‹ Le cardinal RichelieuChapitre 31 sur 41 · SOLS LA MINORITÉ DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

SOLS LA MINORITÉ DE LOUIS XV

ils n'avaient pas un instant à perdre pour exécuter tout ce qui pouvait être en leur possibilité, et tenter même l'impossible qui réussit quelquefois et qu'il faut toujours liasarder dans des cas désespérés, tels que celui dans lequel ils se rencontraient.

M. le duc d'Orléans trouva que ce serait en effet tout le meilleur parti , mais il insista sur la qualité de Mme du Maine, moins, je pense, en effet, que l)Our faire parler le fils de son frère. Ce doute réussit fort bien par la liaine qu'il portait personnellement à sa tante et à son mari, et qu'il faut avouer (]ne tous deux avaient largement méritée, et par la nature aussi de l'affaire qui allait à boideverser l'Élat, et les renonciations qui délivraient sa branche à son tour de l'aînesse de celle d'Espagne. M. le Duc répondit à l'objection proposée que ce serait à lui à la faire, mais que, loin de trouver qu'elle dût arrêter, c'était une raison de plus pour se hâter d'exécuter; que ce ne serait pas la première ni peut-être la vingtième fois qu'on eût arrêté des princes du sang; que plus ils étaient grands et naturellement attachés à l'État par leur naissance , plus ils étaient coupables quand ils s'en prévalaient pour le troubler, et qu'il n'y avait à son sens rien de plus pressé que d'étourdir leurs complices par un coup de cet éclat et les privci* subitement de toutes les machines que la rage et resi)ril du mari cl de la fehnne savaient remuer;

Je louai t'orl la ilioiUuv, l'allaclieinonl cl le j^raiid sens de l'avis de M. le Duc; je l'élcndis; j'insislai sur le courage et la rernieté que le régcut devait montrer dans unr occasion si critique, et où on en \oulail à lui si pei-sonnellenicid , et sur la nécessité (retira) er pir là toute celle pernicieuse cabale, de \r\\v ôtei" leui' liiand appui et de nom et d'intrij»ue et de moyens, v[ les rendre par ce j^rand coup pour ainsi dii'c oiphelins, sans clicl' et sans point de léunion cl de subordination, avant ([u'ils eussent le leuqis d'asiser aux remèdes, si ce mal leui" arrivait comnic ils le devaient désormais craindre continuellement. Al. le duc d'Orléans regarda M. le Duc, (pii l'cpiit la parole et insista de nouvcîui siu' son a\is et le mien. I.e l'égenl alors se rendit et n'\ eut pas de jjeMUc.

J.e lendemain, siii' les dix beures du malin, avant lait liler des gai'des du corps tout alentour de Sceaux sans bruit et sans paraîtie, La IVdlaiderie, lir'Ulenant des gardes du corps, } alla et arrêta II' duc du .Plaine, coiiiiiic il sortait d'cidendre l;i messe dans sa ciiapcllc, cl fort resp(»ctueusenien! le pria (\i' ne pas rcnircr clic/ lui cl de mouler loul de suite dans un carrosse (pu l'avait amené. M. du .Maine, (pii a\ail mis hon ordi'c; (pi'on ne Irouvàl rien cIk/ lui ni (lie/ pas un de ses gens, cl qui riait seul à Sceaux avec ses domesli(jues, ne lil pas la moindre résislanc ', Il n'-poiidil (pi'il s'altcu-

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dait depuis quelques jours à ce coinijlinieut , et monta sur-le-champ dans le carrosse. La Billarderie s'y mit à côté de lui, et, sur le devant, un exempt des gardes du corps et Favancourt, brigadier dans la première compagnie des mousquetaires, destiné à le garder dans sa prison.

Comme ils ne parurent devant le duc du Maine que dans le moment qu'ils montèrent en carrosse, le duc du Maine parut surpris et ému de voir Favancourt. Il ne l'aurait pas été de l'exempt des gardes , mais la vue de l'autre l'abattit. Il demanda à La Billarderie ce que cela voulait dire, qui alors ne put lui dissimuler que Favancourt avait ordre de l'accompagner et de rester avec lui dans le lieu où ils allaient. Favancourt prit ce moment pour l'aire son compliment comme il put, auquel le duc du Maine ne répondit presque rien, mais d'une manière civile et craintive. Ces propos les conduisirent au bout de l'avenue de Sceaux, où les gardes du corps parurent. L'aspect en fit changer de couleur le duc du Maine.

Le silence fut peu interrompu dans le carrosse. Par-ci par-là M. le duc du Maine disait qu'il était très-innocent des soupçons qu'on avait contre lui, qu'il était très-attaché au roi, qu'il ne l'était pas moins à M. le duc d'Orléans, qui ne pourrait s'empêcher de le reconnaître, et qu'il était bien malheureux que Son Altesse Royale donnût créance à 49 i

178 Li: liKCKNT KT LA COIR l)K FHAN'CE , SCS onncmis, mais sans jamais nommer i)orsonno; tout ct'la par hoquets et parmi force soupirs, de temps en temps des signes de croix el des marmottajïes Las comme des prières, et des plongeons de sa part à chaque église ou à chaque croi\ par où ils passaient. Il mangea avec eux dans le carrosse, assez peu, tout seul le soir, force précautions à la couchée. Il ne sut que le lendemain qu'il allait à Dourlens. Il ne témoigna rien là-dessus. J'ai su toutes ces circonstances et celles de sa prison , après qu'il en fut sorti , par ce même Favancourt, que je connaissais fort parce que c'était lui qui m'avait appris l'exercice , et qui était sousbrigadier de la brigade de Cresnay, dans la première compagnie des mouscpielaires , dans le temps que j'étais dans cette même brigade, et qui m'a\ait toujours courtisé depuis. M. du Maine eut deux valets avec lui et fut [)i*es(jue toujoui's gai'dé à vue.

Au même iiistanl (ju'il lut .ui'élé, Ancenis, ([ui venait d'avoir la survivance de la charge de capitaine des gardes du corps du duc de (^harost, son père, alla arrêter la (hifhesse du Maine dans sa maison, rue Saint-IIonoré. l ii lieulenanl et un exempt des gardes du corps à ])ie(l et une troujx' de gardes du corps parunrit en même tenq)s el se saisirent de la maison et des poiles. Le eomplimenl du duc d'Ancenis fut aigrement reçu. Mme du

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Maine voulut prendre des cassettes. Ancenis s'y opposa. Elle réclama au moins ses pierreries : alte'rcations fort hautes d'une part, fort modestes de l'autre; mais il fallut céder. Elle s'emporta contre la violence faite à une personne de son rang, sans rien dire de trop désobligeant à M. d' Ancenis et sans nommer personne. Elle différa de partir tant qu'elle put, malgré les instances d' Ancenis, qui, à la fin, lui présenta la main, et lui dit poliment, mais fermement, qu'il fiillait partir. Elle trouva à sa porte deux carrosses de remise , tous deux à six chevaux, dont la vue la scandalisa fort. Il fallut pourtant y monter. Ancenis se mit à côté d'elle, le lieutenant et l'exempt des gardes sur le devant ; deux femmes de chambre, qu'elle choisit, avec ses bardes, qu'on visita, dans l'autre carrosse. On prit le rempart; on évita les grandes rues; qui que ce soit n'y branla, dont elle ne put s'empêcher de marquer sa surprise et son dépit ; elle ne jeta pas une larme, et déclama en général par hoquets contre la violence qui lui était faite. Elle se plaignait souvent de la rudesse et de l'indignité de la voiture, et demanda de fois à autre où on la menait. On se contenta de lui dire qu'elle coucherait à Essonne, sans lui rien dire de plus. Ses trois gardiens gardèrent un profond silence. On prit à la couchée toutes les précautions nécessaires. Lorsqu'elle partit le lendemain, le duc d'Aucenis prit congé d'elle

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et la laissa au lieiitenanl cl ù l'oxempt des gardes (lu rorps avec des jiardes du corps pour la conduire. Elle lui (lein;nida où on la menait; il répondit siniplenient : «< A Fontainebleau, " et vint l'cndre compte au régent. L'inquiétude de Mme du Maine augmenta à mesure qu'elle s'éloignait de Paris; mais, (piand elle se vit en Bourgogne et qu'elle sut enlin (pi'on la menait à Dijon, elle déclama beaucoup.

Ce lui l)ien i)is ([uand il fallut entrer dans le château, cl (pi'elle s'y vit prisonnière sous la clef «' M. le Duc. La fureur la su(ro(iua. Elle dit rage de son neveu, et de l'iiorrcur du choix de ce lieu. Néanmoins, après ces premiers transports, elle revint à elle et à compi'cndre qu'elle n'était ni en lieu ni en situation de t;iire tant l'enragée. Sa rage extrême se renferma en elle-même; ell(* n'affecta j)lus (|ue de l'indifférence pour tout et une dédai- i gueuse sécurité. Le lieuten.iiit d(» l'oi i]\\ cbàleau , absolument à M. le Duc, l.i liul loii mmi-cc, et la veilla vA ses i\i!\\\ femmes de chand)r(! de fort près. Le prince de Dombes et le comt(î d'Eu furent en même lenqjs exilés à Eu, où ils eurent un gentilhomme ordin.aire toujours auprès d'eux, et Mlle; du Maine envoyée à Maubuisson. *

Le bon ami de Mme du Maine, le cardinal de Polignar, qu'on crut être de tout av(;c elle, eut ordre, le ujcnic malùi , de partir sur-le-cbanq)

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pour son abbaye d'Anchin, accompagné d'un des gentilshommes ordinaires du roi, qui demeura auprès de lui tant qu'il fut en Flandre; le cardinal partit sur la fm de la matinée même. Dans le même moment, Davisard, avocat général du parlement de Toulouse, qui s'était signalé par ses factmns pour le duc du Maine contre les princes du sang ; deux fameux avocats de Paris, dont l'un se nommait Bergetton, qui y avaient fort travaillé avec lui; une Mlle de Montauban, attachée à Mme du Maine en manière de fille d'honneur, et une principale fenune de chambre, favorite, confidente, et sur le pied de bel esprit \ avec quelques autres domestiques de M. et de Mme du Maine, furent aussi menés à la BasliUe.

Mme la duchesse du Maine n'obtint qu'en 1720 la permission de revenir à la cour.

i . Mlle Delaunay, depuis Mme de Slaal .

\s-2 II. iu:ge>t i:t i.a colh iji- fhance,

LL CAHDIXAL DUBOIS.

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