CHAPITRE XII LE TRACT N
Sommaire. — Newman abandonne Ib. théorie de la via média. — Réunion en corps ou conversions individuelles au catholicisme^ — Le Tract 90. — La tempête qu'il soulève à Oxford. — Newmaa essaie d'en atténuer la portée. — Wiseman M écrit. — Série de lettres sur le Mouvement d'Oxford et l'état d'àme de Newman etde ses amis.
Pugin fut, comme on le sait déjà, le premier lien entreles catholiques anglais et TÉcole d'Oxford. Ses visites à Oxford eurent lieu en Tannée critique de 1840, Tannée qui suivit celle où Newman abandonna, comme désormais insoutenable, son antiromaine théorie de la via média et commença à tourner ses regards vers Rome. C'est un fait bien connu que ce changement d'attitude de sa part ei^jb pour effet d'accentuer plus encore dans cette direction Tévolution de ses plus chauds partisans, déjà très romains^ dans leurs sentiments. Parmi ceux-ci étaient Oakeley, Faber, W. G. Ward, Dalgairns etBloxam, le plus intime ami de Pugin. Après les deux premières visites de Pugin à Oxford, en février et octobre 1840, sa correspondanceavec eux devint très fréquente. Ils parlaient de plus eni plus ouvertement, comme d'une éventualité pratiquement possible, de la réunion en corps avec Rome, bien que sa
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nature et son étendue demeurassent quelque peu indéfinies dans leur esprit. Les plus ardents du parti euxmêmes se prononçaient contre l'opportunité des conversions individuelles, de nature, pensaient-ils, à empêcher la réalisation d'une telle espérance. La réunion en corps rêvée par eux ne tarda pas cependant à se limiter à de nombreuses adhésions des tractariens à TEgliso romaine. Les événements de 1841 démentirent toute idée d'une action dans ce sens de la part deTÉglise nationale ; et Newman, Ward et Oakeley durent bientôt se rendre à Tévidence que ce que Ton qualifiait de r^wmowai?ec Rome^ ne signifiait rien moins que la soumission à Rome. Les parlisans les plus avancés de Newman le pressèrent, ainsi qu'on l'a vu plus haut, de lancer le Tract 90. La seule condition à laquelle ils pouvaient demeurer anglicans était qu'on leur démontrât que leur adhésion aux trento-nouf articles n'était pas incompatible avec leurs sympathies romaines et ne les engageait qu'à protester contre des inintelligences et des interprétations abusives de Rome. Tandis que Newman écrivait le Tract, en janvier ot février 1811, Pugin recevait des lettres bien propres à encourager les espérances d'Oscott, lettres qu'il communiquait, comme de juste, à Wiseman. Le programme préconisé par Pugin à Wiseman comme le plus riche d^ promesses, était d'amener peu à peu Topinion anglaise à considérer avec sympathie les usages catholiques, tels que la vie monastique, la dévotion pour les saints et les reliques, tout en évitant de soulever la question de la réunion avec Rome. C'était là, prétendait Pugin, l'œuvre qu'accomplissait graduellement le Brilish Crilic.
Mais une telle méthode, évidemment la seule capable de rendre plus catholique l'opinion du pays et de réaliser
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en fin de compte Tespoir de la débarrasser de ses tendances franchement protestantes, présentait l'inconvénient d'arrêter pour Tlieure présente toule démarche décisive et immédiatement pratique. Le Tract 90, qui parut le 27 février, affectait de tout autres allures. Malgré toutes ses ambiguïtés, il mettait l'opinion aux prises avec une question dont la solution s'imposait sans retard. Il ne se proposait pas seulement de donner une nuance plus catholique aux sentiments, aux pratiques de dévotion, aux aspirations morales; mais il posait nettement cette question : un ecclésiastique anglican, qui a souscrit aux trente-neuf articles, peut-il professer essentiellement le Credo de Rome, sous réserve des altérations accidentelles qu'il a pu subir? Et le Tract insinuait une réponse affirmative. 11 posait et résolvait par la négative cette autre question : les trente-neuf articles étaient-ils essentiellement opposés au concile de Trente ? Newman avait environné cette réponse des subtilités de son style, mais sa portée n'en était pas moins évidente. Comme on pouvait s'y attendre, Oscott fut dans la joie. Enfin il semblait que les tractariens voulaient tout de bon se mettre à l'œuvre.
Il est inutile de parler de la sensation causée par le Tract dans tout le pays. Les événements se précipitaient; la première semaine vit se produire contre le Tract la protestation de quatre tulors influents d'Oxford, au nombre desquels figurait le célèbre archevêque Tait ; la semaine suivante, le conseil hebdomadaire de l'Université le censurait, et, mesure plus significative encore, le grand moyen imaginé pour catlioliciser l'Eglise anglicane cessa subitement d'être mis en œuvre : la publication des Tracts s'arrêta. L'évêque d'Oxford avait conseillé cette
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suspension; il fut obéi. La colère de TEglise établie était soulevée ; elle se manifesta par des preuves non équivoques, car la censure des Tracts par les évêques, quelques mois plus tard, ne fut que la déclaration officielle d'une attitude déjà nettement dessinée.
L'Église d'Angleterre, ainsi en fut-il décidé par ses représentants officiels, n'était pas l'asile où pouvaient s'abriter ces sentiments et ces pratiques catholiques.
Wiseman ne s'était pas trompé en jugeant- que les principes catholiques de Newman et même de Pusey et de Keble étaient trop fermement arrêtés pour être ébranlés par un tel déploiement d'hostilités. Il tira de ce fait une conclusion qui ne se trouva vraie qu'en partie. « Si l'Église d'Angleterre, disait-il, repoussait leurs principes^ ils verraient clairement qu'il n'y a plus de place pour eux que dans l'Église catliolique romaine. Des difficultés intellectuelles et des malentendus, qui demandent dans le cours ordinaire des choses des années pour se dissiper,, céderont devant la pression des événements ; la logique des faits fortifiera la logique de l'esprit. »
Newman écrivit sa lettre explicative au D*" Jelf avant la fin de mars. Ce document ne modifia pas essentiellement la situation. Il exposait que le Tract ne justifiait point le magistère autorisé de l'Église de Rome, mais montrait seulement que les articles n'étaient pas dirigés contre les décrets de Trente, et il soulevait la question de savoir si ces décrets pris en eux-mêmes ne pouvaient pas être mis d'accord avec les articles. Newman y renouvelait sa condamnation de l'enseignement de l'Église romaine sur des sujets tels que le culte des saints et de la Sainte Vierge, la doctrine du purgatoire et les indulgences^ mais il donnait à entendre que de telles doctrines pou-
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valent être abrogées, n'étant pas fixées par définitions^ dogmatiques définitives.
Sur ces entrefaites, Wiseman entra en lice. Il adressa une lettre à Newman lui-même ; non, expliquait-il, eik s'autorisant des excellentes relations nouées avec lui quelques années auparavant à Rome ; mais poussé par son vif désir de porter la conviction dans un esprit qui avait donné tant de preuves de franchise et de sincérité. Dans un cas semblable, un appel personnel et direct paraissait plus convenable qu'une pure controverse publique.
La conclusion de la lettre de Wiseman était que toute tentative pour essayer d'établir une différence réelle entre les décrets du concile de Trente et tout autre enseigne-^ ment autorisé de TÉglise romaine ne reposait que sur un malentendu. Ce malentendu consistait pu bien à attribuer un caractère officiel à des abus purement locaux, ou plus souvent encore, à mal interpréter un enseignement donné d'une manière officielle ou quasi officielle. Newman avait parlé des écoles romaines qui autorisaient, prétendait-il, des superstitions en désaccord avec le concile de Trente. Sur ce point, Wiseman pouvait parler avec une autorité toute particulière. « Pardonnez-moi, écrivait-il, si je parle trop en mon nom personnel, car j'ai quelques^ droits à me mettre en avant comme témoin en pareille matière. Pendant vingt-deux ans, j'ai résidé à Rome^ intimement mêlé à l'éducation théologique qui s'y donne. Pendant cinq ans, j'ai fréquenté les écoles romaines au Collège Romain, où tout le clergé de la ville était obligé de se former. J'ai suivi le cours entier de théologie et je l'ai publiquement soutenu dans une thèse. Depuis lors je n'ai pas cessé d'enseigner la théologie dans notre Collège
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national, et, pendant quelques années, j'ai occupé une chaire de professeur à TUniversilé romaine. Je me crois donc passablement au courant des doctrines enseignées dans les écoles romaines. » Wiseman continue en donnant une analyse du cours de théologie et montre que les questions concernant la Sainte Vierge, les saints, les indulgences, etc., que plusieurs prétendent trop prépondérantes, n'occupent en réalité qu'une place restreinte dans des traités qui eux-mêmes ne forment comparativement qu'une petite partie du cours tout entier. Il fait ressortir que les parties essentielles de la dévotion catholique, se rapportant à la pénitence, au règlement de la vie, à la maladie et à la mort, les exercices de saint Ignace, par exemple, et les prières pour les malades et les mourants, savent allier, si Ton y prend garde, dans une juste proportion, la doctrine et le sentiment, excitant la confiance en Notre-Seigneur et proposant pour chaque situation la méditation de ses exemples. Wiseman ne diminue en rien l'importance de la dévotion à la Saioli^ Vierge et aux saints, mais il fait remarquer que son intensité au point de vue du sentiment n'aboutit point en réalité, même chez les ignorants, à une aussi grande inexactitude en matière de foi que le suppose Newman. Il y a des sentimsnts profonds de dévotion pour la Vief go dans la douleur et pour la Vierge dans la joie; mais pourquoi condamner ces sentiments comme des blasphèmes? N'est-ce pas là le péché d'Héli qui, témoin de la ferveur d'Anne dans la prière, l'accusa d'être ivre? Et n'y a-t-il pas plus d'un pauvre Italien, comme x\nnc, injustement jugé, quand, sur les mêmes apparences, on Taccuse d'idolâtrie ? »
Il termine par cet appel dont Newman, d(\jà conscient
que sa situatioiise modifiait, déjà emporté par une dérive incertaine, ne pouvait méconnaître la force :
a Vous vous souviendrez, lui disait-il, que feu votre aimable ami, M. Fronde, dans un de c^ malheureux moments de censure irréfléchie, nous déclarait non des catholiques, mais de misérables Trldentins. Et ses éditeurs citèrent cette expression avec une évidente approbation dans leur préface. Il semble difficile qu'on nous dépouille maintenant même de ce misérable titre, et que vous nous plongiez, vous^ plus bas encore dans Tabîme de la dégradation. Bien plus, il semble inconcevable que voiis revendiquiez aujourd'hui ce titre et que vous affirmiez, comme le fait votre Tract, que, tandis que nous avons abandonné les doctrines de Trente, vous et ceux qui acceptent les articles dans le même sens que vous, les interprétez conformément à cette doctrine. Je dis cela non dans un esprit de reproche, mais plutôt dans un esprit de charitable admonition. Ce que vous considériez naguère comme une lourde imputation, vous semblez maintenant le considérer relativement comme un léger blâme, car vous seriez heureux maintenant de nous voir en plus stricte conformité, selon votre manière de voir, avec les décrets de ce concile. Vous nous blâmiez alors d'adhérer à ces décrets ; vous nous blâmez maintenant de nous en être écartés. Pourquoi ne pas vous défier de vos jugements, si vous constatez qu'ils varient ? S'il fut jamais un temps où vous ne voyiez pas plusieurs de nos doctrines du même œil que vous les voyez maintenant; où vous rejetiez, complètement et sans réserve aucune, toute invocation des saints, tout honneur rendu aux images et aux reliques ; où vous ne pratiquiez pas dans votre culte la prière pour les défunts et ne vous
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tourniez pas vers TOrient pendant vos offices ; où vous ne regardiez pas comme nécessaire la mortification corporelle ; où vous ne trouviez pas si beau le bréviaire ; s'il fut un ten^s enfin où vos pratiques religieuses et vos sentiments étaient plus éloignés de nous que vos écrits ne montrent que vous Têtes maintenant, pourquoi ne pas penser qu'un rapprochement plus complet ne puisse s'effectuer, que demain ne puisse réserver de plus complètes découvertes de la vérité dans ce qui aujourd'hui vous semble entaché 4'erreurs, et que peut-être vous vous exposez à la douleur et au regret d'avoir par avance flétri de noms injurieux et pénibles ce qu'un jour vous découvrirez être bon et saint ? »
Un fait qui caractérise bien l'incertitude où se débattait l'esprit de Newman, même à cette époque, c'est qu'il s'évita la difficulté de répondre à Wiseman, en laissant cette tâche à M. Palmer de Worcester, controversiste qu'embarrassait rarement la perception nette des deux faces d'une question. Wiseman répliqua finalement à M. Palmer, dont la brochure ne pouvait guère avoir d'autres résultats que de raviver les anciennes préventions de parti contre Rome, et la controverse ne présenta pas grand intérêt ^
Mais les relations privées qui suivirent le Tract furent plus significatives, et l'état des affaires exigea de la part de Wiseman tout le tact dont il était capable. Une des plus grandes difficultés qu'il avait à vaincre était le préjugé profondément ancré dans l'esprit des anciens catholiques anglais et qui les rendait irréductibles à
1. M. Palmer commençait son écrit en déniant à Wiseman le droit de prétendre à une ordination réelle et valable.
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ridée que les Iractariens pussent être sincères, tant qu'ils n'étaient pas entrés dans l'Église romaine. Un prêtre résidant à Cowes, M. Rathbone, publia une brochure intitulée : les Puseyistes sont-ils sincères ? Lingard écrivit à Wiseman pour le mettre en garde contre eux, invoquant les leçons de l'histoire et les fausses espérances auxquelles s'étaient laissé aller les catholiques anglais à l'époque de Laud et des non-jureurs. « C'est à peine si l'histoire, écrivait le D" Griffiths, vicaire apostolique du district de Londres, nous fournit un exemple d'un corps schismatique revenant avec sincérité à l'obédience de la foi. » Il existait peut-être aussi chez quelques anciens catholiques un sentiment héréditaire semblable à celui que nous constatons encore de nos jours en Irlande. De? hommes dont les ancêtres avaient été empri- ; sonnés pour la foi, qui gardaient comme un héritage de famille le souvenir de trois siècles de proscription, dont les grands-pères étaient nés avec la conviction, mêlée d'un regret bien naturel, qu'ils étaient les légitimes propriétaires des évêchés, des bénéfices et des nobles universités maintenant entre les mains d'une Église établie, qui s'était elle-même pendant si longtemps considérée comme bglise protestante, avaient peine à admettre qu'Oxford pût nourrir des sentiments catholiques ou des vues désintéressées. C'était là une réelle difficulté, surtout pour des esprits simples et pratiques, inaccoutumés aux subtilités de la spéculation ou aux difficultés des recherches historiques, que de supposer sincères les aspirations catholiques d'une Église que, pendant tant de générations, ses propres adhérents avaient qualifiée de prolestante. Aussi bien, beaucoup de catholiques anglais blâmaient-ils vivement la tendresse et la bon^é
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de Wiseman et de Pugin, de M. Philipps et du P. Spencer pour les tractariens.
Bien plus, on taxait d'erreur évidente l'idée de Wiseman que le Mouvement d'Oxford tendait vers Rome. M. Rathbone criait bien haut que l'étude attentive des Tracts lui avait fait découvrir la perfidie de leurs auteurs. « L'embrassade de M. Newman, écrivait-il, est le baiser qui nous trahira. » M. Rathbone se faisaitfort de déchirer le masque et de montrer que le véritable but de Newman était « de faire échec au triomphe du catholicisme », d'empêcher la conversion « dhommes éminents et vertueux qui, las de l'Eglise d'Angleterre dans son état actuel, étaient presque décidés à rallier l'ancienne Église de leurs pères ». M. Rathbone s'autorisait de l'assentiment de son propre évêque à ses idées opposées aux puseyistes et exprimait très fortement le doute que « le Saint-Siège put jamais considérer en eux des personnages que les catholiques dussent encourager comme des défenseurs de la vérité, s'efforçant de ramener leur pays à l'unité catholique ».
C'est là une situation intéressante à étudier, car elle montre, de part et d'autre, les tendances véritables du gros des troupes de chaque parti. Tandis que Wiseman et Newman disaient : « Les principes catholiques sont vrais ; suivez-les hardiment, sympathisez avec ceux qui les professent ; les vrais principes ne peuvent que conduire à de vraies conclusions », la masse des anglicans et des catholiques anglais considérait avec anxiété les conséquences d'une telle politique sur leur propre parti. Les autorités d'Oxford et les qualre tutors diraient en. effet à Newman : « Vous créez un courant de sympathie pour Rome, donc vous avez tort » ; les anciens catho-
liques anglais disaient : « Le système tractarien maintient dans la communion anglicane des hommes qui sans cela se soumettraient au Siège apostolique, donc il doit être pernicieux. »
De part et d'autre, on ne pouvait partager cette confiance dans la puissance de la vérité qui pendant' des années fit dire à Newman : « Malgré les tendances vers Rome qu'ils favorisent, je maintiens les principes catholiques, persuadé qu'à la longue ils seront le salut de l'anglicanisme ; » et qui faisait dire à Wiseman : « Les principes catholiques doivent à tout événement conduire à l'Église catholique, donc les tracts doivent à la longue parler en notre faveur. »
Dès l'époque des premiers doutes de Newman, en 1839, Wiseman et lui se trouvaient précisément dans la même situation d'esprit, chacun d'eux sûr de la solidité de son terrain, chacun d'eux sûr de la vérité des nombreux principes de la croyance catholique, mais incertains l'un et l'autre de la manière dont l'équation se résoudrait, et cependant certains tous deux que leur solution personnelle était la seule véritable.
La quantité inconnue, Vœ de l'équation était la conclusion logique à tirer des principes du Mouvement. Pour Newman, l'anglicanisme de Laud, pour Wiseman, l'Église en communion avec le Siège apostolique, étaient, pour ainsi parler, la réponse écrite à la fin du livre.
Newman assurait aux anglicans timorés que la résolution de l'équation devait prouver que l'Église d'Angleterre était normalement catholique; Wiseman répétait avec insistance aux vieux catholiques que cette conclusion ne pourrait que montrer la nécessité de se réunir à la seule Église. Tous deux étaient disposés atout risquer
LE GARDIXAt WISEMAN. — I. 23
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&ur le résultat. Pour bien des anglicans et des catholiques anglais, Texpérience semblait trop hardie.
Sans doute, le choc éprouvé par Newman, en 1839, mettait quelque différence dans leurs situations respectives, mais, ainsi que nous l'apprend VApologia^ Newman ne se rendait qu'à moitié compte de ce changement, et les autres ne l'apercevaient pas.
Cependant, tandis que Wiseman voyait son actio» entravée parla défiance des évêques ses collègues et de sescoreligionnaires, qui regardaient ses encouragements au Mouvement d'Oxford comme un appui donné à l'armée des dangereux ennemis de l'Église, le Saint-Siège avait été consulté ; mais à Rome il n'y avait pas, pour dicter un jugement sévère, la complication de sentiments héréditaires. Le Pape ne savait qu'encourager et bénir.. Cependant il était impossible que les sentiments descatholiques anglais ne réagissent pas, dans une certaine mesure, sur Wiseman et ses amis eux-mêmes, et parfois ils démontraient aux tractariens d'Oxford la nécessité de se réunir à l'Église de Rome sur un ton qui les blessait, en semblant mettre en doute leur sincérité.
Quoi qu'il en soit, dans son ensemble, l'attitude de Wiseman était profondément favorable à l'esprit et aux tendances des tractariens. Il s'efforçait de tout son pouvoir de modérer les attaques injustifiées des anciens catholiques et proclamait franchement qu'au point de vue de la sainteté de la vie et de la droiture des intentions, les catholiques eux-mêmes avaient beaucoup à apprendre de leurs frères séparés. Il admettait que Newmanjugeantpouvoirensûretéde conscience demeurer encore dans l'Eglise anglicane dans l'espoir d'amener plus tard un plus grand nombre de ses coreligionnaires.
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à Tunité catholique, il le pouvait sans qu'on le pressât d'abréger cette période d'expectative.
D'autre part, il ne pouvait ni admettre que la situation des Anglicans fût théoriquement soutenable, ni obtempérer à la demande, que lui faisait Newman, de ne recevoir individuellement dans le sein de l'Église catholique aucun de ceux que ne satisfaisait plus l'anglicanisme. Il n& pouvait pas davantage briser avec O'Connell, ni renoncer à invoquer la liberté de conscience, bien qu'il sentît toute la force des critiques de Newman contre Talliance effective des catholiques avec des hommes qui poursuivaient un but nettement irréligieux. Sur tous ces points,, il tâchait de remplir le rôle de médiateur, s'efforçatit derendre justice à la sincérité de tous les partis, à O'Connell, aux catholiques anglais et aux partisans de Newman ; défendant la vérité telle que l'Église la soutient en thèse dogmatique, et admettant dans la pratique aux principes absolus les exceptions que demandait la justice. Les extraits suivants de la correspondance de Wiseman feront bien ressortir cet état de choses. Les lettres que nous allons citer n'ont besoin d'aucune introduction ;. elles disent elles-mêmes leur histoire, et, malgré les difficultés de la situation, elles respirent l'espérance de^ voir se réaliser d'heureux événements dans un avenirplus ou moins rapproché.
Peu après la publication du Tract 90, le 26 mars 1841,. Wiseman écrivait d'Oscott à M. Philipps: « J'ai reçu vos deux lettres avec un sincère plaisir. Elles confirment pleinement et dépassent même mes dernières prévisions sur l'avenir qui s'ouvre devant nous. J'ai eu un très vif désir de trouver l'occasion d'entrer en communication avec quelques-uns des théologiens d'Oxford. Mais j'ai
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senti que toute relation avec eux leur serait un sujet d'embarras, car, si, Ton venait à s'en apercevoir, on ne manquerait pas de le leur jeter immédiatement au visage. J'avais préparé une lettre pour le Tablet^ et si j'avais reçu votre seconde lettre un jour plus tôt, elle aurait paru dans le numéro de demain. Mais j'avais résolu d'attendre pour voir quid ventura pariet dies^ et peutêtre n'aurais-je pas perdu à ce délai. L'objet de cette lettre était de calmer les esprits des catholiques et de les amener au véritable sentiment qu'ils devraient avoir à mon avis sur l'état actuel de la controverse. Du reste, je n'étais pas entré en d'autres détails que ceux qui sont connus de tous. J'ai confiance que cette lettre fera du bien aux deux partis. J'ai reçu hier une lettre de Pugin, qui a quelques nouvelles très encourageantes.
« Je ne possède pas encore la lettre de Newman à Jelf; quand je l'aurai, probablement demain, je verrai s'il est de quelque utilité que j'écrive quelque chose à son sujet. Dieu sait que je donnerais ma vie pour hâter la réunion de ce pays, ou du moins d'une partie de ce pays, avec le Siège apostolique et l'Eglise catholique. »
Une autre lettre, cinq jours plus tard, montre mieux encore l'attitude de Wiseman dans ces circonstances. L'appel de Newman s'était résumé en cette simple proposition : u Que les anglicans et les romains se réforment également eux-mêmes. Si de part et d'autre on devient profondément chrétien. Dieu réalisera l'union.» 11 blâmait l'alliance politique entre les catholiques et les dissidents, réclamait plus de dignité dans les cérémonies du culte, et souhaitait, dans les deux camps, un progrès plus réel de la vie ascétique des âges de foi. Il s'élevait contre les concerts profanes et les ventes, encouragés
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souvent par des prêtres catholiques pour couvrir les dépenses de la construction d'une église, mais surtout, il exhortait à faire revivre et à répandre la vie monastique. Wiseman entrait pleinement dans ces vues, ainsi qu'on • va le voir par la lettre du i®'' avril au même :
« J'ai donné connaissance de votre lettre au D'Walsh, hier, à son arrivée ici, en passant toutefois ce qui concerne le sacerdoce sacrifiant des ecclésiastiques anglicans, et j'espère que cela ne leur inspirera pas un faux espoir d'être reconnus par nous. Le D"" Walsh sent vivement ce que j'ai ressenti pendant xjuelque temps moimême, à savoir, que ce mouvement catholique étant né dans son diocèse, c'est sur lui que l'Église comptera pour le seconder et le favoriser de toutes façons, et que\ nous serions tous deux coupables d'une grave négligence de notre devoir, en n'aplanissant pas de tout notre pouvoir les voies à la réconciliation. Ce serait en vérité le plus heureux événement de notre vie que d'être les instruments de sa réalisation. En conséquence, vous êtes parfaitement libre de faire tel usage qu'il vous plaira de tout ce que j'ai écrit ou écrirai encore. J'espère vous envoyer aujourd'hui même un exemplaire de ma lettre à Newman ; je lui en ferai parvenir un à lui-même. Il y a sur ce sujet trop de points que je ne désire pas lui soumettre par la voie de la presse ; le public anglais ne pouvant être un juge compétent sur plusieurs points qui touchent à la controverse.
« Il y a deux jours, j'ai reçu de Rome, dans une caisse de livres, un certain nombre d'exemplaires d'un petit livre populaire. Je vous en envoie un. Vous verrez si on peut le communiquer à M. Newman pour lui montrer combien il se trompe en prétendant que la religion popu-
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laire des catholiques à Tétranger se borne au culte de la Sainte Vierge, au purgatoire et aux indulgences. Dans •cet opuscule on prêche véritablement Jésus crucifié, la prière, les bonnes œuvres, toutes les vertus, le zèle pour la conversion du prochain, la mortification, les sacrements ; la bienheureuse Vierge n'y vient qu'au second |)lan, subsidiairement ; elle n'est invoquée que pour seconder nos efforts. Nulle part, on n'y inculque qu'on peut mettre son assurance dans les indulgences et dans l'espoir du purgatoire. Ce livre, en tant que Tract romain, pourrait faire du bien. »
« Un point m'a toujours frappé, continue Wiseman, •comme très important pour nous, quoiqu'il ne doive pas les frapper, eux, autant que nous. C'est que notre réiorme est entre leurs mains. Certes, nous avons droit à .la compassion, si on se rappelle l'écrasante persécution des trois derniers siècles. Notre éducation ecclésiastique a été nécessairement très imparfaite, car, faute de prêtres, nous étions forcés de lancer le plus tôt possible le jeune clergé dans la vie active. Autre perte plus lamentable : la chaîne d'ordres religieux voués à la contemplation et à la vie parfaite a été interrompue chez nous. En un mot, nous sommes maintenant comme les juifs, de retour à Jérusalem, ou comme la première famille après le déluge. Tout est à reconstruire, et il nous faut commencer avec les matériaux que nous avons sous la main.
« Nous devons d'abord pétrir des briques avec la vase -déposée par le déluge qui nous avait submergés, et bâtir avec les fragments du passé en ruine. Les soucis «matériels viennent nécessairement nous distraire, pendant •que nous sommes à faire plus que nos moyens et nos
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forces ne nous permettent, et, d'autre part, nous ne sommes pas assez saints pour nous abandonner pleinement à la Providence. On a recours à des expédients que tous déplorent et qu'on peut à peine empêcher. Un prêtre a une lourde dette. Peut-être a-t-il usé sa fortune à bâtir une école. Le voici en détresse. Il lance — oh ! le vilain mot — un festival quelconque, accepte des chanteurs de bonne volonté, etc. Que faire ? Si Tévêque intervient, on s'adresse à lui pour combler le déficit, et il ne peut pas...
« J'ai fait ces remarques pour expliquer notre état abaissé en plusieurs points, et montrer nos efforts vers le relèvement. Une chose nous sauverait sans retard. Qu'un nouveau sang afflue dans nos veines, que quelques écrivains des Tracts viennent à nous, quelques-uns de ces hommes si pénétrés de l'esprit de la primitive Église. Ils ont la science d'Augustin, l'éloquence de Chrysostome, l'âme de Bernard... Avec une poignée de ces hommes, nous serions rapidement réformés, et l'Angleterre vite convertie. Nous avons, nous, le privilège de la vérité, de la communion avec l'Eglise, d'où nous recevons beaucoup de grâces ; mais, à part ces avantages, je suis prêt à reconnaître que nous leur sommes inférieurs.
a Ce n'est pas la première fois que je le dis. Souvent j'ai répété à mon entourage que si les théologiens d'Oxford se convertissaient, nous devions être prêts à rentrer dans l'ombre, à descendre aux sous-sols. A propos de de chacun d'eux, je répéterais volontiers : Me oportet minui. Volontiers, je leur céderais place et honneurs ; volontiers, je me mettrais au service d'un nouveau leader plus savant et plus saint. Croyez-moi, ils ne soupçonnent pas leur vraie force. Certes, faibles que nous sommes,
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ils ne peuvent rien contre nous, car il y en a un au milieu de nous qui est plus fort qu'eux ; mais qu'ils soient avec nous^et leur puissance, unie à celle de Dieu, sera irrésistible. Les abus céderont bientôt devant nos efforts combinés, et bien des choses qui leur semblent maintenant des abus s'expliqueront peut-être.
« Je me suis laissé aller à vous écrire sur un sujet présent à ma pensée jour et nuit depuis cinq ans, à tel point qu'il y a deux ans bientôt, j'ai senti qu'il était de mon devoir d'offrir au Pape de résigner mes fonctions à Rome pour revenir en Angleterre, afin de pouvoir sur place joindre ma faible assistance au mouvement que je voyais se dessiner devant nous. J'ai beaucoup à dire sur le nouvel esprit qui règne dans cette maison. Les bénédictions de Dieu se sont manifestées sur elle de bien des façons ; nos progrès dans la véritable piété et les vrais sentiments catholiques ont de beaucoup dépassé mes plus vives espérances. Cet après-midi, j'ouvre une retraite exactement sur le plan de saint Ignace, ce qui ne m'empêchera pas de recevoir mes lettres, car je donne la retraite, je ne la fais pas... »
M. Philipps envoya cette lettre à Pugin, en lui recommandant de la montrer à ses amis d'Oxford.
Une lettre de Pugin, qui était allé en reconnaissance à Oxford quinze jours plus tôt, jette un jour intéressant sur l'état des esprits, parmi le groupe le plus avancé du parti.
Le vendredi saint, Wiseman écrit :
« Nous avons eu ici quelques jeunes gens venus pour faire leurs Pâques, ou suivre la retraite, ou assister à nos cérémonies, et leur présence m'a apporté beaucoup de consolations. M. C. Hemans, le fils du poète, jeune homme charmant, avec toute la sensibilité et l'inspiration
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LE TRACr N° 90 405
de sa mère, vient à nous, protestant, jeudi, et s'en retourne, ce soir, catholique. Ce n'est point le seul rôdeur autour de Rome que j'ai rencontré sur mon chemin. J'ai quelques relations des plus extraordinaires, des plus intéressantes avec des personnes que je n'ai jamais vues, et qui sont très désireuses de devenir catholiques. Je crois que M. Newman a raison, un feu a été allumé, non par eux, mais par Dieu, qui peut se servir, pour l'accomplissement de ses desseins, de la paille et de la balle du grain de son grenier (par quoi saint Augustin entend ceux qui sont séparés de l'Eglise), aussi bien que des charbons ardents de l'autel, et ce feu, personne ne peut l'éteindre. Mais son embrasement peut être ralenti, non par les protestants, mais par les catholiques, dont quelques-uns semblent, sans s'en rendre compte, s'appliquer à l'étouffer. Celte considération m'amène à une importante conclusion. Je sens qu'il faut faire connaître au Saint-Père l'état des choses en Angleterre. C'est pour cela que j'ai pensé à écrire un mémoire complet de tout ce qui se fait ici à un des membres les plus discrets du Sacré-Collège, le cardinal Maï, avec prière de ne le communiquer qu'au Pape seul. Je ne désignerai aucun nom, sauf ceux qui sont connus de tous, comme celui de Newman, et même je le supprimerai, quand il s'agira de ce qu'il a écrit en particulier. Mais je n'enverrai rien avant d'avoir reçu votre réponse et votre autorisation de communiquer secrètement pour le bien général ce que j'ai appris devons à ce sujet. Dites-moi si le vice-régent de Christ Collège approuve ma manière de faire, et comprend mes motifs, car je ne voudrais pour rien au monde que des divergences d'opinions vinssent à la traverse de mes démarches. »
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Cette autre lettre de Wiseman au D' Russel, de Maytiooth, montre très clairement Tidée qu'il avait de la rsituation :
« Les apparences de surface ne sont rien, je vous Tas- :sure, à côté de ce qui se prépare au fond des âmes. Le mouvement catholique n'est pas, comme quelques-uns se le figurent, dans quelques cérémonies extérieures et •quelques formules adoptées par les tractariens ; il se passe dans leurs cœurs, il est dans leurs désirs. Chaque jour, ils se dégoûtent davantage de Fanglicanisme, de sa pauvreté, de son manque de sérieux, de sa doctrine « bégayante ». Leur marche en avant est si décidée, si régulière, si unanime que, de deux choses Tune, ou bien ils entraîneront avec eux leur Église, ou bien ils la laisseront derrière eux. Malgré leur attente, c'est cette seconde solution qui dénouera le drame. Si leur Église les repousse et essaie de briser leurs efforts, ils l'abandonneront, car, maintenant, ils ont laissé le catholicisme pousser en eux des racines trop profondes, pour que le Uelum imbelle sine ictu des évéques anglicans puisse les arracher. En attendant, ils ne voient pas du tout où est pour eux le devoir présent. Si chacun me consultait en particulier pour soi-même, je lui répondrais, il me semble, 4e quitter la maison de son père, et d'assurer son salut ^n allant où la grâce de Dieu le conduit. Mais tant qu'ils n'ont pas assez de grâce et de lumière pour .sentir qu'en restant anglicans, ils compromettent leur salut (et je n'en ai encore rencontré aucun qui se rendît compte de cela), tout ce que nous pouvons faire est de les pousser plus ^vant encore dans leurs idées, de manière à les leur faire répandre partout, et à les inviter doucement plutôt que •de les repousser, comme quelques-uns semblent inclinés
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à le faire- Certes, je voudrais bien les voir devenir catholiques, dès aujourd'hui, un par un ; mais s'ils ne le veulent pas, je serais navré de les arrêter dans leur mouvement actuel.
« Maintenant, cher ami, laissez-moi vous prier de vous unir à moi .dans la détermination où je suis de dévouer ma vie et mes forces à avancer cette œuvre divine. Demandez partout des prières, intéressez à nos espérances le jeune clergé irlandais. Plus que tout, empêchez la violence dans l'expression des sentiments politiques. Quelle souffrance si, en fin décompte, quelqu'un de nous était reconnu coupable d'avoir fait avorter l'œuvre de Dieu par sa violence, ses antipathies politiques ou ses négligences. J'espère que le D"" Miley * changera de ton. Je lui ai écrit que j'ai été frappé la semaine dernière, en récitant la cinquième leçon du jeudi safint ; combien tout cela va être bientôt de circonstance ^ ! »
Le premier fait important qui se produisit ensuite, fut l'ouverture d^une correspondance entre le D"" Russel et Newman, correspondance qui se changea en une étroite et durable amitié. Le D*" Russell en informe Wiseman par cette lettre, renfermant une lettre de Newman.
1. Prêtre irlandais qui avait attaqué durement les tractariens,
2. « Utinam ergo qui nos modo exercent, convertantur, et nobiscum exerceantur^ tamen quandiu ita sunt ut exerceant, non eos •oderimus. — Et plerumque cum tibi videris odisse inimicum, fratrem odisti, et nescis. — Dieu fasse que ceux qui nous persécutent •se convertissent et viennent se faire persécuter avec nous. En attendant, tant qu'ils seront de l'autre côté, nous ne les haïrons pas. Et que savons-nous s'ils doivent persévérer jusqu'à la fin dans le mauvais parti ? Presque toujours, quand tu penses détester un ennemi, c'est ton frère que tu détestes, et tu ne t'en doutes pas. > — Saint Augustin super psalmos.
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Saint-Patricks, Maynooth, 20 avril 1841.
a Cher Monseigneur, — Voici une lettre d'Oxford qui fera plaisir à Votre Grandeur. Je ne saurais rendre compte de Timpulsion, qui, le jeudi saint, me poussa à écrire à M. Newman. J'achevais Toffice, quand l'idée me vint qu'il serait peut-être bon de lui écrire amicalement sur cette partie du Tract qui regardait le mystère du jour, la Transsubstantiation. Je cédai à l'impulsion et lui montrai combien sur ce point il nous avait mal compris ; combien l'évêque Taylor qu'il cite, avait mal interprété Bellarmin, et surtout je lui prouvai que les termes les plus forts employés par Béranger dans sa rétractation, et qu'il reproduit lui-même, sont copiés textuellement dans les saints Pères, et en particulier dans saint Jean Chrysostome. Je le renvoyai à Véron et à Bossuet pour voir jusqu'à quel point nous sommes autorisés, — une fois admis les termes réellement^ vraiment et substantiellement — à parler de la présence sacramentelle et spirituelle^ en opposition avec la présence charnelle et naturelle. J'allai même jusqu'à lui demander la permission de lui envoyer un exemplaire de Véron, s'il n'en possédait pas. Je vous envoie sa réponse. Elle confirme tout ce que me disait Votre Grandeur. Il y a là une franchise et une cordialité de ton qui sont de bon augure. Si les temps étaient venus, et puissent les jours être abrégés ! une seule conférence suffirait à dissiper les divergences encore existantes, à supposer qu'elles ne disparaissent pas d'elles-mêmes avant qu'il soit longtemps. Que je remercie Dieu de ce que vous êtes maintenant au milieu de nous, pour tendre une main bienveillante et chrétienne à ces frères, faibles encore, encore hésitants,
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mais pourtant, j'en suis convaincu, sincères, et pour faire rougir et forcer, par honte, au silence le sentiment hargneux et méchant qui voudrait repousser leurs avances et se moquer de leurs angoisses î La dernière lettre du D"" Miley est écrite dans un esprit bien meilleur, et la lettre d' « un jeune membre de l'Université d'Oxford », reproduite de t Univers dans le Freeman^ que je vous envoie, et dans le Tablet fera, je crois, beaucoup de bien. « La grande difficulté est d'ordre politique et d'une délicatesse extrême. Elle est de telle nature qu'on ne peut y toucher ouvertement ni publiquement. Je n'ai jamais supporté l'affectation inutile de la communauté de sentiment avec les dissidents qui, en outre de son inopportunité et en raison même de sa trop fréquente expression, frise de près Terreur. Souvent, j'ai rougi de voir mes frères se faire eux-mêmes les valets et les marionnettes d'une tourbe, dont quelques membres, après s'être servi d'eux, ont cessé ou cessent de les respecter. Mais malheureusement, il n'y a que trop de motifs pour justifier la situation de ce misérable pays, et je suis sûr quela moindre allusion à ce sujet n'aboutirait qu'à semer la division parmi nous, sans favoriser en rien la cause sacrée à laquelle vous avez consacré votre vie. J'espère qu'un meilleur esprit prévaudra peu à peu parmi nous, et j'ai confiance que la grâce qui déjà a renversé tant d'obstacles écartera aussi celui-là. O'Connell est si infatué ou du moins si pénétré de ses idées, que ce sera là une question bien délicate à traiter avec lui. Mais, à -tout prix, et par tous les moyens, il faut pourtant que cet obstacle disparaisse^ et je crois fermement que cet heureux résultat sera obtenu sans nous. Nous prions tous pour qu'il se réalise et pendant le prochain mois de
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Marie, ce sera dans notre communauté un sujet de prières communes. »
Wiseman répondit :
« Je vous renvoie, avec tous mes remerciements et toutes mes félicitations, Fintéressante lettre de M. Newman. Je ne vois pas à Oxford d'insurmontables obstacles contre le retour à Tunité. Les passions des hommes et les grossiers préjugés du peuple sont nos véritables adversaires. Eux sont vraisemblablement plus à même que nous de dissiper ces préjugés. Quant aux passions humaines, efforçons-nous de les apaiser en ce qui concerne celles de notre propre parti...
« Par suite de mes occupations, ce billet est resté en détresse jusqu'à aujourd'hui (28 avril). Cela me donne l'occasion de vous communiquer cette bonne nouvelle que les véritables hommes d'Oxford ont résolu de ne plus attaquer O'Connell et changent complètement d'opinion sur l'Irlande. Un extrait de la lettre qui m'a été adressée par le D^ Murray et qui leur a été communiquée a fait merveille... »
L'âme enthousiaste de Wiseman était alors animée d'espérances que ceux qui connaissaient bien Newman n'auraient pas encouragées. Son projet était d'entrer en communications plus étroites avec le Saint-Siège par l'intermédiaire de son vieil ami le cardinal Mai et •d'obtenir des instructions en vue d'une réconciliation immédiate de Newman et de ses amis avec Rome. Il s'en ouvre confidentiellement à M. Philipps dans cette lettre, datée d'Oscott, le 14 mai 1841 :
« Mon cher Monsieur, — Votre dernière lettre m'a rempli de consolation et d'une joie sincère. Je ne manquerai pas, dans une seconde lettre, d'en communiquer
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le contenu au Saint-Père par Tijitermédiaire du cardinal Mai. Mais je prévois qu'il sera presque nécessaire que je profite des vacances pour me rendre à Rome, car je pense que probablement on désirera m'y voir, le sujet en question étant trop délicat pour être abordé autrement que de vive voix. De plus, il y a plusieurs autres affaires au sujet desquelles il serait très opportun d'avoir l'avis plus intime du Saint-Siège. En ce qui me concerne, je sens combien sérieuse est la responsabilité de devenir, comme j'en éprouve le très ardent désir, l'organe des relations entre Rome et nos amis d'Oxford, sans instructions claires et précises qui ne peuvent être données, je le comprends bien, qu'après explications complètes et de vive voix; Et puis, j'aimerais qu'il vînt de la part du Pape des encouragements à persévérer dans notre ligne de conduite, des exhortations à la douceur et à la prière, des recommandations aux évêques de procéder à des réformes, et par dessus tout la condamnation de l'alliance avec les dissidents. Tout cela ne peut se réaliser que sur place et non autrement. Je vous entretiens de ce projet pour vous demander ce que vous en pensez et personne ne doit en entendre parler. J'irais à Paris et de là à Rome, l'évêque étant seul au courant de mes démarches. Il est actuellement à Londres, de sorte que, si vous veniez ici, nous pourrions jious voir seuls. Je dois vous dire que bien que je ne lui aie rien communiqué 'de votre dernière lettre, j'ai cru nécessaire de consulter une personne très prudente, sous le sceau de la confession^ parce que je jugeai n(!cessaire pour ma propre gouverne d'avoir son avis. « Je suis toujours, cher Monsieur, votre très affectionné en N. S. « N. Wiseman. »
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412 LE CARDINAL WISEMAK
L'ardeur de son zèle se manifesta, en attendant, par renvoi à Newman d'une lettre dont il décrit le résultat dans le billet suivant adressé toujours à M. Philipps. Il fait bien ressortir l'état d'esprit des deux personnages à cette époque :
« Avec votre lettre, j'en reçois une très désolante de Newman. J'en suis abasourdi et douloureusement découragé. Aussi ai-je gardé à part moi une longue lettre que j'avais écrite au cardinal Mai, dans la crainte de me tromper moi-même et d'égarer le Saint-Siège. J'avais donc écrit à M. Newman, en réponse à une lettre d'Oxford, très dure pour O'Connell, publiée dans le Tablet, la semaine dernière, et je donnais quelques intéressants détails sur la conduite d'O'Connell à l'assemblée préliminaire de l'Institut. Sur ce point, la lettre de Newman était satisfaisante; mais il continue, sans que ma lettre eût fait la moindre allusion à ce sujet, en exprimant son regret que j'eusse essayé de justifier les invocations à la Sainte Vierge, usitées dans l'Église, et il en conclut que c'est un fâcheux présage que nous ne les abandonnions pas. Eh bien ! vraiment, s'il s'attendait que l'Église, ou bien nous, nous abandonnerions notre tendre et confiante dévotion à la sainte Mère de Dieu, ou que le moindre des pasteurs se rangerait, de son jugement privé, à l'opinion de M. Palmer, en condamnant des expressions approuvées par les pontifes de l'Église, . jusqu'où n'iront pas ses exigences de concessions, avant que nous puissions espérer la réunion! Néanmoins je vous apporterai la lettre, avec une autre.
« Avec mes meilleurs sentiments pour tous, je suis toujours sincèrement bien vôtre en N. S.
« N. WlSEMAX. »
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Les lettres suivantes à M. Philipps exposeront plus complètement la situation pendant les mois qui suivirent la publication du Tract 90. Il semble que Wiseman ail voulu alors profiter d'un voyage à Oxford, où l'appelaient ses fonctions épiscopales, pour y rendre visite à M. Bloxam. Mais, étant donné l'état des esprits à l'Université, il n'est pas étonnant que Bloxam n'ait pas encouragé cette idée.
Scarbro, N.-D. du Mont-Garmel.
« Mon cher Monsieur Philipps, — Mon impression est toujours que la première débâcle du protestantisme viendra de la sécession d'un grand nombre de jeunes gens qui n'auront pas la patience d'attendre les mesures plus prudentes de leurs chefs. Je crois que plusieurs y sont décidés, mais n'osent pas se mettre en avant, et il est probable que Tennemi de l'homme livrera de rudes assauts pour empêcher le premier pas.
«... J'avoue que je me sens parfois dans la situation d'un naufragé qui cherche à gagner le rivage et que la vague repousse chaque fois qu'il croit avoir repris pied ou saisi un objet qui l'aide à se sauver. Mais je m'efforce de tout supporter avec résignation et d'attendre l'heure de Dieu. La lettre de M. Bloxam me tire d'une considérable perplexité. Je n'ai rien à perdre de ne voir personne à Oxford, mais j'aurais été peiné d'avoir à me décider de moi-même entre Talternative de mettre les autres dans une situation embarrassante par ma proposition d'aller les voir et celle de manquer à un devoir de politesse en m'abstenant de cette visite. Mais la lettre de M. Bloxam a tout arrangé. Je resterai simplement à Oxford strictement le temps nécessaire pour mes fonc-
4t4 LE CARDINAL WISEMAN
lions ecclésiastiques et en repartirai probablement le même jour. Toutefois j'espère avoir le plaisir de voir M. Bloxam à Sainte-Marie avec vous, dans le courant du mois prochain ; et mon plaisir serait plus grand • encore si vous pouviez décider M. Warde {sic) ou M. Sibthorpe à vous accompagner ou à vous rejoindre ici. Car je crois les observations de M. B. Smith très vraies; ses amis d*Oxford pensent et parlent des pratiques et des institutions catholiques comme de choses appartenant au passé ou à Tavenir, mais non comme de choses actuelles et réellement existantes. Je pense qu'une visite à notre collège accroîtrait leur désir de voir le pays catholique...
« Je ne crois pas qu'il soit possible de rien faire avec Palmer et les autres, avant mon retour de Belgique, qui ne tardera guère, car je pars la semaine prochaine et mon avis est qu'il vaut mieux traiter à fond cette question et celles qui s'y rattachent. J'ai toute confiance en l'heureuse issue de cette controverse... »
Wiseman termine cette lettre par cette consolante nouvelle :
« Je pense et je sens que nous marchons à grands pas dans la voie d'une grande et sainte réforme de nousmêmes. Je n'avais jamais compté qu'elle commençât avant que nous eussions une retraite pour notre clergé. Je vous assure que les résultats sont de telle nature qu'ils me remplissent d'espoir et de courage. Partout je trouve dans notre clergé un ardent désir de faire mieux et de revêtir un nouvel esprit. »
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Enfin rheure si attendue de la moisson va sonner et AViseman fait part de sa joie à son confident de Maynooth, le samedi après la Trinité, 1841 :
« M.Wackerbarth est venu ici et a été vivement frappé, surtout par les cérémonies de la Fête-Dieu. Il faudrait bien peu de chose, je crois, pour le fixer parmi nous et nous donner les primiliœ du Mouvement d'Oxford... Il est dans cet état d'âme qui pousse nécessairement en avant, il ne peut plus piétiner sur place ; il faut qu'il devienne catholique, sans retard. »
Le jour de la Visitation, 2 juillet 1841, il écrit encore au même correspondant :
« Une lettre de M. Newsham, datée d'Oxford, m'apprend que les étudiants viennent sans cesse le trouver en particulier et il m'assure qu'il en connaît environ quarante, prêts à se rendre à l'étranger pour étudier en vue de la prêtrise. Si cela est exact, qui donc oserait les retenir ou leur conseiller de rester où ils sont? Je tremblerais pour moi-même, si pareille pensée me venait. Doivent-ils demeurer sans sacrements, sans Tactive communion avec l'Église catholique, sous le prétexte que, grâce à leur persévérance dans le schisme, la génération à venir sera conduite à l'unité ? Je ne parle pas ici, naturellement, de MM. Newman et Bloxam qui se sentent en sécurité dans leur présente situation, mais seulement de ceux qui, déjà ébranlés dans leurs convictions, se sentent pressés par leur conscience de pousser plus avant leur étude. Notre devoir me semble nous indiquer deux manières d'agir; avec ces derniers, d'abord, nous devons nous montrer francs et ouverts, prêts à les recevoir et à les encourager à venir quand, où et comme la grâce les appelle, qu'il n'y en ait qu'un ou qu'ils soient
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mille. Secondement, avec les premiers, nous devons nous garder soigneusement de les encourager dans l'idée qu'aucune considération les justifie de rester dans le schisme, quand bien même nous ne nous croirions pas le devoir de les presser d'avancer plus vite que leurs convictions ne les poussent. Ceux-là, s'ils sont sincères, trouveront leur justification devant Dieu, mais il nous faut bien prendre garde de les encourager formellement dans leur idée, car ce serait assumer une grosse responsabilité. Je crois M. Newman un homme timide S ne considérant la réunion que comme une pure éventualité ; tel est, du moins, le ton de sa note. Du reste, comme vous l'observez, la Providence nous instruira par des faits, et aucun ne serait plus concluant que l'accession prochaine d'un certain nombre. L'élan serait certainement irrésistible; j'ai écrit à Rome dans ce sens et j'attends tous les jours la réponse. Mais l'intermédiaire de l'archevêque de Paris ne serait d'aucune utilité, car il ne pourrait intervenir que comme agent du Saint-Siège. Seul, le centre de l'unité peut accorder la communion. Si Rome me laissait entrevoir l'opportunité de ma présence là-bas, je
1. Quelques jours après, Wiseman ajoute : « Je viens de relire la note de M. New man à M Bloxam. 11 semble insinuer que la réunion n'est qu'une chose un peu plus que possible, qui pourra se réaliser si l'opinion lui devient plus favorable parmi les anglicans, mais que nous ne pouvons bâter; il prétend, bien plus, que dans la prévision d'une telle réunion après notre époque, nous devons cesser de faire des conversions; nous devons nous reposer sur nos avirons et dormir à nos postes. Pourrions-nous nous présenter avec confiance devant Dieu, si, pour de telles perspectives, nous agissions de la sorte? Ceux qui, comme M. Newman, croient pouvoir, en sûreté de conscience, demeurer en communion avec l'Église anglicane, peuvent proposer une semblable manière d'agir, mais nous ne le pouvons [)as, nous, qui avons la charge des âmes aussi bien que des Églises. j>
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n'hésiterais pas à m'y rendre, car, croyez-le bien, il n'est rien que je ne sois prêt à tenter dans la mesure de mes moyens, pour amener la réunion de ce pays avec le Saint- Siège.
« Je serais désolé que M. Bloxam et M. Sibthorpe vinssent ici pendant Tabsence que je pense faire à la fin dé juillet. S'ils pouvaient avancer ou retarder leur visite, je serais heureux de leur montrer tout ici. Si M. Bloxam admire tant Rodriguez, que dirait-il des Exercices de saint Ignace ; il est vrai qu'il faut les faire et non les lire. J'attends beaucoup de bien de la semaine prochaine. J'espère que M. Gentili sera en mesure de se trouver à la retraite, car plusieurs pourront le désirer pour confesseur. »
Une dernière lettre, datée du 19 octobre 1841, en la fête de saint Pierre d'Alcantara, fera constater les progrès du mouvement catholique en cette année décisive :
« Mon cher ami, — J'ai reçu une lettr.e de M. Bloxam, me disant que M. Sibthorpe et lui seront des nôtres dans huit jours demain, juste à temps pour assister à l'ordination du P. Signini, jeudi matin. Viendrez-vous aussi ? J'ai eu de M. Ward une très aimable lettre destinée à détruire la mauvaise impression d'une décourageante lettre de M. Newman, que M. Ward suppose avoir été écrite, mais que je n'ai pas encore reçue. Elle était confidentielle, je vous prie donc de n'en point parler, non plus que de ce qui suit. Vous vous souvenez que je vous ai dit que plusieurs étudiants étaient en mouvement à Oxford et s'étaient mis en relation avec M. Newsham, par l'intermédiaire d'un jeune homme, fils d'un dignitaire de l'Église. Ce jeune homme (M. Grant) était ici l'autre jour, il nous trouve très en arrière dans nos idées
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et nos espérances, et affirme que nous ne nous figurons nullement à quel point ils sont rapprochés de nous. Lesétudiants devancent de beaucoup leurs supérieurs, et ne se laisseront pas arrêter. Ils sont déterminés à l'union avec nous; M. Grant lui-même partira bientôt pour Bruges pour se faire recevoir dans TÉglise. 11 reviendra nous voir et amènera avec lui M. Lockhart, petit-fils de SirW. Scott ^ qui est aussi avancé que lui-même. Je Tai invité à assister à l'ordination. Il est ravi du collège et promet d'être « un bon éclaireur » parmi les étudiants. Vous serez heureux d'apprendre que M. Oakeley et son compagnon sont en Belgique avec M. Richmond et M. Moore. Ils ont voyagé et vécu ensemble trois jours ;. ils l'ont pris avec eux pour visiter les séminaires, etc. Tout d'abord il s'est montré réservé, mais il a fini par leur ouvrir librement son cœur et par leur découvrir ses pensées et ses intentions. Le P. Dominique^ fait de merveilleux progrès en anglais et se mettra bientôt à l'œuvre. »
1. Ceci est inexact. Le P. Lockhart était cousin de M. Lockhart qui épousa une fille de Sir Walter Scott.
2. Le P. Passioniste qui reçut plus tard Newman dans l'Église catholique.
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