‹ Le cardinal WisemanChapitre 67 sur 106 · UN TÉMOIGNAGE DE GRATITUDE · texte numérisé non relu

UN TÉMOIGNAGE DE GRATITUDE

A. M. D. G. — Mémorandum intime

« Pour le plus grand honneur et la plus grande gloire de. Dieu et de la Bienheureuse Vierge, pour ma propre consolation et, s'il plaît à Dieu, pour l'encouragement et le réconfort d'autrui, je crois devoir noter ici ce qui m'est arrivé dans la nuit du dimanche 31 mai 1840. Je

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m'étais entretenu avec le saint missionnaire, P. Raymondo, de ce qui me concernait et du genre de confession que j'aurais à faire, au cours de ma retraite dans cette religieuse maison de Saint-Jean-et-Saint-Paul, appartenant à l'Ordre édifiant des Passionistes, où j'étais venu me préparer à recevoir la consécration épiscopale, dont je me sens si indigne. Mon intention en entrant dans la maison avait été de faire une confession générale de toute ma vie pour mettre un terme aux inquiétudes qui de temps à autre me troublaient si cruellement. . . Après m'en être expliqué en toute simplicité et confiance au prêtre que j'avais choisi pour confesseur, le P. Raymondo, celui-ci fut d'avis qu'une confession aussi générale n'était pas utile et qu'il me suffirait de faire le lendemain matin une confession remontant simplement à ma dernière confession générale, il y avait deux ans et demi. Sur cette décision, je le quittai et me rendis au jardin ; mais là je me sentis tout d'un coup agité de craintes, mon esprit eut à combattre des milliers de difficultés, de doutes, d'inquiétudes qui me laissèrent dans un état d'angoisse et d'épouvante. Je suppliai le Seigneur de venir à mon aide, m'offrant à faire tout^ee qui pourrait lui plaire afin de recouvrer la paix de mon âme, sentant bien qu'un tel état, s'il continuait, suffirait à me mettre hors de moi-même. Un peu réconforté, je recherchai de la compagnie et y trouvai encore plus de soulagement. Cependant, j'eus toujours l'esprit troublé et mal à l'aise jusqu'au soir, et quand je me retirai dans ma chambre, mes inquiétudes grandirent encore, si bien qu'à la fin, fatigué et accablé, je me mis au lit. Je m'éveillai à quatre heures au son de la cloche qui sonnait le lever des religieux, et me sentant un peu de

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froid, je ramenai sur moi la légère couverture que j'avais retirée avant de me coucher, mais tout d'un coap je fus repris de mes effrayantes inquiétudes ; je me sentis accablé d'angoisses et de tribulations qui m'entraînaient au désespoir. Je pensai avec terreur à Facte que j'avais à accomplir ce matin même; il me semblait impossible de m'en bien acquitter et tout ce que j'avais fait jusqu'alors me paraissait marqué du sceau de la réprobation. Mon corps ruisselait de sueur ; une fièvre si brûlante s'était emparée de moi que je me vis obligé de repousser encore une fois la couverture. Je nie retournais tantôt d'un côté tantôt de l'autre, me serrant et me tordant les mains, appelant Dieu à mon secours, jusqu'à ce que, incapable de soutenir la lutte plus loûj|^ temps, j'adressai un pressant appel à la bienh^itréfiise Mère de Dieu, lui disant avec une grande ferveur : « Je ne vous ai jamais invoquée en vain ; exaîicez-moi encore à présent ; mettez fin à cette épreuve. Répandez Vhuiïe de votre pitié sur ces flots agités et calmez leur fureur. J'ignore si je m'assoupis en prononçant ces paroles, mais je sais bien qu'avec la netteté d'un rêve éveillé, il me sembla me voir environné de vagues en furie et apercevoir au loin dans le ciel enlr'ouvert la Sainte Vierge dans une grande gloire, un vase à la main et répandant de l'huile sur la mer ; et le calme se fît sur la surface des flots, jusqu'à ce qu'il parvînt jusqu'à moi et m'entourât de toutes parts... Que cela se soit passé pendant le sommeil, je le reconnais sans peine, bien que j'en aie gardé une vive impression, car cette apparition n'avait pas la netteté d'une vision, et jamais je ne me serais cru un instant digne d'une telle faveur. Mais j'étais certainement bien éveillé un instant après, dans

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HR état de calme délicieux, semblable à la douce lan- ;^eur que j'avais parfois ressentie après avoir pris un calmant. Tous mes doutes et mes inquiétudes s'étaient évanouis, j'avais Fesprit heureux et reposé. Je remerciai Dieu et sa sainte Mère de ce que je pouvais considérer comme une intervention immédiate de leur miséricorde en ma faveur^ et retombant dans un doux sommeil, je m'éveillai complètement reposé et prêt à faire ma confession. Je m'étais pourtant réveillé une fois ou deux et mes doutes avaient essayé de se raviver, mais le souvenir de ce que j'avais vu les dissipa de nouveau. Quand je v!s le P. Raymondo, sonjugement était complètement fixé sur ce qui me concernait ; il me dit qu'il avait dit la messe pour moi et que Dieu lui avait donné l'assurance ^e je pouvais être tranquille. C'est la troisième ou |>eut-être la quatrième fois que j'ai été ainsi instantanément exaucé ^près un fervent recours à Marie. J'ai donc certainement tous les motifs d'avoir confiance en sa protection et 4'i^pérer en elle en toutes choses. Sit nomen Domini henêdictum^ ex hoc nunc et usque in seculum.

« N. WlSEMAN.

* Saint-Jean-et-Saint-Paul, 1" juia 1840. »

Ce fut le cardinal Franzoni qui accomplit les riles de la consécration, le 8 juin, dans la chapelle du Collège anglais. La mère du nouvel évéque était présente à la cérémonie. Le lendemain, Wiseman remplit les fonctions épiscopales pour la première fois en ordonnant deux prêtres pour la mission d'Angleterre, quelques diacres et sous-diacres, et en donnant la confirmai ion, à «ne nouvelle convertie dont il avait naguère reçu l'ai )j(;-

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ration ; c'était la veuve d'un chargé d'affaires de Belgique.

Déjà nous avons entrevu ses aspirations et ses espérances à la pensée de son prochain retour en Angleterre. Mais il fut pénible à son cœur de quitter Rome, le théâtre de ses premiers rêves, dont les souvenirs se trouvaient si intimement mêlés aux impressions poétiques de sa jeunesse. « Je quittai Rome le 1*'' août, lisons-nous dans le journal qu'il a tenu de cette époque, après avoir passé près de vingt-deux années heureuses dans cette cité et dans ce Collège. » Il confie à son journal sa peine de quitter sa famille, ses amis, ses collègues, tant de lieux consacrés et surtout le Collège, cet Aima Mater de la piété et de la science, le berceau et Tasile des arts libéraux, d'où il a tiré tous les biens qu'il possède. « Daigne le Seigneur, dit-il, recueillir dans son sein la douleur avec laquelle j'ai dit adieu à tant de saintes joies dont le souvenir ne sera jamais arraché de mon esprit et de mon cœur. Le Seigneur me les avait données ; le Seigneur me les a ôtées ; que le nom du Seigneur soit béni ! »

Recueillant ses souvenirs en 1857, il se rappelle son dernier regard sur Rome et les pieux sentiments qu'il éprouvait alors et qui jusqu'à la fin de sa vie remontaient à son cœur avec toute leur première vivacité.

« Ce fut, dit-il, une triste soirée que celle où, après vingt-deux années de résidence à Rôk»; aux vieilles pierres de laquelle mes affections s*ëtâi^t attachées comme la mousse qui les recouvre, il me fallut briser ce lien à la fois si fragile et si fqrt ; et désormais mes heures les plus heureuses seront assombries par les mélancoliques souvenirs du passé.

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Cum subit illius tristissimœ mortis imago, Quœ mihi supremum tempus in urbe fuit,

Cum repeto noctem qua tôt mihi cara reliqui, Labitur ex ocuUs riunc quoque gutta meis '.

Il arriva à Londres, le 5 septembre, après un long voyage par Venise, F Allemagne et la Belgique. Son esprit semble avoir été pénétré alors des pensées qui depuis trois cents ans étaient presque toujours inséparables du départ d'un missionnaire de Rome pour l'Angleterre. C'est un voyage que bien des catholiques anglais n'avaient entrepris qu'avec la perspective du martyre pour la foi, depuis le jour lointain où le cardinal Allen, secouant la poussière de ses pieds sur le sol de l'Angleterre, était venu achever sa vie dans la Ville Eternelle. C'était pour une mission pareille à la sienne qu'Edmond Campion avait quitté le Collegio Inglese^ei qu'il avait scellé de son sang par un glorieux martyre son admirable apostolat. On retrouve dans les notes de Wiseman cette idée qui s'empara si vivement de son âme pendant ses visites des catacombes et des basiliques, que la religion ne se répandait que parmi les souffrances et les persécutions. Dès son arrivée à Londres, il écrit: « Salut, terre qui m'est chère d'un saint amour '... Vous êtes pour moi la vigne du Seigneur!... Soyez les bienvenus, travaux, persécutions, censures et mépris ! . .. O Seigneur, apprenez-moi ce que valent les âmes et le néant de tout ce que je possède en comparaison d'une seule âme ! Bénissez, ô Seigneur, mon entrée itans la terre de mes désirs '^ ! »

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