‹ Le cardinal WisemanChapitre 38 sur 106 · Siècle de Louis XTV · texte numérisé non relu

Siècle de Louis XTV

2. Discours sur les Rapports entre la science et la religion révélée^ p. 421. ' /

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siècle dernier par un missionnaire, le P. Ignace de Jésus, de la secte semi-chrétienne des Sabéens, fixée principalement dans le voisinage de Bassora. Leur livre sacré, ou Divan^ a conservé une croyance traditionnelle qui jette un jour tout nouveau sur divers passages de l'évangile de saint Jean. Ils croyaient en particulier que saint Jean-Baptiste élait la Lumière et, par conséquent, qu'il était supérieur au Christ. Saint Jean TEvangéliste, comme pour réfuter cette erreur, dit positivement dans son évangile que Jean-Baptiste n'était pas la lumière, mais seulement son témoin, et il rappelle que le précurseur disait lui-même du Christ : Celui qui viendra après moi sera choisi avant moi^ car il était avant moi * . »

A noter, aussi, dans la dernière conférence, ce témoignage dé Bacon que « les jésuites ont beaucoup vivifié et fortifié \s^ science ».

D'une façon générale, les conférences se proposaient donc de faire ressortir, sur des sujets variés, les services signalés rendus à la religion par le progrès des sciences : « Nous verrons, dit-il dans la première, de quelle manière l'enfance de chacune a fourni, des objections contre la religion, à la grande joie des infidèles et à l'effroi des croyants, de quelle manière on a détourné de ces études comme dangereuses , et pourquoi, en proportion de leurs progrès, elles ont d'abord fait disparaître les difficultés tirées de leur état imparfait et même les ont remplacées par des arguments en faveur de la religion. »

Mais si Wiseman put engager ce combat pour la foi, juste au moment choisi où la nature spéciale de l'assaut

l.76iU,p. 408.

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de la part d'un siècle incrédule fournissait à Tapologiste chrétien une occasion favorable de porter des coups efficaces, même avec des armes qui devaient s'émousser dans la suite, la thèse générale qu'il soutint a reçu plus tard une confirmation éclatante dans la chute de Fécole de Tubingue, dans l'apparition d'œuvres de reconstruction, comme t Eglise et VEmpire Romain de Ramsay, et dans d'autres nombreuses circonstances. Il est fort important aussi de remarquer que Wiseman ne donne point comme définitive sa défense du Christianisme, appuyée sur les découvertes scientifiques de l'époque. A ses yeux, la plus vraie justification de la Religion révélée consiste dans sa puissance à satisfaire et à expliquer la nature humaine. Les critiques et les apologies du moment démontrent seulement qu'une fois appuyée sur des motifs plus intimes et plus profonds, elle ne saurait demeurer sans confirmation extrinsèque, autant que le permet le caractère nécessairement progressif de toute connaissance scientifique.

Wiseman, au cours même de ses Lectures^ en parle comme il suit dans une lettre au D^ Tandy :

« Je suis actuellement très occupé. En outre de mes cours quotidiens à la Sapience et de mon sermon hebdomadaire, car je suis chargé seul de la prédication, je donne, le mardi et le vendredi de chaque semaine , chez le cardinal Weld, des Lectures sur le surcroît de preuves en faveur du christianisme résultant du progrès des sciences. J'en ai donné deux sur l'étude comparée des langues, devant un auditoire très nombreux, o\\ se trouvaient plusieurs littérateurs de grande réputation. J'ai eu la bonne fortune de fixer leur attention et de les

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intéresser au-delà de toute attente. Je publierai probablement ces conférences dans le courant de Tautomne. »

M. Monckton Milnes, qui les suivit fidèlement, les caractérise d'une façon qui montre bien l'intérêt qu'elles inspiraient même à des auditeurs dénués de goûts théologiques.

« Le sujet était relativement nouveau, dit-il, et les connaissances communiquées aux auditeurs avaient

nécessairement été puisées aux sources originales ;

les nombreux éclaircissements que l'Ecriture Sainte peut tirer de l'ethnologie, de la philologie et de l'archéologie étaient jusque-là du domaine réservé des savants, et n'avaient pas encore fait le fond d'innombrables conférences, essais et dictionnaires. Aussi ces discours offraient-ils le plus vif intérêt à la plupart de ceux qui les entendaient, et, bien que l'ampleur et le nombre des sujets abordés fissent naître quelque défiance de la parfaite compétence du conférencier, cependant sa science reconnue dans une des branches de la philologie orientale donnait l'impression qu'il n'était pas homme à risquer des assertions non contrôlées, ou à faire parade d'une érudition sans exactitude. »

Le chevalier Bunsen, lui aussi un de ses auditeurs assidus, lui écrit que ses « admirables conférences ont continué à occuper son esprit et celui du D' Abeken, le* chapelain du roi ; que leur objet est du plus haut intérêt pour la science et pour la religion, et que leur développement méthodique semble calculé pour produire les plus importants résultats ». Il s'autorise de ces sentiments pour présenter à Wiseman quelques observations à propos des nations Mongole et Tartare, extraites du livre classique de Ritter sur ce sujet. « Peut-être, lui-

dit-il, y trouverez-vous quelques faits nouveaux ou quelque sujet de discussion plus approfondie '. »

Au nombre des personnes qui exprimèrent à Wiseman leur admiration pour ses conférences, soit au moment où il les donna, soit lorsqu'il les eût publiées, nous trouvons Dœllinger, Sclioltz, le D' Lepsius, le comte Munster, le cardinal Maï et la célèbre mathématicienne, M°"« Somerville. Le D' Somerville, dans une lettre au D"" Cox, président du collège Saint- Edmond, s'exprime ainsi en faisant allusion à un projet de voyage à Rome pour raison de santé : « Je suis aussi un fervent admirateur des objets d'intérêt qui sont vivants. L'idée m'est venue que vous pourriez nous donner des lettres d'introduction auprès d'un personnage que nous admirons tant, le D"" Wiseman. « M™® Somerville, ajoute le même cmi dans une lettre à Wise man, déclare avoir trouvé un charme infini à vos conférences. »

« Au nombre de mes auditeurs, dit lui-même Wiseman dans la préface de son livre, je comptais des hommes dont la réputation dans la littérature ou les sciences était de nature à m'intimider dans l'accomplissement d'une tâche aussi compliquée ; je les ai trouvés assidus à mes lectures et encourageants dans le jugement qu'ils en portaient. Ils témoignèrent le désir, déjà exprimé par la plupart de mes auditeurs, que ces discours fussent communiqués au public. »

Ces discours furent comme l'adieu de Wiseman à sa

1. Lettre du 25 mars 1835. Bunsen la termine par ce P. S. : « Auriez -vous une grammaire comparée du Kymrique et du Gaélique en Ecosse et en Irlande? Je ne possède qu'une grammaire du dialecte du pays de Galles qui m'a donné d'intéressants résultats. »

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vie d*études, bien qu'alors il n'en eût pas le pressentiment. Sa réputation, du moins dans le monde savant, avait probablement atteint son apogée, à ce printemps de 4835, et il n'avait pas encore trente-trois ans. Plus tard, il aimait à dire que cette première partie de sa carrière fut la plus heureuse de sa vie, en elle-même et aussi à cause des amitiés qu'elle lui permit de nouer. « Pendant cette courte et déjà si lointaine période de ma vie, écrivait-il en 1858, la communauté des éludes me créa des amitiés dont bien peu subsistent encore. »> En outre des savants et des artistes italiens, il nomme d'autres amis ou correspondants dont il se plaisait à louer la mémoire ; c'étaient, parmi les savants français, Sylvestre de Sacy, le patriarche de la littérature orientale ; Saint-Martin, l'émule de Grotefend et le précurseur de Rawlinson ; Abel de Rémusat (presque) le créateur de la science Mongole et Tartare ; sans parler de Balbi, d'Ozanam, d'Halma et de tant d'autres. »

Parmi les Allemands, il rappelle les noms de Mœlher, de Klee, de Scholz, de Frédéric Schlégel, de Windischmann et des deux Gœrres.

Les événements de 1835 interrompirent ses relations avec ces savants et lui firent abandonner ses recherches scientifiques. Déjà, nous l'avons vu, son attention était fixée sur le mouvement de réaction religieuse qui se produisait et qui lui paraissait devoir prendre, en plusieurs contrées, une forme catholique.

Pour comprendre combien sérieux et réel était ce mouvement religieux et par conséquent quelles espérances il inspirait, il faut se souvenir d'une constatation signalée dans un précédent chapitre, à savoir, que depuis des années bien des esprits considéraient le pro

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testaiîtisme comme absolument condamné. La société avait été bouleversée par la révolution et les guerres qui la suivirent. Partout on sentait et on proclamait la nécessité de la religion, et pour beaucoup, qui jamais pourtant n'entrèrent dans TÉglise catholique, religion signifiait Catholicisme. A.-W. Schlégel était Tun de ceux-là. Tandis que plusieurs de ses éminents amis, et parmi eux son propre frère Frédéric, passaient du protestantisme au catholicisme, il exprimait, en 1811, son sentiment personnel à ce sujets en ces termes : « Le système protestant ne me satisfait plus... Je suis convaincu que le temps n'est pas éloigné où tous les chrétiens se réuniront dans la vieille foi. L'œuvre de la Réforme est accomplie ; l'humaine raison, dont l'orgueil est si visible dans les premiers réformateurs et plus encore dans leurs successeurs, nous a si mal dirigés, particulièrement dans le siècle dernier, qu'elle est entrée en lutte contre elle-même et s'est elle-même détruite. C'est peut-être un devoir pour ceux qui ont de l'influence sur l'opinion de leurs contemporains d'y renoncer publiquement et de contribuer ainsi à préparer une union avec l'unique Eglise des anciens jours ^))

Quelques circonstances en 1835 avaient amené Wiseman à concentrer ses pensées sur cette perspective.

La première fut l'étude plus méthodique, l'année précédente, de cette littérature de renaissance religieuse sur laquelle des amis tels qu'Ozanam en France et Dœllinger en Allemagne avaient appelé son attention. Un évident retour de l'opinion se préparait, d'autant plus

1. Lettre à M. de iMontmorency. Cf. Madaine de Slaël^ par Lady Blennerhasset, III» vol., p. 345.

significatif qu'il ne s'accusait pas seulement parmi les catholiques et ceux qui allaient bientôt le devenir. Une appréciation plus vraie de Tesprit du christianisme se manifestait dans la philosophie, la littérature et Part, aussi bien que dans la sphère plus sacrée des sciences religieuses. Il naissait donc un espoir d'obtenir cette modification de l'opinion publique qui doit nécessairement précéder un grand mouvement de retour à l'Eglise. Wiseman, avec son habituelle exubérance de métaphores, en écrit en ces termes à un ami, en décembre 1835 : « J'ai pris dernièrement un vif intérêt au grand mouvement actuel de la littérature et de la philosophie,qui semblent s'agiter et trépigner pour se dégager des entraves païennes dont les a chargées la Réforme ; elles paraissent s'eflbrcer de prendre leur essor dans un air plus pur, dans l'éther chrétien du Dante ou de Chaucer, pour saisir à ces hauteurs et répandre sur ce monde glacé quelques étincelles de chevaleresque enthousiasme et de piété religieuse. Hélas ! je crains que leurs ailes ne soient trop faibles; mais en vérité les efforts d'hommes tels que Schlégel, Novalis, Gœrres... Manzoni, Lamennais, Lamartine, et même les inspirations moins pures de Victor Hugo ou de Janin, manifestent un intense désir de la restauration du principe chrétien, comme âme et centre de la pensée, du goût et du sentiment. » Un peu plus tard, il fait ressortir comment ces marques nouvelles de sympathie pour l'Eglise et de justice pour ses représentants gagnent le domaine plus important de l'histoire, et il fait constater ce remarquable changement, en en suivant les progrès depuis la Vie de Léon X, par Roscoe, jusqu'à Ranke, en passant par Voigt, Hurter et Hoche.

RECTORAT DU COLLÈGE ANJLAIS i5l

Dès 1835, ce mouvement d'opinion commençait à porter ses fruits, et la cause catholique était en visible progrès. En France, surtout, où la religion avait subi de plus rudes assauts, la réaction, quoique peu étendue encore, était cependant manifeste, et le séjour de Lamennais et de Lacordaire à Rome avait inspiré à Wiseman un vif intérêt pour les efforts de ce petit groupe de brillants Français, devenus les chefs du mouvement catholique. Ses espérances se trouvèrent justifiées dans une large mesure plus tard par les succès oratoires de Montalembert à l'Assemblée française, la création du Parli catholique^ le retour triomphant au Parlement de 1848 d'un si grand nombre d'ecclésiastiques, et par le sentiment de respect pour la religion qui reprenait en France une nouvelle vigueur. Les circonstances firent naître parfois un commerce de lettres entre lui et Montalembeft, Ozanam, Rio, et quelques autres de leurs amis; de temps à autre, dans ses voyages de Paris en Angleterre, il leur rendait visite. Il avait suivi, avec une vive sympathie pour des hommes qui semblaient infuser une nouvelle vie à l'Église de France, les démêlés de Lamennais avec l'autorité ecclésiastique en 1833 et 1834. La chute de Lamennais démontra, d'une façon presque subite, que la renaissance religieuse dont il avait été l'instigateur était produite par une force plus puissante que l'ascendant personnel d'un homme même tel que celui-ci. Pas un de ses disciples ne le suivit, et le mouvement ultramontain continua sa rapide marche en avant.

L'année 1835 avait vu inaugurer les conférences de Lacordaire à Notre-Dame, dont M8''de La Bouillerie a pu dire qu'elles marquaient « le début d'un immense mouvement religieux parmi la jeunesse de notre temps ».

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Ces conférences avaient lieu précisément au moment où Wiseman faisait ses Lectures dans les salons du cardinal Weld à Rome. Dans son voyage en Angleterre, il s'arrêta à Paris, où, dans tout le monde religieux, il n'était bruit que de l'effet produit par la parole du grand dominicain français.

Pendant le carême de cette même année, il y eut entre Wiseman et Dœllinger un échange de correspondance qui nous apprend que Munich était aussi une de ses étapes dans ses voyages en Angleterre. Les lettres du professeur allemand montrent tout l'intérêt qu'il prenait au progrès delà cause religieuse ; Wiseman et lui s'accordaient à reconnaître l'importance d'une action combinée des catholiques anglais et allemands. Dœllinger était en relations quotidiennes avec des hommes de valeur et de dévoûment, tels que Joseph Gœrres et Mœlher, l'auteur de la Symbolique^ et tous ensemble ils portaient un vif intérêt à l'avenir religieux de l'Angleterre. Wiseman, de son côté, avait suivi depuis plusieurs années, en en appréciant toute l'importance, le travail intellectuel accompli par les catholiques allemands. « Je viens de recevoir, d'Allemagne, écrivait-il à un ami, en octobre 1833, un trésor de littérature catholique; on est tout à fait ravi de voir le ton élevé qu'a pris graduellement et que gardera vraisemblablement le parti catholique. Sa science et ses talents semblent le placer à la tête de toutes les branches de la littérature. »

Dœllinger, de son côté, en lui envoyant le second volume de son Histoire de r Église, lui écrit : « Ce que vous me dites de l'union plus étroite à créer entre le clergé catholique de l'Angleterre et de l'Allemagne a ma plus complète approbation; il me semble aussi

que c'est une « consommalion pieusement désirable». Dans une autre lettre, datée de Munich, le 17 novembre 1835*, Dœllinger lui écrit encore ces paroles

1. Wiseinan se trouvait alors en Angleterre. Cette lettre avait pour but principal de répondre à la proposition faite à Dœllinger de prendre quelque temps chez lui, à Munich, pour lui faire achever ses études, le jeune fils de Sir Edouard Vavasseur. Nous avons cité dans le texte le passage relatif au mouvement catholique. En voici le commencement et la fin qui feront entrer le lecteur un peu dans l'intimité du savant historien allemand:

« Mon cher ami, — Certainement le jeune homme dont parle votre lettre sera le bienvenu; et je serai toujours prêt à l'aider et à le diriger comme s'il était un de mes proches. Il se trouve précisément que ma propre famille est à môme de le recevoir et de lui offrir le couvert et tout ce dont il pourra avoir besoin. J'en ai parlé à mes parents, et ma mère consent à le prendre en pension, pour le prix de 42 livres, ou 500 florins de monnaie allemande par an. U aura delix chambres bien meublées, près de la mienne, trois repas, déjeuner, diner et souper. Les frais d'éclairage, de chauffage, de blanchissage et autres du même genre sont compris dans le prix de la pension. S'il prend ses repas avec ma famille et moi, ce lui sera une bonne occasion de parler allemand ; s'il préfère dîner ailleurs, il sera laissé complètement libre à ce sujet, le prix de la pension sera diminué en conséquence. Pendant quelques années, nous avons eu à la maison un jeune homme, parent de ma mère, qui a terminé ses études et a par conséquent quitté Munich ; il y a donc chez nous un appartement disponible, et M. Vavasseur sera le bienvenu pour l'occuper. Si son père le désire, je promets de lui écrire régulièrement et de le tenir au courant de tout ce qui regarde son fils. Possédant moi-même une importante bibliothèque et ayant libre accès ànos grandes bibliothèques publiques, le jeune homme sera amplement pourvu des livres dont il aura besoin. Quant à ses études, je puis le diriger, ou lui donner des leçons, pour l'étude de l'histoire et de la littérature classique en général. En principe, je puis seulement déclarer que l'on prendra soin de lui comme d'un membre de la famille, pourvu qu'il veuille bien se soumettre à une surveillance douce et raisonnable.

« Vous savez que c'est un de mes projets rêvé et caressé depuis longtemps que de faire un voyage en Angleterre, et j'en ai fixé la réalisation à l'automne de l'année prochaine. Si M. Vavasseur vient ICI et qu'il désire rendre visite à sa famille, nous ferions ensemble le voyage à l'aller et au retour.

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bien propres à stimuler son zèle : « Y a-t-il dans votre clergé des hommes de goûts intellectuels, aptes et disposés à étudier noire littérature théologique de ces dernières années ? Il semble qu'il y ait maintenant du côté des catholiques anglais une sorte d'apathie et dHnaction littéraire, et cependant vous êtes continuellement attaqués, et, si je ne me trompe, vos nombreux adversaires profitent trop de votre silence. Vos iMilner, Butler et les autres ont disparu sans laisser de successeurs, et, en attendant, les attaques de Thérésie se produisent chaque jour plus variées et plus violentes. Mais je me prononce sur des choses que je ne puis connaître qu'imparfaitement, et il vaut mieux que je m'en rapporte à votre connaissance plus complète... Quand vous viendrez ici, vous rectifierez mes idées, car je dois vous dire que nous comptons sur vous pour nous mettre complètement au courant de l'état de la religion catholique dans votre

« J'ai déjà reçu du D' Lingard une lettre qui m'a fait le plus grand plaisir. Je lui répondrai dès que mêle permettront des occupations pour le moment pressantes; je viens, en efl'et, d'inaugurer un nouveau cours de théologie dogmatique. 11 est regrettable que M. Lingard ne comprenne pas l'allemand et ne puisse, par conséquent, profiter des derniers travaux historiques récemment publiés en cette langue...

« Je vous avais, je crois, donné commission de me procurer deux ouvrages, le livre de Plowden sur les Mémoires de Panzani et les Mémoires des Prêtres missionnaires (de Challoner). Si vous ne les avez pas^ encore achetés, ne vous en préoccupez pas autrement, car, depuis, notre bibliothèque royale se les est procurés. Mais le Truth and Charity de Hawarden me fera grand plaisir.

« Voulez-vous avoir la bonté de me rapporter quelques crayons de la meilleure qualité. Ici, à Munich, on n'en trouve pas un de bon.) Excusez-moi de vous donner la corvée de lire le mauvais anglais de cette lettre, et faites-moi connaître la date de votre arrivée ici. »

4 J. DOELLINOER. »

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pays. C'est un sujet qui nous intéresse énormément tous, c'est-à-dire vos autres amis d'ici et moi. Ils vont bien tous, Gœrres, Philips, Mœlher, Windischmann, et sont impatients de vous revoir. »

Dans le courant de l'année 1835, Wiseman reçut aussi des lettres de Steinmelz de Bruges, de Scholz et de Windischmann l'aîné, de Bonn. Dans toutes, il est fréquemment question de la nouvelle activité de la pensée catholique et du nouveau dévouement à la Papauté qui commencent à se manifester.

11 est nécessaire d'avoir présents à l'esprit tous ces faits pour comprendre les idées avec lesquelles Wiseman commença sa campagne en Angleterre, à l'automne de 1835.

Il était pénétré de la pensée d'une rénovation générale delà religion due au zèle catholique, et, dans les pays où il entretenait d'étroites relations, il existait de singulières coïncidences entre la naissance et le développement de mouvements religieux, sans liaison directe entre eux. Pour le dire brièvement, ces mouvements en Allemagne, en France, en Angleterre même, commencèrent à se dessiner nettement vers 1833 ; ils furent en pleine activité vers 1840 et persévérèrent sans défaillance jusque vers 1850. Lacordaire commença ses conférences en 1835, alors que le Mouvement de Newman prenait déjà sa direction définitive. Cette même année, Dœllinger groupait autour de lui des hommes tels que Mœlher et Gœrres, dont les noms vivront toujours parmi ceux des penseurs ou des écrivains de cette période. La grande explosion du sentimont catholique en Allemagne, causée par Temprisonnement de l'archevêque de Cologne, se produisit en 1839, l'année même où Newman commença à se rendre

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compte que le mouvement catholique, pour'être complet et logique, devait impliquer nécessairement la réunion avec le Saint-Siège. Lacordaire avait atteint alors presque Tapogéedeson influence, et les deux années qui suivirent virent se former, sous la direction de Montalembert, le Parti catholique, L'Italie aussi, on Ta vu plus haut, avait déjà pris part à ce mouvement religieux, et la Toscane, érastienne et janséniste au siècle dernier, était, en 1835, aussi ultramontaine que Rome elle-même. Lors donc qu'il arriva en Angleterre en 1835, Wiseman était tout pénétré de ces faits, auxquels la majorité de ses compatriotes étaient presque étrangers. L'universel empire du Siège Apostolique Romain s'était pour ainsi dire déroulé devant son imagination, quand, au cours de son voyage par Vienne, Munich, Paris et Bruges, il était entré en relations personnelles avec les champions de l'Église catholique, dont les écrits l'avaient fortement impressionné, en même temps qu'il recevait des lettres provenant des missionnaires en Chine et en Syrie. Il arrivait droit de Rome, et Rome n'avait rien perdu du sentiment de son triomphe moral qui lui avait attiré, en 1815, l'admiration du monde civilisé. Ambassadeur d'une puissance impériale, représentant d'une cause sacrée, admiré des savants illustres qui s'étaient groupés autour de lui à Rome, pendant le carême de 1835, il se présentait avec le sentiment de sa force et de sa situation bien établie. Et son esprit de zèle enthousiaste présentait un vivant contraste avec les idées de ses compatriotes, catholiques aussi bien que protestants, au regard de la situation et de l'action des catholiques en Angleterre, ces derniers et faibles restes des papistes anglais si longtemps proscrits.

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