‹ Le cardinal WisemanChapitre 39 sur 106 · CHAPITRE VI LES PAPISTES ANGLAIS i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI LES PAPISTES ANGLAIS i

Sommaire. — Les catholiques anglais sous Henri VIII. — Sous Edouard VI. — Sous Marie Tudor. ~ Sous Elisabeth. — Les Church Papists, — Commencement de la persécution. — Les catholiques s'abstiennent de toute intrigue politique. — La déclaration du clergé séculier. — Ferveur catholique. — Règne de Jacques I". — Règne de Charies P'; dévouement des catholiques à ce prince. — Charies II ; accroissement de la haine anti-catholique ; diminution du nombre des catholiques. — Règne de Jacques II. — Sous Guillaume d'Orange; secte proscrite et sans influence politique. — Les catholiques anglais au xviii* siècle ; récit de M. Lecky. — La misère, les épreuves, la diminution des catholiques.— Le Relief Ad de 1778. — Le comité catholique de 1788. — Le Relief Act de 1791.

La dramatique histoire des catholiques anglais, leur fidélité à leur religion et leurs anciennes luttes; les vicissitudes de leurs destinées, faisant d'eux tour à tour des martyrs ou des persécuteurs, des Jacobites ou des

1. Les principales sources consultées pour ce chapitre sont les Douay Diaries^ avec les documents et correspondances annexes des catholiques anglais (David Nutt); Answer lo the Libel of English Justice^ du cardinal Allen ; The Life of Campion^^sx Simpson (Williams etNorgate, 1867); The Disposition and Garnishment of the Soûle (Anvers, 1596) ; Microcosmographie, de John Earle, M. A., 1628, réimprimée en 1869 (Constableet C") ; les Monila de M»' Smith aux prêtres anglais , édition de 1695 ; Letters of Heniietta-Maria (Bentley); les Histoires d'Angleterre de Green, Ranke, Macaulay et Lingard ; A retrospect of the Religions Life of England^

Whigs; leur zèle infatigable et leurs espérances gardées pendant tant de générations ; leur état d'extrême dépression, pendant les cent quarante années où ils se virent impitoyablement proscrits et exclus de toutes les charges publiques dans leur pays ; enfin, le final relèvement de leurs tristes débris : « tout ce qui restait d'eux » en 1827, ce sont là des choses qu'il faut avoir présentes à l'esprit pour comprendre l'état de l'opinion publique à l'égard des catholiques, au temps où Wiseman arriva en Angleterre. Si, en 1835, les catholiques n'étaient plus qu'une « secte »> insignifiante, ils n'en étaient pas moins les représentants d'un corps qui, par son action directe ou par ses réactions, avait contribué dans une large mesure à former l'opinion publique en Angleterre, à une époque où le dévouement à une foi définie pouvait bien soulever la colère ou l'enthousiasme, mais ne courait pas le risque de passer pour un misérable esprit de secte. Leur histoire est un élément essentiel à connaître.

par John James Tayler(Ghapman, 1845) ; Queen Elisabeth^ du professeur Beesly (Macinillan) ; Queen Elisabeth and the catholic Hierarchy, par le P. Bridgett (Burns and Oates) ; Catholic England in Modem Times, parle P. Morris (Burns and Oatesj; ifis/o^'j/o/'caMolie Emancipation, d'Amherst (Kegan Paul); Life of Milner (James Duffy); les Letlers deThrockmorton; State and Behaviour of english catholics from the Reformation to the year 1780, de Berington (Londres, R. Faulder, 1780); les MawMscnVs d'Everingham Park ; Henry VIII and the English Monasteries, de Dom Gasquet (John Hodges); Church History, de Dodd (édition Tierney) ; les dépêches de Panzani, Gonn et Rosetli ; Catholic Hierarchy in England and Scotland, de Brady (Rome, 1877) ; History of England in the Eighteenth Century de Lecky ; les œuvres de Sydney Smith (Longman);iïi«^oî'ica/Memot>so/'J?n^Zis/iCa//io/ic5 de Gharles Butler (1819); Supplementary Memoirs, de Milner ; une collection de brochures publiées sous les règnes de Gharles II et Jacques II. Nous avons cité aussi, d'après Le Quien ; Nullité des ordinations anglicanes (Paris, 1725), un passage de Stapleton.

si Ton veut comprendreun des plus importants caractères, de la civilisation moderne, le développement de Tesprit de tolérance religieuse. Les historiens anglais les plus^ autorisés assignent à l'héroïsme et à l'endurance descatholiques, sous Elisabeth, un rôle important dans la conquête de ce respect pour les convictions individuelles que la reine catholique Marie Tudor avait paru si manifestement violer; et l'histoire de leur émancipation finalemarque un point décisif dans le mouvement des esprits vers la liberté religieuse. La suite de ce récit montrera les sources plus profondes encore de ce mouvement et les effets plus vastes qui en découlèrent.

Pour le moment, essayons de retracer à grands traitsla carrière si mouvementée des papistes Rngldiis dans son rapport avec l'histoire de l'Angleterre et de faire revivre les souvenirs gardés par eux des joies et des infortunes de leurs ancêtres, leurs coutumes, leurs espérances au cours de leur histoire. Si beaucoup de ces faits sont déjà connus, il importe cependant de les grouper sous un jour particulier pour expliquer l'origine des divers courants d'opinion et de sentiments que Wiseman rencontra en 1835.

Le mot de papiste commença à être usité dès le règne de Henri VIII. Les papistes étaient alors les très rares opposants à la suprématie royale. La masse de la nation épuisée de luttes, la mémoire encore pleine des horreurs de la guerre des Deux Roses, courbée sous la puissance absolue de Henri, accepta la nouvelle législation sans trop en marquer sa désapprobation.

Des esprits tels que More et Fisher se rendirent compte que la cause du catholicisme était en jeu et préférèrent mourir plutôt que de prêter le nouveau ser-

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ment. D'autres, comme la fille de Thomas More, Marguerite Roper, acceptèrent la suprématie royale, avec une clause de for intime^ de nature à sauvegarder leur fidélité au Saint-Siège. Mais, dans la masse du peuple, Tacceptation provisoire, à titre d'expédient, de la suprématie royale ne semble pas avoir été regardée comme une épreuve décisive au point de vue de Forthodoxie. u Cette affaire de la suprématie du Pape et du roi, écrivait Stapleton en 1567, fut d'abord, même pour les hommes instruits, une question insolite ; mais elle est maintenant devenue, même pour les moins doctes, une question courante et rebattue ^ » L'évêque Tunstall, qui refusa sous Elisabeth de prêter le serment de suprématie, avait expressément déclaré, du temps de HenriVllI, que cette suprématie n'impliquait nullement la séparation d'avec l'Eglise catholique^. Dans les temps antérieurs, les différends entre le pouvoir civil et Rome n'avaient pas manqué, et l'on avait bien trouvé autrefois le moyen de les résoudre « On s'attendait généralement, écrit Dom Gasquet, que la querelle entre le roi et le Pape finirait par s'accommoder cette fois encore. »

Vers l'époque de la mort de Henri, cependant, la marche des événements : suppression des monastères, influence croissante des idées protestantes, fournit un commentaire de mauvais augure sur le sens et la portée du nouveau système; et les innovations religieuses du règne

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