‹ Le cardinal WisemanChapitre 59 sur 106 · Plus tard M. Ambroise de Lisle, de Garendon Park · texte numérisé non relu

Plus tard M. Ambroise de Lisle, de Garendon Park

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mais on ne pouvait pas encore deviner, à celte époque, quelles seraient l'étendue et la profondeur de Taction exercée par les idées des promoteurs de ce mouvement. D'autre part l'Eglise établie était tombée depuis longtemps au plus bas degré de décadence qu'elle ait jamais connu. « Elle se drapait dans sa toge, pour mourir avec le plus de dignité possible », disait M. Mozley en 1833. Attaquée en même temps par la corruption au dedans, et au dehors, par une coalition d'ennemis variés, sa mort prochaine semblait inévitable. C'est du moins ce qu'en pensaient les contemporains. « Des évéques incrédules, un clergé paresseux, disait un écrivain dans la Revue. cC Edimbourg \ étaient arrivés à repousser hors de l'Église le zèle du méthodisme que Wesley avait d'abord organisé dans son sein... L'agiotage et la corruption, depuis longtemps tout-puissants dans l'Etat, avaient fini par envahir l'Eglise. Les hommes d'argent non seulement étaient entrés dans le temple, mais ils en avaient chassé les adorateurs. La pluralité des bénéfices avait monopolisé les grands revenus ecclésiastiques en quelques mains ; le nom de curé avait perdu sa signification légitime, il ne désignait plus le titulaire d'une cure, mais le vicaire d'un bénéficiaire absent. » — « Aucune puissance humaine, écrivait Arnold en 1832, ne peut sauver l'Église telle qu'elle est à présent. » — « Ce sera un difficile, mais grand et glorieux exploit, que de préserver l'Église établie d'une ruine totale », écrivait de son coté Whately à Lord Grey. Le catholicisme et les sectes dissidentes, prétendaient les Tractariens, avaient dû

\, Dans un article sur les Church parties, cité dans le mémoire de Sydney Smith, i, 25.

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WISEMAN EN ANGLETERRE 2i9f

leurs progrès à la complète incapacité où se trouvait rÉglise nationale de donner satisfaction aux aspirations religieuses, devenues si évidentes et si générales.

Donc, tandis que le libéralisme ne cessait de répéter à chacun : « Liberté, chances égales à tous, mais des faveurs à personne », l'Eglise d'Angleterre, telle qu'elle était alors, ne satisfaisait personne, et, en réalité, elle avait contenté bien peu de monde depuis cent ans. L'étonnant réveil de zèle dont elle nous a donné le spectacle n'apparaissait pas encore, et ceux qui avaient de profondes aspirations religieuses s'étaient habitués à s'adresser ailleurs. John Wesley, l'apôtre du méthodisme au siècle dernier, avait affaibli l'Église établie en retirant d'elle une vie religieuse qu'elle était incapable de s'assimiler. Plus tard, le mouvement évangélique de Charles Siméon avait apporté aux dissidents un puissant appui, bien que Siméon lui-même fût demeuré fidèle à l'Église établie. Quelques-uns des esprits les plus religieux d'alors avaient adopté le système d'Edouard Irving.

Le mouvement d'Oxford, suscité par Newman, et provoqué, de son aveu même, à la fois par les progrès du papisme et de la dissidence, et par la pénurie de la vie religieuse dans l'Église d'Angleterre, n'avait pas encore démontré s'il parviendrait à se greffer sur l'Eglise établie. Beaucoup regardaient le libéralisme du jour, celui de Lord Brougham et de ses amis, comme faisant partie du mouvement séculariste, dont l'aboutissant était l'incrédulité. L'école de Mill et de Bentham mettait comme une auréole de gravité morale autour d'un système qui niait la Providence dans l'univers et la survie au-delà de la tombe. C'était donc pour un

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Anglais profondément religieux un temps propice pour préconiser la forme de religion qu'il croyait la plus capable de satisfaire les exigences intimes des hommes de son temps et pour offrir le meilleur remède au mal croissant de Tincrédulité. Et de fait, depuis les trois dernières années, on voyait une foule d'hommes éminents. prêcher chacun pour son système religieux. « Ici chaque parti, chaque intérêt politique ou religieux^ "^écrit M. Thomas Mozley, faisait valoir ses droits à l'acceptation générale, à la seule exception de l'Eglise établie... Chacun en Angleterre nourrissait alors l'idée d'une grande entreprise dans laquelle, et tout seul, un homme, en la prenant en main, serait le sauveur du pays... Un millier de faiseurs de projets criaient. leurs systèmes du haut d'un millier de tribunes. » Toute l'Angleterre était assourdie par les mots de philanthropie^ de révolution, de spiritualité et de réforme. C'était un instant de crise où chacun aspirait à une foi religieuse noble et entraînant au bien, et le moment semblait bien indiqué de dire un mot de l'ancienne religion. Lacordaire faisait entendre sa parole en France et Mœlher en Allemagne. Ne serait-il pas à propos de dire aussi aux Anglais comment l'ancienne foi avait été acceptée par quelques-uns des plus profonds penseurs de ce dernier pays, comme la réponse aux besoins sérieux de leur temps ? Ne conviendrait-il pas de retracer les progrès de son influence dans les premiers siècles, de décrire sa vie nouvelle en Italie, et dans Rome elle-même? Les Anglais attendaient quelque chose, mais ils ne savaient quoi. Wiseman eut la pensée de leur demander si ce ne serait pas par hasard la religion de leurs ancêtres. On a vu plus haut que quelques-uns des propos

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du P. Spencer sur la conversion de T Angleterre lui avaient paru exagérés. Mais il sentait que le moment était évidemment venu d'agir sur Fopinion publique par l'exposition des principes qu'il tenait pour les seuls remparts permanents de la chrétienté.

Il ne s'attendait pas à des résultats immédiats. La destruction des sentiments catholiques en Angleterre avait suivi une lente progression ; leur restauration procéderait de même. Amener le peuple anglais à respecter et à honorer en saint François d'Assise, en saint François de Sales, en sainte Thérèse, d'abord leurs vertus personnelles, puis l'idéal du catholique lui-même, demanderait de patients efforts, mais il croyait que c'était là une œuvre possible, et les événements ont bien prouvé qu'il ne se trompait point. Il pensait aussi que la puissance de ces sentiments ramènerait bien des âmes à leur demeure naturelle, l'Eglise catholique romaine, et que cette tendance ne ferait que grandir avec le temps. Il soutenait, le cœur plein d'espoir, ce que Newman et les Tractariens admettaient aussi, mais l'âme troublée et combattue, « qu'il y avait dans ce moment, en Angleterre, un grand mouvement de l'esprit religieiîx vers quelque chose de plus intime et de plus vrai que ce dont s'est contenté le siècle dernier... Les poètes et les philosophes de ce siècle en ont donné le témoignage pendant de longues années. Les grands noms de notre littérature. Sir Walter Scott, M. Wordsworth, M. Coleridge, quoique de diverse manière, s'en sont faits les témoins. Le siècle marche vers quelque chose et * la seule communion religieuse

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