Beesly, p
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les saluait comme les seuls survivants de Tantique Eglise •d'Angleterre ^ . Par leur zèle envoyait se fonder en France, •en Italie, en Espagne, en Portugal, en Flandre et en Belr^ique, des collèges et des maisons religieuses. Le protestantisme fanatique de quelques-uns des évoques de rÉglise établie, surtout en ce qui concernait la messe, ne contribuait pas peu à rendre de jour en jour plus profond le sentiment que, par leur inflexible opposition ;au nouveau système de religion, ces vaillants champions •de Tancienne foi ne faisaient que défendre contre la profanation tout ce qu'un catholique vénère de plus auguste et de plus saint. La modération de certains représentants de l'anglicanisme, tels que Hooker ou Isaac Walton, ou plus tard Ken et Tévèque Wilson, n'avait guère de points de comparaison avec le ton de ces ipremiers apôtres de la réforme en Angleterre. Le langage de prélats, tels que Jewell, Bullingham,Bale,Grin- <ial, Sandys et Pilkington fait songer au fanatisme puritain qui se manifesta si vivement au siècle suivant, en dehors de l'Eglise établie. Et leurs actes étaient en harmonie avec leurs paroles. Dans la plupartdes églises, les autels furent détruits et remplacés par une table ou une planche sur des tréteaux. « Les marguilliers auront soin que les pierres sacrées soient brisées, dégradées et employées à des usages vulgaires », lisons-nous dans un <les avis de Tarchevêque Grindal, en 1571 ; et la profanation systématique des ornements et des vases sacrés ^
1. Dans les Douay Viaries^ comme dans les instructions aux prêtres anglais, publiées en 1643, l'Église catholique romaine en Angleterre est encore qualifiée d'Ecclesia Anglicana.
2. Pour plus de détails sur ce sujet, voir l'Essai de M. Round, 0?i Uhe Elizabelhan Religion, Nineteenth Cenlury, fémer 1897 ; et
trahissait, à l'égard de tout ce qui touchait au plus, grand acte de Tancien culte, une haine qui révoltait les plus intimes sentiments religieux des catholiques et entretenait en eux Thorreur de TEglise nationale. Tandis que, dans les premières années du règne, les catholiques justifiaient leur participatioù au culte établi, en» expliquant que ce culte n'offrait rien de positivement, contraire à la foi catholique ; leur attitude, lorsque le mouvement réformiste se fut développé, devint celle d'hommes outragés dans leurs convictions les j^lus sacrées ' . La séparation et l'antagonisme entre les deux communions s'accentuèrent davantage, et ceux qui^ tout en restant catholiques de cœur, se conformaient extérieurement sous la pression des lois pénales, étaient considérés par les catholiques et par les protestants comme agissant contre leur conscience. Cette importante* classe de citoyens d'où dépendait en grande partie le changement de la religion du pays, par le moyen de leur assimilation graduelle à l'Eglise nationale, était désignée sous le nom de « schismatiques d, de « demicatholiques», de « catholico-protestants», ou plus populairement de Church Papists ^. Nombreux sous Éli-
English Church furniture^ etc., sorte de catalogue des objetsdétruits dans certaines églises du Lincolnshire, édité par M. E. Peacock.
1. Gela ressort surtout des termes employés pour qualifier les. sacrements anglicans. On trouve un exemple de ce langage populaire dans la description, par le cardinal Allen, de la coupe des protestants qu'il appelle « le calice des démons». Des expressions plusfortes encore se rencontrent dans le document visé dans le texte, The Disposition and Garnishment of the soûle (Voir plus loin, p. 172) ..
2. L'auteur du Disposition and Garnishment of the soûle (1596) mentionne trois catégories de lecteurs en Angleterre, les catholiques,, les protestants et les Church papists. Ces derniers, dit-il, sont encore^ désignés par les noms cités plus haut dans notre texte.
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sabelh, ils formaient encore, à la fin du règne de Charles I®', une classe dont il fallait tenir compte, ainsi qu'il ressort des Admonitions adressées, en 1643, par le D' Smith, vicaire apostolique catholique, aux prêtres de rÉglise catholique d'Angleterre ^ Quelques Church Papists, observe le D' Smith, gardent secrètement un chapelain, dans la vue de se faire réconcilier avec l'Église à l'heure de la mort. Amener ces gens-là à résipiscence était de grande importance du temps d'Elisabeth, car il était évident que leurs enfants et petits enfants grandiraient dans le protestantisme. Dans une exhortation aux Church Papists^ écrite par un catholique anglais et imprimée en 1596 ^, on lit cette apostrophe à l'adresse de ceux qui participaient à la communion anglicane ; elle reflète le sentiment d'exécration qu'éprouvaient les catholiques pour la sacrilège introduction du nouveau sacrement, accompagné qu'il était de blasphèmes et d'insultes contre la messe :
« La communion, ô coupe empoisonnée ! mais il vaudrait beaucoup mieux pour vous manger de la mort aux rats que ce pain pollué, beaucoup mieux boire du fiel de dragon ou du sang de vipère que ce vin sacrilège. Nul doute qu'avec cet aliment vous ne vous incorporiez à Satan... Et cela vous le savez et le confessez dans vos cœurs, et voilà pourquoi votre péché en est indubitablement plus grand... Renoncez donc pour l'amour de
1. «Monita qusedam utilia pro sacerdotibus, seminaristis, missionariis Angli8e,una cum methodo agendi cum hereticis schisinaticis et catholicis Angliae, auctore Ricardo Smitheo, Ep. Chalcedonensi, Angliae et Scotiœ ordinario. » 1643 (Editio nova 1695), p. 32.
2. The Disposition and Garnishment of the soûle, Introduction (Anvers, 1596).
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Jésus-Christ à tout commerce extérieur en matière de religion avec ceux que vous détestez intérieurement. Car, en toute sincérité, la plupartdesprotestants voushaïssent, les catholiques vous désapprouvent, les démons se moquent de vous, et Dieu vous vomit de sa bouche. Malheur à rhomme qui agit avec deux cœurs, qui marche dans deux voies et qui prétend être à la fois disciple du Christ et favori du monde. »
Le portrait suivant du Church Papist^ généralement attribué à John Earle * , plus tard évêque de Salisbury, montre bien le peu d*estime dans lequel les catholiques honteux étaient tenus parles membres de TÉglise établie; il n'est pas question naturellement des ultra-protestants :
« Un Church Papist est un individu qui partage sa religion entre sa conscience et sa bourse et qui va à TÉglise non pour servir Dieu, mais le roi. Le visage de la loi le fait se voiler du masque de TÉvangile, dont il se sert non comme d'un moyen de sauver son âme, mais d'éviter des poursuites. Il aime bien le papisme, mais il n'est pas d'humeur à se laisser compromettre par lui, et, bien qu'il éprouve quelques craintes des bulles de Rome, Rome est si loin qu'il éprouve plus de terreur encore à la vue d'un sergent. Une fois le mois, il se présente à l'Église pour écarter l'intervention des marguilliers ; il y apporte son corps pour sauver sa bourse. Il s'agenouille avec la Congrégation, mais il prie à part et demande pardon à Dieu d'être venu là. S'il est contraint d'assister à un sermon, il baisse son chapeau sur ses yeux, rechigne tout le
1. Microcosmographie, par John Earle, M. A. Fellow de Merton- CoUège, à Oxford (1628), réimprimé en 1869, Londres (Queen's Square, Bloomsbury). (MM. A. Gonstable et G'" ont racheté toute l'édition du professeur Arber.)
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teiîips, et, quand il est rentré chez lui, croit réparer sa faute en daubant le prédicateur. Il déploie toute sa politique à esquiver la communion ; il a toujours une querelle en réserve pour être sûr de n'être plus en état de grâce à Pâques ; en quoi il ne ment pas, car il est brouillé avec le sacrement. Il serait un mauvais martyr, mais un excellent voyageur, car sa conscience est si large qu'il n'en sortirait jamais et qu'à Constantinople il se ferait circoncire sous toute réserve, i»
Comment Elisabeth en vint, beaucoup contre son gré, à déclarer une guerre implacable aux partisans de la Papauté, c'est un fait historique trop connu pour qu'il soit besoin de le rappeler. Il n'y avait pas de ménagement possible. En Angleterre, comme en France et en Allemagne, les passions catholiques et protestantes étaient vivement excitées. Marie d'Ecosse et Philippe d'Espagne, tous deux d'accord avec le Pape, étaient pour le trône d'Angleterre un danger qu'un réveil catholique dans tout le royaume pouvait rendre fatal. L'Irlande demeurait profondément catholique et rendait au Pape, en sa qualité de suzerain temporel, une obéissance traditionnelle. Or il y avait alors assez d'indices de ce que Ton considérait comme une intrigue concertée entre le Pape, Marie, Philippe et les catholiques anglais et irlandais, pour causer une réelle alarme. La Papauté, autour de laquelle se ralliait l'enthousiasme catholique, était le sujet principal des craintes de la reine, et aux regards d'un peuple fidèle les appréhensions de la souveraine se transformaient en péril national. L'opinion publique, dans le Sud surtout, s'était peu à peu, mais complètement, soulevée contre la cour de Rome. Les attaques injurieuses et fanatiques contre le Pape que
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les protestants persécutés venus du dehors avaient rendues^ familières aux oreilles anglaises, si elles eurent pour effet d'attacher plus étroitement les catholiques anglais au Saint-Siège, n'en furent pas moins exploitées par les hommes d'État pour soulever contre la politique pontificale le sentiment national. En 1665, Allen écrivait : « Lorsque les protestants se mirent à railler le Pape de toutes les façons, par le théâtre, le livre, la chanson, lescatholiques qui jusque-là vivaient dans une loyale simplicité, ne se mêlant guère des affaires du Pape, dont ils entendaient même rarement prononcer le nom, commencèrent à comprendre, à ce débordement d'injures^ que c'étai*. là véritablement une question de capitale importance*. » La reine et ses conseillers accueillaient avec faveur tout ce qui pouvait conduire à fortifier l'opposition à la cour de Rome, et les déclamations des ultra -protestants contre le papisme, étant de nature à accentuer les effets de la politique pontificale sur l'opinion, trouvaient des encouragements auprès du trône.
Patriotisme et obéissance à la politique du Pape devenaient deux termes contradictoires, grâce à une série d'événements et de rumeurs se succédant coup sur coup et d'un effet irrésistible par leur accumulation graduelle. C'était le Pape qui, le premier, avait approuvé l'opinion d'Allen, que les catholiques ne pouvaient participer au culte établi, donnant ainsi le signal de la guerre religieuse ; c'était le Pape qui, par l'intermédiaire de son envoyé secret, le D"" Morton, avait soulevé, en 1569, la rébellion des comtés catholiques du Nord, auxquels