‹ Le cardinal WisemanChapitre 51 sur 106 · Voir Amherst, îHstory of Catholic Emancipation · texte numérisé non relu

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auxquelles était alors soumise la vie des prêtres catholiques ; elle est du D"" Giffard, un des quatre vicaires^ apostoliques nommés sur le désir de Jacques II. Le D"" Giffard vécut jusqu'au règne de Georges II et mourut en 1734, à l'âge de 92 ans. Sa lettre est datée de 1714. a Depuis le 4 mai, écrit-il à un ami de Rome, je n'ai pas eu un instant de tranquillité. Il m'a fallu changer quatorze fois de logement, et je n'ai pu qu'une seule fois coucher chez moi. En dehors de la sévère proclamation du 4 mai, trois ou quatre personnes ont été et sont encore l'occasion de mes ennuis. La première est ud catholique tombé, qui, dans l'espoir de la grande prime de 100 livres, m'a dénoncé, ainsi que M. Joseph Leveson et quelques autres. La seconde est Mottram,qui, chassé de l'Université de Cambridge pour son immoralité, alla en Espagoe, fut recueilli par les bons pères à Séville et, en peu de temps, se convertie et devint prêtre. Mais il ne fut pas plus tôt de retour en Angleterre qu'il retomba dans ses vices et son immoralité ; et maintenant, afin de gagner de l'argent pour ses débauches, il s'est fait chasseur de prêtres et a obtenu des mandats d'arrêt contre moi et d'autres encore. La troisième est un certain Barker, renvoyé de Douai pour sa mauvaise conduite, reçu à Rome, ordonné prêtre et envoyé ici. Mais sa vie y fut toujours aussi scandaleuse, et ni exhortations ni conseils n'eurent de prise sur lui. Bien plus, nous l'avons à grands frais envoyé à notre excellente communauté en France, où il s'est si mal comporté, s'enivrant fréquemment, qu'on l'a renvoyé. Revenu ici, il marche sur les traces de Mottram. 11 y a quelques jours, il a surpris M. Brears, et s'est mis à la recherche de quelques autres et de moi, de sorte que je suis obligé

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de me lenlr soigneusement caché. Je puis bien m'appli- •quer cette parole de saint Athanase : Nullibi mihi tutus ad laùendum locus, puisqu'il me faut à tout insr tant changer de logement. J'ai essayé de me procurer un petit appartement chez quelque agent de Tautorilé publique, où f aurais pu échapper aux poursuites de ces misérables, mais je n'ai pu y parvenir. Mon pauvre frère \ quoique déjà très malade, s'est vu obligé, à cause <ies menaces et des actives perquisitions de Mottram, •de se réfugier à la campagne, où il fut pris d'un accès •de fièvre si violent qu'il mourut en sept jours. C'est une perte inexprimable pour moi, pour tout le clergé et bien «d'autres encore.

« Mes hommages aux Monsignori Bianchini et Mar- •colini. Ils connaissent ma petite maison, si pauvre et si humble, où je serais cependant bien heureux de pouvoir habiter. Quaad même, gloriamur in trihulationibus, car je puis dire avec l'Apôtre, in carceribus abundantius. Dans un de mes cachots, j'ai couché un temps considérable sur le plancher; à Newgate, deux ans; puis à la prison de Hertford; maintenant j'attends une quatrième prison pour y finir ma vie. Toujours j'ai envié la gloire •des martyrs; mais je serai heureux si Dieu dans sa miséricorde m'accorde celle des confesseurs. Mottram «'était emparé de M. Saltmars, mais, par une bonne providence, celui-ci a réussi à s'échapper.. Les craintes «t les alarmes continuelles où nous sommes sont pires -que Newgate. C'est bien aussi un peu mortifiant pour un vieillard de 72 ans d'être si souvent pourchassé d'un lieu à un autre. Que Dieu m'accorde l'éternel repos ! »

!, Le Rev. André Giffard.

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M™* Mario w-Sydney, reçue dans l'Eglise catholique au siècle dernier, nous a laissé de la première messe à laquelle elle assista un récit qui peint sur le vif la crainte d'être découvert et le secret dont on s'entourait jusqu'en 1770, pour assister à une cérémonie catholique. Le mot même de messe, explique-t-elle, fut écarté de la conversation, bien qu'on lui laissât entendre que l'office auquel elle allait assister était bien cette cérémonie interdite. Son conducteur, un prêtre catholique, la mena un dimanche matin dans une auberge voisine de sa résidence à Londres. Elle remarqua quelques rudes ouvriers irlandais qui flânaient près de la maison. Après en avoir franchi le seuil, ils montèrent une série d'escaliers qui les conduisirent tout en haut dans un galetas fermé à clef. Le D' Challoner et un autre prêtre ne tardèrent pas à les rejoindre. La porte ouverte à leur arrivée fut soigneusement refermée quand ils furent entrés. Le galetas avait toute l'apparence d'une chambre ordinaire ; mais dans le tiroir d'une commode se trouvaient les ornements, le crucifix, les cierges, la pierre sacrée et tout ce qu'il fallait pour dire la messe. Peu après, quelques coups frappés à la porte annoncèrent de nouveaux arrivants, et, sur un mot de passe, les Irlandais et un ou deux autres furent introduits, en prenant la précaution de refermer la porte après l'entrée de chacun d'eux. Quand tout fut terminé, toutes traces d'un office religieux furent soigneusement dissimulées, et la chambre reprit son aspect d'appartement ordinaire. Ne dirait-on pas d'une scène du temps d'Elisabeth, d'une page de Walter Scott ?

Cette année 1770 marque peut-être le point le plus bas de l'état de dépression où était tombée la vie des

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catholiques anglais. Rapidement, à partir de TActe du Test adopté sous Charles II, alors que les catholiques représentaient encore un parti politique sérieux, et beaucoup plus rapidement encore après la promulgation des lois pénales de Guillaume d'Orange, leur nombre avait considérablement diminué. La masse des catholiques se composait surtout de gens dépendant des grandes familles catholiques, qui formaient comme les centres religieux de leurs nombreux tenanciers et serviteurs. Mais ces familles se conformant l'une après l'autre, plutôt que de refuser le serment du Test, les catholiques de leurs domaines se conformaient aussi. Nombre de fermiers et de laboureurs, qui, dans le Nord, avaient gardé fièrement leur foi jusqu'en 1745, fléchirent devant les proscriptions qui suivirent la campagne de Charles-Edouard. Beaucoup de vieilles familles catholiques s'étaient éteintes'. Les amis secrets des papistes, — les schismatiques ou Church-Papists, — avaient probablement cessé d'exister avant la fin du XVII® siècle. Et tandis qu'au commencement du XVIIP le souvenir encore récent des martyres subis sous Jacques II et Elisabeth avait entretenu et gardé presque intacts l'héroïsme et l'esprit de corps qui, au temps de Campion et plus tard encore, avaient gagné aux catholiques l'admiration de leurs ennemis eux-mêmes, la répression non sanglante opérée par les lois pénales de Guillaume ne tarda pas à ralentir ces généreux élans. L'incrédulité si générale au siècle dernier atteignit un certain nombre de catho-

1. Le P. Morris énumère quelques-unes des grandes familles perdues pour la foi, soit par extinction, soit par adhésion à l'Église établie. Yoir Catholic England in Modem Times^ pp. 18 et 19.

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liques et pour ceux-là se trouva détruit ou affaibli le seul motif mis en avant pour refuser de se conformer à rF]gli?e établie. Le dévouement même à la cause des Stuarls, qui s était encore manifesté si vivant et si fort en 17 J 5, s'éteignit définitivement après 1745. « Les gens bien nés, écrivait M. Berington en 1780, devenaient de jour en jour moins zélés pour la religion ; leur ancienne fidélité lléchissait ; insensiblement leurs sentiments politiques se modifièrent, et bientôt après ils se conformèrent à TEglise établie... Ainsi s'évanouit la splendeur du parti catholique. »

Une élite cependant gardait pieusement les souvenirs recueillis et publiés au début de ce siècle par Challoner et par Dodd, ou bien se livrait pour son propre compte à de semblables recherches. On lit dans la collection des vieux manuscrits d'Everingham une lettre de M. Eyston dllendred, écrite vers le milieu du siècle dernier, dans laquelle il explique que, n'étant pas chasseur, il emploie ses loisirs à des recherches sur l'histoire des martyrs catholiques '. Il se trouve aussi dans la même collection des sermons prêches en Angleterre, au XVIÏP siècle, dans lesquels revient souvent la comparaison des catholiques anglais avec les chrétiens sous Néron etDioclétien. Les souvenirs des persécutions sous Elisabeth, unis à la méconnaissance obstinée par les protestants de vérités historiques incontestables et au crédit rencontré par les plus atroces calomnies puritaines contre les croyances catholiques, étaient bien de nature

1. On trou've la preuve de l'intérêt que prenaient les catholiques à remonter aux souvenirs du passé, remarque Dom Gasquet, dans des publications telles que les additions de Steven à Dugdale, et dans les Anglo-Minorelica de F. Parkinson.

à donner aux catholiques demeurés fidèles à leur foi le sentiment profond que, si forts qu'ils fussent de leur droit, jamais ils ne seraient capables de se faire rendre justice parTopinion publique. Et, bien que ce sentiment n'ait pas soulevé en Angleterre Tamer ressentiment qu'il fit naître en Irlande, en fortifiant les antipathies de race, il n'en amoncela pas moins dans l'esprit des catholiques restés pieux et zélés une montagne de défiance contre l'impartialité des protestants anglais, toutes les fois qu'il s'agissait du papisme ' ; et il faut s'en souvenir pour apprécier les événements ultérieurs.

Au fanatisme populaire s'ajoutait une certaine mesure d'ostracisme social, et les exemples ne sont que trop fréquents de catholiques insultés ouvertement en société. Une dame catholique de bonne famille se présentant un jour de réception à la Cour, le grand chambellan la traita avec tant de grossièreté que la reine Charlotte se sentit portée à réparer l'insulte par une bonne parole. Dans un dîner mixte, il n'était pas rare d'entendre le maître de la maison s'excuser auprès de ses hôtes protestants d'avoir un invité catholique^.

La simple nouvelle de la présence d'un jésuite suffisait, en plus d'une localité, à ameuter la populace au cri de No Popeiy^, Le Gentleman' s Magazine et d'autres publications du milieu de ce siècle sont pleins de récits d'arrestations de prêtres et de la terreur qu'inspirait au

1. Dans notre collection de pamphlets mentionnée ci-dessus se trouve une liste des accusations couramment portées contre les catholiques.

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