CHAPITRE V
RECTORAT DU COLLÈGE ANGLAIS {suite)
Sommaire. — Wiseman reçoit la visite de MM. Newman et Froude. — 11 étudie le persan. — Ses impressions religieuses et son « nouvel état d'àme ». — 11 propose de fonder un collège catholique et une revue en Angleterre. — Ses Conférences sur la Science et la Religion ; leur retentissement. — Encouragé par la réaction catholique en Allemagne et en France, il va en Angleterre en passant par l'Allemagne. — Sa visite à Dcellinger.
Pendant les années 1833 et 1834, la vie de Wiseman paraît avoir été relativement tranquille et studieuse. La première de ces années fut marquée par un événement destiné à exercer sur le reste de sa carrière une sérieuse influence. Ce fut le voyage à Rome, au mois de mars, de J.-H. Newman et de Hurrell Froude. Ce dernier a laissé dans une lettre à un ami, en avril 1833, le récit suivant de son entrevue avec Wiseman, en cette circonstance : « C*est triste de penser combien peu on a pour son temps otpour son argent. La seule acquisition qui en vaille la peine ici est la connaissance que nous avons faite de Monsig-nor Wiseman, recteur du Collège anglais. 11 nous a éclairés, Newman et moi, sur nos relations vis-à-vis de Rome.
« Nous avions demandé à être introduits auprès de lui, pour savoir si on nous recevrait dans TEglise romaine à des conditions abordables pour nos cons-
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ciences. Et voilà qu'on ne peut faire un pas sans avaler d'abord tout le concile de Trente. C'est navrant ! Nous avions abordé la question aussi délicatement que nous pûmes. Notre première idée avait été que le Pape était laissé juge dans une certaine limite des conditions à fixer pour une rentrée en communion, ou, s'il lui était impossible de dispenser seul, nous pensions que les actes d'un concile pouvaient abroger ceux d'un autre ; aussi bien, au temps de Charles I", n'avail-il pas été question de négocier une réconciliation dans les termes où en étaient les choses avant le concile de Trente ? Mais nous découvrîmes avec horreur que la doctrine de l'infaillibilité de l'Église rend les actes de chaque concile successif obligatoires à jamais \ que ce qui a été une fois décrété ne pouvait plus être remis en discussion, qu'en un mot les décisions étaient définitives et irrévocables, et qu'on ne pouvait faire un pas au devant de nous, quand même l'Église d'Angleterre redeviendrait ce qu'elle était au temps de Laud, ou même ce qu'elle a été antérieurement à cet atroce concile, car Monsignor Wiseman admettait que certaines choses (la doctrine de la messe, par exemple), définies à ce moment, étaient indéterminées avant lui... Nous profiterons encore de Wiseman, c'est un trop charmant homme pour qu'on puisse n'en pas tenir grand compte. 11 m'a exprimé le désir que je m'adresse à lui si jamais j'avais à consulter quelque document à la bibliothèque Vaticane. »
Cette entrevue laissa àWisemandeux vivantes impressions, étincelles que l'évolution du Mouvement d'Oxford devait convertir en flamme ardente. 11 fut frappé de la disposition d'esprit vraiment catholique de Newman et