‹ Le cardinal WisemanChapitre 48 sur 106 · Letters of Henrietla Maria^ p · texte numérisé non relu

Letters of Henrietla Maria^ p

2. Il semble, d'après'les dépêches de Rosetti, en 1639, que cette prophétie circulait certainement cette même année. Il est inutile de faire remarquer qu'aux yeux des catholiques qui y crurent fermement la suite des événements lui donna une singulière portée. On trouve la mention de cette prophétie dans les Bose/^t Despatches^ t. IV, folio 286.

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la liberté de respirer, ou plutôt de gémir en secret.» L^archevêque Laud ' reprocha au roi l'accroissement du nombre des papistes, et Charles, reconnaissant lui-même leur influence aux approches de la guerre civile, tenta de rapporter toutes les lois pénales, à la condition que la reine déciderait les catholiques à rallier son drapeau ^.

Presque tous embrassèrent la cause de Charles P*^ animés qu'ils étaient de nouvelles espérances, et avec une loyauté qui donne à leur histoire, pendant le siècle suivant, un intérêt particulièrement touchant. Après Texécution du roi, Charles II trouva ses meilleurs amis parmi les catholiques. Sa correspondance lui parvenait souvent sous le couvert de Tabbessede Gand, supérieure d'un monastère de Bénédictines, actuellement transféré à Oullon, dans le Staffordshire. Quand Charles convoqua ses loyaux sujets à le rejoindre, le 21 août 1651, dans les prairies de Worcester, on vit entre autres accourir avec leurs partis de cavaliers Sir Walter Blount, M. Ralph Sherdon, M. Hornyold deBlackmore, M. Thomas Acton, tous catholiques notoires. Et parmi ceux qui lui donnèrent asile après la bataille de Worcester se trouvèrent M. Whitgreave, le P. Huddleston et les Pendrell.

i . Pour se rendre compte où tendaient les réformes de Laud, il est important de se souvenir que, lorsqu'il plaça les tables de communion à l'endroit où se trouvaient les autels avant la Réforme, la Convocation prit bien soin de constater que « cette situation de la sainte table n'implique point qu'elle fût, ni qu'on put la considérer comme un véritable autel proprement dit, où le Christ est de nouveau et réellement immolé ». Voir la septième clause de la Convocation de 1640.

2. Voir sa lettre à Henrietta Maria, datée de février 1644 {Letters of H. M., Bentley, p. 291).

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Un sentiment de gratitude et ses propres sympathies catholiques inspiraient à Charles II le désir de récompenser les catholiques de leur dévouement, en les traitant, après la restauration, avec tolérance et bonté. Mais, à cette époque, Topinion du pays était devenue de plus en plus hostile aux catholiques. Le ^soulèvement de rirlande en 1641 ramena en Angleterre des réfugiés protestants avec de nouvelles histoires de massacres papistes auxquels ils avaient échappé. Ces récits étaient exagérés, mais la part de vérité qu'ils contenaient en faisait d'irrésistibles arguments dans la bouche des fanatiques. Les puritains s'en servirent habilement pendant des années pour vulgariser en Angleterre leurs théories du papisme. La calomnie circulait en franchise sous le couvert de la part de vérité à laquelle elle était mélangée. Les papistes eux-mêmes, exilés et proscrits, ou bien fuyant avec soin en Angleterre le commerce de leurs concitoyens, n'étaient guère en situation de démentir ces calomnies, ni même d'empêcher, par le seul contraste de leur présence, de prendre corps dans les esprits, un type de papiste auquel rien ne répond dans la nature humaine, telle qu'elle se présente d'ordinaire. Le papiste, comme l'infidèle, devint un imaginaire agglomérat de qualités abstraites, en elles-mêmes grandement fantaisistes, et ne possédant point ces traits de nature qui auraient pu rappeler à ses concitoyens qu'il était de la même race qu'eux.

La génération qui avait gardé les sentiments catholiques de sa jeunesse était depuis longtemps disparue, et le fanatisme ardent des puritains semblait justifier la légitimité d'une guerre, dont toute la responsabilité retombait sur le caractère abominable de la supersti-

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lion papiste. La haine de la forme religieuse sous laquelle se présentait le papisme et qui, sous Elisabeth, n'avait élé que le sentiment d'un parti violent dans la nation, mais non de la nation elle-même, était devenue de plus en plus générale. Le sentiment national, contre le papiste, se combina désormais avec la haine de sa religion.

L'infortuné papiste anglais voyait ainsi s'accumuler sur lui l'odieux attaché à chacune des phases distinctes d'un conflit de cent années. Le papiste avait fomenté la révolte du Nord en 1569, donc il était un rebelle ; de ce rebelle, le complot de Babington * fît un conspirateur secret ; la bulle pontificale le relevant du serment de fidélité à Elisabeth en fit non plus un simple conspirateur, mais un conspirateur rendant hommage à un souverain étranger ; la menace des invasions du duc de Florence et du roi d'Espagne ajouta à ces charges celle de la trahison en faveur des ennemis politiques de l'Angleterre. L'Armada imprima en lettres de feu au front du papiste, et pour toute la durée de l'histoire, le stigmate de la conspiration et de la trahison. La Saint-Barthélémy d'abord, puis successivement, la Conspiration des poudres et le soulèvement de l'Irlande avaient ravivé dans tous les esprits le souvenir des tortures de Smithfield. Les massacres étaient représentés comme la conséquence nécessaire de la domination

1. Antoine Babington, Anglais du comté de Derby, dévoué au catholicisme, trama un complot pour assassiner la reine Elisabeth, et écrivit à Marie Stuart, alors captive, pour obtenir son assentiment. La correspondance fut saisie par Walsingham, et l'auteur envoyé au supplice, 20 septembre 1586. Il n'est pas prouvé que Marie eût répondu à ses lettres. Bachelet et Dezobry, Dict. de biographie et iV histoire.

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catholique. Au caractère de conspirateur et de traître s'ajoutait celui d'assassin sur une si vaste échelle que si jamais les papistes revenaient au pouvoir ils n'épargneraient pas un seul protestant. Sous l'impression d'un pareil portrait du papiste accepté généralement comme l'expression de la vérité, il devenait facile de ne voir dans les subtiles distinclions de Campion, sur la fidélité due au Pape et à la reine, que des « équivoques perfides », pour l'acquit de sa conscience, et de transformer la casuistique des jésuites en une doctrine enseignant que les catholiques ne sont point tenus de franchise avec les hérétiques et que le Pape peut les relever de tout serment, si sacré qu'il soit.

Le jésuite surtout passait pour un fourbe, un traître, un conspirateur. Le principe une fois admis, il était facile de le prouver. Le jésuite savait qu'être pris pour un prêtre, c'était la mort. Il était en conséquence toujours déguisé. Si on l'arrêtait, on le trouvait habillé en boucher, en colporteur ou en paysan ; ou bien, s'il était revêtu des ornements sacrés, c'est dans une cachette qu'on le découvrait. Le pourchassait-on, on constatait qu'il s'était appelé M. Smith à Bath, M. Morgan à Bristol, M. Bristow à Clifton. Quelle meilleure preuve concevoir pour démontrer à une opinion publique soupçonneuse que tant de noms empruntés, tant de cachettes, tant de déguisements ne dénotaient rien de bon, et que tout cela ne servait qu'à organiser une nouvelle conspiration des poudres ? Un jour, en s'éveillant, l'Angleterre trouverait le roi et le parlement massacrés, les soldats papistes de France et d'Espagne répandus dans tout le pays, l'Angleterre asservie à une puissance étrangère qui restaurerait la religion papiste.

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i96 LE CARDINAL WISCMAN

Quand, en outre, on se souvient que la littérature n'avait jamais cessé de donner valeur et considération durable à des idées qui entraient dans la composition de Tépouvantail populaire *, et qu'il était passé en dicton à la ville et à la campagne que le papisme était une idolâtrie, l'Église de Rome, la prostituée vêtue de pourpre, et le Pape, Tliomme de péché, l'Antéchrist de l'apocalypse, on peut jusqu'à un certain point se rendre compte de l'état de l'opinion publique avec laquelle Charles II avait à compter et comprendre l'intensité de l'opposition qui repoussait si énergiquement toute concession accordée aux catholiques. Les événements qui suivirent le traité secret de Douvres ne firent que fortifier cette opposition. On soupçonnait l'existence de ce traité, et la guerre avec la Hollande exagérait encore les appréhensions nationales. « Un soupçon se répandait, dit M. Green, faisant redouter que toute la force armée ne fût entre les mains des catholiques. Le duc d'York avait le commandement de la flotte. Des officiers catholiques avaient été placés à la tête des troupes levées pour la guerre de Hollande. » L'Acte du Test, voté en 1673, exigea de quiconque entrait dans une charge civile ou militaire dépendant de la couronne, ou occupait un siège au Parlement, qu'il reçut la communion suivant le rite de l'Eglise établie et abjurât la foi en la transsubstantiation. Les catholiques se virent exclus avec plus de rigueur que jamais de toute participation à la vie publique. Le Parlement reprenait constamment la proposition du bill d'exclu-

1 . Voir G. dans la Duessa de Spencer, dans le Pape géant de Bunyan, dans les descriptions du catholicisme faites par Milton "dans son Lycidas.

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sion, afin d'écarter du trône le catholique Jacques; et le sentiment anticatholique des masses se manifesta à la fois et par Tinvention du prétendu complot papiste de 1678, et par la créance que trouva cette misérable dénonciation, qui coûta la vie à vingt-quatre innocents. Et ce ne fut là qu'un de ces nombreux complots papistes imaginaires dont on se servait sous ce règne pour entretenir dans le peuple la frayeur du papisme; le premier avait été l'accusation portée contre les catholiques d'avoir, en 1666, allumé l'incendie de Londres, attentat destiné comme tant d'autres à renverser la dynastie protestante et à rétablir le papisme. A ces accusations s'ajoutait une propagande systématique de calomnies contre les croyances catholiques, dont plusieurs étaient populaires naguère encore en Angleterre. Un des organes ordinaires de ces récits mensongers était une publication intitulée La Poste hebdomadaire des avis de Rome ou V Histoire du Papisme^.

Dans cet état des esprits, les expressions « le changement de religion », ou « la conversion de l'Angleterre », n'étaient en elles-mêmes que des phrases sans conséquence, mais qui pouvaient aussi n'être pas sans danger. Car, au sein de populations désormais hostiles à chacun des articles de la foi catholique, elles ne pouvaient signifier autre chose qu'un rétablissement par la force de l'ancienne religion, procuré peut-être, la fin justifiant les moyens, par une nouvelle conspiration des poudres ou une répétition de la Saint-Barthélémy. L'inscription gravée sur le monument commémoratif de l'incendie de Londres était un témoignage toujours

1. The Weekly Pacquet of Advice front Rome, or Ihe History of Popery .

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actuel des terreurs populaires de ce temps-là. L'incendie y était attribué à la « trahison et à la malice de la faction papiste », à ses « horribles complots pour extirper la religion protestantcT, détruire la vieille liberté anglaise •et introduire le papisme et Tesclavage ». Cette inscription existait encore quatre ans après le retour de Wiseman en Angleterre.

Charles II fît tout ce qu'il put. Il essaya de faire adopter un Acte d'émancipation et s'opposa avec ténacité au bill d'exclusion. Peu de temps après la Restauration, on avait même élaboré un projet précis de réunion avec Rome ^ Mais, à la fin de son règne, l'opposition antipapale grandit et se fortifia constamment.

Le nombre des catholiques avait rapidement diminué depuis le règne de Charles I". Des cinq cents nobles qui perdirent la vie dans les guerres civiles, on estime que près de deux -cents étaient catholiques ; et plusieurs familles de haute situation demeurèrent sans représentants mâles. Les Actes du Test et le fanatique bigotisme de l'époque contraignirent de nombreux •catholiques à se conformer ou à fuir leur pays. Dans les <?lasses inférieures aussi, la période delà prépondérance puritaine avait accompli son œuvre néfaste. « Si les choses continuent à marcher de la sorte, écrivait, en décembre i677, le ministre de Florence à Londres, il n'y aura bientôt plus ici de catholiques, soit anglais, soit .étrangers^. » — « La haine (de la religion catholique romaine), dit Macaulay, était devenue une des passions dominantes du peuple anglais, et elle se manifestait

i. Voir Ranke, History, vol. III, p. 398.

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