‹ Le cardinal WisemanChapitre 44 sur 106 · Defence of Purgatovy, p · texte numérisé non relu

Defence of Purgatovy, p

Googk

i7d LE CARDINAL WISEMAN

s'étaient ralliés nombre de ceux qui s'étaient extérieurement soumis à la nouvelle religion. C'était le Pape qui, pensait-on, avait correspondu avec la reine Marie d*Écosse et avait encouragé ses projets de renverser le gouvernement d'Elisabeth et de restaurer la religion catholique. C'était le Pape qui, après Téchec de la révolte du Northumberland, avait lancé contre Elisabeth la bulle d'excommunication et insulté la fierté nationale en la déposant et en déliant ses sujets de leur serment de fidélité. C'était le Pape qui revendiquait la souveraineté sur l'Irlande (nouvelle insulte à l'orgueil national), et qui excitait les Irlandais à se révolter contre la reine d'Angleterre, au nom d'une puissance supérieure à la sienne. C'était le Pape qui ne cessait de presser le roi d'Espagne d'épouser la cause des catholiques anglais et de mettre fin au règne et aux persécutions d'Elisabeth, en envahissant l'Angleterre. La terreur de l'ennemi invisible de Rome jetait la panique dans les esprits et faisait peser sur les papistes une défiance générale, bien injuste pour la plupart d'entre eux. L'imagination populaire était échauffée au point de prendre feu au moindre indice. Des prêtres arrivaient-ils de Rome ou de Douai dans un but exclusivement religieux, on les regardait comme des espions du Pape. « Les rares ecclésiastiques qui venaient de Douai, dit M. Green, se transformaient en une armée d'émissaires envoyés par le Pape semer la trahison et la révolte dans le pays. » Le Parlement devenu, par la mise en exercice de l'Acte du Test, un corps exclusivement protestant, sauf la présence de quelques pairs catholiques, fut mis en demeure de parer à ce nouveau danger et de déclarer que le fait d'amener en Angleterre et de loger ces prêtres était un crime de

trahison * . Plus tard les jésuites venant de Rome se virent l'objet des mêmes soupçons. « Le petit groupe des missionnaires prit dans Fimagination populaire les proportions d'une armée de jésuites déguisés, et Tinvasion de cette armée imaginaire devint pour le gouvernement le prétexte de l'arrestation et du supplice de tous les prêtres dont il put se saisir, de l'emprisonnement des réfractaires et des mesures de sûreté contre les principaux catholiques, dans tout le royaume. »

Le premier prêtre victime de ces violences fut Cuthbert Maine qui fut pendu, traîné sur la claie et écartelé à Launceston, en 1577. Puis les années suivantes virent un massacre général des prêtres ou de ceux qui les abritaient, atrocités dont le récit fait frémir. Des femmes mêmes furent victimes de ces fureurs. Marguerite Clitheroe d*York, traînée devant les tribunaux pour avoir logé des prêtres, ayant refusé de se défendre, fut étendue, le dos sur une pierre taillée en forme de lame acérée, et lentement martyrisée sous une porte que l'on chargeait peu à peu de pierres. La constance de ces martyrs qui jusqu'à la fin ne cessaient de prier, souvent même pour la reine, gagna à la cause catholique beaucoup d'âmes hésitantes et même de protestants, et détruisit pour le moment une bonne partie de la funeste impression produite par les persécutions de Marie Tudor.

11 est historiquement incontestable que les dernières lois édictées par Elisabeth contre les catholiques furent

1. Plus tard, en vertu du statut de 1585, quiconque abritait ou accompagnait des jésuites ou des missionnaires devait être 4E déclaré félon, sans bénéfice de clérlcature, et condamné à mort ».

Googk

i78 LE CARDINAL WISEMAN

inspirées par la panique provenant d'un réel danger politique. Mais, quand les pouvoirs publics essayèrent de justifier leurs actes en déclarant que leurs victimes étaient exécutées pour crime de trahison, et non pour cause de religion, ils ajoutaient, et on le comprit, rinsulte à l'injustice. « La tentative d'excuser de pareilles lois en les justifiant par la raison d'État, dit M. Beesly, ne peut que soulever le dégoût de tout homme à l'esprit honnête et droit. » « Une loi est votée, écrit Sydney Smith, qui déclare coupable de haute trahison le prêtre qui exerce ses fonctions en Angleterre, et, de cette manière, quand on le prend et qu'on le brûle (sec), il n'y a pas du tout de persécution religieuse, mais offense contre l'Etat. Nous avons tous autre chose à faire^ je pense, que de nous attarder à une explication aussi puL rile et aussi mensongère que celle-là^ . » — « Beaucoup de catholiques périrent en Angleterre, dit M. Lecky, auxquels on ne saurait, sans le plus grossier sophisme, refuser le titre de martyrs de leur foi '. >î

Tel est le verdict de l'histoire plus impartiale aujourd'hui ; mais il n*en était pas de même au temps des persécutions, et les catholiques sentaient au plus vif de leur cœur l'injustice dont ils étaient victimes. Si factieux qu'aient pu être les complots de quelques-uns, les catholiques anglais, pris dans leur ensemble, s'étaient ténus entièrement à l'écart de toute intrigue politique ^. Dans presque tous les cas, ainsi qu'ils le déclarèrent, les

Page 1