‹ Le cardinal WisemanChapitre 61 sur 106 · Lettre de Newman au D' Jelf · texte numérisé non relu

Lettre de Newman au D' Jelf

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chose des vieilles pratiques du Jansénisme au confessionnal : « Président d'un collège à Rome? Et voyageant partout, loin de ses élèves? Mon fils, je tremble pour vous! » s'écria le rigide confesseur, bien différent du confesseur romain si rempli de sympathie dans ses meilleurs moments, si plein d'indulgence, même lorsqu'il est de méchante humeur.

Un autre type de la rigidité catholique qui Famusait beaucoup était celui de la cuisinière irlandais^ de M. Bagshawe. Ravie d'abord à cause de la renommée de célébrité de Wiseman dans l'Angleterre protestante, elle passa vite à l'horreur quand, les médecins ayant défendu à celui-ci de garder l'abstinence, elle reçut l'ordre de faire cuire une côtelette, le vendredi. Non seulement elle refusa, mais fit des remontrances et s'indigna qu'on eût pu la croire capable de renier les premiers principes du christianisme.

M. Kyan a tracé le portrait suivant de Wiseman à cette époque :

« Je trouvai le D"^ Wiseman bien changé au physique et au moral, depuis que je l'avais vu, il y a quatre ans^ lors d'une visite qu'il nous fit à Saint-Edmund's Collège, Il avait pris de l'embonpoint, mais il était néanmoins agile et pas le moins du monde appesanti. Son teint était frais et brillant; il ressemblait beaucoup au portrait lithographie qui le représente en buste d'après la médaille frappée en son honneur. Je demeurai quelques instants avec lui, et j'gii pu constater sa joyeuse humeur et sa gaîté, tandis que, allant et venant dans la chambre, il causait tout en travaillant. J'ai remarqué qu'il avait l'habitude de promener la main droite de haut en bas sur sa poitrine et qu'il semblait incapable de rester longtemps tranquille.»

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Wiseman prêchait en italien tous les dimanches, et^ dit un écrivain contemporain, « il le faisait avec tant d^aisance et de facilité d'élocution que les étrangers qui Tentendaient le prenaient pour un Italien ».

Pendant l'Avent, il tenta l'expérience de faire quelquesconférences destinées indistinctement aux catholiques et aux protestants. Ces conférences ou Lectures avaient lieu deux fois la semaine, dont Tune le dimanche soir après Complies. « Il était revenu en Angleterre, dit M. David Lewis, alors étudiant à Oxford, précédé d'une réputation considérable de science et de talent, ce qui lui attira de nombreux auditeurs à la chapelle de Sardaigne. Ces Lectures firent plus que soutenir sa réputation, elles produisirent une immense sensation. Je fais dater de ces discours le commencement d'une sérieuse renaissance du catholicisme en Angleterre. »

Wiseman se rendait parfaitement compte de l'effet produit ; son succès semble avoir excité sa nature impressionnable, puis amené en lui une réaction : « Il m'arrivait souvent de verser des larmes dans la sacristie, disait-il au cardinal Vaughan ; je craignais que, tout en faisant du bien aux autres, mes Lectures ne fussent en train de me remplir de vaine gloire. » Il était assiégé à toute heure du jour, raconte le juge Bagshawe, par ceux qui avaient entendu les conférences et qui désiraient consulter le conférencier. Wiseman a rendu compte luimôme de l'impression produite dans cette lettre à un de ses anciens condisciples de Rome :

« Décembre, 1835.

« J'ai deux Lectures par semaine. L'effet a été mille fois pius considérable que je ne m'y attendais. La cha-

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pelle est pleine à suffoquer : fût-elle trois fois plus grande^ elle serait remplie ; chaque siège est occupé upe demi-heure avant les Complies. J'ai parlé rarement moins d'une heure et demie, généralement une heure trois quarts; personne cependant ne trouve que c'est trop long, et l'attention ne faiblit pas un instant. La semaine dernière, j'ai traité de l'autorité de l'Église, et celle-ci, de la Présence réelle ; la semaine prochaine, je parlerai de la suprématie et des indulgences. Le commun du peuple me dit qu'il peut me suivre mot pour mot et que je l'impressionne beaucoup. Les prêtres viennent en foule ; eux et la congrégation tout entière m'assurent que la méthode générale et la forme de mes discours sont absolument nouvelles pour eux. De fait, ils désirent que je reste jusqu'au carême et que j'entreprenne un cours plus complet. Mais ceci est hors de question. Même,, soit dit entre nous, car je vous écris en ami, ils disent que je ne devrais plus repartir. Mais, si je ne vous taisrien jusqu'à en paraître vain, c'est parce que ce succès vous convaincra de ce que j'ai si souvent dit que la méthode suivie par moi dans mes cours était applicable à une congrégation, pourvu qu'on la justifiât et qu'on la ramenât à une forme populaire, et en cela j'ai toujours pensé que je réussirais. Chacun convient qu'une très décisive expérience a été tentée, et que la preuve est faite de l'intérêt qu'avec un peu d'effort on peut inspirer pour les doctrines catholiques. »

La renommée du conférencier s'était répandue, et le D*" Bramston le pressa de recommencer l'expérience le carême suivant, à l'église de Moorfîelds. 11 finit par y consentir, et le succès de cette seconde série fut plus considérable encore. « La société de ce pays, dit un auditeur

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qui fit la connaissance de Wiseman à cette époque, la société de ce pays fut impressionnée et écouta, presque malgré elle, mais sans déplaisir, il y avait là un jeune prêtre romain, arrivant du centre du catholicisme, qui se montrait un maître, non seulement pour se tirer des hautes difficultés de la polémique, mais encore pour employer toutes les grâces d'un parfait bon ton. Les protestants éprouvaient autant de surprise que de plaisir à constater que la pénétration d'esprit et l'urbanité n'étaient pas incompatibles, même dans la controverse. La vaste église de Moorfields était comble chaque soir que Wiseman devait y prêcher... Beaucoup de personnes de haut rang et d'éducation distinguée se convertirent, et tous se retirèrent dégagés d'anciens préjugés, et avec des idées du catholicisme toutes différentes de celles qu'elles avaient puisées dans leur éducation. » — « Aucun discours de controverse, ajoute un autre écrivain contemporain, n'excita de mémoire d'homme un tel intérêt dans le public ^ » — « J'ai eu la consolation, écrit de son côté Wiseman, d'être témoin de la patiente et édifiante attention d'un immense auditoire qui m 'écouta pendant plus de deux heures, sans marque d'ennui. » Parmi ses auditeurs les plus assidus était Lord Brougham ^.

Quant aux conférences elles-mêmes, elles ont été publiées ; il semblerait que leur effet fut en grande partie dû à la délicatesse avec laquelle Wiseman sut saisir les diverses nuances de l'opinion.

Milner avait abordé plusieurs des mêmes sujets avec «ne science et une habileté difficiles à surpasser, mais

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