Le D' Weedall, qui résidait alors au Collège anglais
RECTORAT DL COLLÈGE ANGLAIS Ht
« grande cause », et le désir « de faire un peu de bien^ du fond de sa retraite inactive, inactive du moins en cfr qui regarde la cause publique ». Puis il adresse au D"^ Husenbeth le récit d'un entretien avec un visiteur anglais, entrevue qui décida l'entrée de celui-ci dans rÉglise catholique. La même année fut fondé le Catholio Magazine^ et Wiseman annonce son intention de faire servir ses études plus directement au profit de la renaisr» sance catholique et de collaborer à la revue. Ces indices de nouvelles préoccupations coïncident précisément avec la présence du P. Spencer au Collège.
Une autre influence, agissant sur lui dans le même sens, fut celle de ses sermons de chaque semaine aux Anglais de Rome, dont nous avons déjà fait mention. On retrouve dans ses papiers quelques lettres de personnes dont la vie devint pour la première fois sérieuse et religieuse à la suite de ces sermons. 11 y eut aussi d'autres âmes dont ces discours, ou des conversations amenées par eux, modifièrent les idées sur le catholicisme, et qui finalement abjurèrent l'erreur entre les mains de Wiseman et furent reçues par lui dans le giron de l'Église.
M. Gladstone, dans ses souvenirs sur Wiseman, gracieusemont mis à notre disposition, dit de lui expressément qu'il n'était pas un convertisseur, et on voit par le& idées qu'il a exprimées publiquement sur ce point, ce^ qu'il entendait par là, à savoir que le recteur ne faisait pas de prosélytisme pour détruirnet ses interlocuteurs des convictions consciencieuses * . Mais quand l'influence de Rome et ses propres sermons avaient fait naître dans
1. Voir plus loin, ch. xii, p. 397, les idées personnelles de Wiseman sur ce point.
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une âme la pensée qu'elle trouverait dans le catholicisme la satisfaction de ses plus hautes aspirations, il se montrait pour elle plein de sympathie. Les lignes suivantes de Lord Houghton feront connaître le genre d'intérêt inspiré aux amis de Wiseman par la réception dans l'Église des Anglais convertis : « Bien que les visiteurs protestants du Collège fussent pleinement à l'abri de tout prosélytisme indiscret et qu'on n'employât avec eux d'autres moyens de persuasion que de courtoises controverses, quand ils les provoquaient, et d'amicales incitations à considérer ce qu'il y avait de mieux et de plus frappant dans la pratique et l'action symbolique de l'Église, on ne faisait point mystère de l'intérêt particulier que l'on prenait à connaître tous les détails concernant les récents convertis et la direction nouvelle de leur vie. Un baronnet de Cornouailles, Sir Harry Trelawney, déjà très avancé en âge, s'était non seulement déclaré catholique romain, mais, sur son ardent désir, il avait été ordonné prêtre. On laissa voir la plus vive anxiété sur la manière dont il accomplirait son premier office mystique, et l'on donna à entendre que le nouveau prêtre avait reçu en la circonstance de la Providence plus qu'une assistance naturelle, au point de vue de la mémoire. Le fils du comte Spencer, bien connu plus tard sous le nom de Père Ignace, résidait à cette époque au Collège. Son premier sermon sur l'Église, tiré à part à l'usage des catholiques anglais, excita le plus vif intérêt parmi les étudiants... Dans toutes les circonstances de ce genre, l'intérêt manifesté par Wiseman était toujours affectueux et judicieux, et jamais les étrangers ne le trouvèrent exagéré en rien. »
Jamais donc Wiseman n'était agressif ni disputeur
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avec ceux qui venaient lui demander des renseignements sur l'Église romaine. A cette époque de malentendu» profondément enracinés parmi les Anglais, il jugeait que la franchise et la loyauté du côté des catholiquesétait le plus excellent moyen d'amener chez les Anglicans une attitude plus franche et plus loyale. Un entretien amical, une conversation sur des sujets indifférents étaient souvent la meilleure manière de dissiper les anciens préjugés qui restaient encore, même dans des âmes qui commençaient à étudier la religion de Rome avec quelque sympathie. L'ecclésiastique romain, une fois connu en chair et en os, était la meilleure réponse à opposer, la plupart du temps, à l'extrême bigotismey le mot n'est pas trop fort, alors si commun parmi les Anglais. Mais, en même temps, si une discussion directe était sollicitée ou devenait nécessaire, jamais Wiseman ne s'y dérobait.
Deux lettres écrites, l'une en 1831, l'autre un peu plus tard, et toutes deux adressées à un compatriote de grande érudition, M. Durtnall, ami de Lord Brougham, dont Wiseman avait fait la connaissance à Rome en 1830^ montrent bien le genre d'apostolat qu'il exerçait sur les personnes de cette condition. Il faut ajouter que M. Durtnall devint catholique plusieurs années après.
« Collège anglais, Rome, le 12 décembre 1831.
« Cher Monsieur, — Hier mon àmi M. Mackey m'a transmis le désir que vous lui avez exprimé d'avoir un mot de moi. Je regrette seulement que ce mode de conversation nous soit rendu nécessaire par votre départ de Rome,
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•ce qui me privera désormais du plaisir de causer avec vous. J'ai été fort malade depuis notre dernière entrevue. Il m'a fallu garder lo lit quelque temps, puis je suis allé plus longtemps encore à la mer, et maintenant me voilà <;onfiné dans ma chambre. Ma maladie était de dangereuse nature, mais, en dépit de la classique citation -d'Ovide,
Cernis ut a tenero sanguis pulmone remissus Ad Slygias certo limite ducit aquas.
Dieu merci, je suis enfin entré peu à peu en convalescence. Le D"* Errington s'est trouvé en plus mauvaise :situation encore que moi, et comme moi il est encore <;onsigné par ordre du médecin. M. Spencer a eu Finfluenza, mais il est complètement ^uéri. En voilà assez pour la partie personnelle d'usage dans une lettre. Je ne puis m'empêcher de me persuader que vous reviendrez ■de nouveau à Rome, dont personne plus que vous ne «ait goûter les charmes. Depuis votre dernière visite, on a exploré plus d'un endroit classique ; le Forum a été à peu près complètement découvert, et on y a fait d'importantes fouilles. Au dernier printemps, je suis allé visiter Jes ruines de Tarquinium et de Vulsii, et ce que j'ai vu m'a bien payé de ma peine. 11 est difficile de se former une idée de l'Italie avant les Romains, ou même avant que les Grecs eussent apporté les arts agresti Latio, sans avoir vu les dernières découvertes.
« Votre ami, ou tout au moins votre connaissance, le D"^ Thompson, a été victime d'une criminelle agression, l'avant-dèrnière nuit. Il a été assailli tard, dans la soirée, en un endroit solitaire, par trois hommes qui lui ^demandèrent son argent, le poignardèrent et lui infli-
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gèrent plusieurs blessures. Il n'est pas en danger, bien qu'il soit obligé de garder la chambre. Mes médecins me défendent d'écrire, et je n'ose prolonger davantage cette lettre, en ayant d'autres à écrire et ne voulant pas remettre à un autre courrier la réponse à votre désir d'avoir de mes nouvelles. Je n'ai que le temps de vous exprimer de nouveau mon très vif espoir que vous vous déciderez à revenir jouir des charmes enthousiasmants de notre cité classique... »
La seconde lettre, du 6 mai 1834, semble avoir été écrite à la veille de la visite de son ami ; mais rien n'indique s'il vint ou nonà Rome à cette époque: «Vous mettez à vous rapprocher de la Cité Eternelle tout le temps et toutes les précautions qu'un cunctator pourrait souhaiter. Je compte cependant qu'après tout vous n'allez pas simplement toucher Rome et n'y passer que pour vous rendre à Naples. Non, cher Monsieur, j'espère vous voir ici avec tous vos impedimenta, vos in-folio, vos in-quarto, vos grecs et vos allemands, le tout en ordre parfait de combat. Et nous nous livrerons une belle bataille, et vous devrez plier et vous rendre prisonnier. Vous me comprenez, j'en suis sûr, et peut-être me trouvez-vous bien léger, en parlant de choses aussi sérieuses. Une lettre, cependant, surtout une lettre écrite comme celle-ci à la hâte, ne peut être un moyen de communication bien approprié à de tels sujets, alors que l'intelligence s'est rendue et que la volonté seule résiste. Mais venez à Rome, lisez et méditez notre religion sur le tombeau des Apôtres, dans les catacombes, ou dans un cloître, et j'ai. la confiance que toute irrésolution cessera et que la foi sera fortifiée. Le cardinal Weld, j'ai le regret de vous l'apprendre, est loin d'être
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bien ; il a souffert d'un gros rhume et est encore malade. Il paraît très changé et bien affaibli. Présentez mes respectueux compliments à M"® Durtnall. Avez-vôus vu comment, sur la question de TUniversité, votre ami Lord Brougham a démoli un évèque ou deux et une demidouzaine de pairs ? Qu'adviendra-t-il de l'Église anglaise? Que Dieu lui vienne en aide ! »
Les premières années du rectorat de Wiseman pré sentèrent un certain intérêt politique. Le Congrès de Vienne avait, avec quelques modifications, rétabli en Italie Tétat de choses existant avant la révolution. Le roi de Sardaigne vit restaurer son royaume tel qu'il était en 1792, mais avec l'adjonction de l'ancienne République de Gênes. Ferdinand IV de Naples recouvra ses états, dans les mêmes conditions, mais avec le nouveau titre de Roi des Deux-Siciles. Les États de l'Église avaient été reconstitués presque avec les mêmes frontières qu'auparavant. Mais l'Autriche avait annexé à ses anciennes provinces italiennes la République de Venise. La Dalmatie, Raguse et Cattaro formaient un royaume autrichien, tandis que l'Istrie devenait partie intégrante du royaume autrichien d'Illyrie. Toutefois l'Autriche gardait le droit de tenir garnison dans les États Pontificaux de Ferrare et de Comacchio. La politique de Metternich étendait la prédominance de TAutriche sur toute l'Italie, et la haine d'un dictateur étranger contribuait largement à soulever le sentiment national des Italiens et à fomenter le mouvement en faveur de l'unité italienne.
A ce mouvement, la Papauté prit une part importante. Pie VI avait une fois déjà essayé d'organiser une union
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fédérative des États italiens ; et, bien que Grégoire XVI se fût opposé, en raison de son caractère révolutionnaire, au mouvement des Trente, Pie IX prouva par son attitude subséquente de 1846 que cette aspiration nationale en elle-même ne semblait pas inacceptable à la Papauté. L'agitation nationaliste passa par diverses phases, marquées par d'importantes différences d'idéal et de méthode. Ses premiers promoteurs, ou plutôt les promoteurs du mouvement républicain qui la précéda, lurent les membres de la société secrète des Carhonari, Comme exemples des phases historiques par lesquelles peut passer une organisation politique suivant les circonstances, il est à remarquer qu'à l'origine les Carbonari furent les instruments de la propagande royaliste contre le gouvernement de fer des généraux de Napoléon. Dès le début de ce siècle, le principal but poursuivi par les Carhonari fut le rétablissement du royaume de Naples, . mais avec l'acceptation d-une constitution parlementaire. Le nom de cette société ne fut apparemment choisi que pour couvrir un langage conventionnel et secret. Un carbonaro signifie un marchand de charbon. Le lieu de réunion des carbonari s'appelait une vendita, ou boutique de charbonnier. « Purger la forêt des loups » voulait dire dans leur langage expulser les tyrans. Par la suite des événements, ils se transformèrent en adversaires de la monarchie restaurée et devinrent les plus chauds partisans de la révolution. Leur organisation se perfectionna, et on exigea d'eux , à l'égard des chefs de Yalta vendita^ une obéissance aussi absolue que celle de leurs adversaires cléricaux, les jésuites. Rien ne caractérise mieux la méthode d'action de la secte que le récit fait par Mazzini de son initiation qu'on lit dans le premier
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volume de sa vie. « Il dut prêter un serment d obéissance ^llimitée » et prendre l'engagement formel « d'agir » et, s'il en était besoin, «de se sacrifier pour le bien de rOrdre ». Le malaise qu'il éprouvait du vague et du «érieux de son serment s'accrut encore lorsqu'un peu plus tard il fut témoin d'une scène où Ton ordonna à deux membres de la secte. « de partir le lendemain pour Bologne, afin d'y poignarder un Carbonaro qui avait parlé contre les chefs »i On Tinforma que « l'Ordre n'avait pas plus tôt découvert des traîtres qu'il les supprimait ».
Tel était le caractère distinclif de cette organisation qui tout d'abord souleva le sentiment national des Italiens contre la domination autrichienne et fit de cette opposition un levier puissant en faveur de la cause révolutionnaire.
Le premier succès de ces manœuvres fut la révolution de Naples, en 1820, suivie l'année suivante de la révolution en Sardaigne. Ces deux soulèvements furent réprimés par l'Autriche. La protestation de Lord Castlereagh contre l'intervention des Autrichiens fut la première manifestation des vives sympathies de l'Angleterre pour le mouvement populaire en Italie. Les efforts des Carbonari demeurèrent sans résultats apparents pendant dix ans. Mais leur œuvre progressait en France; ils prirent une large part à la révolution de 1830, qui plaça Louis-Philippe sur le trône.
Léon XII était mort en février 1829, et Pie VIII lui succéda. Pendant son court pontificat, le nouveau Pape suivit la politique traditionnelle de la Papauté et s'efforça d'empêcher de nouveaux troubles par la reconnaissance des faits accomplis. Dans une lettre officielle, il ordonna au clergé français de se rallier loyalement au nouveau
régime. Mais la révolution suivit son cours au-delà de la France. Au mois d'août, elle éclatait à Bruxelles et .amenait la séparation de la Belgique et de la Hollande. Plus tard dans Tannée, elle s'étendait à la Pologne ; et les États de TEglise, demeurés tranquilles depuis 1815, commencèrent à manifester les symptômes d'une agitation qui ne disparut complètement qu'après la suppression du pouvoir temporel du Pape par Victor-Emmanuel. Quelques années plus tard, on vit bien comment devaient finir ces troubles et quelle était la nature de ce malaise qui allait arriver à une crise aiguë avant de disparaître. La souveraineté temporelle du Pape ne pouvait subsister telle qu'elle était. Capaccini, l'illustre secrétaire de Consalvi, le reconnut de bonne heure, quand, parlant à son ami Bunsen de la perte inévitable des États Pontificaux, il tint ce propos que les événements ont rendu mémorable : « Nous prévoyons tout ce qui va en résulter. Mais^ remarquez-le bien, quand le vieuœ lion sera confiné dans son étroite cage, il secouera encore ses barreaux de façon à faire trembler V Europe ^'. »
En 1830-31, cependant, on gardait encore l'espoir que ce mouvement, dû plutôt à l'agitation révolutionnaire qu'à un mécontentement général du peuple, tomberait de lui-même.
Pie VIII eut à renouveler les édits de ses prédécesseurs contre la société secrète des Carbonari, Une loge de ces conspirateurs ayant été découverte à Rome, vingt-six de ses membres furent arrêtés et jetés en prison. Les difficultés de la situation devinrent fatales à la santé déjà ébranlée du Pape ; son ami et allié,