‹ Le cardinal WisemanChapitre 84 sur 106 · V. Difficullies of Anglicans, i** vol., p · texte numérisé non relu

V. Difficullies of Anglicans, i** vol., p

Googk

Sommaire. — Installation de M»' Wiseman comme vicaire apostolique de Londres. — Consécration de la pro-cathédrale de Saint-Georges. — Wiseman appelle en Angleterre les Ordres religieux. — Voyage en Belgique. — Villégiature à Eastboume.

— Opposition des gallicans anglais à ses idées. — Ses luttes victorieuses contre les théories gallicanes. — Sermon au sujet de l'affaire Gorham. — Le Pape lui offre le chapeau de cardinal. — Indécisions de Wiseman à ce sujet ; lettre au P. Faber.

— Départ pour Rome. — L'audience du Pape. — Il est créé cardinal. — - Réception à la cour de Toscane; à la cour de Vienne.

— Hostilité en Angleterre. — La lettre de Wiseman à Lord John Russell. — Visite au cardinal Geissel à Cologne. — Arrivée à Bruges.

A son retour de Rome, en août 1847, Wiseman avait, nous Tavons vu, été nommé vicaire apostolique provisoire du district de Londres, nomination qui devint définitive en février 1849, à la mort du D^ Walsh. Il fut le onzième et dernier vicaire apostolique de ce district, un des quatre érigés par Jacques II, en 1688. 11 se jeta aussitôt dans ses nouveaux d«¥oirs avec sa multiple et débordante activité, et ses lettres nous le montrent portant alors ses vues sur une vaste entreprise, celle de l'amélioration des criminels et-du relèvement des classes pauvres, plongées dans le vice et l'indifférence.

Il semble avoir compté pour cela surtout sur deux

Googk

5i0 LE CARDINAL WISEMAN

moyens principaux : une foi plus vive et un zèle apostolique plus ardent dans le clergé et rétablissement dans son district de communautés religieuses d'hommes et de femmes, totalement disparues depuis les temps de persécution. Il prêcha souvent lui-même la retraite annuelle de son clergé et invita, en 1848, Newman et Faber à donner ime mission à Londres. Il mit en œuvre, dans son district et ailleurs, son projet longtemps caressé de missionnaires ambulants, pour réveiller le sentiment religieux dans les diverses villes qu'ils visitaient. En deux ans, il fonda dix communautés dans son district, au nombre desquels l'Oratoire de Londres.

Il eut de temps à autre la satisfaction de voir les convertis entrer dans les divers Ordres religieux reconnus et travailler côte à côte avec les catholiques de race. R. A. Coffîn se fit rédemptoriste ; Tickell, Edouard Purbrick et Albany Christie entrèrent chez les Jésuites, Lockhart, chez les Rosminiens, tandis qu'Oakeley, Georges Talbot et MacmuUen partageaient depuis l'origine les travaux des prêtres séculiers, dans la plus amicale communion de sentiments. Les deux premiers étaient, en 1849, à Saint George's Churcli ; le troisième, à Webb Street, Southwark.

Le 4 juillet 1848, Wiseman assistait à la dédicace solennelle de Saint George's Church, Southwark, aujourd'hui la cathédrale Saint-George, érigée sur le terrain de Saint-George's Fields, centre principal de rassemblement pour les émeutiers de Gordon, en 1780. Cet événement fut pour les catholiques de Londres une date marquante de leur histoire. L'église Saint-George n'était plus, en effet, une de ces Masshouses (maisons pour la messe) sur la façade desquelles l'architecte craignait

Googk

LE CAUDINAL ARCHEVÊQUE DE WESTMINSTER Ml

de tracer une croix; c'était une église gothique aux vastes proportions, contruite sur les dessins de Pugia. On compta à la cérémonie deux cent quarante prêtres, quatorze évêques, dont plusieurs de France, av^e ceux de Tournay, de Liège, de Luxembourg et de Ta*èves. L'archevêque de Paris, M«' Affre, était invité ; maïs il venait de tomber, la semaine précédente, sous la balle d'un insurgé parisien, au moment où il s'efforçait courageusement d'arrêter l'effusion du sang dans les rues de la capitale.

L'ouverture de l'église Saint -George excita dans Londres un grand intérêt, qui n'eut rien de malveillant Le London News illustré envoya un artiste pour prendre une vue de la cérémonie, et l'église fut envahie par une foule immense de spectateurs. « Bien étranges en vérité, écrivait un rédacteur du journal précité, sont les changements des lieux dans cette vaste métropole, et ce n'est pas l'un des moins remarquables que le centre des soulèvements au cri de : « A bas le papisme I », en 1780, soit devenu, dans l'espace d'une vie d'homme, Templpcement d'une église catholique romaine, la plus vaste construite en Angleterre depuis la Réforme. »

A la procession, outre le clergé séculier, il y a^vait des représentants des bénédictins, des cisterciefi&, des dominicains, des franciscains, des passionistes et des oratoriens. Le sermon fut prêché par M»*" Wiseman; et, dans la cérémonie, l'archevêque de Trébizonde, M^' Stonor, fît les fonctions d'acolyte et Sir John Acton, aujourd'hui Lord Acton, celles de thuriféraire.

Dans une lettre du mois d'octobre 1848 à son ancien maître, le D"" Newsham, nous voyons qu'il avait eiUretenu le D' UUathorne d'un projet de maison pour la

Googk

formation des prêtres séculiers à Tœuvre des missions. Il songeait pour cela à Maryvale. Dans une autre du 26 novembre, il lui raconte un cas remarquable de guérison, un de ceux qu'on décrit si souvent sous le nom de guérisons par la foi, et il y joint d'excellentes considérations sur le culte des reliques, trop négligé en Angleterre.

« Vous vous rappelez, lui dit-il, que miss A. B. était en trop mauvaise santé pour venir à Ushaw. Son état empira, et elle reçut les derniers sacrements. Elle me fit alors écrire, en manifestant un grand désir de me voir, parce qu'elle pensait mourir. Je la vis pour la première fois la veille de la Toussaint et la trouvai sinon en danger prochain, du moins dans le plus cruel état et dans une extrême faiblesse. Ses mâchoires étaient si serrées qu'elle ne pouvait parler, ni prendre de nourriture solide; ses mains étaient crispées, au point de résister à de violents efforts pour les ouvrir, et dans l'une, ainsi que dans le pied, elle éprouvait un tic qui la faisait souffrir horriblement. Nous conversâmes au moyen d'une ardoise sur laquelle elle griffonnait tant bien que mal ses réponses. Voyant que je pourrais dire la messe le lendemain dans sa chambre, j'allai dans le couvent voisin chercher les choses nécessaires et j'y appris qu'on faisait pour elle une neuvaine à sainte Philomène, neuvaine qui finissait le lendemain, mais que miss A. B. n'espérait pas de guérison surnaturelle et n'était pas du tout disposée à rien essayer de ce côté. A mon retour, je constatai, en effet, en elle ces dispositions; je lui expliquai alors quels étaient les sentiments qu'on devait avoir sur ce point et lui annonçai mon intention de lui appliquer la relique de la sainte, le lendemain après la messe.

Je dis la messe, je la fis communier et l'exhortai à une résignation parfaite, puis, après quelques prières, j'appliquai la relique à ses lèvres, ses mains et son pied, en disant : Per intercessionem B, Philomenœ liber et te Bominus ab omni malo animœ et corporisj et à l'instant même elle recouvra la parole, l'usage de ses membres, et toute souffrance disparut. Elle reprit les apparences de la santé au point d'étonner tous ceux qui l'ont vu, et son médecin, le professeur Miller, n'a rien trouvé autre chose à dire sinon que son cas était analogue à celui du prince Hohenlohe, et que j'avais agi sur son système nerveux, chose dont je m'étais soigneusement gardé. La propriétaire de la maison qui était presbytérienne déclara que c'était « un terrible mystère », et plusieurs membres de la Haute Église, aussi bien que les catholiques qui l'ont vu et qui ont connu ces détails n'hésitèrent point à y voir une cure miraculeuse. Voilà de cela un mois, et miss A. B. continue à se porter à merveille.

« Or cela me fait penser, et il y a longtemps que j'y pense, à une chose à laquelle on devrait accorder plus de soin dans notre éducation religieuse, à une vénération pleine et entière pour les saints et à V intérêt pour tout ce qui se rapporte à eux. Quand nous lisons dans les anciens Pères, — saint Ambroise par exemple, saint Gaudence de Brescia, la plupart de ceux d'Orient, ans oublier le bon saint Paulin pour l'Occident, — l'estime extrême qu'ils faisaient des reliques, dans lesquelles il voyaient les vrais trésors de leurs églises; quand nous voyons l'amour des reliques, au moyen âge, poussé au point de conduire peut-être à des abus et à cette crédulité qui a provoqué une réaction protestante

Googk

dans nos esprits et nous sert en même temps d'excuse pour ne plus nous en occuper; quand nous visitons à rétranger les riches collections de châsses et de reliT quaires, et ces églises décorées du nom de « trésors », plus estimées à cause des restes des saints qu'elles possèdent, qu'à cause des magnifiques écrins et des splendides œuvres d'orfèvrerie qui renferment ces ossements sacrés, nous devons nécessairement comprendre qu'il y avait en d'autres temps, qu'il y a en d'autres contrées, sur ce point, un sentiment bien différent du nôtre. Avaiton raison? A-ton encore raison? Voilà la simple question qui se pose. S'ils sont dans le vrai, nous n'y sommes pas. Permettez-moi de dire que je ne croirai pas la chapelle d'Ushaw complète, tant qu'elle ne sera point remplie de reliques authentiques des saints... Réveillez d'abord ce sentiment de vénération pour les saints, et je vous promets de vous procurer un grand nombre d'importantes reliques de saints anciens et modernes. Outre le bon effet produit sur la dévotion, en amollissant un peu notre raideur d'esprit sur de tels sujets, ce serait en fait promouvoir vis-à-vis des serviteurs de Dieu un culte qui fait partie du système catholique.

« A Oscott, nous avions toujours, aux deux fêtes de la Sainte-Croix, une petite procession avant la messe avec es reliques que tous les enfants baisaient ensuite à la table de communion. Cette pratique venait du D' Milner. Pour la fête des saints apôtres, leurs reliques portées aussi d'abord en procession, restaient exposées ensuite durant la messe. Je suis sûr que cela produisait un bon effet, de même que le porlement des reliques sur les épaules des prêtres, sur un feretrum, aux jours des rogations. Je puis vous en envoyer le cérémonial.

« Je trouve dans le clergé tant de froideur dans Tappréciation du caractère sacré de tout cela, et si peu d'encouragement de leur côté... que Ton se permet de dire et de faire à cet égard des choses qui sont presque blasphématoires et sacrilèges. Nos collèges devraient donner l'exemple et élever la jeunesse dans de meilleurs sentiments sous ce rapport. »

Au printemps de 1849, après sa nomination définitive au vicariat apostolique de Londres, Wiseman fit ua voyage en Belgique, où il s'entretint avec ses amis des intérêts de TÉglise d'Angleterre. « Mon excursion en Belgique, écrit-il le 30 mai au D' Newsham, a été délicieuse. L'intérêt qu'on y porte à l'Angleterre est infini. Demain, ajoute- t-il, j'ouvre l'Oratoire; ce sera là une immense source de grâces ^ J'ai aussi un projet d'organisation du district, au sujet duquel je serais heureux de vous voir. Tout ce qui me manque, c'est du temps et du repos, et je ne puis trouver ni l'un ni l'autre- Priez pour moi. »

Dans une autre lettre datée d'Eastbourne, alors petit village seulement, situé sur le bord de la mer, le 4 juillet 1849, il s'excuse auprès du D*" Newsham de ne pouvoir accepter de prêcher la retraite annuelle aux élèves d'Ushaw, à cause de ses occupations multipliées. « Si je suis à la maison, dit-il, ce sont des visites du matin au soir, et quand je sors, c'est pour assister à des dîners officiels, à des meetings, des sermons, des ouvertures d'églises, etc. Je me suis arrangé de manière à me réserver une semaine ici... entre deux confirmations

1. Il s'agit de la branche de l'Oratoire de Birmingham ouverte à cette date dans William-Street à Londres et transférée plus tard à. South Kensington.

Googk

dans le voisinage, semaine de repos, si on peut appeler cela du repos. Car j'ai apporté avec moi un énorme paquet de lettres en retard, dont la vôtre. Et bien que depuis trois jours, M. Searle et moi, nous en ayons expédié plus de cent, quelques-unes très longues, je suis bien loin encore d'être à niveau. »

Une des principales difficultés de Wiseman dans ses travaux apostoliques, c'était l'existence au sein du clergé de Londres d'une école résolument opposée à ce que l'on appelait l'esprit romanisant et innovateur du nouveau vicaire apostolique. Ils n'aimaient guère en général Pintervention active des vicaires apostoliques dans leur ministère, et voyaient en particulier de mauvais œil les nouvelles dévotions et institutions que Wiseman cherchait à introduire. La restauration dans leurs églises des images depuis longtemps absentes, l'établissement des jésuites et autres ordres religieux, la multiplication des dévotions en l'honneur de la sainte Vierge et du Saint-Sacrement, tout cela, c'étaient des nouveautés suscitant de l'opposition. Un demi-siècle auparavant, le district de Londres avait été le centre d'une agitation sérieuse des gallicans anglais, et bien que les doctrines gallicanes n'eussent plus qu'un petit nombre d'adhérents, le clergé n'en avait pas moins conservé en maint endroit un esprit nationaliste, conservateur des vieilles formes, et indépendant. Nous avons vu qu'en 1790, à la mort de M. Talbot, Sir John Throckmorton, avait adressé au clergé de Londres une série de lettres pour le pousser à refuser désormais de se laisser gouverner par un vicaire apostolique du Pape, et à élire directement leur ordinaire, sans l'intervention de Rome. Dans la première de ces letlrts, il exhortait les calholiques en termes pas-

Googk

sionnés à se séparer de Rome en matière de discipline, afin de contrebalancer par là le préjugé national qui leur fermait les carrières civiles ; à se fondre plus intimement dans la nation et à réduire au minimum les relations avec l'étranger et les coutumes non-nationales. « On nous élève au dehors, écrivait-il, dans Tignorance des lois, des mœurs, des usages, je dirai presque de la langue de notre pays natal, étrangers à tous ceux avec qui nous devons vivre; et notre vie se passe à lutter contre les désavantages de notre éducation. » Comme premier pas dans la voie d'un changement à cet état de choses. Sir John proposait d'élire à Tépiscopat des hommes désireux de travailler en ce sens. « Aujourd'hui, disait-il, vos évêques ne sont pas nationaux, vous les ferez Anglais; ils sont dépendants, vous les ferez libres; ils sont des émissaires de l'étranger, vous les transformerez en évêques de leur pays. »

Il insistait sur ce fait que depuis l'excommunication d'Elisabeth par Pie V, « les catholiques anglais avaient toujours été divisés en deux camps. Le parti « papalin », d'un côté, soutenait toutes les prétentions de la Cour de Rome et était de même appuyé par toute l'influence de cette Cour, et quelquefois par des brefs des Papes euxmêmes. L'autre parti était et est encore formé par les descendants des vieilles familles catholiques, et une notable portion du clergé, qui, fidèles à la religion de leurs ancêtres, avaient unanimement... protesté contre l'autorité usurpée de la Cour romaine. » La question de savoir si le Pape avait ou non le droit de déposer les souverains avait été la cause originelle de cette scission, mais il contestait qu'elle représentât exactement la ligne de démarcation des deux camps. Personne ne sou-

Googk

tenait plus le droit de déposition, et le parti « papalin » n'en subsistait pas moins, enseignant Tinfaillibilité du Pape et soutenant toutes ses prétentions. Il suppliait les catholiques anglais de se détacher de ce parti et de ses doctrines. Non seulement, ils devaient élire eux-mêmes leur évéque, mais encore limiter soigneusement ses pouvoirs. Pendant des siècles, les prêtres catholiques avaient été pour la plupart les chapelains des nobles, en qui ils avaient trouvé des patrons laïques et des protecteurs puissants contre les pourchasseurs de prêtres. Une accalmie dans la persécution avait ramené alors entre les mains des vicaires apostoliques l'exercice du contrôle ecclésiastique, et prêtres et squires (gentilshommes campagnards) n'en éprouvaient qu'une satisfaction médiocre.

Un trait qui montre bien la marche des événements, c'est que, peu après la publication de la lettre de Sir John, le vicaire apostolique se plaignait de n'avoir pas été consulté par un certain pair catholique à propos du prêtre qu'il avait fait son chapelain et que, cent ans après, Tarrière-petit-fils de ce même pair faisait l'observation que son évêque lui avait donné un chapelain sans lui avoir demandé d'abord si le choix lui était agréable.

La lettre de Sir John Trockmorton était probablement la formule la plus exagérée des désirs nourris, au dernier siècle, par un groupe de catholiques anglais qui voulaient s'émanciper du contrôle de Rome et réduire au minimum l'espèce d'autorité ecclésiastique qu'ils consentaient encore à conserver. Sir John cite bien le D' Pritchard comme un partisan de ses idées, mais il n'est guère possible qu'elles aient été acceptées en entier du

GooqIc

clergé au temps où la lettre parut. Cependant, defait, en 1790, le clergé de Londres élut un évêque^ gallican, mais, Rome ayant refusé de l'accepter, le clergé se soumit. Bien qu'elle ne fût pas allée jusqu'à la rébellion positive contre le Saint-Siège, cette conduite n'en découvrait pas moins une tendance, alors très répandue parmi les prêtres et les fidèles, à s'indisposer contre toute^ intervention non rigoureusement nécessaire du Pape et des vicaires apostoliques, et à réclamer dans une large^ mesure l'indépendance et la liberté de se gouverner par eux-mêmes. Un dernier reste de cette tendance survivait encore en 1847 parmi les prêtres âgés, malgré le rapidedéclin des doctrines gallicanes durant la période précédente.

Quand Wiseman fut nommé à Londres, quelques-unsdes membres les plus influents de son clergé étaient ouvertement gallicans, et presque tous assez imbus de l'esprit nationaliste et conservateur pour être portés à l'opposition contré ses énergiques projets de réforme Ils désiraient encore, comme les prêtres du temps de- Throckmorton, avoir un évêque aussi peu romain que possible, et encore plus sauvegarder dans une large mesure leur indépendance du contrôle épiscopal. Selon le cours ordinaire des choses, le D' Cox, de Saint- Edmond, aurait probablement succédé au D*" Griffiths ; sans être gallican, il appartenait à l'école conservatrice du prédécesseur de Wiseman. La nomination de ce dernier passait pour une sorte d'intrusion, et le soupçon pesait sur les réformes qu'il prétendait faire. Il est bien remarquable qu'en ces conjonctures il ait, en l'espace de trois ans, gagné non seulement la masse de ses moins actifs opposants, mais encore trois des leaders

Googk

les plus en vue, le D^ Maguire, qu'il fit plus tard vicaire général, M. Wilds de Warwick Street, et M. Sisk de Chelsea. Le gros de la colonne de Topposition était ainsi en débandade, bien que le chef principal, M. TierneyS homme à tendances ouvertement gallicanes, restât toujours à son poste.

A partir de ce moment le sentiment prépondérant à Londres fut en faveur de Wiseman ; mais le parti nationaliste restait une force avec laquelle il fallait compter, comme on le verra plus loin.

Une lettre au D'' Newsham, du 25 janvier 1850, indique quelques-uns des résultats obtenus par le vicaire apostolique, soit par rapport au désarmement de l'opposition, soit par rapport au développement des œuvres et à l'organisation du district. « Grâce à Dieu, dit-il, la besogne que je fais n'est pas une besogne ingrate. Si ce n'était le bon plaisir de la divine Sagesse de mélanger mes consolations avec de rudes épreuves, je craindrais d'avoir obtenu une trop belle récompense ici-bas. Il est difficile peut-être de détailler dans une lettre ce qui se fait. Quelque chose en paraît à l'extérieur; ainsi, en moins de deux ans, nous avons établi en ce district, solidement j'espère, sept nouvelles communautés de femmes et trois d'hommes ; ouvert deux orphelinats ; mis sur pied une excellente école secondaire ou école de grammaire qui a déjà 70 élèves, et ouvert quatre nouvelles missions au cœur de la population pauvre, plus sept autres au moins, de divers côtés. J'envisage cette année avec bon espoir la fondation de quatre grands

i. Chapelain du duc de Norfolk, antiquaire connu, et éditeur de VHistoire des catholiques anglais^ de Dodd.

établissements à Londres. Tout cela pourtant n'est rien, selon moi, comparé au bien spirituel qui s'opère, je l'espère, en secret dans les âmes. La grande augmentation des communions, une quantité de conversions admirables, la diffusion des associations pieuses et charitables, la piété croissante des fidèles de tout rang sont moins connues, quoique manifestes pourtant à tous les yeux. Je crois pouvoir assurer qu'en un an ou un peu plus, 15.000 personnes sont rentrées dans la bonne voie, grâce aux missions données dans certains mauvais quartiers. Sur un point, la pire des rues de Londres, nous avons hardiment établi une mission au milieu des voleurs et des prostituées, et bien que le démon ait interrompu nos efforts, en occasionnant la rupture de nos estrades, etc., le changement fut si visible qu'un policeman prolestant vint demander si la mission n'allait pas reprendre, en ajoutant que le gouvernement « devrait favoriser ça ». Mais c'est dan^ le clergé que j'ai trouvé ma plus grande consolation. Vous pouvez bien supposer que mes idées et mes vues n'ont guère été comprises tout d'abord. Je me sentais à peu près seul. Mais, grâce à Dieu, je crois rencontrer maintenant presque partout une coopération cordiale. Tous paraissent anxieux de nourrir la piété de leurs ouailles par des exercices constants de dévotion, et les chapelles sont desservies avec un zèle admirable. Enfin je risquai d'entrepfendre l'œuvre de les façonner eux-mêmes sur un autre modèle e* de les réorganiser. Deux ou trois (missions) ont parfaitement réussi, et à la satisfaction du clergé qui travaille d'après mes plans. A la fin il m'est arrivé une grosse contestation dont l'issue sera sentie dans toute l'Angleterre catholique. 11 y a ici un vilain groupe qui me fait

Googk

une opposition souterraine mais déterminée. Le chef, uik ex-jésuite, est tombé entre mes mains, et je le serre tout doucement et paisiblement dans un étau, si bien qu'aujourd'hui je Tai enfermé dans ce dilemme, ou bien de^ rétracter toutes ses assertions et de faire une soumission complète, ou bien de quitter le district. Dans l'un ou l'autre cas, c'est la déconfiture du parti.

« Je ne veux pas vous ennuyer de ces détails et autres pareils, d'autant que le moi entre pour beaucoup dànsce que je vous écris. Libenter gloriabor in infirmitalibus^ meis, car je vous assure que parfois je suis presque découragé à la pensée de tout le bien qu'il y a à faire et qui ne se fait pas. Dans un seul district, nous avons 5.000 enfants à élever, et de la place seulement pour 400, Mille choses nous manquent que notre pauvreté nous empêche de nous procurer. Priez Dieu pour moi, votre vieil élève, mon cher D" Newsham, et demandez-lui pour moi beaucoup de grâces, car, par moment, je me sens prêt à plier sous le fardeau. Homines et jumenta salvatis^ Domine!

« Avez-vous pris la peine de lire deux articles de la Dublin Revietc sur les paraboles et les miracles du Nouveau Testament ? Je les ai écrits dans des circonstances bien peu favorables. Pensez-vous qu'ils vaillent la peine d'être réédités à part, comme on me le demande ? Parlez-moi en toute franchise. »

Le 8 mars 1850, parut la célèbre décision du conseil privé à propos du cas de M. Gorham, qui provoqua chez les anglicans et leurs ministres un mouvement vers Rome, inférieur en importance à celui de 1845 seulement. L'évêque d'Exeter avait refusé d'installer le Révérend G. -G. Gorham. à la cure de Brampford-Speke

GooqIc

l.E CARDINAL ARCHEVÊQUE DE WESTMINSTER 525^

parce qu'il contestait la doctrine de la régénération, baptismale. Sur appel, la cour des Arches avait maintenu la décision épiscopale. Et voilà que le Conseil privédonnaitHort à la fois à Févêque et à la cour ecclésiastique, décidant que les idées de M. Gorham^ étaient admissibles chez un clergyman anglican.

Les tractariens entrèrent dans une extrême agitation. Cette affaire rappelait de manière à ne pas s'y méprendreque c'était le pouvoir civil et non le pouvoir spirituel y. qui décidait en dernier ressort des doctrines que les ministres de TÉglise établie devaient croire et enseigner^ L'État imposait purement et simplement sa propre croyance, en opposition directe avec la décision de FÉglise, ainsi qu'il avait toujours fait, de temps à autre^ depuis l'acte d'uniformité passé sous la reine Elisabeth au mépris de la Convocation de 1559. Le 12 mars, environ, quatorze tractariens de marque s'assemblèrent chez

1. Bien qu'il appartint à VÉlablissement, ce clergyman professait des principes maintes fois condamnés. Niant la nécessité dui baptême, ce nouvel élève de Pelage affirmait que la foi, et non l'eau sainte du baptême, imprime à l'homme le sceau du chrétien. Or, au scandale de tous les fidèles, ce fut ce pasteur que les ministres de la reine osèrent proposer à un bénéfice vacant dans le diocèse de Tévêque d'Exeter. Le prélat refusa hardiment l'institution canonique ; mais le ministère, résolu à maintenir purement les droits de la Couronne, cita Tévêque réfractaire devant la Cour des Arches. Ce débat engagé entre l'évêque et l'État préoccupait au plus haut point l'attention du pays. Les Anglo-catholiques, surtout se montraient anxieux; ceux qui, dans une occasion récente, avaient admis comme dogme la suprématie de la Couronne nesavaient à quoi se résoudre. L'évêque était rebelle, se disaient-ilsdans leurs perplexités, mais l'État serait-il hérétique? L'État fut hérétique. Le Conseil privé condamna formellement le prélat et^ par une interprétation canonique des trente-neuf articles, déclara bonnes et conformes les doctrines du pasteur Gorham.

Page 1