‹ Le cardinal RichelieuChapitre 34 sur 41 · SOLS LA MLNORITE DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

SOLS LA MLNORITE DE LOUIS XV

.le reiubrassai, et il s'en alla tort satisfait de moi. Les suilçs furent telles que je les avais prévues. Il n'y eut personne, depuis le chancelier jusqu'au dernier maître des requêtes, qui ne se crût personnellement offensé , et qui ne le montrât. Ni eux ni les prétendants ne contraignirent leurs plaintes ni leurs discours. L'abbé Dubois, qui ne pensait qu'à soi, avait ce qu'il avait voulu, et ne se soucia point du bruit ni de son maître.

A la mort de CaQlères, secrétaire du cabinet, il ^oulut aussi cette charge, quoique peu convenable à un conseiller d'État d'église. Il entra en même U^mps dans le conseil des affaires étrangères. A la facilité du régent, désirer et obtenir étaient pour hii la môme chose.

On croira sans peine (ju'une fois placé dans le conseil des affaires étrangères , il y prit en peu (le temps une iidluence prépondérante. On le sa- \ait à M. le duc d'Orléans; et l'abandonnement de ce prince à son ancien précepteur obligeait les plus puissants et les plus autorisés à compter avec ce nouveau venu. L'abbé Dubois trouvait son compte à se fourrer et à se mêler; il avait été dès auparavant chargé de plus d'une mission pour son maître; et sentant bien qu'il n'était pas b;istant pour cmbler ici les positions qu'il andjilionnail, il Noulail se faire recommander et soutenii- du deliors. Il ne manqua pas d'attirer à lui tout ce qui

concernait rAnglotcrre, comiUant avec raison qu'il trouverait ce qu'il lui fallait de ce coté, en argent cl m appui. 11 est éti'ange, mais il est vrai (pi'il conçut (lès lois la pensée d'arriver au chapeau pai" le secours d'une puissance protestante , en poussant la France à abandonner le roi catholique exilé du même pays. Dans quelle fatale p()lili(|ue il entraîna la laihlcssc du irgcnl, i)our complaire aux Anglais, vers quels ahîmes il entraîna son pays, coiiiiiKMil il lit lilièrc du devoir, de l'honneur, des alliances de famille, des promesses les plus sacrées, de l'intéivl le plus légitime et le plus é\ident, c'est ce que raconteront les histoires du tem|)s, et ce (ju'à |)eine la postérité pourra croire. Pour prix de toutes ces manœuvres, il tira (\c fortes sommes des Anglais, en attendant le chapeau, et jusfiu'à la mort il en l'cçut une pension réglée. J

Les conseils, dejjuis longtemps, étaient tombés dans rinqMiissance et le discrédit. Cette forme de gouvcrneujent (pu, avec de bons choix, cl uncî apjjlication constante aux allaires, aurait eu des résultats si précieux , cl (pii avait été accueillie dès l'aliord par de si grands applaudissements, n'était plus (pi'une vaine et dangei'euse ])arade , depuis que toutes les allaires a\aient pris le chemin du rabiiiel du régent. I iic Iclhc publié(î |);u- le caidiiial fie Noailles , président du conseil de cniiîKriencc, qui crut devoir protester contre la fameuse

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constitution, dont Dubois, par l'espoir du chapeau, se faisait le champion , précipita la chute des conseils.

L'appel du cardinal de Noailles fut incontinent suivi de celui du chapitre de Notre-Dame, de presque tous les curés de Paris et du grand nombre du reste du diocèse , de plusieurs communautés séculières et réguhères, et d'une foule immense d'ecclésiastiques particiûiers , aux acclamations générales et publiques, avec tout le bruit et le fracas qu'on peut se représenter.

Cet éclat donna le dernier coup aux conseils. Celui de conscience ne s'assembla qu'une fois chez l'archevêque de Bordeaux, et fut cassé. Sa chute précipita celle des autres ; le régent envoya à chacun de leurs chefs une lettre du roi pour les remercier, et lit en même temps l'abbé Dubois secrétaire d'État des affaires étrangères , et Le Blanc secrétaire d'État de la guerre; j'eus grande part au choix de ce derniei', qui était du conseil de guerre dès son établissement , à la mort du roi, en sorte que la forme du gouvernement de ce prince, que le régent avait voulu détruire à sa mort, dut, trois ans après, son rélabhssement au même régent, tant il est vrai qu'il n'est en ce monde que bas et petit intérêt particulier, et que tout est cercle et période.

L'abbé Dubois qui , comme secrétaire d'État des

\w LI-: ui^:r.ENT i:t la col h de frange,

.illaiirs étraiijiÎMVS outrait pour ces aflairos au conseil (le régence, voulut s'\ asseoir tléliuitiveuieut, et n'eut aucune peine à l'eniporler. Ce n'était pour lui tju'uu agréinenl; cai" il avait déjà l'esseuliel, c'est-à-dire le crédit et la puissance, et une place au conseil u\ ajouta ([u'une décoration. Depuis lon^rteiups, on n'\ i)ortail plus que des alTaires particulières, ou pour la forme, (juclque afïaire d'Etat décidée d'avance entre le régent et l'abhé Dubois. Je uKî souviens qu'une l'ois que le roi y vint alors, un petit chat qu'il avait le suivit, et quelque tenqîs après sauta sur lui, et de là sur la table, où il se mit à se promener, et aussitôt le duc de Noailles à crier, parce qu'il craignait les chats. M. le duc d'Orléans se mit aussit(jt en peine pour l'ôter, et moi à sourire, et à lui dire : « Eb! monsieur, Ijiissez ce petit cbat, il fera le dix-septième. » M. le duc d Orléans scî mit à lire de tout son cœur, et à regarder la c()uq»a<rnie (pii en rit, et le roi aussi, (pii m'en parla le lendemain à son petit lever, connue en ayant senti la |)laisanleiie, mais en deux mots, ce qui courut Paris aussitôt.

Voilà donc tous les conseils p.irticuliers détruits, le conseil de ré^icnce a\ili , et lii Ioiimc du gouvernement cbangée poui- l.i plus grande fortune de l'abbé Dubois. Son aiiloiilé devenait Ions les jours jilus extivme. C'était un picinici- ministre en plein, qui gardait jnéme peu de bienséance pour son

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maître. Tout le inonde en sonflrait et en gémissait; ceux qui voyaient les choses de plus près, ceux qui aimaient l'État, ceux qui étaient vraiment attachés à M. le duc d'Orléans souffraient plus que les autres de le voir livré à un homme de néant, qu'il connaissait pleinement pour un cerveau brûlé, étroit, fongueux outre mesure, pour un fripon livré à tout mensonge et à tout intérêt, à qui homme vivant ne s'était jamais fié, perdu de débauches, d'honneur, de réputation sur tous chapitres, dont les discours et les manières n'avaient rien que de rebutant, et sentaient le foux en tout et partout a pleine bouche, un homme enfin qui n'eut jamais rien de sacré ; à qui a connu l'un et l'autre, cette fascination ne peut paraître qu'un prodige du premier degré, augmenté encore par les avertissements de toutes parts.

Nous verrons, h partir de ce moment, ce même al)bé Dubois prendre encore un bien autre vol, et devenir sans mesure le maître du régent et de la France, comblé d'autorité, de biens de toutes sortes, de dignités ecclésiastiques malgré son indignité intrinsèque, et mourir enfin, victime de ses infâmes débauches, cardinal, archevêque, président de l'assemblée du clergé et plutôt roi que ministre. ïl ne serait jamais parvenu à rien sous le feu roi, qui le connaissait, et lui donna l'exclusion pour la charge de secrétaire des commandements de iM. le duc

Jl»2 LE RtGENT KT LA COL U DL FUANCE,

(rOrlcaiis, (iiu)i(|U(» si convoiiahlo à un ancien préivpliHir, et (|ui lïil donnée à l'abbé de Tiiésul. Dubois avait espéré un autre Jrnit de ses elï'orls pour amener le mariage de son maître, alors due de Chartres, avec Mlle de Blois, lille du roi et de Mme do Montespan. Le rai*e est que cette même princesse, qui lui devait en partie un mariage si scandaleusement dispi'oportionné , ne cessa jamais de lui èli'e opposée en tout, et le considéra, avec raison, connue le lléaii cl r()i)[)robre de son mari. l*our Madjune, dont on a vu les sentiments sur la bâtardise, et l'opposition sans mesure au mariage, Dubois lut sa ])ète dés le premier jour.

Après la lameuse séance du parlement où le tcstanicnl fin fcii loi avait été cassé, et où l'on peut dire que M. le {]\\v d'Orléans avait enqiorté la régence, dont le Icu roi ne lui laissait que le titre nu, le régent alla droit du jialais à Vei'sailles, ])arce (ju'il était foi't taid, el (jn'il voulait voii' le roi avant (ju'il se coucliAt, connue poiu- lui rendre; compte; de ce qui s'était passé. Il y recul les complimerds forcés de rc (pii él.iil là |)réseid de la \ieille cour, el de là sVn alla clie/ Madame. Kllr lui au-devaul de lui l'eiiibrasscr, ravie de joie, et après les premières questions et conjouissancc, elle lui dit (ju'elle no désirait rien autn; chose que le bonheur de VElal par un bon et sage gouvernement, et sa gloire à lui ; (lu'elle ne lui dcnauderail jamais rien «pi'uuc

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