Voir Newman, Historical Sketches^ III, p
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veau de choses. Son programme pratique contenait la renonciation par le clergé à tout traitement de Tautorité civile et la séparation de TÉglise et de l'Etat. «L'Église libre dans Ttiltatlibreja liberté delà presse, la liberté d'association », tel était le cri de guerre jeté par lui et par ses amis, dont les principaux se nommaient Monlalembert et Lacordaire. Ce programme, comme du reste tout l'ensemble de son projet d'union de la démocratie avec Tultramontanisme, rencontra une vive opposition dans le clergé français royaliste et gallican, en majeure partie par ses traditions. Lamennais, avec son énergie caractéristique et son impétuosité, venait solliciter l'appui de Rome. Grégoire XVI sentait vivement le danger de sanctionner un programme imprudent et extrême, à une époque surtout où les principes de la Révolution jetaient Rome elle-même dans le plus grand péril. 11 faisait donc attendre son audience à Lamennais et à ses amis; leur séjour à Rome se trouva ainsi prolongé. Le Collège anglais dut à ce délai l'avantage de les avoir pour hôtes assidus.
M. Monckton Milnes, lui-même à Rome à celte époque, parle comme il suit de leurs relations avecWiseman : «Ces deux hommes remarquables (Lamennais et Montalembert) étaient accompagnés par l'abbé Lacordaire, le futur successeur de Bossuet et de Massillon, et par M. Rio, célèbre * maintenant dans l'Europe entière par sa gracieuse et pieuse Histoire de l'art chrétien... A ces missionnaires d'un catholicisme plus large et plus vaillant, Wiseman offrit une généreuse hospitalité acceptée par eux avec reconnaissance. La frêle santé et la constitution phtisique de Lamennais ne lui permettaient pas de se faire beaucoup valoir dans une société un peu
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nombreuse. Mais le charme et Tardeur communicative de Montalembert, si français dans ses émotions, si anglais dans ses pensées, concouraient avec la simple et audacieuse spontanéité de son collègue breton, M. Rio, chrétien en politique, artiste en religion, à rendre la conversation, parmi cette élite du Collège anglais, aussi brillante, aussi colorée que celle du plus animé salon de Paris. » M. Rio, peut-être le moins connu de ce remarquable groupe, n'était pas le moins intéressant. « C'est le plus remarquable type de français que j'aie jamais connu, disait de lui M. Gladstone, il avait tout le charme de Montalembert, sans avoir ses défauts. Un dévot du pouvoir papal, le carliste des carlistes, mais avant que le carlisme eût dégénéré en boulangisme. » — « Ce n'était pas un Français vulgaire, lisons-nous dans les Mémoires de Bunsen. Ses talents distingués, son héroïque courage, son dévouement sincère à ses opinions doreront aux regards de tous le revers de cette médaille, son ultra-royalisme, son. ultra-catholicisme, toujours prêt à verser la dernière goutte de son sang pour la défense du drapeau blanc et la souveraineté du Pape. 11 parie anglais, italien et allemand, possède un grand fond de connaissances générales et prend le plus vif intérêt aux beaux-arts... C'était un charme de l'entendre raconter l'histoire de sa campagne à l'âge de seize ans, lorsqu'il contribua à organiser une insurrection contre les autorités établies par Napoléon. »
Le manque de disposition-*pour la conversation chez Lamennais n'empêcha pas Wiseman de se ménager plus dune fois des tête-à-tête avec lui, et il nous a laissé de leurs entretiens l'intéressant récit qu'on va lire :
i06 LE CARDINAL WISEMAN
« Il était réellement d'un aspect et d'une mine peu propres à commander le respect : d'une stature petite et frêle, dépourvu de dignité dans le maintien ou de supériorité dans le regard, et n'ayant aucune grâce extérieure. La langue semblait être l'organe par lequel il donnait un cours libre et merveilleux à des pensées claires, profondes et solides. Plusieurs fois,à différentes époques, j'ai eu avec lui des entretiens prolongea; il était toujours le même. La tête penchée, tenant les mains jointes devant lui ou les frottant doucement l'une dans l'autre, il savait, en répondant à une question, se répandre en un flot de pensées coulant spontanément et sans rides, comme un ruisseau à travers une prairie d'été; il embrassait en une fois le sujet entier et le divisait en ses différents points, aussi symétriquement que l'auraient fait Fléchier ou Massillon. Il relevait alors ces points l'un après l'autre, expliquait chacun d'eux en particulier et tirait ses conclusions. Tout cela se faisait d'un ton monotone, mais doux; et son raisonnement était si serré, si solide, et cependant si poli et si élégant que, si vous aviez fermé les yeux, vous auriez facilement pu croire que vous assistiez à la lecture d'un livre accompli et correctement composé.
Puis,chaque chose était relevée par les images les plus heureuses, les mieux appropriées, les plus pittoresques et les plus complètes. Je me souviens qu'il représenta un jour, sous des couleurs brillantes, les espérances futures de l'Eglise. 11 venait de faire allusion aux prophéties de l'Ecriture et à leur accomplissement dans l'histoire; il avait conclu que les prédictions et les signes étaient loin d'avoir reçu leur entier accomplissement au temps de Constantin, et que, par conséquent, il était encore réservé
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à rÉglise une phase plus glorieuse que toutes celles qu'elle avait traversées. Il croyait que cette phase n'était pas éloignée. « Et de quelle manière, lui demandai-je, croyez-vous, ou prévoyez-vous que ce grand et admirable changement de condition s'accomplisse ?» — « Je ne puis le voir, répondit-il. Je me sens comme un homme placé à l'extrémité d'une galerie dont l'autre extrémité est éclairée par de brillants flambeaux qui répandent leur lumière sur les objets qui s'y trouvent, j'aperçois clairement et distinctement des tableaux et des sculptures, des meubles et personnes ; mais je ne vois rien de ce qu'il y a entre eux et moi. Tout est noir, et je ne puis décrire ce qui occupe l'espace; je sais lire le résultat, mais non Topération du problème. »
« Une autre fois sa réponse fut plus explicite. Il avait parlé en termes éloquents de l'Angleterre et de ce qu'il aurait fallu faire dans nos luttes religieuses. Il avait décrit les moyens par lesquels on aurait dû vaincre les préjugés et gagner l'opinion publique. On lui demanda : •« Mais comment exécuter ces choses si grandes et si « difficiles ? Quels sont les instruments? Où sont-ils ?» — •«Ils n'existent pas encore, répondit-il. Vous devez commencer par fabriquer les instruments nécessaires à l'exécution de votre travail. C'est ce que nous faisons en France* ».
De telles conversations étaient bien de nature à soulever dans l'esprit de Wiseman la question, devenue plus tard l'absorbante question de sa vie, de savoir quelle serait la part dévolue à TAngleterre dans ce grand mouvement de renaissance religieuse. Etait-ce une chimère que ridée du retour de son pays à la grande famille