British Critic, janv. 1840, p
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autre que ce qu'elle est peut s'accomplir en différentes manières, et, quoique exprimé en un sens, on y peut répondre en un autre. Une comparaison me fera comprendre. Les taches observées sur un objet peuvent quelquefois être enlevées simplement en essuyant le milieu au travers duquel on le regarde et qui projette sur lui ses propres défauts. Ainsi Rome peut être bien différente de ce qu'elle apparaît aux yeux d'un observateur même sincère qui la regarde dans des représentations fausses, ou qui la juge d'après des descriptions trop fortement colorées en certains points, ou enfin sous l'impression d'une erreur encore plus légère. Un tableau peut nous apparaître sombre et désagréable^ non à cause de la disposition des couleurs, mais parce qu'il ne reçoit qu'une lumière insuffisante. Ainsi, bien des choses nous paraissent tristes et repoussantes, non qu'elles le soient en effet, mais parce qu'on ne les a point exposées à la lumière d'une explication raisonnable. Enfin, le défaut peut venir entièrement de la position du spectateur. Un homme, aussi pieux qu'instruit, me faisait observer, l'autre jour, que nos dévotions envers les saints peuvent se comparer aux magnifiques vitraux placés aux fenêtres de nos vieilles églises. Vues de dehors, ces représentations n'offrent qu'une surface grisâtre et un assemblage bizarre de lignes informes ; mais vues de l'intérieur de l'église, ce sont des figures pleines de grâce et de majesté, toutes brillantes de la pure et riche lumière du ciel. Je ne me sens donc ni effrayé ni découragé en voyant avec quelle force on insiste si souvent sur cette condition de réforme ; car je sais qu'elle a son origine dans la manière d'envisager les choses, beaucoup plus que dans les choses elles-mêmes; et
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Votre Seigneurie et moi-même avons connu bon nombre de personnes qui nourrissaient les plus violents préjugés contre Rome, et qui les ont vus se dissiper dans Rome et par Rome. »
Tout en attribuant les préventions à de simples malentendus, Wiseman s'exprime avec force sur le devoir qui incombe aux catholiques en communion avec le Saint-Siège, de déplorer et de réformer les dévotions abusives qui peuvent s'être introduites dans des cas particuliers. L'humilité de part et d'autre, dit-il, est la voie de la réunion. Mais l'Eglise elle-même, quelque défectueuses que puissent être ses manifestations locales, a les promesses divines et est exempte de blâme.
« Selon moi, ajoute-t-il, chacun doit prononcer contre soi-même une condamnation sévère et n'avoir pour autrui que charité et affection. Catholiques anglais, pleurons notre lenteur à accomplir les œuvres du devoir, notre froideur à embrasser les inspirations du zèle. Prêtres anglais, déplorons l'absence de ton et d'esprit ecclésiastique qui, sur le continent, donnent au ministère sacerdotal une régularité si belle et dirigent toutes les habitudes et les actions les plus ordinaires du prêtre. Quant à nos frères séparés, qu'ils jugent eux-mêmes les maux de leur situation dans l'Église et l'État. Nous ne voulons point intervenir dans ce jugement. Mais aussi qu'ils s'abstiennent et qu'ils nous permettent de nous abstenir de la tâche présomptueuse de juger et de censurer l'Église apostolique. »
Il cite alors, en l'approuvant, le sentiment de Mœlher, que l'existence même du protestantisme est un témoignage des corruptions de l'Église dans les siècles passés : « Voilà le terrain sur lequel les deux Eglises se rencon-
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treront un jour et se donneront la main. Dans le sentiment de notre faute commune, nous devons nous écrier €i les uns et les autres : « Nous avons tous manqué, l'Église seule ne peut faillir; nous avons tous péché, l'Eglise seule est pure de toute souillure. »
Aux catholiques Wiseman conseille, pour aborder cette œuvre de la réunion, la douceur, la bonté et la •charité :
« Ce n'est point être présomptueux, dit-il, que d'inculquer à ceux qui travaillent à l'avancement de cette oeuvre grande et glorieuse, que la violence, bien que parée du manteau du zèle, n'aura point part aux bénédictions promises à la douceur et à la charité. Des paroles dures, le sarcasme et l'amertume ne sauraient ni convaincre les esprits, ni gagner les cœurs. D'un autre côté, la confiance en la sincérité des autres et en la pureté de leurs motifs, l'espérance au succès de nos efforts, quoique souvent trompés, la patience au milieu des désappointements répétés, une charité et une douceur qu'aucun mauvais accueil ne saurait rebuter, un zèle qui ne perd rien de sa chaleur, malgré l'indifférence de ceux avec qui il traite; enfin l'esprit de Jésus- Christ et de son Église ne manqueront pas, tôt ou tard, de vaincre les obstacles qui, aujourd'hui, semblent insurmontables, et d'obtenir les succès qui paraissent les plus désespérés. »
Comme exemple de la voie à suivre pour aplanir les difficultés dans cet esprit de condescendance, Wiseman rappelle les propositions de Bossuetau Pape dans le but de réconcilier avec le Saint-Siège les protestants de la confession d*Augsbourg :
« Le savant évéque, dit-il, fait observer que la Pro-
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vidence ayant permis que beaucoup de vérités catholiques fussent conservées dans cette confession, il fallait profiter de cette heureuse circonstance et demander, non pas des rétractations^ mais des explications qui fissent concorder cette confession avec les doctrines catholiques. Eh bien ! la voie a été préparée à l'adoption de celte méthode, quand on a démontré que les ArtlclesXe^ plus difficiles sont susceptibles d'une interprétation qui leur ôte tout caractère de contradiction avec les décrets du concile de Trente. On peut suivre la même méthode en d'autres points et ainsi Ton épargnerait aux individus de graves inquiétudes, et à l'Eglise de grandes difficultés. »
L'enthousiasme de Wiseman dans ses espérances se manifeste par sa manière optimiste d'apprécier les difficultés du projet de réunion au nombre desquelles il énumérait comme les plus sérieuses : « scrupules sincères contre certaines pratiques, répugnances à renoncer à certaines formes, questions compliquées. touchant les arrangements hiérarchiques, touchant les saints ordres et la discipline cléricale... »
La fin de la lettre, en même temps qu'elle révèle ses prévisions pour l'avenir, montre à quelle hauteur son espérance s'était élevée :
« Que le retour de ce pays, c'est-à-dire de l'Église Établie à l'unité catholique, dit-il, mît fin à la dissidence religieuse et aux discordes intérieures, je ne saurais en douter. La population serait formée à des mœurs plus pures par deux puissants moyens ; dans les campagnes» par l'influence du clergé paroissial : dans les villes et les districts manufacturiers, par les ordres monastiques. L'expérience a aujourd'hui montré que les habitants des campagnes sont prêts à recevoir sans murmure et même
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avec plaisir les enseignements catholiques proposas par les théologiens d'Oxford, et même plus encore, pourvu qu'ils leurs soient présentés par le canal régulier des instructions paroissiales. Ajoutez la splendeur et la majesté du rituel catholique, la variété sublime des différents services, les offices si touchants propres aux diverses saisons de Tannée, cette sanctification de tous les instants de la vie domestique, ces établissements sans nombre consacrés à la charité, et la Dissidence tomberait réduite en poudre sous l'action paisible du catholicisme, et ses fragments ne tarderaient pas à se réunir autour du principe tout-puissant d'attraction universelle. Puis, envoyez des hommes d'une vie austère et de manières aimables, ceints delà corde d'un saint François, ou portant sur la poitrine le sceau de la Passion, et dans leurs traits les signes de la mortification (comme les disciples du vénérable Paul de la Croix), des hommes dont le vêtement ne se distingue de celui des pauvres qui les entourent, ni par la beauté du tissu, ni par une pauvreté affectée, mais dont le costume est à la fois majestueux et humble : pieds et tète nus, tenant à la main l'emblème de la rédemption ; qu'ils prêchent le jugement, la mort, les châtiments futurs, la pénitence, la justice et la chasteté, et on les écoutera avec crainte et respect ; et nous verrons des prodiges de réforme, et une foi pure engendrera des mœurs plus pures ; et la conversion du cœur entraînera la conversion de l'esprit. »
Il n'y a pas d'apparence que la lettre du D"" Wiseman ait exercé la moindre influence dans les milieux-politiques ; mais elle contribua à rendre pressante pour rÉcole d'Oxford la question de la réunion des Eglises,
résultat qu'accéléra encore la persécution exercée par les autorités d'Oxford contre les tractariens.
Un puseyiste se vit refuser un bénéfice ; on n'admît point à concourir pour les bourses d'agrégation ceux que Ton considérait, suivant le langage de Tépoque, comme teintés de catholicisme et les évêques, si longtemps silencieux, lancèrent Tun après l'autre, dans le courant de l'année, des mandements condamnant les Tracts pour le temps. Rejetés par leur propre communion, il était naturel que les tractariens cherchassent à se rapprocher des amis qu'ils comptaient dans l'Église catholique. Leurs chefs correspondaient avec Pugin et Wiseman au sujet de la réunion de leur parti avec Rome, alors que leur assimilation avec l'Église d'Angleterre devenait de moins en moins probable. Newman était en commerce de lettres non seulement, comme on Ta vu, avec le D"^ Russell de Maynooth, mais avec d'autres catholiques tels que MM. Whitty et Philipps, et, avec quelques variations de détail, la conviction se faisait de plus en plus évidente dans son esprit que le résultat de ses années d'étude et de discussion serait de conclure que Rome était dans la vérité. 11 soutenait bien encore que les autorités de l'Église romaine autorisaient certains abus ; mais le droit de la communion romaine à se proclamer l'Église des apôtres lui paraissait chaque jour plus clairement établi. Toutefois il croyait toujours sa position tenable. « De ce que votre communion est inattaquable, écrivait-il, cela ne prouve pas que la mienne ne puisse être défendue. » Mais il entrevoyait que « la vérité se trouvait dans le parti extrême » de Ward et d'Oakeley, qui considéraient la soumission à Rome comme le but définitif.
Dans ce même été de 1841, une lettre de Newman avait ravivé l'espérance d'une réunion immédiate. 11 semblait, en effet, y considérer son accession et celle de plusieurs de ses amis à la communion romaine comme une éventualité réelle et prochaine, et n*y proposer rien moins que d'abandonner la théorie d'une réunion arrangée sur la base de concessions mutuelles, et d'admettre le devoir de la soumission à Rome. Newman avait bien désavoué cette interprétation de ses paroles ; mais elles étaient déjà à la connaissance de tous, de sorte que ses explications ne purent arrêter le mouvement en avant, eût-il pour point de départ un malentendu. Sur ces entrefaites, dans l'automne de 1841, survint la condamnation des doctnnes traclariennes dans les mandements des évêques. La situation du petit noyau tractarien, pris entre deux grandes forces, l'Église nationale qui le repoussait et l'Église catholique romaine dont ils se tenaient encore éloignés, devenait on ne peut plus anormale. Une chose cependant était certaine: c'est que leurs convictions catholiques étaient trop fortes pour que rien pût les ébranler. Allaient-ils se ranger à l'avis de Keble, partagé par un autre membre du parti appelé plus tard à une grande célébrité, et vivre pendant quelque temps isolés de tout corps religieux constitué, ou bien se réuniraient-ils à la grande communion à laquelle leur caractère catholique les fai»sait appartenir ; on ne pouvait se prononcer d'une façon absolument certaine, mais l'attitude déjà très accentuée de Newman rendait plus probable la seconde alternative.
D'éminents tractariens commençaient à fréquenter ouvertement les catholiques anglais. Bloxam, Ward et
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Oakeley visitaient M«' Wiseman à Oxford. Un peu plus tard, Bloxam et Ward se rendirent à la Grâce-Dieu, où ils se rencontrèrent avec des catholiques tels que Lord Shrewsbury et Pugin. Ralph Waldo Sibthorpe, agrégé de Madgalen Collège, vint à Oscott au mois d'octobre, et vers la fin de Tannée, il entrait, sans qu'on s'y attendit, dans la communion de l'Eglise romaine. L'impression produite fut grande ; et pour l'instant les relations entre Bloxam et M. Philipps cessèrent.
Mais on avait trouvé d'autres moyens de communiquer et la logique des faits était trop forte pour être entravée par des événements de détail, accentuée qu'elle était encore par l'entente, en 1842, de l'archevêque de Cantorbéry avec les luthériens de la Prusse, pour l'érection d'un évêché à Jérusalem ^ Les relations un instant suspendues furent reprises un peu plus tard.
i. Après le traité de 1840 qui constitua en Egypte un gouvernement héréditaire et rendit la Sj'rie au Sultan, le gouvernement britannique avait cru politique de s'entendre avec les cours prolestantes d'Allemagne et de Prusse, pour instituer à Jérusalem un évéque qui devait être en Orient le chef suprême des anglicans, des lulhériens et des calvinistes. Sans contestation aucune, le Parlement avait voté le bill, et le clergé conféré l'ordination. De là grand scandale à Oxford, les docteurs tractariens s'élevèrent avec violence contre l'investiture nouvelle. En leur nom, M. Newman envoya une solennelle protestation à l'archevêque primat de Cantorbéry. <t S'il est vrai, disait-il, que l'Église d'Angleterre a toujours été catholique, d'où vient qu'elle s'allie aux luthériens et aux calvinistes hérétiques, repoussés par l'Orient comme par l'Occident?... Prêtre de la sainte Église d'Angleterre, je proteste contre une mesure qui répugne à ma conscience et que doit désavouer l'Église de mon pays. » A cet audacieux appel, Tépiscopat entier parut s'émouvoir. La dernière série des Tracts^ publiquement censurée par les évêques, fut prohibée par chacun d'eux dans son diocèse.
V. Revue des Deux Mondes : V Anglo-catholicisme y par Gilbert Thierry, livr. du 1"^ mai 1867, p. 181. N. D. T.
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Cependant une sécession^ importante et par ses circonstances et par ses conséquences, se préparait, celle de M. Bernard Smith, qui figure dans YApologia de Newman sous les initiales de B. S. M. Smith dont on a lu plus haut les souvenirs sur Wiseman avait été agrégé de Magdalen-Collège à Oxford, à Tépoque florissante du D"^ Routh. Il était Tami intime de J. R. Bloxam dans la chambre duquel il avait fait la connaissance de Pugin. Celui-ci avait été ravi de ses idées sur l'architecture (et sur la religion) et le proclamait un très glorieux personnage. Le père de M. Smith était un honorable propriétaire du Lincolnshire. Son fils fut nommé, en 1837, au bénéfice de Leadenham. Sur son invitation, Pugin consentit à séjourner avec lui au rectorat de Leadenham et à dessiner les peintures de la voûte de Téglise paroissiale. Au cours de ce travail, Smith et Pugin se lièrent tout naturellement d'amitié et leur conversation porta sur le grand sujet. M. Smith présentait un curieux mélange de sympathies catholiques et de certains préjuges anglais sur Fasluce et le jésuitisme caractéristiques des papistes. La sœva indignaiio de Pugin devant un portrait de ce genre amena d'importants résultats. La conversation roulant un jour sur la reviviscence des doctrines catholiques, en dehors de l'Église romaine, en Angleterre, M. Smith prétendit avoir entendu exposer la doctrine catholique, même dans une église wesleyenne. « Peutêtre, ajouta-t-il, un prêtre romain jouait-il là le rôle d'un ministre wesieyen, sans que les wesleyens en sussent rien. » L'explosion de la colère et de l'indignation de Pugin en face d'un tel outrage abasourdit M. Smith: « Comment osez-vous dire de pareilles choses? répliqiia-t-il. Si vous connaissiez en personne des catho-
liques anglais, vous ne pourriez tenir de tels propos. » Le recteur de Leadenham prit cette parole à cœur, se fit présenter en 1842 à M**" Wiseman, et rechercha dès lors Toccasion d'entrer en relations avec des romanistes anglais en chair et en os. Il fit la connaissance à Birmingham du D' Moore, plus tard président d'Oscott, et raccompagna souvent dans ses visites aux pauvres.
Mais ce furent surtout ses visites aux malades, en compagnie du D' Moore, qui le touchèrent davantage. « La joie évidente d'un mourant ou d'une mourante à la vue du prêtre, leur foi au secours spécial apporté par les derniers sacrements, contrastaient étrangement avec ma propre expérience. Il y avait là un sentiment de la réalité^ une certitude de réconfort et de secours que je n'avais jamais constaté auprès d'un lit de mort », affirme M. Smith.
Sa* nouvelle connaissance du prêtre romain^ en des circonstances moins extrêmes, eut sur lui une grande influence. L'escobarderie jésuitique brillait en eux par son* absence. Comme Newman plus tard \ il trouva que la franchise non seulement ne leur manquait pas, mais- qu'ils l'avaient même parfois un peu dure. Un jour qu^il était allé voir à Birmingham un prêtre appartenant à une famille catholique du Nord bien connue, il le trouva plongé dans un in-folio de saint Augustin. M. Smith ne put se défaire de l'idée que la scène avait été arfangée en vue de sa visite. En conséquence, sous un prétexte ou sous un autre, il revint trois fois en une heure après sa première visite, et, à sa grande surprise, il retrouva chaque fois le prêtre courbé sur son in-folio.