En français dans le texte
3. Auguste Tholuck, célèbre linguiste, était professeur de théologie à Berlin. Il s'appliquait spécialement à Texégése biblique.
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Ces deux savants étaient Tholuck à Berlin, Bunsen à Rome, et dans des directions différentes, des centres considérables d'attraction pour le monde scientifique et littéraire * .
La transcription en fac-similé d'importants manuscrits était un des travaux auxquels s'attachait Wiseman. La lettre suivante à l'évêque de Salisbury donnera une
1 . Quelques lettres peuvent donner une idée de la vie de Wiseman à cette époque. Tholuck visite Rome vers 1829; Wiseman l'aide dans ses recherches au Vatican et le met en relations avec le P. Sébastian!, missionnaire et savant, arabisant. Tholuck adressa alors ce billet à Wiseman : « Je vous suis très obligé de la bonté que vous avez eue de me transcrire tous les passages syriaques. En quelque manière que je puisse vous être utile en Allemagne, vous me trouverez toujours prêt à vous rendre service. J'ai parlé à M. Bunsen de votre visite. Il me dit qu'à moins de chose imprévue il sera chez lui mercredi jusqu'à onze heures et qu'il sera charmé de vous voir dans la matinée.
J'ai*^ été ravi de mon entretien avec M. Sébastian! ; c'est bien un des plus savants missionnaires que j'aie jamais rencontrés, et il nie semble très versé dans l'arabe et le persan. Nous n'avons pas employé d'autre langue que l'arabe... Je quitte Rome demain à six heures.
Toujours bien votre A. Tholuck.
Dites à M d'Allemand que je lui écrirai d'Allemagne.
Le billet suivant de Bunsen, remontant à l'hiver d829, mit le savant arabisant, D' Rluge, en relations avec Wiseman :
« Mon cher docteur Wyseman (sic), Permettez-moi de vous présenter par ces quelques lignes le D" Kluge, savant orientaliste originaire de la Saxe. Il arrive d'Alexandrie et se propose de passer l'hiver à Rome, dans le but de tirer le plus grand parti qu'il pourra des manuscrits arabes, précisément confiés à vos soins. Le D"" Kluge a été présenté par l'agent de Saxe à M«' Mai, qui lui a promis son concours.
J'ai l'espoir d'avoir bientôt le grand plaisir d'un entretien avec vous, et je suis,
Mon cher docteur Wyseman, bien sincèrement vôtre,
Bunsen.
Palazzo Caffarelli, 13 décembre 1829. »
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idée de ce genre de travail: « Mylord, — L'artiste qui d'ordinaire dessine les fac-similé pour M«' Maï, a été si longtemps malade que ce savant bibliothécaire, dont Tamitié et les bontés sont pour moi un honneur et un plaisir, m'a demandé de satisfaire aussi bien que je le pourrai le désir de votre Seigneurie, d'avoir une copie du célèbre verset 7, chapitre v de saint Jean, qui se trouve dans le Codex OUobonensis du Vatican, 289. Et j'ai l'honneur de vous en adresser, ci-inclus, deux copies, l'une en simple trait, l'autre en couleur, aussi exactement que m'ont permis de les dessiner la pâleur du manuscrit et la place incommode du verset qui s'avance trop dans le pli de la marge intérieure.
« Le manuscrit d'où elles sont copiées est un très petit in-quarto, sur velin, ex Codd, Joannis Angll Ducis ah Altaemps, Il porte le titre de Acla Apostolorum et Epistolae B, Pauli et aliorum. Chaque page contient deux colonnes, le latin à gauche ou en premier lieu, le grec à droite. Le latin est en caractères carrés ou gothiques, et le manuscrit peut bien être de l'époque que lui a assignée Scholz. Il semble qu'il n'ait jamais été achevé, car, au commencement d'une ou deux épîtres, on a réservé la place pour la première grande lettre, occupant l'épaisseur de deux lignes, et négligé d'écrire la première ligne, ce qui indique évidemment l'intention du copiste de remplir ce vide en style plus orné, comme cela se voit dans les autres livres. Il n'a même pas mis de titre à son manuscrit, celui que je viens de vous citer est le titre moderne. Le texte commence immédiatement par ces mots : Primum quidem sermonem. Après les Actes, viennent les Épîtres de saint Jacques, puis celles de moindre longueur et enfin celles de saint
Paul. Notre verset se trouve à la page 105... J'ai déjà observé que l'encre était pâle. Par le fait elle est devenue jaunâtre, flavescens, ce qui la fait paraître beaucoup plus ancienne que ne l'indiquent les caractères. En quelques endroits, elle est complètement effacée ou même écaillée, de sorte que j'ai éprouvé les plus grandes difficultés à suivre le tracé de quelques lettres. C'est pour cela que j'ai fait deux copies ; celle au trait peut être regardée comme la plus correcte. Le premier mot de la sixième ligne diffère dans les deux copies, car il est presque entièrement effacé, mais ici encore la copie au crayon, faite en dernier lieu et avec un meilleur jour, sera suivie avec plus de sûreté. Je suis entré dans tous ces détails minutieux, parce que je sais par expérience que, lorsque des descriptions ou des notices de ce genre sont envoyées au loin, ceux qui les reçoivent désirent être renseignés sur beaucoup de petits points qui semblent de peu d'importance à celui qui a l'original sous les yeux. »
Cette lettre datée du Collège anglais, à Rome, le 24 septembre 1824, attira de l'évéque de Salisbury cette réponse;
« Palace Salisbury, 20 novembre 1829.
« Révérend Monsieur ,
« Je vous envoie mes meilleurs remerciements pour votre bonne et si obligeante lettre, et pour les très satisfaisants fac-similé du verset de saint Jean (ch. i, V. 7) qui l'accompagnent. J'ai retardé plus longtemps que je n'aurais voulu ma réponse à votre lettre, afin de pouvoir vous envoyer la gravure de votre fac-similé... Le Codex Ottobonensis contribuera victorieusement à venger le texte du Complutensis des accusations d'inter-
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polation portées contre lui par M. Porson. Dans une allocution au clergé de ce diocèse, Tété dernier, j'ai fortement appuyé sur la preuve en faveur de notre verset. Je vous eusse volontiers prié d'agréer Thommage de ce discours si la suite ne renfermait pas de nombreux détails sur les différends entre nos deux Églises. » Le D' T. Sarum ajoutait en Posl-Scriptum : « J'aurais grand plaisir à apprendre la publication du second volume de vos très intéressantes Horœ St/riacœ. »
Quelques-unes des années employées à la préparation des fforœ Syriacœ comptent aussi parmi les plus importantes de la vie intérieure de Wiseman. Les jouissances que goûtait son imagination à contempler dans Rome un témoin vivant de la foi l'abandonnèrent complètement, et en même temps il se vit attaqué par des inquiétudes et des doutes sur la vérité du christianisme. Il nous a laissé dans des notes de cette époque, et surtout dans des lettres d'une période postérieure de sa vie, l'aveu des vives souffrances que lui causèrent ces épreuves. L'étude du criticisme biblique, encore à ses débuts cependant, semble avoir été l'occasion immédiate de ces troubles, et la peine qu'il en éprouva amena en lui une sorte d'abattement moral, d'inquiétante tristesse, aggravée encore par la faiblesse de sa santé physique. Il racontait, en 1848, à son neveu, qu'il avait été des heures à pleurer dans la Loggia du Collège, tandis que tout le monde se reposait, l'après-midi. « Je luttais avec toutes sortes d'idées subtiles et avec d'infernales suggestions de révolte et d'infidélité, sans oser les confier à personne, car je ne sentais près de moi aucune âme capable de me comprendre. Cela dura des années, mais cela me fit étudier et réfléchir pour arriver à vaincre
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cette maladie, car je puis à peine Tappeler un danger en moi et chez les autres. Mais, tant que la lutte dure, la simple soumission de la foi est le seul remède. Les pensées contre la foi doivent, sur le moment, être traitées comme les tentations contre toute autre vertu, c'est-à-dire mises dehors. Quand sera revenu le calme, on pourra, en toute sécurité, les analyser et les débrouiller*,» Dans une autre lettre de 1858, il décrit ses années d'angoisses comme des années « de solitude et de désolation... années de nerfs ébranlés, où la crainte de la folie subite le hantait, où la consomption le minait ; nuits sans sommeil, journées lourdes à porter, heures de larmes dont personne ne fut témoin. »
VViseman, analysant Tinfluence de cette époque de désolation sur son caractère, reconnaît qu'elle fut « simplement inappréciable ». Elle acheva ce qu'Ushaw avait commencé, le perfectionnement dans la patience, la possession de soi-même, la concentration d'âme en dépit de cette dépression mentale. (^ Ce fut parmi ces épreuves, écrit-il, que je composai mes Horœ Syriacae et que je recueillis mes notes pour les lectures sur « les rapports entre la Science et la Religion révélée », et sur «l'Eucharistie». Sans cette formation, je ae me fus jamais, plus tard, jeté dans la controverse Puseyiste. » , Toutes ces ressources et les avantages qu'il trouva à les utiliser plus tard, il les considère comme « le fruit.de la discipline qu'il exerça sur lui-même », durant ce long conflit intérieur. Ces luttes absorbèrent tellement les énergies de sa jeunesse qu'il échappa presque complè-
1. Traduction du R. P. Clérissac. Con'espondant du 10 janvier 1898.
temenl aux tentations particulières à cette époque de la vie. « Ma jeunesse, dit-il, se passa presque sans tentations de cette nature. »
Cet état d'esprit semble avoir cessé vers 1829, et dès lors Wiseman retrouva la paix dans une inébranlable certitude de conviction. Mais de longtemps il ne goûta plus ce charme naguère si plein d'expansion que lui faisait éprouver Rome, avec ses souvenirs et le spectacle de sa vie religieuse.
L'année même où s'achevaient les Horœ Syriacœ, en 1827, Wiseman reçut une mission qui, le faisant enfin sortir de la sphère où l'avait jusque-là tenu enfermé sa vie d'étudiant, le mit en évidence parmi ses compatriotes. Dans une audience où il accompagnait le recteur du Collège, le Pape Léon XII exprima le désir de voir instituer dans quelque église des offices religieux et un cours de sermons en faveur de la nombreuse colonie anglaise à Rome. Le recteur consentit et insinua que Wiseman pourrait remplir la charge de prédicateur. L'église de Gesu e Maria^ au Corso, fut donc choisie pour servir à cette expérience, et le Pape prit le plus vif intérêt aux arrangements nécessaires, payant lui-même les dépenses occasionnées par ce nouveau service et envoyant quelques chantres de sa chapelle pour donner plus d'attraits aux offices.
Le journal déjà cité renferme cette note à la date du 9 décembre 1827 : « Le D' Wiseman a prêché son premier sermon, à Oesu e Maria^ sur «le Repentir». Le Pape avait envoyé douze chantres de sa chapelle. » Un autre sermon sur l'amour de Dieu est mentionné le 10 février de l'année suivante.
Wiseman considéra plus tard ces sermons comme une
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providentielle préparation à la vie publique si active qu'il fut appelé à mener dans la suite. Mais ils lui imposèrent au début un travail inQni. « Il serait impossible, dit-il, de décrire l'anxiété, la paine et le trouble que m'occasionna cet ordre du Pape pendant plusieurs années. ». Longtemps il lui fallut apprendre ses sermons par cœur, mais à la longue cela devint inutile, et il finit par acqué-. rir une remarquable facilité de parole.
« Léon ne put voir, dit-il dans ses Souvenirs^ quelle a; été l'influence de son ordre qui arracha au commerce avec les morts, pour le mettre en contact avec les vivants^ ■ un homme qui aurait volontiers passé son temps av«c les premiers ; il dut donc abandonner les livres pour les hommes, l'étude pour la parole. Rien, hormis cet ordre/ ne l'y aurait déterminé. Cependant, en supposant que la carrière de cet homme dût être une vie d'action et que ses travaux dussent s'accomplir dans un pays et dans ua temps où le plus timide peut se trouver dans la nécessité ' de défendre sa religion ou son troupeau, certes, dans ce cas, un commandement supérieur, — coupant court à tout penchant personnel et forçant la volonté à se disposer à ces tâches par la meilleure et la seule prépara-; tion possible, — un tel commandement peut très bien; être envisagé comme une impulsion sacrée et une direc-. tion opportune pour un esprit qui manquait de l'une et, de l'autre. Si cet ordre .n'avait pas été donné alors, il: n'aurait plus jamais pu venir dans la suite ; il se serait bientôt formé d'autres penchants raides et inflexibles *. » ;, L'année suivante, en juin 1828, le D^Gradwell, recteur du Collège anglais, fut nommé évêque et envoyé en Angleterre. Wiseman, à peine âgé de vingt-six ans, lui