‹ Le cardinal WisemanChapitre 62 sur 106 · Edinburgh catholic Magazine^ n* 2, p · texte numérisé non relu

Edinburgh catholic Magazine^ n* 2, p

2. Je tiens ce renseignement de feu le D' Weathers, évêque d'Amyclée, qui se souvenait bien de ces Lectures.

le ton persuasif de Wiseman dans la chaire était quelque chose de complètement nouveau, et cela est d'autant plu» remarquable que ces conférences sont fort simples et destinées en partie à un auditoire des plus ordinaires. Il paraît ne jamais oublier qu'il parle à une foule qui a encore dans une large mesure la haine et le mépris des idées qu'il défend ; que la pure controverse ne pourrait vraisemblablement que l'irriter ; que le catholicisme est encore, pour bon nombre d'Anglais, une de ces choses qu'on ne discute pas sérieusement; qu'étroitesse d'esprit et romanisme restent inséparables aux yeux d'une certaine classe, et que plus d'un de ses auditeurs épiera dans ses paroles une attaque sectaire du protestantisme, appelant une riposte plutôt qu'une considération sérieuse.

Aussi, dès le début, proteste-t-il contre toute intention ou tout désir de controverse, dont, dit-il, il déteste jusqu'au nom^. Puis il entretient ses auditeurs, comme d'un sujet d'histoire contemporaine, des savants célèbres, des penseurs de l'Allemagne et de la France qui viennent de faire acte d'adhésion à l'Église catholique romaine, et il y voit l'expression la plus vraie et la plus satisfaisante de cette renaissance religieuse partout manifestement visible. Il nomme le professeur Philipps de Munich, Bautain, de Coux, le comte Stolberg, l'historien Frédéric Schlegel, l'auteur de la Philosophie de tHisloire^ Adam

1. « Je dois vous avouer, écrit-il, que j'ai une vraie répugnance^ je dirai presque une vraie antipathie pour ce mot (de controverse), car il suppose que nous nous considérons nous-m^mes en état de guerre avec les autres; que nous acceptons ce principe, que je réprouve d'établir la vérité de nos doctrines, en terrassant le» autres. » Lectures^ p. 20, édition de 1836. Booker, 61, New-Bond Street.

Googk

i258 LE CARDINAL WISEMAN

MuUer, Molitor et Veith. Ces hommes sont venus à rÉglise, observe-t-il, pour des raisons très variées, fruit ■de leurs recherches dans des sciences d'ordre très différent.

Dans la même conférence, il indique la méthode qu'il ^ adoptée pour ses discours : « Ce n'est pas, dit-il, i5ur le ton de la controverse, ce n'est pas pour attaquer les -autres, ni même pour remporter une victoire ou obtenir un triomphe que je m'adresse à vous. » Puis il esquisse l'état des âmes de tant d'hommes remplis d'aspirations indécises vers un idéal plus élevé; et ceux-là, il les invite à l'écouter au moins avec patience, tandis qu'il isoulèvera devant eux la question de savoir si l'ancienne Église, qui seule prétend être universelle, ne pourrait pas, après tout, leur présenter, sous ses différents -aspects, la satisfaction de leurs aspirations variées et leur proposer la solution des innombrables problèmes dont l'air est rempli. Ne trouverait-on pas là ce Dieu inconnu que tant d'hommes, sous différentes formes, adorent sans le savoir? 11 représente l'Église comme essentiellement compréhensive et libérale dans le meilleur sens du mot, s'adaptant à toutes les exigences et à toutes les aspirations de l'humanité. Beaucoup d'Anglais, à l'exemple des penseurs allemands et français, ne pourraient-ils pas découvrir, eux aussi, que leurs différentes manières de penser, en ce qu'elles ont de conforme à la vérité, ont leur place légitime et trouvent leur conclusion logique dans la vie large et variée de l'Eglise catholique, si longtemps présentée en Angleterre sous un faux jour qu'elle y est totalement inconnue?

Il prétend que cette diversité dans la manière de

WISEMAN EN ANGLETERRE 2o9

penser, qui trouve sa vraie place dans le catholicisme, a toujours été un trait caractéristique du christianisme. Préchée en différents siècles et dans des circonstances variées, sa doctrine a toujours pu être exposée de manière à faire appel, en face de chaque auditoire particulier, aux preuves les plus sensibles et les plus saisissables, ainsi que le faisaient ses premiers prédicateurs inspirés, les apôtres.

« C'est évidemment de ce principe que partaient les apôtres, et c'est ainsi qu'ils prêchèrent le christianisme. ils le considéraient comme un système religieux destiné à aller au-devant de tous les besoins de l'humanité, si bien que sa véritable base reposait dans l'esprit de chaque individu, aussi bien que dans les sentiments universels et les aspirations de la race humaine tout •entière. Ils sentaient que, quel que fût le critérium de la vérité adopté par leurs auditeurs, il les conduirait également à la justification du christianisme. Aussi bien, lorsqu'ils prêchaient l'Évangile aux juifs, en possession du livre de la Loi ancienne, et par lui, des types, des prophéties et des autres figures de la dispensation à venir, leur tâche consistait simplement à s'appuyer sur ce que ceux-ci croyaient déjà, et à leur en montrer la •contre-partie et l'accomplissement dans les vérités du christianisme, dans la personne de nôtre Sauveur, et ils entraînaient ainsi leur conviction en partant de principes déjà acceptés. Lorsque Philippe rencontra sur le grand chemin l'eunuque de la reine d'Ethiopie, il le trouva lisant un passage du prophète Isaïe; et, sur ce seul passage, il le convainquit de la vérité du christianisme et l'admit au baptême. L'eunuque cherchait, en effet, quelque chose qui correspondît à la description

Googk

lue dans le prophète... Mais quand saint Paul arrive au milieu des Gentils et qu'il se présente devant les doctes Athéniens, il ne fait point appel aux prophéties, auxquelles ils ne croyaient point, ne les connaissant même pas, car il ne considère pas comme nécessaire d'en faire des juifs avant de les amener au christianisme. 11 a recours à une preuve d'un ordre tout différent ; à ces hommes, nourris d'étude et de philosophie, il présente une morale plus sublime que celle qu'ils sont accoutumés d'entendre... Il leur cite les paroles de leurs propres poètes, pour leur prouver la nécessité pour l'âme humaine d'avoir une croyance en Dieu plus pure, telle que celle qu'il prêchait ; il insinue que la consécration faite par eux d'un autel au Dieu inconnu témoigne d'un mécontentement visible de leur religion actuelle et d'une certaine aspiration vers une foi meilleure. Il profite en un mot des traces de vérité qu'il trouve déjà dans les esprits de ses auditeurs pour y rattacher les preuves du christianisme et assurer ainsi la pénétration de ses doctrines dans leurs âmes.

« Un peu plus tard, nous voyons l'Église suivre le même principe d'apostolat, car, au P"" siècle, au IP et au IIP, c'est sur l'exposé de motifs d'ordre absolument différent que l'on établit la vérité de la religion et que les hommes y adhèrent. Au P^ siècle, par exemple, ce qui amène le plus grand nombre des conversions à la vérité, c'est le spectacle du courage des martyrs à endurer les supplices et la mort pour la religion. Au siècle suivant, un nouveau système de preuves est inauguré. L'étude de la philosophie, qui avait pris un extraordinaire essor, sous le patronage des Antonins en Occident et sous l'impulsion des écoles

Googk

WISEMAiS EN AiNGLETERKE 261

platoniciennes en Orient, amena les esprits à faire l'examen du christianisme en le confrontant avec le» systèmes philosophiques de Tancienne Grèce... Et les Justin, les Clément, les Origène et tant d'autres esprits philosophiques considéraient . ces analogies comme des preuves suffisantes de sa vérité. Car, de même que nous n'exigeons pas d'autre preuve qu'une clé a été faite pour une serrure, que la constatation qu'elle entre dans ses gardes compliquées, qu'elle s'y adapte et qu'elle s'y meut sans grincements ni régistmce, et qu'elle fait jouer facilement les pênes qu'elle renferme; ainsi de la vraie religion aux temps passés; ainsi maintenant encore; elle n'exige pas d'autre démonstration de sa parfaite adaptation à l'esprit et à l'âme de l'homme et de sa provenance de la main du môme artiste infiniment sage qui les a créés, que sa merveilleuse aptitude à pénétrer dans les replis des âmes^ à s'insinuer dans leurs détours compliqués, à faire jouer leurs ressorts à son gré et à ouvrir la porte de tous les secrets mystères de la conscience.

« Et maintenant, pour en venir à notre propre époque^ on découvre la même variété de motifs de crédibilité dans les écrits de ceux qui, ces dernières années, ont embrassé la foi catholique, spécialement en Allemagne. Une s'est guère passé d'années, depuis un certain temps, que quelques illustrations de ce pays, savants célèbres, professeurs dans les Universités protestantes, ne se soient convertis au calholicisme.Plusieurs d'entre eux ont publié les motifs qui les ont amenés à la religion catholique, et ces motifs sont aussi variés que les études de chacun de ceux qui les ont écrits. L'un d'eux, qui a consacré sa vie à l'étude de l'histoire et qui enseignait cette

Googk

262 LE CARDINAL W18EMAN

science dans une des plus célèbres Universités, révèle <}u'il est devenu catholique simplement en appliquant les principes de la critique historique fiiux faits relatés •dans les annales de l'Europe *. Un autre se laisse convaincre par des motifs tirés de la philosophie de Tesprit humain, qui lui a fait découvrir que la religion catholique seule présente un système religieux répondant à tous les besoins de l'homme. L'enthousiasme d'un troisième s'est enflammé parce qu'on ne trouve nulle part que dans la religion catholique le principe de tout ce qui •est beau dans l'art et dans la nature ^. Voici un économiste politique qui nous déclare qu'ayant fait une étude approfondie de celte science il a été forcé d'admettre que seule la morale du christianisme permet de découvrir les principes d'une politique honnête et qu'il s'est ainsi trouvé amené à adopter la foi catholique^. Tel autre ^nfin, en étudiant les terribles tragédies de la Révolution française, que d'aucuns considéraient comme le résultat et la preuve de la puissance démoralisatrice du catholi- <îisme, est devenu lui-même catholique et a depuis écrit -de savants ouvrages d'économie sociale ^ »

Mais, ajoute le conférencier, quelle que soit la variété <les chemins, ils conduisent tous à la même issue, c'està-dire à l'acceptation de la vivante autorité d'une Église enseignante, instituée gardienne de la vérité religieuse, qui fait d'un homme un catholique.

La moitié environ des conférences est consacrée à l'exposition du principe d'autorité. Wiseman conteste que,

Page 1