Voir Additional M. S. 25358 (Brilish Muséum), fol
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aussi forte parmi les ignorants et les profanes que parmi les protestants de conviction. » Un noble Lord déclarait un jour, en pleine chambre, parmi des tonnerres d'applaudissements, qu'il ne voudrait plus voir dans le pays «un seul homme ni une seule femme papistes, pas un seul chien, pas une seule chatte papistes pour miauler ou ronronner autour ^u roi ^ ». Et pourtant la tempête pouvait encore se calmer et la tolérance se produire à un moment donné, si les papistes survivants avaient su s'effacer et se comporter avec prudence.
Ce fut cependant en ces circonstances particulièrement défavorables que Jacques II tenta de rendre aux catholiques l'influence et la liberté ; imprudente initiative qui prouva bien que désormais l'atténuation des lois pénales serait sans résultat pour éteindre la haine populaire contre les papistes. La description faite en ce temps-là par le poète Dryden de la Biche blanche comme lait^ donne une idée exacte de la situation des catholiques :
« Palpitante et pensive, elle errait seule désormais et parcourait à l'aventure ces royaumes qui furent siens naguère. La meute publique, bien que le pouvoir royal ait réprimé sa fureur, dédaignait sa compagnie, grinçait des dents en passant près d'elle, et, l'œil en feù, donnait des signes farouches de sa haine secrète. »
a Sauvez-moi de mes amis », était un proverbe dont l'amère ironie convenait bien aux catholiques alors que, contre leurs propres désirs, contre les conseils directs du Saint-Siège, Jacques II, tenant pour non avenus les Actes du Test, appelait de nombreux catholiques à des
i. Allusion aux maîtresses catholiques du roi. Berington, p. 62. 2. Voir La Biche et la Panthère (1687), poème où Dryden discute la prééminence des Églises romaine et anglicane.
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charges importantes dans le gouvernement et TUniversité. L'indiscrétion du roi porta jusqu'au fanatisme le sentiment antipapiste de la nation et rendit inévitable la révolution.
On vit alors circuler contre le papisme les pamphlets les plus extravagants. Une ancienne et célèbre prophétie de Tarchevêque Ussher fut remise au jour, annonçant que les papistes remporteraient la victoire et massacreraient les protestants dans toute TEurope. Les mots papistes et massacres, partout où ils se présentaient, étaient imprimés en lettres capitales. Les jésuites, disait-on, se trouvaient dans le pays en grand nombre et déguisés parfois en ministres puritains ^ L'esprit public était excité au point que la foule acceptait comme véridiques les plus invraisemblables récits d'atrocités papistes. Un petit incident, raconté par Macaulay, montre avec quelle facilité les esprits prenaient feu. Dans une réunion de nobles et de francs-tenanciers assemblés pour rédiger une adresse au roi Jacques,, au moment où était signalée l'approche de Guillaume d'Orange, le bruit se répandit que « les papistes s'étaient soulevés et massacraient les protestants ». L'effet fut instantané. La nouvelle se rôpaiidit dans les trois districts, et tout le Yorkshire se déclara pour Guillaume d'Orange.
Les catholiques sentirent dès lors peser sur eux la plus extrême oppression. Jusque-là leur attitude avait présenté quelque chose de chevaleresque, de poétique, de généreux. Pendant tout le règne d'Elisabeth, les plus arJcnls avaient gardé l'espoir que sa mort donnerait le signal d'une restauration du catholicisme semblable à
l.Nous avons lire ces détails de notre curieuse collection de pamhlets publiés de 1686 à 1689.
celle qui s'était produite au temps de Marie Tudor et du cardinal Pôle. Et les premières années de Jacques P*" ne firent point tout à fait s'évanouir ce rêve dans leurs imaginations. La présence à la cour de Henriette de France, la femme catholique de Charles P"", Tarrivée à Londres des envoyés pontificaux, les progrès du catholicisme, le projet de réunion, les efforts tentés pour ranimer la dévotion catholique dans TEglise établie, aux premiers jours du règne de Charles, avaient donné à ces espérances un nouvel essor. Puis s'était manifesté le chevaleresque dévouement des catholiques à la cause royale, lors des guerres civiles, quand un même espoir faisait battre leurs cœurs à l'unisson de ceux d'une partie considérable de la nation anglaise. Si ces espérances s'étaient affaiblies à la suite des revers subis par la cause catholique et du supplice de Charles P% cette cause était encore loin d'être tout à fait perdue, et il restait au. cavalier catholique un but à poursuivre dans la restauration de son souverain légitime. Cette restauration eut lieu, mais on constata bientôt combien la cause catholique avait peu d'avantages immédiats à en retirer, au milieu des préjugés populaires profondément implantés. Toutefois, les papiers de Coleman, saisis au moment de la conspiration de Titus Oates, montrèrent, comme on l'a vu plus haut, combien grandes étaient encore ces espérances, à l'époque dont nous parlons. La sympathie pour les catholiques s'affirmait en haut lieu, notamment chez le roi lui-même et chez le futur roi. Mais la politique impossible de Jacques II , le triomphe de la révolution et la redoutable hostilité du Parlement et de la populace contre tout ce qui sentait le papisme, réduisirent finalement les catholiques au
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plus profond désespoir, à la plus absolue impuissance.
Toute une législation fut adoptée, au début du règne de Guillaume d'Orange, qui semblait promettre Tentière extirpation du catholicisme en Angleterre. L'expérience du règne d'Elisabeth avait montré que la peine de mort, alors édictée contre les catholiques, ne faisait qu'enflammer leur enthousiasme et leur attirer la sympathie des témoins de leurs souffrances. A la mort infligée tout d'un coup, on préféra un système de pénalités qui consistait à épuiser d'amendes le papiste, à lui lier les pieds et les mains, à lui bander les yeux et à le jeter pour la vie dans un cachot.
Défense était faite à tout papiste d'avoir des armes, de posséder un cheval coûtant plus de cinq livres. Dire la messe ou faire l'école l'exposait à la prison perpétuelle; quiconque découvrait un prêtre qdi disait la messe recevait 100 livres. Les papistes étaient déclarés inhabiles à hériter de biens fonds et d'usufruits, et pouvaient être contraints d'abandonner leurs domaines à leurs proches parents. A partir du 10 avril 1700, ils ne purent plus acquérir de terres. Le dénonciateur d'un papiste qui envoyait ses enfants aux écoles du continent, à Douai ou à Saint-Omer, recevait pour son propre compte l'amende de cent livres fixée par Jacques P'pour la contravention aux lois. Ajoutons que la peine de mort portée par Elisabeth contre tout prêtre présent en Angleterre n'était pas abrogée; mais, comme l'Acte de Guillaume offrait des récompenses aux délateurs, les poursuites contre les catholiques avaient lieu de préférence conformément aux édits de ce prince plutôt que conformément aux lois du règne précédent.
C'est dans cette situation que languit pendant quatre-
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vingt-dix ans ce qui restait des familles catholiques^ soumises qu'elles étaient à une intolérable persécution, uniquement pour Texercice de leur religion, et excluespendant cent quarante ans de toute participation à la vie nationale.
En 1715, nous voyons les papistes prendre quelquepart à la malheureuse et éphémère tentative d'une restauration des Stuarts ; mais ce fut leur dernier signe de vie, car ils ne furent presque pour rien dans la seconde et dernière tentative de 1745. Les tories et les membresde la Haute Église abandonnent dès lors complètement leurs anciens alliés et rougissent d'eux. Quand, en 1722, il fut question de lever une amende de 100.000 livres * sur les papistes, pour couvrir les dépenses occasionnées^ par la rébellion, les catholiques réclamèrent l'appui destories ; mais, raconte un contemporain 2, « les tories et les membres de la Haute Église se tenaient le plu&^ possible à l'écart, comme s'ils eussent été honteux de nous défendre » .
Les papistes étaient devenus une secte religieuse proscrite et sans importance politique. En parlant du règne de George I", Burke s'exprime ainsi à leur sujet:. « Telle était leur situation que non seulement ils se
1. « Hier M. Ferrars proposa aux Communes la résolution suivante : « Que, pour couvrir et rembourser au public les grandes dépenses causées par la dernière rébellion et les derniers désordres, la somme de 100.000 livres soit levée et perçue sur les biens personnels et réels de tous les papistes et catholiques récusants ou élevés dans la religion papiste, sur ceux dont les parents sont papistes ou qui professeront la religion papiste... Ceci en lieu de toutes les forfaitures encourues pour ou en raison de leur refus, et en lieu de toutes les rentes et profits des deux tiers des biens enregistrés pour un an » Londres, 27 nov. 1722. EveringhamM. SS.
2. M. Guthbert Gonstable dans une lettre du 3 décembre 1722 à Sir Marmaduke Gonstable, dans la collection desM.SS. Everingham.
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reliraient devant le froncement de sourcils d'un magistrat rébarbatif, mais qu'ils fuyaient même ceux de leur propre espèce ; une sorte d'espionnage universel s'exer- <?ait contre eux, au point que les serviteurs qui se tenaient derrière leur siège, à table, devenaient les arbitres de leur vie et de leur sort ^ »
Les pires lois pénales n'étaient sans doute pas généralement exécutées avec rigueur, bien que les papistes eussent toujours à redouter un dénonciateur pour qui une prime de 100 livres élait bien tentante. Mais l'immunité de toute vexation était au prix d'une vie de retraite et du plus absolu secret dans raccomplissemeiit de tout devoir religieux; à ces conditions, les relations des papistes avec leurs voisins de campagne protestants n étaient pas mauvaises, et on les laissait en paix ^. M. Lecky, qui s'est fait une spécialité de l'histoire du siècle dernier, décrit de la sorte l'effet réel des lois pénales sur les catholiques anglais : « La situation des catholiques, et particulièrement des propriétaires catholiques, était toujours extrêmement précaire. Us demeuraient à la merci de leur parenté protestante, qui pouvait facilement les déposséder de leurs biens, et à la discrétion des dénonciateurs et des juges qui pouvaient, en tout temps, leur proposer de prêter le serment de suprématie. Véritables parias dans leur propre pays, ils se voyaient condamnés à une vie d'isolement et parfois contraints d'acheter par des contributions en règle l'exemption de la persécution '. »
1. Cité par M. Charles Butler dans le Cathollc Speclalor de 1824, p. 315.