l'abandonna pour Versailles, le plus triste et le plus inyi'al de Ions les lieux , sans vue, sans bois , sans eau, sans Icire, parce que tout y est sable mouvant on marécage, sans air, i)ar consé(tuent (pii ne peut être bon.
Il se plut à t\iiinnis(M" la nature, à la dompter î\ force d'art et de trésors. 11 > bâtit tout l'un après l'autre, sans dessin f^énéi al ; le beau et le \ilain furent cousus cnscMuble, 1(.' vaste cl réli;m<;lé. Son appartement et celui de la reine y ont les deiniéres incommodités , avec les vues des cabincîts et de tout ce cpii est derrière les plus obscmes, les plus enfermées, les pins puantes. Les jardins dont la ma;inilicence éloime, mais dont le jjIus léger usage rrbule , sont d'aussi mauvais goût. On n'y est conduit dans la fraiclicur de l'ombre (pie j)ar iuk; vaste zone lorride, an boni de Kupielle il n'y a j>liis , ou ijuoi que ce soit, on (ju'a uionlei' et à descendre;
et avec la colline, qui est fort courte , se terminent les jardins. La recoupe y brûle les pieds, mais sans celle recoupe on y enfoncerait ici dans les sables , et là dans la plus noire fange. La violence qui y a été faite partout à la nature repousse et dégoûte malgré soi. L'abondance des eaux forcées et ramassées de toutes parts les rend vertes , épaisses , bourbeuses ; elles répandent une bumidité malsaine et sensible , une odeur qui l'est encore plus. Leurs effets, qu'il faut pourtant beaucoup ménager , sont incomparables ; mais de ce tout , il résulte qu'on admire et qu'on luit. Du côté de la cour, l'étranglé suffoque, et ses vastes ailes s'enfuient sans tenir à rien. Du côté des jardins, on jouit de la beauté du tout ensemble, mais on croit voir un palais qui a été brûlé, où le dernier étage et les toits manquent encore. La cbapelle qui l'écrase , parce que Mansart voulait engager le roi à élever le tout d'un étage, a de partout la triste représentation d'un immense catafalque. La maind'œuvre y est exquise en tous genres, l'ordonnance mille; tout y a été fait pour la trijjune , parce que le roi n'allait guère en bas, et celles des côtés sont inaccessibles, par l'unique défilé qui conduit à cliacune. On ne Unirait point sur les défauts monstrueux d'un palais si immense , et si innnensément clier, avec ses accompagnements qui le sont (Micorc davantage.
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()ranjî«Mi(\ potagers, cluMiils, grandes ci potiles (Viirifs paivillos, coiiilnun prodigieux; enliii ime ville entière où il n'y in.iil (in'nii très-misérable cabaret, nii moulin à vent, et ce petit château de cartes q\U) Louis XIII y avait l'ait i)our n'y plus coucher sur la paille, (pii n'ét;ùl que la contenance élroile et basse autour de la cour de marbre, qui en faisait la cour, et dont le bâtiment du fond n'avjlit (pie deux courtes et petites ailes. Mon i)ère Ta vu et y a couché maintes fois. Encore ce Vei'siiilles de Louis XIV, ce chef-d'œuvre si ruineux et do si mauvais goût, et où les changements entiers (les bassins et des bosqncts ont enterré tant d'or qui ne peut i)araîti"e, n'a-t-d pu être achevé.
Trianon, dans ce même parc , et à la poiMe de Versailles, d'abord maison de porcelaine à aller faire des collations, agrandie après |)our y pouvoir couclicr, entin palais de marbre, de .jasp(.' et de pr)rphyre avec des jai'dins délicieux ; la niénag^erie vis-à-vis, de l'autre coté de la croisée du canal de Vci*saillcs, toute de riens exquis, et garnie de toutes sortes crcspèccs de bétes à deux et à quatie pieds les plus rares; enfin Clagny, bâti pour Mme de Monles|)an en son propn», passé au duc du Miiinc;, nu bout (!(• Versailles, cliàteau su[)erbe avec ses eaux, ses jardins, son paie; des aqueducs digmes des Uomains de tous les côtés, l'Asie ni ranti([uité n'offrent rien de si vaste, de si ninlti|>lié, de si Ira-
vaille, de si superbe, de si rempli de monuments les plus rares de tous les siècles, en marljres les l)lus exquis de toutes les sortes , en bronzes , en peintures, en sculptures, ni rien de si achevé.
Mais l'eau manquait quoi qu'on pût faire , et ces merveilles de l'art en fontaines tarissaient , comme elles font encore à tous moments , malgré la prévoyance de ces mers de réservoirs qui avaient coûté tant de millions à établir et à conduire sur le sable mouvant et sur la fange. Qui l'aurait cru? ce défaut devint la ruine de l'infanterie. Mme de Maintenon régnait, on parlera d'elle à son tour. M. de Louvois alors était bien avec elle, on jouissait de la paix. Il imagina de détourner la rivière d'Eure, entre Chartres et Maintenon , et de la faire ^enir tout entière à Versailles. Qui pourra dire l'or et les hommes que la tentative obstinée en coûta pendant plusieurs années, jusque-là qu'il fut défendu, sous les plus grandes peines, dans le camp ({u'on y avait établi et qu'on y tint très-longtemps, d'y parler des malades, surtout des morts, que le rude travail et plus encore l'exhalaison de tant de terres remuées tuaient? Combien d'autres furent des années à se rétablir de cette contagion ! Combien n'en ont pu reprendre leur santé pendant le reste de leur vie ! Et toutefois non-seidement les officiers particidiers , mais les colonels, les brigadiers, et ce qu'on y employa d'ofliciers généraux, n'avaient
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pns, (lucls ({u'ils riissont, la lil)orlc de s'en al)sciilcr un quart (riiourc, ni de nianciuor eux-niômes un quart d'heure de service sur les travaux. La guerre enliri les interrompit en 1G88, sans qu'ils aient été repris depuis ; il n'en est resté que d'informes monuments (pii ét(M*niseront celte cruelle folie.
A la lin, le roi, lassé du beau et de la ioule, se |>ersnada (pi'il voidait quehpiefois du petit et de la solitude, il chercha autour de Vei'sailles de quoi satisfaire ce nouveau ^^nlt. Il visita plusieurs endroits, il parcourut les coteaux qui découvrent Saint-Germain et cette vaste plaine qui est au l)as, où la Seine ser|)ente et arrose tant de gros lieux cl de richesses eu (juillaiil Paiis. On le pressa de s'arrétrr à Lucienne, où Cavoie eut depuis une maison dont la vue est enchantée, mais il répondit que celle lieureuse situation h ruinerai!, cl (pie, comiru! il voulait un rien, il voulait aussi une situation (pii ne lui permit pas de songer à y rien faire.
Il trouva derrière Lucienne un vallon élioil, profond, à hords escarpés, inaccessihie par ses marécages, s'ins aucmie vue, eid'ermé de. collines de toutes paris, extrêmement à l'étroit, avec im méchant village sur Ut petichanl d'une de ces collin(îS (jui s'apjK'Iait Marly. Cette cl(jtur(î sans vue , ni moyen d'en avoir, lit tout son méiite. L'étroit (hi vallon r)ù on ne se pouvait clr-ndre y en ajoiila bciiucoup. il crut thoisir un juinistre, un favori, un
génôral d'armée. Ce fat un grand travail que de dessécher ce cloaque de tous les environs qui y jetaient toutes leurs voiries, et d'y apporter des terres.
Ce n'était que pour y coucher trois nuits du mercredi au samedi , deux ou trois fois l'année , avec une douzahie au plus de courtisans en charges les plus indispensahles.
Peu à peu l'ermitage fut augmenté , d'accroissements en accroissements les collines taillées pour faire place et y bâtir, et celle du bout largement emportée pour donner au moins une échappée de vue fort imparfaite. Enfin, en bâtiments, en jardins, en eaux, en aqueducs, en ce qui est si connu et si curieux sous le nom de machine de Marly, en parc, en foret ornée et renfermée, en statues, en meubles précieux, Marly est devenu ce qu'on le voit encore, tout dépouillé qu'il est depuis la mort du roi. En forets toutes venues et touffues qu'on y a api)ortées en grands arbres de Compiègne, et de bien plus loin sans cesse, dont plus des trois quarts mouraient, et qu'on remplaçait aussitôt ; en vastes espaces de bois épais et d'allées obscures , subitement changées en immenses pièces d'eau où on se promenait en gondoles , puis remises en forets à n'y pas voir le jour dès le moment qu'on les plantait (je parle de ce que j'ai vu en six semaines) ; en bassins changés cent fois ; en cascades de même à
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ligures successives et toutes tlilTé rentes ; en séjonrs de ciirpes , ornés de dorures et de peintiu'es les plus exquises, à peine achevées, rechangées et rétahUcs autrement par les mêmes maîtres, et cela une inlinilé de l'ois ; cette prodij^ieuse machine dont on vient de parler avec ses immenses aque- (hics, ses conduites et ses réservoirs monstrueux, uni(|uement consacrés à Marly sans plus porter d'eau à Versailles; c'est peu de dire que Versailles tel qu'on l'a vu n'a pas coûté Marh .
Que si on y ajoute les dépenses de ces continuels voyages, qui devinrent enlin au moins égaux aux séjours de Versailles, souvent i)resque aussi nnudjreux, et tout à la (in de la vie du roi le séjour le phis ordinaire, on ne dira point trop sur Marly seul en comptant par milliards.
Telle fut la fortune d'un repaire de ser|)ents et de charognes, de crai)auds et de grenouilles , uniquement choisi pour n'y i)ouvoir dépenser. Tel fut le mauvais goût du roi en toutes choses, et ce plaisir superi)e de forcer la nature, que ni la guérie la plus pesante, ni la dévotion ne purent émousser.
Politique de Louis XIV.
On a \u Louis XIV grand, riche, concpiérant, arbitre de l'Europe, redouté, admiré tant (ju'ont duré les ministres et les caj)itaines (jui ont vérita-
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])lcincnt mérité ce nom. A lem* lin , la macliine a roulé quelque temps encore, d'impulsion, et sur leur compte. Mais tôt après, le tuf s'est montré, les fautes, les erreurs se sont multipliées, la décadence est arrivée à grands pas , sans toutefois ouvrir les yeux à ce maître despotique si jaloux de tout faire et de tout diriger par lui-même, et qui seudjlait se dédommager des mépris du dehors par le tremblement que sa terreur redoublait au dedans. Prince heureux s'il en fut jamais en ligure unique , en force corporelle , en santé égale et fcnue, et presque jamais interrompue, en siècle si fécond et si libéral pour lui en tous genres qu'il a pu en ce sens être comparé au siècle d'Auguste ; en sujets adorateurs prodiguant lem's biens, leur sang, leurs talents, la plupart jusqu'à leur réputation, quelques-uns même leur honneur, et beaucoup trop leur conscience et leur religion pour le servir, souvent même seulement pour lui plaire. Heureux surtout en famille s'il n'en avait eu que de légitime ; en mère ^ contente des respects et d'un certain crédit ; en frère ' dont la vie anéantie par de déplorables goûts , et d'ailleurs futile par ellemême, se noyait dans la bagatelle, se contentait d'argent, se retenait par sa propre crainte, et par celle de ses favoris, et n'était guère moins bas