Beesly, p
2. On sait que Hallam a attaqué la relation qui a été faite du procès, mais M. Simpson a.fait justice des doutes qu'il avait émis sur la complète exactitude des comptes rendus qui nous en restent.
3. D'après l'Acte de 1581, tout prosélytisme en faveur de la religion romaine était taxé de haute trahison.
Angleterre, après TActe de 1585, constituait un crime de haute trahison.
Un grand nombre d'entre eux désapprouvèrent à plusieurs reprises les actes de la politique pontificale, l'excommunication de la reine, le complot irlandais, l'expédition de l'Armada; quelques-uns probablement partageaient les sentiments exprimés un peu plus tard dans ce passage de la Déclaration du clergé séculier, en réponse au P. Parsons : « Si Sa Sainteté daignait venir elle-même, ou si elle envoyait un Damien ou un Augustin . . . nous nous prosternerions à ses ou à leurs pieds, et nous défendrions avec eux la foi catholique par l'Écriture Sainte et l'autorité de l'Église, dût-il nous en coûter la vie. Mais le Pape viendrait-il en personne, avec une armée, et la prétention d'établir par la force la religion catholique, en quelque lieu que nous soyons, nous nous dresserions contre lui, et nous verserions le meilleur de notre sang pour cette querelle ' . » Mais ces sentiments d'une partie influente du clergé catholique étaient ignorés de l'opinion publique et du Parlement. On confondait dans une même catégorie tous les catholiques anglais, et on les frappait d'amendes, on les incarcérait, on les tuait, on massacrait leurs prêtres qui persistaient à ne point refuser au Pape, comme chef de l'Église, une allégeance que leurs pères avaient gardée inviolable. Or, à l'heure même où le parti anti papal dénonçait l'approche de l'Armada comme une preuve de la légitimité des soup-
1. Cette Déclaration des prêtres séculiers, dont on vient de lire un extrait, fut découverte par nous dans une collection d'anciens manuscrits conservés à Everingham, et dont Lord Herries nous a gi'acieuseinent permis l'accès. Nous ignorons si elle fut jamais publiée.
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çons portés contre les catholiques, ceux-ci donnaient un témoignage concluant de leur patriotisme. On les traînait à l'échafaud comme conspirateurs, à cause de leur fidélité au Pape; on les traitait tous indistinctement comme des membres d'une société secrète de traîtres; et pourtant, ce fut le concoure patriotique des catholiques, en opposition à la politique du Pape, qui sauva l'Angleterre de la crise la plus dangereuse du règne d'Elisabeth. « Le loyalisme des catholiques, ditM. Green, lit échouer les projets de Philippe II d'Espagne. »
Le sentiment de l'injustice subie pour les droits de la conscience, la présence fréquente parmi eux de prêtres toujours prêts à souffrir le martyre pour la foi, le spectacle de leur constance entretenaient alors dans les catholiques un enthousiasme et un zèle qu'on a comparés à ceux des premiers chrétiens ; et ce zèle dans l'entreprise sacrée de résister sans se lasser à Tagression protestante, de défendre la foi, de garder fidèlement les traditions de la vieille Angleterre, le douaire de Notre- Dame, devenait en eux la plus ardente des passions. Comme ils désiraient la présence d'un prêtre ! Quand l'un d'eux arrivait dans une maison catholique, un signe convenu et secret avertissait de sa présence les fidèles d'alentour; ce signal consistait parfois à étendre dans un champ un châle ou un drap. Ils entendaient la messe en secret, avec la ferveur qu'excitaient les circonstance^ et le mystère ^
1. Voici un intéressant aperçu de l'état des catholiques à cette époque. Nous l'empruntons à un récit contemporain des événements : « Mon frère, écrivait le cardinal Allen en 1583, fut obligé d'attendre un mois entier, à Londres, une occasion favorable de s'embarquer.
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C'était là pour les catholiques une heure décisive ; pas d& terme moyen possible ; il fallait être ou bien un déserteur ou bien un héros de la foi. Et l'héroïsme ne fit pas
Pendant ce séjour, il .visita les prisons et presque tous lesconfesseurs, excepté ceux qui étaient emprisonnés dans la Tour,, qu'il ne se risqua pas à approcher. Dans l'une des prisons, celle de- Marshalsea, il y a, en outre des autres catholiques, vingt-quatreprêtres qui y vivent ensemble très suavement dans le Seigneur.
Dans cette prison et dans les autres, plusieurs messes sont célébrées chaque jour, avec l'autorisation ou la connivence des gardiens, suivant qu'ils sont subornés ou favorables à la religion. On laisse quelquefois entrer les fidèles du dehors pour conférer avec les prêtres, se confesser ou communier; bien plus, on autorise les. prêtres à se rendre chaque jour dans quelque quartier de la ville pour subvenir aux besoins spirituels des catholiques, à la condition qu'ils rentrent le soir à la prison. De cette façon, le salut de bien des âmes est assuré aussi bien que si les prêtres étaient en liberté. »
Et plus loin, Allen ajoute : « Mon frère Gabriel, que connaît votre Révérence, est arrivé ici avant-hier, après avoir échappé à de grands dangers. Quand je l'entends me décrire les ruses, lescachettes, les spoliations des catholiques, mais aussi leurs consolations, leur délivrance et leur ferveur, son récit excite en moi les émotions les plus diverses. Mais la joie dans le Seigneur, à cause de la victoire remportée par les confesseurs du Christ dans toutes ces tribulations, est le sentiment qui domine en moi par-dessus la douleur naturelle et la peine que me causent leurs souffrances. Ce m'est certainement un plaisir de l'entendre me raconter que pendant les trois smnées qu'il fut loin de moi, il ne passa jamais un seul jour sans avoir la facilité d'entendre la messe ; que trois ou quatre messes étaient souvent dites le même jour chez notre sœur^ et que chaque année on y célébrait douze messes à l'anniversaire de la mort de son mari. Et pourtant les chasseurs de prêtres sont souvent envoyés dans des uïaisons comme celle-là, dont les propriétaires sont, plus que suspects d'attachement à la foi catholique ;. mais ils se soucient plus de piller les calices que d'arrêter les personnes, et on s'en débarrasse généralement avec de l'argent. Toute cette partie du pays où nous sommes nés est catholique, bien que le commun des gens se rende quelquefois dans les églises des hérétiques, par crainte des lois iniques. » Lettres du cardinal Allen au P. Agazzari, S. J., recteur du Collège anglais à Rome. Mars
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défaut ; quiconque a lu les annales de Tépoque, recueillies par Challonner, demeure dans Tadmi ration du dévouement des catholiques anglais pour la religion.
Dans sa réponse à un Libel of English Justice^ Allen trace ce tableau de la situation :
« Ah ! si nos frères dans la foi catholique du monde entier pouvaient concevoir dans leur cœur ce que ces confesseurs ont à subir en réalité, s'ils pouvaient voir ce que nous voyons souvent nous-mêmes, que de larmes intarissables ils verseraient sur nos malheurs, que de prières ils feraient chaque jour monter vers le ciel, pour attirer sur nous la miséricorde du Seigneur ! Que ne peuvent-ils contempler toutes les prisons et les forteresses occupées et remplies dans tout le royaume par les catholiques, toutes les chaînes et les tortures qu'ils endurent! Que ne peuvent-ils voir les cachots où sont jetés les confesseurs de la foi dans la promiscuité des pires scélérats; se représenter la faim, la malpropreté, l'atmosphère empestée dans lesquelles tant des nôtres languissent! Que ne peuvent-ils compter combien ont succombé en public à une mort cruelle ; combien ont été proscrits et condamnés à une prison perpétuelle ; combien ont été spoliés ou accablés d'amendes, frappés qu'ils étaient d'une taxe de 100 marcs pour chaque fois qu'ils avaient entendu la messe ; combien de nobles et d'autres personnes aisées se sont vus ruinés parla condamnation à payer, chaque année, 260 livres pour le fait de n'assister point au service hérétique; combien ont perdu leurs domaines et leurs biens pendant leur vie, en s'exilant de leur pays pour les droits de leur conscience ; combien de personnes, les plus riches, les plus généreuses, les plus hospitalières, se sont vues en diverses provinces
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chassées de leurs demeures par des espions, des procureurs ou des huissiers ; combien en sont réduites à errer dans des lieux où elles ne sont pas connues; combien ?e sont réfugiées dans les bois, et même dans les flots pour échapper à la cruauté des hérétiques ^ Combien de bons et honnêtes époux, tendrement unis, se sont vus lamentablement séparés par l'emprisonnement, le bannissement ou la fuite de l'un d'eux; combien de familles ont été dispersées de la sorte; dans quelle misère^ ([uelle pauvreté, quelle infortune sont plongés leurs enfants ; combien de ces enfants se sont engagés sur mer dans des guerres et des aventures désespérées, ou, par une inspiration plus heureuse, se sont présentés dans les séminaires ou ont pris d'autres emplois, pendant ([ue durait l'infortune de leurs parents. »
Citons encore ce passage d'une lettre écrite d'Angleterre par le P. Parsons en 4580. Il montre bien la dévotion pour la messe manifestée par les papistes.
« Je suis pénétré d'admiration à la vue de la dévotion des catholiques d'Angleterre pour la messe, dévotion qui se reflète dans leur attitude et dans l'expression de leur physionomie. On les voit si pénétrés de crainte et de respect qu'à l'élévation du Corps de Notre-Seigneur leurs larmes coulent si abondantes ((u'elles font jaillir des pleurs, même de mes yeux taris et si secs ^. »
L'auteur du Garnishment of the Soûle, rend, en 1596,
1. On lit en marge: « Jolin Westby, de Molbreck, esquire, fut heureux de pouvoir se dissimuler jusqu'aux oreilles, toute une journée d'hiver, dans un réservoir plein d'eau; quelquefois même, il se vit obligé de plonger tout à fait, pour échapper aux investigations des espions. »