Souvenirs, etc., ch. vi^passim
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92 LE CARDINAL WISRMAN
préfet de la Propagande, scella cette réconciliation.
Le journal particulier du Collège anglais mentionne comme un des derniers souvenirs de Consalvi, mort en janvier 1824, sa satisfaction d'apprendre d'étudiants anglais , peut-être de Wiseman , qui revenaient de Londres, l'unanimité des journaux de ce pays à déplorer la mort de Pie VII et à parler avec admiration de son caractère.
Consalvi fut inhumé, non au Panthéon, dont il était cardinal-diacre, mais dans le tombeau de son frère, le marquis Andréa di Consalvi, dans Téglise de Saint- Marcel, suivant une touchante convention faite entre les deux frères. Leur inaltérable et presque romanesque affection a été rappelée par cette inscription placée sur leur tombeau.
Qui. cum. singulari. amore. dum. vivebant.
Se, mutuo. dilexerunt,
Corpora. etiam. sua,
Una. eademqve. urna, condi. voluere,
La fortune de Consalvi à sa mort était considérable. Mais ces richesses n'avaient en rien modifié la simplicité de ses habitudes. « Il dépensait certes peu pour lui même, dit Wiseman, et il n'aimait pas l'argent. Tout ce qu'il avait mis de côté, il le destina surtout à des œuvres de charité et de religion. Par testament, il légua ses présents diplomatiques, trois très riches tabatières, pour contribuer à l'achèvement des façades des trois églises d'Ara Celi, Consolazione et San Eocco. Ses amis, et, entre autres, la duchesse de Devonshire et quelques membres delà famille de Lord Castlereagh n'eurent que des dons insignifiants. Il laissa Un gracieux souvenir à la
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comtesse d'Albany, dernière descendante des Stuarts, en reconnaissance de ses obligations envers sa famille. Le principal de ses biens fut légué à la Propagande pour le soutien des missions étrangères, à charge de servir des annuités à ses serviteurs. »
D'autres prélats que Corisalvi aidèrent Wiseman à se représenter le drame des infortunes pontificales pendant Fère napoléonienne. Monsignor, plus tard cardinal Gamburini, quelque temps vicaire général d'Imola,dont Pie VII était évoque avant son élévation au souverain Pontificat, se plaisait à décrire à Wiseman une scène entre le Pontife et Napoléon, que le Pape lui avait plus d'une fois racontée. Pie VII, -comme on le sait, avait dans un moment de faiblesse donné son consentement à un Concordat impossible, sauf approbation des cardinaux. Il ne Teut pas plus tôt fait qu'il s'en repentit et que ses conseillers le pressèrent de le retirer. Et Gamburini racontait comment « lorsque, le lendemain, le Pape retira son consentement, après avoir fait observer à l'empereur que la condition de l'acquiescement du Sacré Collège n'était pas remplie; Napoléon furieux le saisit par le devant de sa soutane et le poussa rudement sur une chaise, en lui criant: « Imbécile ! »
Une autre curieuse anecdote, racontée par Wiseman, est celle de l'affichage à Rome, aux lieux accoutumés, de la bulle d'excommunication contre Napoléon, en plein jour, et malgré les piquets de soldats français postés pour l'empêcher. « On choisit le temps de Idi siesia romaine ; et les personnes qui accomplirent cet exploit étaient feu le chevalier Menacci, alors cocher de fiacre, et son fils. Ils parvinrent à afficher la sentence pendant les heures les plus chaudes de l'après-midi ; mais elle
{ni arrachée presque immédiatement, en quelques minutes. Le Pape Ten récompensa hautement, et il devint !la souche d'une famille annoblie * .
Ce fut, on Fa vu plus haut, le cardinal Zurla qui remplaça Consalvi en qualité de cardinal protecteur du Collège anglais. C'était un religieux Camaldule, ami intime du célèbre théologien Capellari, du même ordre que lui, et qui devint Pape sous le nom de Grégoire XVI. Wiseman parle en ces termes du cardinal Zurla : « Dom Placide Zurla était un homme d'une grande •science, d'un extérieur agréable et doué en outre de hautes qualités morales. Mais, n'ayant pris aucune part ^ux affaires ecclésiastiques de Rome, il n'avait pas porté le poids des mauvais jours. En effet, Zurla s'était fait une réputation d'auteur dans une matière toute différente, celle des études géographiques. En 1818, il avait publié un ouvrage intéressant sur Marco Polo et autres anciens voyageurs vénitiens ; il avait aussi mis au jour, •ou du moins beaucoup éclairci une singulière carte de la terre, conservée dans la bibliothèque de Saint-Marc. Cette carte, quoique de beaucoup antérieure au siècle de Colomb, semblait donner l'idée de l'existence d'un continent occidental. Le P. Zurla était intimement lié •avec le P. Capellari, et toute Rome fut étonnée, lorsque Pie VII le nomma cardinal, en mai 1823, non parce que l'on doutait de ses mérites personnels, mais parce que son élévation semblait empêcher celle de son confrère. •Car on supposait qu'il était impossible que deux religieux d'un corps monastique très peu nombreux fussent
1. Ces anecdotes sont extraites d'une lettre particulière écrite par Wiseman au D' Russell en 1841.
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élevés en même temps à la pourpre. Ainsi le crut Zurla; •et l'on dit que, apprenant sa future nomination, il se jeta ^ux pieds de Pie et la refusa, parce qu'il l'envisageait «inon comme une injure faite à son ami, du moins comme une erreur. Cependant il n'en était pas ainsi * . » Capellari fut lui-même créé cardinal en 1825. Zurla devint vicaire de Rome et fut nommé protecteur du Collège anglais. En 1831, Capellari fut élevé au souverain pontificat, sous le nom de Grégoire XVI. Wiseman devint l'ami des deux cardinaux Camaldules , et cette amitié avec l'un et avec l'autre ne finit qu'avec leur vie.
L Souvenirs, etc., 1V« partie, ch. 1", p. 394.
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Sommaire. — Wiseman de 1830 à 1833. — Témoignages du cardinal Newman et de M' Kyan. — Sa science, sa culture générale. — Critique de son style anglais. — Sa conversation. — Entrevue avec Lamennais, Lacordaire et Montalerobert. — Espoir d'une réaction catholique en Europe. — La conversion de l'Angleterre influence sur Wiseman du P. Ignace Spencer. — Ses relations avec ses compatriotes protestants. — Consécration de Grégoire XVI — La révolte des États Pontificaux. — Wiseman raconte ce qu'il en a vu dans un voyage dans les États romains.
Le D' Wiseman exerça douze ans, de 1828 à 1840, la charge de recteur du Collège anglais. Pendant les sept premières années, il se consacra principalement aux intérêts qui lui étaient confiés, tant à Rome qu'à Monte- Porzio. Mais, après son voyage à Dublin, en 1835, et la fondation, en 1836, de la Dublin Review^ ses pensées se tournèrent davantage vers les affaires de T Angleterre. Sous son rectorat, au témoignage d'un de ses contemporains à Rome, M»"" Kirby, le Collège anglais devint progressivement un centre considérable de vie intellectuelle.
Vers cette époque, en 1830, on a tracé de Wiseman le portrait suivant : « Grand et mince, le cou allongé, les traits plutôt anguleux, le teint pâle. Son attitude était
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naturellement un peu solennelle, mais je pense que ce n'était qu'une attitude » ; telle est la critique que fît de lui un peu plus tard un juge sévère. Mais il faut rectifier cette critique par le jugement d'un autre de ses contemporains, ratifié par tous ses intimes, qu'il était « naturel et simple comme un enfant ». Sa grande bonhomie et sa bonté suggèrent la véritable explication de ce maintien quelque peu composé : c'était la défense dont il entourait sa propre timidité. « Affable et savant », c'est l'impression que laissa à feu Lord Houghton la conversation du recteur dans le monde, hors du Collège. Il possédait à un haut degré la grande curiosité^ qui. trouvait tant à se satisfaire au milieu des antiquités païennes etchrétiennes^ et des trésors artistiques de Rome. Les étudiants du Collège profitaient de la science acquise par leur recteur. Une fois par semaine il les conduisait aux catacombes dans un musée, ou dans quelque endroit intéressant. Souvent, soit dans ces excursions, soit après le dîner, au réfectoire du Collège, ils avaient l'occasion de se rencontrer avec des amis distingués de Wiseman et de prendre part à leurs discussions. L'étendue de l'érudition déployée par lui dans la conversation en de telles occurrences semble avoir fait grande impression sur ses élèves.
. En outre de sa science de l'antiquité et de son habileté à interpréter les manuscrits orientaux, Wiseman possédait plusieurs langues anciennes ou modernes. « 11 parlait avec facilité et correction, écrivait de lui le cardinal Newman, une demi-douzaine de langues, sans que pour aucune on s'aperçût que c'était la parole d'un étranger. Après dix minutes de préparation, il pouvait, du haut de la chaire, prononcer une allocution en français, on
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•s'adresser à rassemblée choisie d'une académie italienne^ Ses lectures lui avaient acquis une réelle connaissance des littératures française, allemande et italienne. Excellent critique d*art, connaisseur en musique, il possédait en outre un vrai talent d'exécutant. La liturgie et le ►cérémonial n'avaient pour lui aucun secret. Il collectionnait les vieilles porcelaines, connaissait quelque peu l'histoire de la peinture sur verre. Si une telle variété de connaissances amenait naturellement dans l'esprit des hommes mûrs l'idée que toute cette érudition n'était <jue de surface , ils se gardaient bien de formuler une «telle critique, ceux qui, dans cette première période de sa vie, constataient les résultats de ses recherches dans •une spécialité et le sérieux de ses travaux sur un point déterminé. Aux jeunes gens qui avaient les yeux sur lui comme sur un modèle, il semblait presque réaliser l'idéal de l'homme parfaitement instruit : savoir quelque •chose de tout, et le tout de quelque chose.
Sa facilité pour apprendre les langues est demeurée légendaire ; il ne connut de rival à Rome à ce point de -vue que Mezzofanti lui-même, qui était venu s'y fixer en 1831. IjCS anciens élèves du Collège anglais se sou- A^iennent du tableau présenté par un groupe d'éminents -ecclésiastiques dans une des grandes salles du Vatican, lorsque Wiseman, se détachant de la camerata du Collège, venait s'entretenir avec l'illustre linguiste en arabe, pour passer peut-être quelques instants après au persan.
Ce qu'il raconte lui-même de Mezzofanti est intéressant. « Le D*" Wiseman pensait, écrit un de ses élèves, que la connaissance de chaque langue en Mezzofanti se bornait au nombre strict de mots nécessaires à une con- •versation ou composition ordinaires. Il paraissait vrai-
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ment difficile que, dans le peu de temps qu'il mettait à apprendre une langue, et vu le nombre considérable de dialectes qu'il pouvait parler ou écrire, il lui fût possible d'en acquérir une connaissance plus étendue. Il y avait sans doute quelques langues qu'il possédait plus à fond. Il me souvient que nous eûmes un jour la visite d'un littérateur Hollandais, homonyme, je crois, du poète^ Cats. Il dîna avec nous, et le D' Wiseman nous apprit ensuite que notre hôte lui avait confié avoir envoyé à Mezzofanti un sonnet en hollandais, dans lequel il avait employé à dessein les mots et les tournures de phrase s^ les plus difficiles. Mezzofanti, à son grand, étonnement,. lui renvoya non seulement une traduction parfaite de son sonnet, mais encore un autre sonnet en hollandais,, de sa composition. »
Le D"" Wiseman, malgré son humilité vraie et sa modestie, semble avoir eu une tendance à parler avec complaisance de sa facilité et de ses succès. Il racontait volontiers aux étudiants ses tours de force ^ ; comment, par exemple, il avait logé dans sa mémoire quatre-vingts longues citations des Pères pour une argumentation publique ; comment il avait appris par cœur, en quelques heures, son sermon hebdomadaire qu'il mit une heure à débiter. Ecrivant à un ancien élève sur ce qui faisait autrefois le sujet de leurs entretiens, il laissera échapper que leurs con~ versations étaient de celles qui instruisent ou bien déclarera que ses discussions sur l'art ou l'antiquité avec ses savants amis formeraient la matière d'un livre intéressant. Mais alors que de tels propos pourraient bien être mis par des étrangers sur le compte de la vanité, ceux.