‹ Le cardinal WisemanChapitre 41 sur 106 · Beesly, Queen Elisabeth ^ p · texte numérisé non relu

Beesly, Queen Elisabeth ^ p

un présage de ce qui pourrait se reproduire encore, Reginald Pôle, cardinal de la sainte Église romaine et légat pontifical, regagnait l'An glelerre, et, entre Douvres et Londres, on évaluait à 1.800 les cavaliers de son escorte. Il entra à Londres par la Tamise, sa crosse d'or brillant à la proue de la nef qui le transportait de Gravesend à Westminster; il fut accueilli par les deux Chambres du Parlement, qui reçurent à genoux l'absolution papale du crime de schisme et d'hérésie.

Le monde catholique était dans l'allégresse. Saint Ignace de Loyola écrivit au cardinal Pôle pour le féliciter du retour de l'Angleterre au catholicisme. Si la reine Marie, d'une part, et le Pape, de Tautre, eussent adopté une politique plus conciliante, il est possible que les résultats de cette réaction catholique eussent été moins^ éphémères. « L'avènement de Marie, dit le professeur Beesly, fut pour la vieille Église une chance immense et unique. y> Si la reine se fût contentée « de restaurer l'ancien culte et de priver de leurs bénéfices les raresecclésiastiques protestants; si elle se fût bornée à châtier les attaques outrageantes contre la religion de l'Etat,, jamais Elisabeth n'aurait eu la puissance, on peut mème^ se demander si elle aurait eu la pensée, de détruire l'œuvre de sa sœur. » Le Pape, de son côté, mal informé, au jugement de plusieurs, de la profondeur du sentiment anticatholique alors en éveil, refusa de sanctionner quelquesunes des concessions jugées nécessaires par le cardinal Pôle mieux instruit de la réalité des choses \ tandis quele martyre subi à Smithfîeld par les protestants, souvent avec un courage héroïque, amena chez les Anglais uni

l.Green,vol. IV, pp. 101, 102.

Googk

46i LE CARDINAL WISEMAN

renouvellement de répulsion pour le catholicisme. « Vous avez perdu en ces douze mois les cœurs de 20.000 Anglais ralliés au papisme », écrivait un protestant à Bonner. L'esprit populaire fut surtout affecté par le supplice de Cranmer, dont l'impression fut encore augmentée parles terreurs que laissa voir le malheureux et par ses efforts inutiles pour échapper à la mort au moyen d'une rétractation. Une guerre de ce genre déclarée contre l'hérésie, dans laquelle le repentir lui-même ne pouvait arracher les victimes au bourreau, inspira, du fanatisme romain et de la puissance romaine, une terreur si profonde que ses effets n'en ont pas encore disparu de nos jours. Des laïques, des femmes étaient conduits par fournées au bûcher, et il reste de ces atrocités un ressentiment prcfond qui explique, sans les justifier, bien des injustices flagrantes subies plus tard par les catholiques.

En de telles circonstances, Tavènement d'Elisabeth procura un réel soulagement,qui l'investit d'une puissance inusitée, dont elle ne tarda pas à se servir. Entraînée par la force des événements à rechercher l'appui du parti protestant, elle essaya ce système religieux que chacun connaît. Le concile de Trente n'avait pas alors irrévocablement fermé la porte aux compromis, et l'on pouvait encore espérer en arriver à quelque modus vivendi acceptable. Elle ne fit pas de changement frappant dans l'organisation extérieure de l'Eglise ; il y eut comme précédemment des évêques et des doyens, des prêtres et des diacres. Des formulaires protestants, mais non ullra-protestants\

1. Nous employons ce mot de protestant dans l'acception que lui donnait Laud, à savoir, dans le sens d'une protestation contre certains points de l'enseignement de l'Église catholique en communion avec Rome, mais n'excluant pas nécessairement la croyance, dans un sens plus large, à la sainte Église catholique.

destinés, dans son intention, à procurer du moins la conformité extérieure des esprits modérés, désireux de la paix religieuse, formaient la base du nouveau système de religion*. L'Acte d'uniformité fut tout d'abord adopté (en 1559), substituant à la messe le second Prayer Book d'Edouard VI, avec certaines modifications, telles que l'omission dans les litanies des invocations relatives « aux détestables énormités de l'évêque de Rome ».

La majorité des catholiques, épuisée par l'effusion du sang, assista aux nouveaux offices, bien que ses évêques, à l'exception d'un seul, eussent refusé le serment de suprématie et eussent été remplacés par d'autres sur leurs sièges. Mais, au cours des deux premières années du l'ègne d'Elisabeth, beaucoup d'entre eux se retirèrent et, en 1562, le Pape interdit formellement toute participation au « culte hérétique^». Ce ne fut qu'après cet acte et lorsque Elisabeth eût refusé d'envoyer des représentants au concile de Trente que la Convocation adopta, en 1563, les trente-neuf articles beaucoup plus protestants. Il est probable que l'amour de la paix avait, dans une très large mesure, inspiré le conformisme des catholiques, la messe étant célébrée et entendue en particulier dans la demeure des prêtres avant le service de la Communion. Beaucoup aussi, même après l'interdiction pontificale, continuèrent à fréquenter les services anglicans (par crainte des amendes portées contre ceux qui s'y

1. L'hétérodoxie de la liturgie anglicane consistait, d'après Stapiéton, dans l'intention qui en avait inspiré les omissions , ce qui rendait protestant le Prayer Book aussi i)ien que les articles. Dans sa réponse à Jewell, il le compare à ce point de vue aux Credo ariens^ hétérodoxes à cause de l'omission calculée du mot consubstantieL Voir Le Quien, 11, 126.

Page 1