‹ Le cardinal WisemanChapitre 68 sur 106 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

PRËSIDENGE D'OSCOTT

Sommaire. — Réception de WUeman à Oscott. — Appréciation de l'Univei's sur sa mission en Angleterre. — Son désir de faire d'Oscott un centre de ralliement au catholicisme. — Jugement de Lord Acton et du chanoine Smith sur sa personne. — Visites à Oscott d'O'Connell, du duc de Bordeaux et de M. Gladstone. — Pugin et Wiseman. -- Attrait de la liturgie pour le président d'Oscott.

Le mercredi 16 septembre 1840, M*"" Wiseman arriva . à Oscott ; les élèves du collège attendaient à l'entrée de ; Favenue leur nouveau président et traînèrent sa voiture jusqu'au collège. L'un d'eux, le D"" Knight, mort évêque de Shrewsbury, se souvenait d'avoir alors fixé son regard sur le visage si plein de bonté et les épais sourcils de Wiseman, en se demandant avec une naïve anxiété ce qu'il fallait en attendre pour le collège. Le nouveau supérieur fut accueilli avec un cérémonial bien conforme à ses goûts et à son éducation toute romaine. Les professeurs, ayant à leur tète son vieil ami le P. Ignace Spencer, le reçurent à la porte, suivant une coutume du moyen âge, revêtus de la soutane et du surplis, et le conduisirent processionnellement à la chapelle, en chantant l'antienne toujours usitée dans l'Eglise en l'honneur d'un évoque : Ecce sacerdos^ qui in

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diebus suisplacuit Beo, Un solennel compliment lui fui adressé, auquel il répondit, avant qu'on en vînt aux salutations ordinaires en usage de nos jours. Wiseman était alors à Tapogée de sa grande réputation sur le continent. « La science universelle de l'illustre angloromain, disait de lui un écrivain de V Univers un peu avant sa consécration, a fixé sur lui les regards de TEurope. 11 va bientôt prendre sa place parmi les nouveaux Augustins envoyés par un nouveau Grégoire pour conquérir une seconde fois l'Angleterre. »

Dès le principe, il s'était rendu compte de l'œuvre personnelle qu'il aurait à accomplir à Oscott. Son attention se porta tout d'abord sur la crise particulière que traversait le Mouvement d'Oxford et la nouvelle attitude des tractariens à l'égard de Rome. Les avances que leur avait faites le P. Spencer avaient amené un rapprochement entre eux et quelques autres catholiques anglais. Pugin et M. Lisle Philipps étaient entrés en relations avec des partisans de Newman, tels que Frédéric Oakeley, W.-G. Ward et J.-R. Bloxam^; et, d'après leurs récits, il était évident que si Newman avait manifesté des doutes, ses disciples en montraient bien davantage. Le Tract n** 90 fut publié en février 1841, quelques mois après l'arrivée de Wiseman, et les événements qui suivirent confirmèrent, et au delà, la justesse de leurs prévisions. En conséquence, peu de temps après son installation à Oscott, on arrêta un plan d'action conçu avec cette largeur d'idée qui allait si bien à sa nature. Oscott deviendrait le centre d'où l'on dirigerait vers

1. Alors agrégé de Magdalen Collège, et plus tard Vicar dX'pper Beeding.

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PRÉSIDENCE d'oSCOTT H7

Rome le mouvement catholique qui s'accentuait daiis rÉglise établie. Le collège serait le théâtre des pourparlers entre les ambassadeurs des deux partis. Pour les Anglais sur lesquels agis^it le souffle catholique de l'époque, Oscott serait comme « un phare » reflétant la lumière « de la Rome bien-aimée ».

La plupart des professeurs d'Oscott étaient absorbés par la besogne routinière du collège, et dès le principe ils montrèrent peu d'enthousiasme pour ce qu'ils appelaient les projets aventureux de Wiseman. Parler de la conversion d'un parti ihiluent parmi les anglicans comme d'une espérance fondée, ou comme d'un point d'appui pour l'action à exercer, leur seniblait absolument chimérique ; et cette opposition fut très pénible à la nature impressionnable de Wiseman. Mais le P. Ignace Spencer était là, encourageant avec ardeur ses projets, et Pugia, dans ses fréquentes visites à Oscott, apportait, lui aussi, un supplément d'enthousiasme aussi vif qoe^ formidable dans sa complète originalité. Ces deux hommes donnaient aux rêves pleins d'espoir de Wiseman l'appui d'une piété et d'un génie que tous s'accordaient à reconnaître. Et puis, peut-être à un moindre degré, il pouvait compter sur le sympathique concours de son vice-président, le D*" Logan, ancien étudiant converti de Cambridge. George Errington vint un peu plus tard à Oscott; mais il se préoccupait plus des réformes à introduire chez les catholiques anglais que des projets plus vastes de Wiseman. D'ailleurs, Fétat-major d'Oscott ne reçut que quelques années plus tard le renfort des convertis du parti tractarien lui-même.

Dans son Memoranlum de 1847, auquel nous avons déjà fait allusion plus haut, Wiseman parle comme il

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i^uii de son espoir inébranlable que ne devait pas éteindre le découragement de ses collègues:

« C'était là, sans compter ma confiance en Celui dont j'étais Tindigne serviteur et en Celle dont jamais le patronage ne me fit défaut, c'était là une pensée qui me soutenait et qui m'encourageait depuis que se leva dans mon âme la première aube de Fespérance, à partir de la visite que je reçus de Newman et de Froude. Jamais, non, jamais un instant, je n'ai hésité dans ma conviction qu'une ère nouvelle avait commencé en Angleterre... Et c'est à la réalisation de cette grande espérance dont l'Angleterre était l'objet que je m'étais consacré. Si chétifs et si indignes que pussent être mes efforts, je les avais offerts pour cette seule fin ; c'est pour atteindre cet unique but que j'ai abandonné les études chères aux années de ma jeunesse. Parmi les dispositions providentielles qui paraissaient favorables et même nécessaires à ce dessein, je comptais l'institution de ce noble collège au cœur même de l'Angleterre. Souvent à mes heures les plus sombres, alors que me sentant seul à nourrir ces espoirs, je me promenais le long de ses murs et que je jetais mes regards sur lui, je me disais à moi-même : « Non, ce n'est pas pour élever « quelques enfants que ce collège a été créé, mais pour «. devenir le point de ralliement du mouvement vers « l'Eglise catholique encore silencieux, mais déjà comr « mencé et qui peut s'accentuer. » Et je me sentais rassuré comme si cette parole eût été la parole d'un prophète. » Nous verrons bientôt comment les circonstances et l'entourage permirent à Wiseman de réaliser une partie de son rêve. Mais auparavant, arrêtons un instant notre attention sur l'homme, tel qu'il apparut

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PRÉSIDENCE D OSCOTT 360

aux jours de sa présidence à ceux qui vivaient alors à Oscott. Lord Aclon rappelle ainsi ses souvenirs :

<( Je fus à Oscott de 1843 à la fin de 1848 et j'y suivis la série complète des classes du commencement à la fin.

« Tous nous eussions déclaré que nos impressions du D"" Wiseman étaient agréables. Nous étions fiers de lui ; nous ne le craignions point ; il se montrait accessible et aimable, ami modéré de la discipline; je Tai entendu se vanter de n'avoir jamais donné une punition. Nous nous rendions compte qu'il était un homme remarquable, célèbre même, et qu'il avait le beau rôle dans la controverse d'Oxford. Les convertis venaient souvent au milieu de nous. Lui, il semblait exhiber leurs chevelures en trophées de sa victoire.

« Aucun de mes amis personnels ne survit, mais je suis sûr que Lord Dormer, l'archevêque Stonor, Févêque Bagshawe, le P. Eyre, l'évêque Knight, seraient de mon avis. Le corps des professeurs et des surveillants était assez hétérogène. L'élément romain y était représenté principalement par Erringlon, on y voyait un ou deux anciens convertis (dont la conversion n'avait rien à voir avec le Tract 90), tels que Spencer et Logan ; quelques ecclésiastiques du clergé local (Midland): Morgan, Brown, Bagnall, Green; quelques-uns des tractariens d'alors : Renouf, Bernard Smith, et en particulier J. B. Morris, et aussi quelques Irlandais ou prétendus Irlandais, comme l'historien Flanagan.

« Je ne pense pas que le Président ait réussi à mettre de la cohésion parmi eux, qu'il les ait animés de son esprit, ni qu'il leur ait donné une direction bien déterminée. Il pensait à d'autres choses, portant ses vues haut et loin... et ces autres choses étaient précisément

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celles qui allaient le mieux à son caractère. Nous étions habitués à le voir avec Lord Shrewsbury, O'Connell, le P. Mathew, un certain patriarche mésopolamien, Newman et Pugin, et nous avions comme le sentiment qu'Oscott, après Pékin, était un des centres du monde. Je pense que cela stimulait, encourageait et donnait du prestige à son autorité. »

M. Bernard Smith, qui figure sous les initiales de B. S. dans VApologia de Newman ^ et qui vécut àOscott de 1842 à 18 i7, a eu Famabilité de nous confier ses souvenirs dans un entretien qui nous a fourni cette note :

Si En qualité d'agrégé de Magdaleu Collège, dit-il, j'ai connu Routh et plusieurs des célébrités d'Oxford, y compris Newman, Pusey et Keble. Mais, à l'exception de Newman dont le génie était si |différent, je n'ai jamais rencontré personne qui m'ait fait autant l'impression d'un grand homme ({\xe le D"" Wiseman, homme de grands talents, de vastes desseins et vraiment d'un grand cœur. 11 était toutefois dans la force du terme plutôt un grand évêque qu'un grand président de collège. Sa distinction donnait du prestige à Oscott et y attirait beaucoup de personnages éminents ; mais les minutiœ de la discipline et la routine d'un collège ne l'intéressaient guère. 11 les abandonnait à d'autres. Je me rappelle son étonnement un jour que je l'entretenais de certains procédés employés par un de nos professeurs (le D"" Logan) dans sa manière d'enseigner, et dont la plupart des présidents eussent été informés. Une autrefois que je lui parlais du renvoi proposé d'un serviteur, mesure à mes yeux provenant d'un pur malentendu, il me répondit vivement :

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