‹ Le cardinal WisemanChapitre 52 sur 106 · Voir Amherst, vol. I, p · texte numérisé non relu

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3. Voir dans le petit volume intitulé A Hundred Years since (Burns and Oates), un récit bien vivant d'une scène de ce genre.

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peuple la conviction que les catholiques cachaient des armes, des chevaux et des soldats pour exterminer les protestants de leur voisinage. De pareilles idées disparaissaient lentement. Trente ans plus tard, Sydney Smith constatait que « les babouins bleus et rouges étaient mieux traités que les catholiques ^ Si un squire campagnard vient à entendre parler d'un singe, dit-il, son premier mouvement est de lui donner des noix et des pommes ; mais si, d'un autre côté, on lui parle d'un catholique, la première idée qui lui vient est de l'envoyer à la prison du comté, de lui faire raser la tête, de changer sa nourriture ordinaire et de le faire fouetter brutalement. Et ceci, ajouta-t-il, n'est point une exagération, mais une fidèle peinture des sentiments nationaux qui sont pour notre pays une menace et une honte. »

L'étude de cette longue conflagration religieuse, qui va de la Réforme aux dernières années du XVIII* siècle, amène invinciblement l'esprit à comparer cette période à un temps de guerre. Prenez le même homme en temps de paix ou en temps de guerre, à son cercle dePallMall ou sur les champs de bataille du Soudan, et sa manière d'agir avec les hommes, ses frères, apparaîtra toute différente. La vie humaine semble perdre toute valeur au milieu des passions excitées par la lutte. 11 faut ressentir d'abord une sorte de haine contre l'ennemi avant que le bras soit capable de brandir l'épée et de tendre ses muscles pour le transpercer. C'est du moins ce que prétendent ceux que l'expérience de la guerre a mis à même d'en parler. A l'heure du combat il semble que la civili-

1. Cette comparaison de Sydney Sinith s'applique aux procédés employés contre les dissidents aussi bien que contre les catholiques.

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sation perde la plupart de ses droits sur Thumaine nature. La sagesse humanitaire, encore prônée la veille de la guerre, cesse d'avoir aucune influence dès que* la lutte a commencé. De même, beaucoup des caractères de la civilisation au temps de More et d'Érasme disparurent de la nation anglaise, en tant que nation, pendant cette longue période de lutte.

L'humanité et la tolérance avaient cependant été admirablement comprises au commencement du XVI® siècle, aussi bien en Orient qu'en Occident. Le Mogol Akbar accueillait avec la même bienveillance les professeurs de toute croyance ou d'incrédulité dans sa salle de libre discussion. La constitution utopiste de More ne refusait la liberté qu'aux seuls négateurs de l'immortalité et l'accordait à tous les autres, sous ce prétexte formel que « l'on ne croit pas ce que l'on veut ». Pas une" sorcière n'avait été brûlée en Angleterre depuis plus de cent ans, et c'est à peine si, de mémoire d'homme, on se souvenait que les lois contre les hérétiques eussent été appliquées. Mais la panique de la Réforme mit fin à cet état de choses. De part et d'autre, avec plus ou moins d'atrocité, les massacres commencèrent sous Henri VllI, qui choisit indistinctement pour victimes des catholiques et des protestants, et ils se continuèrent avec la sanction formelle des lois, jusqu'à la fin du siècle. Les lois existantes permirent à la reine Marie de persécuter, et Elisabeth promulgua de nouveaux statuts, lorsque ceux qui existaient déjà lui parurent insuffisants pour la réalisation de ses desseins. Le statut de hœretico comburendo fut remis en vigueur par Elisabeth contre les anabapistes, tandis que les papistes étaient mis à mort, en vertu d'une législation spéciale déjà décrite. Anglicans etpuri-

lains brûlaient les sorcières avec la même facilité; en Ecosse celte pratique dura presque jusqu'à la fin du XVIl* siècle. Quand le bourreau se montra moins actif, la populace se chargea d'exécuter la loi, et plus d'une fois ses préjugés passionnés, ou bien amenèrent l'autorité légale à se montrer injuste, comme dans le cas de Titus Oates, ou bien occasionnèrent des soulèvements populaires, comme dans la révolte de l'Irlande. La dernière manifestation de cet esprit de violente intolérance, déjà un peu atténuée, eut lieu en 1780, lors de l'émeute de Gordon, où l'on vit pendant cinq jours une populace antipapiste brûler et détruire les propriétés des catholiques et prendre presque possession de Londres.- La force armée en eut enfin raison le vendredi 7 juin, au soir : « Deux cents personnes avaient été tuées dans les rues, écrit'Lord Stanhope ; on avait transporté dans les hôpitaux deux cent cinquante blessés, dont soixante-dix ou quatre-vingts succombèrent en quelques jours. »

Cette diminution des sentiments d'humanité, que nous avons déjà comparée à l'état d'esprit du soldat au milieu de Faction, sembla avoir affecté même les penseurs de l'époque. Il y a certainement quelque chose de la haine du soldat pour l'ennemi dans l'exception que Milton fait des papistes dans son programme de tolérance, sous prétexte qu'ils étaient des idolâtres. Cromwell, dans sa législation, édicté une semblable exception, quoique pour d'autres motifs ; autant en fait le Comité de 1654. Baxter, dans sa Sainte République^ met le papisme sur le même rang que le mahométisme et le paganisme, «parce qu'ils mènent à la damnation », et il condamne toute « liberté de les prêcher et de les pratiquer ».

Quand l'état de guerre entre les catholiques et les pro-

teslanls eut cessé d'être une réalité, même dans Timagination populaire, c'est-à-dire après que l'émotion causée par la rébellion de 1745 se fut calmée, on commença pour la première fois, depuis près de deux cents ans, à revenir à l'aménité ordinaire de la vie civilisée'. On se remit à comprendre que des hommes pouvaient, sans être ennemis, n'avoir point la même manière de voir, et de nouveau on reconnut à chacun la liberté et le droit de garder inviolables et sacrées ses convictions intimes. Si longue qu'eût été cette période de combat, les hostilités n'avaient presque jamais cessé. Les intervalles de paix furent de trop courte durée pour laisser à l'animosité spéciale aux champs de bataille le temps de se calmer complètement.

Quand enfin le dernier représentant de la dynastie catholique eut été vaincu en 1745, et que les pillages et les massacres qui suivirent sa défaite ne fur^fet plus qu'un souvenir plus ou moins précis, il se produisit une réelle accalmie, La fumée et la poussière du combat se dissipèrent ; mais le bruit n'en persista pas moins ; les catholiques s'avouaient non seulement vaincus, mais

1, Parlant des dernières années du règne de Georges II et des premières de celui de Georges III, M. Butler dit : « Quiconque n'apas vécu dans ces temps-là ne peut s'imaginer dans quel état de dépression et d'humiliation se traînait l'ensemble des catholiques. » Or il faut se souvenir que, selon toute vraisemblance, ni M.Butler ni M. Berington n'exagéraient, attentifs qu'ils étaient, parprincipe à suivre la politique du Comité catholique, consistant à tirer le meilleur parti possible de la situation des catholiques et à démontrer que l'idée que se faisait d'eux une génération éclairée était incompatible avec les lois pénales encore édictées dans le SLalute Uook, Ces deux auteurs sont d'accord sur la bienveillance de l'opinion publique à l'égard des catholiques après les premières années de Georges II!.

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presque anéantis. Bientôt ceux qui survivaient se mirent à faire ouvertement profession de soumission et de fidélité à la Maison de Hanovre. Ils faisaient valoir, mais bien timidement, par crainte d'une nouvelle oppression, qu'à peine quelques-uns d'entre eux s'étaient trouvés compromis dans la dernière rébellion, bien que dans la chaleur de la lutte on les eût traités et frappés comme des ennemis héréditaires. Aussi les meilleurs esprits parmi les Anglais savaient que leurs réclamations étaient fondées; et, pour les temps antérieurs, ils avaient encore beaucoup plus de bonnes raisons à faire valoir, raisons qui, à la longue, finirent par être entendues.

Mais, après deux cents ans de luttes, ce calme révéla un état de choses auquel ne s'attendaient nullement les combattants. On sait que, dans la chaleur de la bataille, le soldat ne s'aperçoit souvent d'une blessure mortelle que lorsqu'elle lui a ôté la force de combattre; bien moins encore se rend-il compte de ce qui se passe en dehors et à côté de lui, sur le théâtre de la lutte intense qui absorbe toute son âme et toute son énergie. Ainsi en quelque sorte, dans leurs guerres fratricides, ni les protestants, ni les catholiques ne s'étaient aperçus que les événements avaient marché depuis le XVI® siècle. Tandis quie les soldats, les politiques et les foules bataillaient, les théologiens avaient travaillé de la plume dans les bibliothèques de Douai et d'Oxford; Parsons et Bacon, Laud et Fisher, et beaucoup d'autres encore, avaient vigoureusement mené leur campagne. Les plus profonds penseurs avaient condamné l'exclusivisme dogmatique, quelques-uns avaient poussé jusqu'au latitudinarisme et presque jusqu'au scepticisme le principe du jugement privé. La valeur morale du doute honnête avait fini par être

comprise, la sévérité et Texagération de certains dogmatistes ayant contribué à en faire ressortir la légitimité. Ainsi, quand revint le calme et que les plus acharnés combattants des deux partis purent tranquillement constater les résultats de la lutte, ni les uns ni les autres n'eurent de motifs de s'en déclarer satisfaits.

Qui était vainqueur en réalité ? Les protestants triomphaient en Angleterre, mais le protestantisme avait-il gagné la victoire ? Les catholiques étaient maîtres en France, mais le catholicisme conservait-il son empire sur les volontés et sur les cœurs? Aujourd'hui, on peut sans réserve répondre non à ces questions, et même, dès 1770, plus d'un symptôme laissait entrevoir cette réponse inévitable.

La persécution, l'absence de charité, le parti-pris des controverses, si elles avaient molesté pour un temps leurs victimes, avaient nui pour toujours dans l'estime publique à ceux qui s'étaient servis de semblables armes, et la victoire, en définitive, ne couronnait aucun parti, ou plutôt, au jugement de l'école philosophique dont les idées allaient prévaloir désormais, la victoire appartenait moralemen4; aux martyrs, champions de la liberté de conscience, intellectuellement, aux adversaires du dogme, quel qu'il fût. Le droit, le droit sacré, pour Campion de croire, et pour un unitarien «de ne pas croire ou de douter, voilà le principe dont devait s'inspirer désormais la pensée de l'avenir. La négation du droit à la liberté ou même à l'hésitation dans le jugement intellectuel, proclamée de fait par les persécuteurs, en théorie par les dogmatistes, amena une réaction enthousiaste en faveur du doute, et il en résulta le siècle du scepticisme et du latitudinarisme le siècle de Shaftes-

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îiS LE CARDINAL WISEMAN

J)ury, d'Hume, de Gibbons en Angleterre, le siècle de Voltaire, de d'Holbach, d'Helvétius et de leurs disciples en France.

Ainsi, tandis que chacun des deux partis avait lutté pour le triomphe de ses opinions respectives, on avait d'autre part miné le terrain sur lequel se livrait la bataille pour la ruine commune des deux armées. Le débat soulevé qui avait abouti d'abord au protestantisme dogmatique, et en était resté là, du moins en ce qui concernait les belligérants, s'était transformé, dans les esprits qui pensaient, en une attaque de tout principe dogmatique; et celte attaque, commencée au nom de l'examen philosophique, s'élait renforcée de la réaction contre le fanatisme des dogmatistes. Les esprits se détachaient de plus en plus nombreux de la religion, à cause de ses alliances avec d'intolérants sectaires. De plus en plus, on en venait à attaquer ouvertement la vérité de tout le christianisme. Le latitudinarisme voyaitle nombre de ses adhérents grandir constamment parmi les chrétiens eux-mêmes. Cudworth, Whichcote, Williams et More avaient trouvé des successeurs, quelques-uns même plus extrêmes qu'eux, dans Hoadley, Calamy et Pierce. Le progrès d'une philosophie plus ou moins sceptique semblait même présager que la négation de la révélation s'étendrait plus loin qu'elle ne le fit en réalité ^ .

Ainsi il advint que, tandis qu'à la fin du XVIU* siècle l'apaisement dénotait une tendance à la tolérance, au nom de l'humanité naguère trop méconnue, cette même

1. Dans son chapitre sur le ChrislianRalionalismafler Révolution (pp. 365 et suiv.), M. Taylor développe cette question de très intéressante façon.

tendance se dégageait du sentiment de l'injustice des disputes passées et de Tidée de la complète inutilité des croyances dogmatiques. Une certaine haine même du christianisme servit de base à la tolérance à Tégard des catholiques, pour ce motif que c'était Tintolérance chrétienne elle-même qui avait conduit aux pires atrocités dans rhistoire de la persécution. La première marque officielle de cette tolérance fut le bill d'Allégeance de 1778, acte en qui se résumaient différents courants d'opinion et qui continua à recueillir ceux qui se produisirent dans la suite jusqu'à la veille du jour où, en 1829, fut adopté l'Acte de l'Émancipation définitive des catholiques. Parallèlement à la généreuse et magnanime tolérance de personnages tels que Burke, se dessinaient, avec Fox un peu plus tard, le courant du scepticisme ; avec quelques-uns des promoteurs de l'Acte de 1778, celui de la haine de la religion, reflet du voltairianisme français ; puis le courant politique des hommes d'Etat, préoccupés de se concilier les Irlandais au début de la guerre d'Amérique ; et enfin plus tard, l'enthousiasme ardent et sincère pour la liberté, uni à un mépris non dissimulé du zèle théologique, manifestés dans la Revue d'Edimbourg par Sydney Smith et Macaulay.

La première marque officielle de tolérance à l'égard des catholiques fut donc, nous l'avons dit, le bill d'Allégeance de 1778, Les nécessités de la politique furent peut-être le principal motif qui fit adopter ce bill, les complications de la guerre d'Amérique rendant véritablement dangereuse la surexcitation de l'Irlande. Sir Georges Saville le présenta, en faisant valoir les sentiments ordinaires d'humanité, et les libéraux de l'époque l'appuyèrent. Lord Beauchamp fit ressortir l'importance

considérable de la , population catholique de l'Irlande. Mais c'est dans les discours de Févêque de Peterborough et de M. Turner qu'il faut chercher les deux idées maîtresses qui donnèrent au débat sa plus haute portée. L'évêque prend parti pour les catholiques, au nom de la liberté de conscience. «Il ne doit y avoir, dit-il, ni pénalités, ni contrainte, lorsqu'il s'agit des relations entre Dieu et la conscience humaine. Je ne puis que désapprouver toutes les lois édictées pour opprimer les gens en raison de leurs convictions religieuses. » M. Turner, lui, déclare son horreur pour le dogmatisme oppresseur du prêtre, horreur inséparable au XVIIl® siècle du scepticisme philosophique. « La religion, s'écrie-t-il, a toujours été un instrument dans les mains du pouvoir pour opprimer l'humanité. Je désire voir libres tous mes compatriotes, qu'ils soient catholiques ou dissidents. »

Le soulagement accordé aux catholiques par le bill d'Allégeance était en réalité bien faible. Il demeurait toujours interdit d'envoyer un enfant catholique aux écoles de Douai et de Saint-Omer ; le dénonciateur de ce délipouvait toujours réclamer la prime de 100 livres. Un maître d'école catholique résidant en Angleterre n'encourait plus la peine de la prison à vie, mais il pouvait toujours être mis au cachot pendant un an. Les chapelles catholiques continuaient à être illégales.

« Mais, observe un contemporain digne de foi ^ , bien que le bill n'accordât aux catholiques que des avantages limités... il atteignait à sa racine le préjugé général répandu contre eux et les faisait bénéficier dans le commerce ordinaire de la vie de ces mille attentions

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