‹ Le cardinal WisemanChapitre 69 sur 106 · Aujourd'hui le chanoine Smith de Great Marlow · texte numérisé non relu

Aujourd'hui le chanoine Smith de Great Marlow

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« Je ne puis intervenir, cela regarda Téconome. » C'était son habitude de laisser ainsi à chacun la responsabilité de sa fonction. Mais cornma évêque, constamment occupé à visiter les diverses parties de son diocèse, à donner des retraites au clergé, à exciter le zèle de ses prêtres et à relever leur niveau, et surtout comme centre du mouvement catholique, il fut une précieuse acquisition pour l'Église d'Angleterre. Son influence personnelle et directe était très vaste. Il se trouvait non seulement en relations fréquentes avec les chefs du Mouvement d'Oxford, mais en contact avec le monde plus qu'aucun autre catholique anglais de cette époque. Il était souvent hors du collège, en visite dans de grandes familles catholiques et protestantes. Sa présence à Oscott, ainsi que celles du P. Spencer et de M. Heneage, ancien diplomate entré dans les Ordres, y attirait de temps en temps des hommes du monde distingués. Cest ainsi que nous reçûmes les visites de M. Gladstone, de Lord Lyttelton, du duc de BjrJeaux, d'O'Connell, de Lord Spencer, de M. Monckton Milnes (plus tard Lord Houghton) et de plusieurs autres.

« Il fallait la société pour mettre en valeur les dons du D"" Wiseman ; mais une fois qu'il était lancé, sa conversation devenait des plus intéressantes et des plus piquantes. En particulier, son entretien n'était pas toujours intéressant, bien qu'on trouvât en lui un directeur spirituel bon et sage. Mais à dîner, dans la salle à manger des professeurs, sa conversation devenait très brillante. C'est là qu'il racontait ces innombrables anecdotes de sa vie à Rome dont plusieurs ont trouvé place depuis dans les Souvenirs sur les quatre derniers Papes. Il parlait volontiers art et liturgie, deux sujets qu'il

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possédait à fond, et abordait également les questions touchant à la politique du jour et» au Mouvement d'Oxford. Volontiers aussi il racontait mainte anecdote de ses voyages et devant lui on se sentait constamment en présence d'un homme très cosmopolite. A son retour à Oscott, en 1844, après son voyage en Espagne qu'il n'avait pas revue depuis son enfance, je me souviens qu'il nous dit, en se mettant à table : « Je sais maintenant que l'Italie est le plus beau pays de l'Europe. »

« Il possédait un fonds de joyeuse humeur, et je me rappelle comment cette gaieté se manifesta lors de la visite d'O'Connell à Oscott. L'élément celtique de son tempérament prit le dessus en cette occasion où, se promenant bras dessus bras dessous avec O'Connell autour du collège, ils se racontaient de bonnes histoires et riaient de tout cœur.

<( Il avait des projets et des idées grandioses et ne regardait jamais à la dépense. Il détestait s'occuper de questions d'argent. Jamais je ne l'ai vu payer même une voiture en revenant de la gare : son secrétaire ou l'économe du collège y pourvoyaient, mais ce détail semblait trop vulgaire pour qu'il s'en occupât lui-même. Un jour il s'était promené avec Hardman toute une matinée dans l'Église de Saint-Chad, Hardman proposant des agrandissements ou des modifications et Wiseman acquiesçant et suggérant des projets encore plus considérables. Avant de se séparer, Hardman proposa d'envoyer un devis, et Wiseman manifesta le plus grand étonnement : « Je pensais, lui dit-il, que vous aviez l'intention de tout faire à vos frais. » Une fois qu'il se fut lié d'amitié avec Pugin, il lui donna carte blanche dans une large mesure. 11 semblait toujours croire que l'ar-

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genl nécessaire viendrait bien d'une façon ou d'une autre. Il en résulta de grands embarras financiers pour le collège, et ce fut un des sujets qui lui attira les critiques des professeurs.

« Plusieurs des élèves et des théologiens • l'avaient pour directeur spirituel, et toujours il se montra pour eux en cette qualité d'une bonté et d'une tendresse qui ne se démentaient jamais.

« IJ aimait aussi à se trouver avec les enfants pendant les récréations. Dès qu'il apparaissait dans la cour, ils s'élançaient à sa rencontre, et lui, debout, les mains dans les poches, leur racontait des histoires et suivait les jeux avec le plus vif intérêt. Il perdait alors la légère solennité d'attitude qui lui était habituelle et semblait redevenir enfant dans la société de ces enfants. »

Un critique très autorisé, bien que plutôt défavorable, nous a laissé un autre témoignage de ses aimables et joyeuses relations avec les enfants. « C'était un ami des enfants, écrivait de lui M. Oxenham, et on dit qu'il ne paraissait jamais mieux à son avantage qu'en leur compagnie. Quelqu'un qui l'a bien connu, mais qui n'éprouvait pour lui aucune sympathie, se plaisait cependant à reconnaître que lorsqu'il priait, ou qu'il contait ou écoutait une histoire, sa physionomie d'ordinaire peu avenante prenait une nouvelle expression. Certaines personnes, dit-on, ne rient que des yeux, d'autres, ce qui est pire, ne rient que des lèvres. Mais la gaîté du Cardinal se reflétait sur tout son visage. »

« Ses retraites spirituelles aux enfants, continue M. Smith, étaient fort belles et faisaient grande impression. Il était très touchant aussi près du lit des malades. Un jour, un intendant du collège tomba tout à coup

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mourant en parlant à un des professeurs. On appela le D*" Wiseman, et son calme recueilli, son ardente piété, tandis qu'il aidait le moribond à se confesser et à prier, sont de ces choses qu'on n'oublie plus quand on en a été témoin. Il se montrait généreux et bon pour les personnes en détresse. Mais parfois sa bonté d'âme l'égarait ; ayant un jour trouvé un vag-abond qui semblait mort de faim, il le fit transporter au collège et mettre dans un lit. Cet homme ne le paya pas de la gratitude qu'il pouvait en attendre.

« Il était excessivement sensible et timide. Un jour que je m'étais mis en opposition avec lui pour une affaire, il me fit appeler. Son embarras était si grand, quand je parus, qu'il s'assit en silence et resta bien trois ou quatre minute» avant de pouvoir aborder le sujet. Il possédait le don d'attirer à lui, et bien des larmes coulèrent quand il quitta le collège. Beaucoup ne voulaient plus rester après son départ. On le trouvait quelquefois impérieux pour exiger l'obéissance de ses prêtres; mais dans l'épreuve, il se montrait toujours pour eux un véritable ami. Pour aider ceux qui venaient le consulter sur leurs difficultés contre la foi, il comptait rarement beaucoup sur les arguments qu'il faisait valoir, mais généralement il recommandait une retraite ou conseillait de consulter quelque saint homme.

« A Oscott, il se levait à six heures, venait régulièrement à la méditation à six heures et demie et passait toute la matinée dans sa chambre à écrire des lettres, ses mandements ou des articles. Il faisait des cours aux théologiens à des jours déterminés, et ces conférences, données avec une grande facilité, étaient très goûtées. »

A Oscott, comme auparavant à Rome, une telle variété

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d'aptitudes et de goûts était bien de nature à déconcerter ceux qui ne comprenaient pas la richesse de ce tempérament celtique. Nous retrouvons cette impression dans les. souvenirs de Lord Acton sur le cardinal Wiseman. « Ce qui me frappait le plus en lui, dit-il, c'était son extraordinaire facilité. Presque en toute occasion on le trouvait prêt à prendre la parole... Wiseman était un maître accompli en fait de cérémonies... De son temps la chapelle était splendidement ornée... Il installa une très vaste bibliothèque, œuvre de Marini ou de Garampi, je ne me souviens plus lequel, et fit venir un moine du Mont-Cassin qui colla sur les livres de petites étiquettes coloriées et peut-être les classa, mais jamais les livres n'en sortaient. La mort d'O'Connell étant arrivée pendant les travaux d'aménagement de la bibliothèque^ Wiseman aussitôt s'absorba cœur et àme dans la liturgie de la messe de Requiem pour son ami, à là grande impatience du savant moine qui s'écria de mauvaise humeur : Quare non ampîtus sinunt illum rnanere in purgatorio vanum hominem? Wiseman invita Gioberti* à Os30tt, continue Lord Acton, et après son départ^ il introduisit les rosminiens, principalement, je crois, des Français. En réalité, c'était un homme encyclopédique, et nous ne voyions pas clairement le but où il tendait. »

« Ce n'était point avec l'intention de mener une vie de retraite et d'étude que le D"" Wiseman était revenu en Angleterre, remarque Lord Houghton. 11 s'intéressait

1 . L'abbé Gioberti prit une part importante au mouvement unitaire de l'Italie, il en a été parlé dans un chapitre précédent. Antonio Rosmini, le fondateur de l'Ordre de la Charité, joua également un rôle dans ce mouvement. Voir ch. xvi.

volontiers aux affaires et aux questions de son temps. 11 ne bornait pas ses relations à la société de ses coreligionnaires, et avec le temps il serait arrivé à être considéré dans le monde à Tégal de tout autre littérateur distingué. On lui accordait volontiers une honorable préséance dans les maisons protestantes, et peu à peu s'établissait sa renommée d'écrivain. » Les circonstances cependant ne tardèrent pas à concentrer toute son activité sur les affaires ecclésiastiques.

Quand il arriva à Oscott, il trouva déjà en pleine activité la renaissance architecturale inaugurée par Augustin Welby Pugin et appelée par lui un grand mouvement catholique. Les liens étroits qui unirent Wiseman et Pugin dans les années suivantes rendent nécessaire ici une courte notice sur cet illustre architecte. On a vu plus haut que pour préserver les chapelles papistes de la destruction par la populace, il avait fallu se contenter des plus modestes constructions. Mais le temps était venu, pensait-on, de se départir de cette précaution, et, depuis trois ans, Pugin, converti comme on Ta vu au catholicisme, consacrait son talent à élever des églises, particulièrement dans le Midland, qui formait le district ou vicariat apostolique du D*" Walsh. Dc^jà il avait substitué aux ornements sacerdotaux de forme française, apportés de Douai par les prêtres anglais, des ornements gothiques légèrement modifiés. Le moyen âge possédait toute son âme. Son œuvre de restauration était déjà assez bien lancée en 1839, un an avant l'arrivée de Wiseman à Oscott. Ce fut cette année-là, en effet, qu'il arrêta définitivement son idéal de la forme qni convenait au cérémonial catholique, qu'il allait s'appliquer à restaurer. Le plain-chant serait employé à l'exclusion de toute musique

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profane ou d'accompagnement d'orchestre. Les prêtres se serviraient des ornements gothiques modifiés. On construirait les nouvelles églises sur le plan des meilleures églises paroissiales et cathédrales de l'Angleterre au moyen âge. Dans les premières années de sa carrière à Oscott, il n'avait pas encore adopté le chant grégorien à l'exclusion de la musique moderne ; mais le goût plus sévère de son ami Ambroise Philipps le lui imposa. « A quoi bon construire des églises catholiques, disait Pu gin, si elles ne doivent servir que de salles de violons. »

Un mot sur le caractère et la physionomie de cet homme extraordinaire qui contribua tant à donner a l'Oscott de Wiseman son cachet particulier. Quelqu'un qui le connut beaucoup le représente presque toujours vêtu d'un manteau de couleur foncée et d'un pantalon clair, les cheveux longs et droits, le regard plein de feu et de vivacité. « Mon cher Monsieur » était son apostrophe favorite au commencement et à la fin de ses phrases. Le même témoin dépeint encore sa manière de parler, brusque et rapide, son extrême animation apparente, dépourvue toutefois d'irritation. Il ne décolérait pas contre les hérétiques en architecture, mais c'était plutôt démonstration à grand tapage que réelle animosité intérieure. La violence de l'expression qui caractérisait ses entretiens, toutes les fois qu'il était question d'architecture, aurait facilement passé pour du comique voulu, et pourtant c'était le plus sérieusement du monde qu'il parlait. « Pugin était excessivemeijt amusant dans son genre, écrit J.-B. Mozley, après deux dîners avec lui à Oxford, en 1840, il ne parlait guère qu'architecture, cérémonies du culte, liturgie, antiquités de toutes sortes.

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Je n*ài jamais connu de causear pins animé et plus infaitgable. De six heures à onze heures, le samedi, sa langue fut en mouvement sans interruption, et quand il se retira, il n'était pas plus fatigué qu'en commençant; Un rien excite son indignation, surtout en architecture. « Un tel mériterait d'être pendu » pour avoir bâti un pareil clocher. 11 ne s'arrêtait jamais à des demi-mesures^ mais vous envoyait son monde à sa dernière destination, dès qu'il avait à s]en plaindre. Comme je disais que le doyen d'York devait subir la suspense: « Et de quelle façon, Monsieur? » fut la riposte, aussi prompte cpie l'éclair.

L'architecture gothique, disait Pugin à M. Mozley, il faudrait la faire revivre partout où s'étend le christianisme. La musique d'opéra dans une église était une profanation. Lors de la consécration de l'église de Derby, il insista pour que le chant grégorien ne fût accompagné que de l'orgue, mais « quel ne fut pas son dégoût lorsque la veille au soir, il vit un homme se diriger vers la tribune de l'orgue avec une boîte à violon. 11 put à peine se retenir, disait-il, de lui casser son violon sur le dos. » Toujours est-il qu'il s'en alla et refusa d'assister à la cérémonie.

Pugin se flattait de n'être point exclusif. 11 voulut se mettre à même de rendre justice à l'architecture et à la musique italiennes, et visita Rome autour de 1840. Les commotions électriques que lui causèrent ses impressions de Rome devinrent pour ses amis uùe source d'amusement. Les statues de la Renaissance étaient un de ses tourments. « J'ai essayé de dire mes prières dans l'église du Gesù, racontait-il au D"^ Northcote, je levai les yeux dans l'espoir de rencontrer quelque objet qui

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échauffât ma piété. Mais je n'aperçus que des jambes gigotant au-dessus de moi. Je crus que j'allais recevoir bientôt des ruades, et je me précipitai dehors. »

Il visita Sant' Andréa délie Frate^ l'église témoin de la conversion miraculeuse de l'abbé Ratisbonne. Ratisbonne était entré juif dans ce sanctuaire, il en sortit chrétien, après avoir joui, assurait-il, d'une vision de la Sainte Vierge. « Cette histoire, dit Pugin après avoir visité l'église, est incontestablement fausse. 11 n'est pa& admissible que ce Monsieur ait pu prier dans une si horrible église, et de plus Notre-Dame n'a pas pu choisir un pareil endroit pour y apparaître. Il n'y avait pa& ombre de piété dans cet homme-là, s'il a pu stationner un moment dans une église pareille. » — «Mais, répliqua l'ami à qui Pugin adressait ces observations, d'après ce que j'ai entendu raconter, Ratisbonne ne priait pas alors,, il réfléchissait à la bizarrerie de l'architecture du lieu. » La physionomie de Pugin se transforma : « Est-ce pos~ sible ? Alors c'était un homme de Dieu. II connaissait, quoique juif, le vrai christianisme. Je lui rends mes hommages. Notre-Dame lui serait apparu n'importe ow. L'histoire est parfaitement vraie. »

Pugin prêchait et pratiquait un véritable évangile de travail, et, suivant la parole deM. J.-R.Bloxam, «en peu d'années, il accomplit l'œuvre d'une longue vie ». — « Vous péchez, mon cher monsieur ! » s'écriait-il un jour, avec l'accent de la douleur et du dédain, en rencontrant un des convertis d'Oxford une ligne à la main,, le long d'un ruisseau, près d'Oscott. « Vous péchez, mais la vie n'est pas faite pour ça; moi, à six heures, ce matin, j'étais à la cim3du clocher de Saint-Chad. »

Tel était, l'homme qui réussit à inspirer à nombre de

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catholiques et d'anglicans son propre enthousiasme pour les formes extérieures du culte usitées au moyen âge. Mais son influence s'étendait au-delà de l'Angleterre. Grâce un peu à son amitié avec les deux Reichensperger, il devint dans l'Allemagne catholique l'instrument d'un grand renouvellement de l'architecture et des études artistiques. Les effets de cette renaissance sont encore visibles, car, dans plusieurs séminaires théologiques, il existe des chaires spéciales d'art et d'architecture. Dans le principe, toutefois, ses efforts se heurtèrent à de vives oppositions, principalement de la part des catholiques anglais. Mais la tentative, en partie couronnée de succès, faite en 1839, pour obtenir de la Propagande une cen- . sure contre ses innovations en matière d'ornements Sîcerdotaux, ne fit que le confirmer dans l'idée qu'il combattait pour une cause sacrée encore méconnue.

La censure cependant fut écartée et Pugin revint à ses premières espérances. En mars 1840, nous le retrouvons cherchant de nouvelles inspirations dans une visite des anciennes églises paroissiales de l'Angleterre. C'est ainsi qu'il visita successivement Stamford, Newark, Grantham,Crowland, la côte de Norfolk, Norwich, Milford, Bury, Saint-Edmond, Laversham et Ipswich. Au moisd octobre, il se rencontra à Oxford avec J.-R. Bloxam, et, transporté par l'enthousiasme catholique qui régnait dans ce milieu, il écrivit à ses amis pour leur prophétiser les « glorieux résultats » qu'aurait le Mouvement.

Ce fut un peu plus tard, cette même année, quese produisit la première collision entre Pugin et le D"" Wiseman, qui fit bientôt place à une entente cordiale dans la poursuite de leur œuvre commune de restauration des cérémonies et de l'architecture catholiques, et dans

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leurs relations avec TÉcole d'Oxford. Pugin attendait naturellement avec anxiété et défiance Tarrivée de Wiseman à Oscott. Un homme qui avait vécu vingt-deux ans dans les basiliques devait nécessairement être teinté de paganisme. Jeune et plein de vigueur, il ne tarderait pas à supplanter le D' Walsh et à pervertir tout le district de Midland. Au mois de décembre, Pugin apprit que son nouvel évêque désapprouvait son jubé dans la cathédrale catholique de Birmingham. lien fut profondément indigné.

« Wiseman a découvert là ses réels sentiments »,

■ disait-il à un ami ; aussi écrivit- il sans tarder que, si on touchait au jubé, il ne resterait pas architecte de Téglise un jour de plus.

Wiseman et Puginfinirent bientôt par se comprendre, ce qui est d'autant plus remarquable que les goûts architecturaux du jeune évêque s'étaient formés à Rome. Il reconnaissait le génie de Pugin et, avec sa largeur d'esprit ordinaire, il encourageait son œuvre, bien qu'elle ne fût pas en harmonie avec ses préférences personnelles. Mais à la fin il s'éleva des différends entre eux, en particulier dans leur manière de voir au sujet

- des jubés.

On raconte une hialdire topique qui montre la vivacité des sentiments de Pugin à ce sujet :

Montrant un jour à un de ses amis anglicans le jubé

i qu'il avait érigé dans l'église de Saint-Barnabe à Not-

• tifigham : « Au delà, lui dit-il, est le saint des saints. Le peuple reste en dehors. Jamais ne pénètrent dans le sanctuaire que ôeax qui ont reçu lés ordres sacrés. » Au même instant un prêtre entrait dans le sanctuaire accompagné de deux dames. Pugin, violemment ému, dit

:au sacristain: « Faites sortir tout de suite ces personneslà; comment osent-elles entrer?» — « Monsieur, répon- •dit le sacristain, c'est M«' Wiseman. » Pugin anéanti ise laissa choir sur un banc voisin et fondit en larmes * .

Pugin et Wiseman n'en restèrent pas moins comme les représentants de deux armées alliées, de nation "différente, combattant sans doute pour la même cause, •mais avec des habitudes et des traditions fort éloignées les unes des autres.

Ils s'entendirent d'abord pour régler la liturgie et le -cérémonial du culte à Oscott. Nous aurons bientôt à (retracer la suite des événements qui obligèrent le nouveau président à reprendre le rôle de controversisteetdenégo- •ciateur pour suivre dans son évolution le Mouvement <l'Oxford ; mais c'était avec un plaisir beaucoup moins •mélangé qu'ils'appliquaitàrégler jusqu'à une minutieuse perfection le cérémonial des offices dans la chapelle <l'Oscott. La poésie et le symbolisme de la liturgie Kîatholique lui inspiraient, au témoignage de tous ses •amis, le plus grand intérêt et le plus vif enthousiasme. Il avait appris à aimer la liturgie en assistant aux merveilleuses cérémonies de la Chapelle Sixtine, et il s'efforçait en cela, comme en d'autres choses, de transporter Rome en Angleterre. Les controverses théolo- ;giques de l'époque ne lui apparaissaient que comme -des nécessités d'un ordre transitoire, attachées à un ■état passager de l'opinion ; il prévoyait qu'avant peu d'années l'effort de la controverse ne porterait plus sur les trente-neuf articles, mais sur t^le la croyance au monde surnaturel. « Dans cinquante ans d'ici, disait- il

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