‹ Le cardinal WisemanChapitre 64 sur 106 · Juillet · texte numérisé non relu

Juillet

2. Le D' Turton, doyen de Peterborough et professeur de théologie à Cambridge, publia on 1837 un livre intitulé The Roman Catholic Doctrine of the Eucliarist considered. La controverse en elle-même appartient entièrement à une phase de discussion théologique sans importance actuelle, et il serait hors de propos de la retracer ici. Mais le jugement du D' Turton sur les procédés dialec tiques de Wiseman, jugement reproduit par le British CritiCy mérite d'être retenu : « Laplausibilité, écrit-il, est le trait caractéristique des travaux du savant auteur. A première vue, ils présentent un poli, — un vernis, — qui ne peut guère manquer de charmer quiconque se contente dune étude superficielle... Sans la moindre intention de déprécier les Lectures ni leur auteur, je ne pnis m'empécher de constater ici que je n'ai jamais rencontré ailleurs une œuvre aussi abondante en ingénieuses interprétations de

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pas moins un témoignage de Timportance des conférences et un mémorial de la situation critique où se trouvait, à son jugement, la masse des ministres de rÉglise anglicane.

Cependant les catholiques anglais étaient stupéfaits de voir leur foi tout à coup traitée avec un respect auquel depuis bien longtemps ils n'étaient plus accoutumés. Et Ton constata bientôt que ce n'était pas là un mouvement éphémère de Topinion. La presse anglaise s'empara des Lectures^ les examina et les réfuta longue-

textes en dehors de leur contexte, en habiletés herméneutiques de toutes sortes... L'auteur est subtil, mais non profond; il est habile, non circonspect ; savant à la mainière d'un controversiste et non d'un érudit. 11 m'aurait été infiniment agréable de signaler dans tout l'ensemble de ses Lectures un seul exemple de science véritablement digne de ce nom ; mais je regrette que l'auteur ne m'ait pas fourni l'occasion de lui faire ce compliment. »

Une lettre de Wiseman au D"" Husenbeth, ayant trait tout d'abord aux critiques de cet écrivain à propos des Lectw'^s sur l'Église, a sa place marquée ici :

« Je vous suis très obligé de vos aperçus sur mes Lectures. Elles s'adressaient à un auditoire de tout point respectable et en toute apparence capable de les comprendre ; voilà pourquoi je n'ai pas jugé nécessaire de prendre un ton aussi simple que je l'eusse fait ailleurs. Mais, en même temps, l'auditoire renfermait un nombre relativement considérable de pauvres qui ne suivaient que de très loin mes discours, sans cependant trop de fatigue. Une traduction allemande est sous presse à Augsbourg ; une autre est projetée, mais j'imagine qu'elle n'aboutira pas. J'ai lu les attaques de Turton contre mon Eucharistie. C'est là une critique injuste et exagérée. Plusieurs de mes amis estiment nécessaire que je lui réponde; et, par déférence à leur avis, je vais me départir de ma résolution d'éviter toute controverse et écrire une réplique. C'est chose facile à ne considérer que la force de ses attaques, mais bien difficile si l'on tient compte de leur longueur. Il consacre trois ou quatre pages à critiquer une des miennes ; si j'adopte cette proportion, ma réponse n'en finira pas, et ni mon temps ni mon argent n'y suffiront. Les catholiques anglais n'ont pas encore un. public de lecteurs assez nombreux pour rémunérer un auteur. >

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ment. « L'effet de ces discussions aurait pu n'être que temporaire, écrit M. White, si leur publication n'eût attiré sur elles l'attention toute particulière de la presse protestante. » Des hommes considérables et distingués furent reçus dans l'Église romaine, et parmi eux le célèbre architecte Auguste Pugin. Les journaux quotidiens commencèrent à signaler les démarches et les actes de Wiseman... M. Coates ne tarda pas à lui demander, en mai 1836, un article sur l'Eglise catholique pour la Penny Cyclopœdia. Cela semble chose de peu d'importance de nos jours, mais c'était tout simplement renversant pour les Papistes anglais de 1836. Quelques vieux prêtres de l'ancienne mode secouaient la tête et se défiaient de résultats si nouveaux et d'idées si entreprenantes. Mais les autres reprenaient courage et en étaient reconnaissants envers leur nouveau porteparole. Les catholiques de Londres ouvrirent une souscription pour offrir à Wiseman, en souvenir de leur gratitude, une riche médaille d'or frappée à son effigie, d'après un buste de M. Scipion Clint; au revers se trouvait avec les dessins emblématiques de quelquesunes des conférences cette inscription :

Nicholao Wiseman, avila religione forti siiamque eloquio vindicata, Catholioi Londinenses MDCCCXXXVL

Une occasion se présenta au cours même des Lectures de fortifier l'impression qu elles produisaient.Un M. John Poynder publia contre l'Église romaine une de ces attaques qui sont tout profit pour ceux qui les subissent. Elle était intitulée le Papisme allié du paganisme, et l'auteur y déclarait sans ambages que les papistes

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étaient des idolâtres, et le cérémonial catholique une reproduction des anciens rites païens de Fépoque classique. Wiseman y répondit dans une série de lettres à Tauteur. 11 se gagna la sympathie d'un grand nombre de ses lecteurs en signalant dès le début que l'appel de M. Poynder était avant tout calculé pour réveiller les passions religieuses assoupies, u Avec un saint zèle, écrivait-il, vous brandissez une torche depuis longtemps éteinte, dans l'intention de raviver la flamme du bigotisme et du fanatisme d'un parti, et d'exciter par là l'amère indignation et d'outrager les sentiments d'un autre ; comme l'étoile embrasée de l'Apocalypse, ce brandon de discorde est capable de dessécher la belle et sainte source des relations sociales et de l'amitié, où des hommes de toute opinion étaient depuis si longtemps venus se désaltérer ensemble. »

Puis il relève une à une les erreurs de fait renfermées dans le livre de M. Poynder. Celui-ci avait, pour Tédification des Anglais, rapporté différentes pratiques en usage parmi les catholiques italiens; Wiseman, avec toute l'autorité d'un homme qui a passé sa vie en Italie, démontre que ce sont là de pures illusions d'un touriste en voyage, toujours aux aguets de la superstition papiste. M. Poynder avait vu dans un tableau, représentant saint Pierre et saint Paul, l'ange de la vengeance chassant les Huns d'Attila; la confession, prétendait-il, possède, au regard aveugle des papistes, une efficacité préalable au péché qu'on est sur le point de commettre ; l'eau bénite purifie du crime d'homicide ; le salut adressé par les paysans à une croix ou à une sainte image se transforme en une prostration, etc. Wiseman relève et corrige toutes ces inventions, et bien d'autres encore.

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Après avoir ainsi sévèrement critiqué et l'esprit du livre et la sûreté des informations de l'auteur, qui forment la base d'une attaque contre un grand nombre de ses compatriotes, le D' Wiseman s'empare du reste de vérité que renferme le livre et démontre que la vraie signification en a été simplement présentée sous un faux jour. Là, ses observations présentent un intérêt beaucoup plus général. 11 fait remarquer que le sentiment religieux, comme tout autre sentiment, peut naturellement se manifester de la même manière en différentes personnes ou en différentes nations n'ayant entre elles aucune relation ; de même par exemple que rire, s'embrasser, se prosterner sont des façons naturelles d'exprimer certains sentiments, de même telles cérémonies de la religion païenne sont en elles-mêmes assez expressives pour traduire naturellement à la fois les sentiments des chrétiens et ceux des païens. L'Eglise d'Angleterre, à ce point de vue, est tout aussi coupable que l'Eglise de Rome. Le surplis, l'usage du baptême, l'anneau de mariage ont tous leurs correspondants dans le culte païen. En outre, cette malveillante critique des usages étrangers adoptés par la liturgie chrétienne méconnaît l'étendue de la Providence et la largeur de la véritable Eglise. L'Église n'est pas l'exclusive dépositaire de la vérité religieuse ; elle ne tient pas directement du ciel, par voie d'inspiration, tout ce qu'elle enseigne ; mais elle recueille les vérités éparses que la Providence a conservées dans l'humanité, et elle les purifie. Si c'est la condamnation de la liturgie catholique que de présenter avec les cultes non chrétiens certaines affinités de rites et même des exemples de dérivation directe, alors il faut dire que du même coup le christianisme tombe tout

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.entier, car il s'est assimilé dès l'origine, non seulement •des rites, mais aussi des traditions et des doctrines -recueillies de toutes parts :

« N'avez-vous donc jamais réfléchi, écrivait Wiseman k M. Poynder, comment votre argument pourrait se retourner aussi bien contre les doctrines que contre les rites ? et pourtant telle est bien votre façon de raisonner. iEUe attaque non seulement les doctrines catholiques, ^ mais la foi chrétienne tout entière. Eh quoi, ne vous rendez-vous donc pas compte que c'est là précisément la ligne d'attaque des ennemis du christianisme? La doctrine de la Trinité n'est-elle pas clairement indiquée dans la célèbre lettre de Platon à Denys, citée par Eusèbe ? N'en trouve-t-on pas l'esquisse dans les œuvres de Plotin et des philosophes de son école, dans rOupnekhat .et les Védas, comme dans les écrits philosophiques de Lao-Tseu ? Et Dupuis, dans son Origine de tous les eultes^ n'en a-t-il pas conclu que ce dogme n'avait pu être révélé dans le christianisme, puisqu'il était si bien connu :auparavant et si universellement professé, et que saint Jean et les autres apôtres n'avaient fait que l'emprunter il la philosophie païenne. Les termes mêmes de la doctrine sur la Trinité, le Verbe aussi bien que le Père et l'Esprit, et leur procession l'un de l'autre, ne les a-t-il pas découverts, ainsi que d'autres savants, dans cette école d'Orient ? Volney n'a-t-il pas établi un parallèle entre le Christ, soQ nom et son caractère, et le Chrishna Indou? Et ces parallèles ne sont-ils pas autrement frappants que ceux que vous avez établis entre nos cérémonies et celles de l'ancienne Rome et de l'Inde? L'idée de l'Incarnation et de la Rédemption par le'passage de Dieu dans Ja chair ne se retrouve-t-elle pas fréquemment dans

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la mythologie de Tlnde et dans celle des autres religions orientales? Serait-il bien diffrcile de découvrir dans ces mêmes régions des analogies avec les doctrines chrétiennes de la justification, de la prédestination, de la grâce et de Texpiation. Et pourtant quelqu'un d'assez intelligent pour juger sainement des choses s'est-il jamais senti éloigné de la foi chrétienne par de semblables comparaisons ? Sans doute on n'en a pas encore fait l'expérience dans ce pays-ci, comme ailleurs. Mais les Ruines de Volney et l'Abrégé de Y Origine de Dupuis ont contribué puissamment à saper en France la religion parmi les faibles, et Ton pourrait facilement écrire en anglais un ouvrage de genre populaire comme le vôtre pour attaquer les vérités chrétiennes, en suivant précisément la manière que vous employez vous-même. »

Cet ordre d'idées et d'arguments développé par Wiseman avec une grande abondance d'exemples dans les lettres à M. Poynder « fit, dit M. Gladstone, une impression profonde sur l'esprit public, et me parut à moimême un chef-d'œuvre d'argumentation claire et irréfutable^ ».

L'esprit de zèle et d'entreprise suscité parmi les catholiques anglais par le succès de Wiseman à Londres trouva à se manifester plus entièrement par la fondation de la Dublin Review^ et, un peu plus tard, par la création d'un Institut catholique destiné à « venger » les catholiques « de calomnieuses diffamations » et à protéger

1. Je dois ajouter que je suis redevable de la connaissance de cette controverse et de ses résultats à M. Gladstone, un des rares survivants qui se souviennent des discussions théologiques de cette époque. J'ai retrouvé plus tard les lettres parmi les Essais réédités du cardinal Wiseman.

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« leurs coreligionnaires les plus pauvres et les plus incapables de se défendre contre l'oppression des droits de la conscience*». Peu après les conférences de décembre 1835, Wiseman reçut de Daniel O'Connell et de M. Quin des ouvertures au sujet de la fondation d'une revue catholique. Il y consentit, mais avec cette réserve que, vu la situation d'O'Connell à cette époque, «on écarterait de la revue les questions politiques brûlantes ». « Je me considérais, dit Wiseman à ce propos, comme l'associé des deux autres éditeurs, pour représenter les éléments théologiques et religieux du journal. »

11 avait donné, comme principaux motifs de son adhésion, « son vif intérêt pour le Mouvement d'Oxford et l'importance qu'il y avait à le suivre et à le discuter à fond dans la Revue ».

Mais, surtout, il souhaitait de continuer sur une plus large échelle l'œuvre inaugurée par ses conférences, en faisant ressortir, aussi bien aux regards d'un siècle tourmenté qu'à ceux des catholiques, « le génie du christianisme » sous sa forme catholique. On a déjà vu plus haut quelques-unes des raisons qui refroidissaient l'enthousiasme chez ses coreligionnaires. Leur organe, le Catholic Magazine, reflétait quelque peu leur tendance à rougir des dévotions caractéristiques de leur religion et à se tenir en garde contre une trop cordiale fidélité au Saint-Siège. A l'heure même où le monde recommençait à témoigner à la Papauté son admiration et son respect et à reconnaître la beauté des anciennes pratiques religieuses, les papistes anglais en étaient venus à se relâcher de leur dévouement à Rome, à perdre l'orgueil de

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