CHAPITRE XVÏÏI L'AGRESSION PAPALE
iSoMMAiKE. — Le Times et le Consistoire de septembre 1850. — La lettre pastorale du cardinal Wiseman. — L'émoi qu'elle produit en Angleterre. — Troubles dans la rue. — Le cardinal arrive à Londres. — La mission de Sir G. Bowyer auprès de Lord Lansdowne. — V Appel au peuple anglais.
Les récents malheurs de la Papauté n'avaient pas détruit le nouveau prestige dont elle jouissait en Angleterre pendant les premières années du pontificat de Pie IX. Ils avaient bien provoqué un refroidissement de l'opinion dans quelques cercles politiques; mais le Pape, •en faveur de qui les puissances venaient d'intervenir et pour lequel la France avait pris les armes, fixait toujours sur lui l'intérêt de TEurope. Le Consistoire du mois de septembre 1850 ne passa pas inaperçu en Angleterre, non seulement en raison de l'élévation de M*^"" Wiseman au cardinalat, mais aussi à cause des nombreux prélats qui, en dehors des dignitaires ecclésiastiques de nationalité italienne, avaient été admis dans le Sacré Collège. Le Pape avait témoigné aux puissances sa gratitude de leur intervention en faveur de la Papauté, en reconnaissant les prétentions des diverses nations européennes à des honneurs dont le Souverain Pontife est le dispensateur. Le Times appré-
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ciait comme il suit ces promotions cardinalices du Consistoire :
« Le Consistoire d'aujourd'hui est un des plus remarquables des temps modernes, par ce fait que dix sur quatorze des nouveaux cardinaux ont été choisis dans les États étrangers, alors que Fltalie n'en a obtenu que quatre. Le principe qui a inspiré le choix des nouveaux cardinaux est le même qui a guidé le Pape en d'autres circonstances et en particulier dans la nomination de ses camerieri sùgreti partecipanti étrangers. On a longtemps admis en théorie que la Papauté est une puissance «on seulement italienne, mais européenne et, pour parler plus exactement, universelle. Toutefois, son caractère italien est si prédominant qu'il a induit bien des observateurs superficiels à méconnaître l'universalité de son extension. Un petit Etat italien, gouverné par des Italiens, de petite ou de nulle influence sur les autres nations, qui de leur côté ne s'inquiétaient guère de lui, telle était l'idée qu'on se faisait couramment de la Papauté. Individuellement les catholiques, d'un bout du monde à l'autre, s'inclinaient respectueusement sous son autorité, mais les nations et les gouvernements, pris ■dans leur ensemble, ne paraissaient la considérer qu'avec indifférence. Ses récents malheurs lui ont du moins rendu un service, celui de montrer que son importance ne doit point se mesurer aux étroites limites de son territoire ni au chiffre restreint de la population soumise à son empire. Toutes les puissances de l'ancien et du nouveau monde ont senti, parlé et agi à son endroit d'une façon qui serait ridicule, s'ils ne l'avaient <5onsidérée que sous le point de vue de son étendue et de ses ressources matérielles, et pour la première fois dans
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rhistoire, quelques nations européennes ont combiné leur action pour replacer le Pape sur le plus ancien trône du monde. Ainsi fut effectué ce qu'en un certain sens on peut appeler la réhabilitation de la Papauté, plutôt que la reconstitution d'un État italien ; et Pie IX, développant cette idée, a cherché ses conseillers au-delà des frontières italiennes et appelé aux honneurs de la pourpre plus de cardinaux étrangers que ne l'y autorisaient les précédents des trois derniers siècles. »
Cette attitude de respect et d'intérêt tout spéculatif se transforma brusquement lorsqu'on apprit que Rome, à ce qu'il semblait, se mêlait de distribuer des titres ecclésiastiques anglais aussi bien que des chapeaux de cardinaux. L'imparlial historien philosophe se fit le porteparole d'une nation qui regarde l'histoire d'un point de vue fixe autour duquel se rangent une foule de préjugés historiques et d'idées préconçues. La teneur générale du bref, qui créait une hiérarchie catholique en Angleterre, fut communiquée au Times par Wiseman dans une lettre envoyée avant les documents officiels qui en renfermaient le détail. Le Times ne publia pas cette lettre tout de suite, mais quand il le fit, ce fut avec un bruit dont tout le pays ne tarda pas à retentir. Dans son numéro du 14 octobre, il qualifia cette mesure, comme on l'a vu plus haut, « d'un des plus grands actes de folie et d'impertinence que la cour de Rome se soit risquée à commettre depuis que la couronne et le peuple d'Angleterre ont secoué son joug ». Une série d'articles accentua encore cette interprétation de l'acte pontifical.
« Est-ce donc là, à Westminster, au milieu de nous et près du trône anglais, lit-on dans le numéro du 49 octobre, qu'un prêtre italien va diviser la puissance spi-
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rituelle de ce pays, et se servir des renégats de notre Église nationale pour rétablir une usurpation étrangère sur les consciences et semer la division dans notre société politique, par une hostilité non déguisée et systématique à regard d'institutions identifiées pour ainsi dire avec notre liberté et notre foi nationales ? Ou bien un pareil projet doit ^tre une mauvaise plaisanterie, et elle est intolérable, ou bien il est Terreur d'un cerveau fanatique ou d'une trahison vis-à-vis de la constitution. »
Cependant la lettre pastorale du cardinal Wiseman et le bref du pape parvinrent au D"^ Whitty, vicaire général du district de Londres, le 16 ou le 17 octobre. Le bref donnait un résumé très exact de l'histoire des catholiques anglais et de leur gouvernement spirituel depuis la Réforme; il faisait ressortir « le nombre considérable et ^partout croissant des catholiques » en Angleterre, et enfin délimitait de façon précise les divisions territoriales de la nouvelle organisation.
Le mandement du cardinal respirait le bonheur dont son âme débordait en cette heure décisive. La nouvelle hiérarchie mettait le sceau pour ainsi dire aux événements de 1845 et à ses propres travaux depuis 1835. Le ton en était absolument triomphal. Il avait été écrit pour les catholiques anglais et, à ce point de vue, il était ce qu'on devait en attendre ; mais Wiseman semble avoir oublié, dans une circonstance si particulière, que sa lettre tomberait sous les yeux de nombreux lecteurs animés de tout autres sentiments que les catholiques^ ses frères. Le D*^ Whitty s'en explique comme il suit :
« La lettre ou mandement de la Porte Flaminienne annonçant aux fidèles de Westminster et de Southwark le rétablissement de la hiérarchie, et sa propre nomina-
tion à l'archevêché de Westminster, était datée du 7 octobre 1850. La poste alors n'était ni aussi fréquente, ni aussi rapide qu'à présent. Le mandement imprimé fut lu dans toutes les églises et chapelles, le dimanche 27 octobre, et peut-être dans les églises de Londres, le dimanche précédent, 20 octobre. Je me souviens qu'il me parvint à Golden Square, le mercredi ou le jeudi, à peine à temps pour qu'il pût être imprimé et distribué pour le dimanche suivant. Un simple coup d'œil avait ^uffi pour que je me demandasse anxieusement s'il fallait ou non le publier. Il était évident que le cardinal l'avait écrit dans la joie exultante de son cœur catholique, sans aucune préoccupation des lecteurs protestants et sans le moindre soupçon de la terrible tempête ■de fanatisme protestant que la nouvelle du rétablissement de la hiérarchie allait soulever. Chaque jour, les^ ^symptômes de l'orage qui s'amoncelait devenaient de plus en plus menaçants. Et il était impossible alors de <?orrespondre avec le cardinal. Quand sa lettre était parvenue à Londres, il avait lui-même quitté Rome pour revenir en Angleterre. Il voyageait au retour comme à son départ, à petites journées, à travers l'Autriche et la Belgique! La première et unique adresse qu'il m'eût donnée pour des lettres et des messages était Bruges. Ainsi la publication du mandement ou son ajournement jusqu'au retour du cardinal devenait une énorme diffi- <5ulté. D'une part, le mandement m'était parvenu d'une façon régulière, et les catholiques dans toute l'Angleterre attendaient chaque jour quelques paroles du cardinal, surtout en présence de l'hostilité que la nouvelle de l'acte pontifical avait soulevée. Je sentais que je ne pouvais retenir la lettre sans une évidente obligation de
conscience. Encore moins osais-je en supprimer ou en adoucir quelques expressions de mon propre chef. D'autre part, bien des personnes commençaient à redouter une répétition des émeutes de Gordon, et personne ne pouvait dire à quelle occasion les troubles éclateraient. J'étais seul, sans personne dont je pusse prendre l'avis. Après une courte prière pour implorer les lumières d'en haut, je décidai la publication du mandement, tel qu'il était. »
Les extraits suivants de cette lettre pastorale suffiront à en indiquer le ton. Lue dans les églises catholiques, elle ne tarda pas à être reproduite par les journaux.
Après un aperçu général du but auquel tendait Facle pontifical et l'annonce de son élévation au cardinalat, Wiseman continue comme il suit :
« Ainsi le grand œuvre est accompli, et ce que vous avez longtemps désiré et demandé vous est octroyé. .Votre bien-aimée patrie prend place parmi les belles églises qui, constituées d'une manière normale, forment le splendide corps de la communion catholique. L'Angleterre catholique a retrouvé son orbite dans le firmament religieux, d'où sa lumière avait longtemps disparu ; elle reprend son cours et son mouvement régulier, gravitant autour du centre d'unité, source de juridiction de lumière et de force. Nous n'avons pas ici le loisir de raconter la manière merveilleuse dont tout s'est accompli, ni comment le doigt de Dieu s'est manifesté à chaque pas, mais nous vous le dirons bientôt de vive voix. En attendant, nous nous bornerons à vous dire que si l'opinion unanime des conseillers vénérables et éminents, auxquels le Saint-Siège confia le règlement des affaires religieuses dans les pays des missions apostoliques, a
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proclamé cette mesure presque indispensable ; si les ' ferventes prières de notre saint pontife et sa sainte oblation du sacrifice divin, jointes à ses mûres réflexions, peuvent donner au cœur catholique une direction céleste et Tassurance que Tesprit de vérité qui guide TEglise a inspiré son chef suprême, nous ne pouvons pas désirer un garant plus évident ni plus consolant que cette très importante mesure vient de Dieu et qu'avec sa sanction elle doit conséquemment prospérer.
« Aussi, ce jour est-il vraiment un jour de joie et de bonheur, jour qui couronne de longues espérances et ouvre une brillante perspective!... Les saints delà patrie, romains ou anglais, saxons où normands, du haut de leur séjour béni, abaissent un regard de jubilation sur ce nouveau témoignage en faveur de la Foi et de rÉglise qui les a conduits à la gloire ; ils sympathisent avec ceux qui les ont fidèlement suivis dans des siècles de mauvais renom, pour l'amour de la vérité, et recueillent aujourd'hui le fruit de leur patience et de leur longue souffrance. Tous les martyrs bénis des derniers siècles, qui ont lutté pour la foi au milieu du découragement, et qui ont gémi moins sur leurs fers ou leurs peines personnelles que sur la désolation de Sion et la perte de la gloire religieuse de l'Angleterre, combien ils doivent bénir Dieu qui a de nouveau visité son peuple l Comme ils doivent partager notre joie à la vue de la lampe du temple qui, rallumée, brille et éclaire, et des anneaux de cette chaîne qui reliait leur pays au siège de saint Pierre, changés en or, n'ayant rien gagné en solidité, mais gagnant tout en splendeur ! »
Le mandement, comme tout document écrit pour les catholiques, reconnaissait sans restriction l'autorité spi-
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rituelle absolue du Pape sur l'Église catholique, en Angleterre, et ne tenait aucun compte de toute autre autorité spirituelle en dehors de TEglise. C'était là une nouvelle cause d'irritation. Des passages comme celui qu'on va lire, par exemple, où Wiseman ne faisait pourtant que mentionner la place qu'il occupait dans la nouvelle hiérarchie, contribuèrent probablement, par leur rédaction même, à surexciter le sentiment populaire.
« Par un bref de la même date (29 septembre), Sa Sainteté a daigné nous nommer, nous très indigne, au siège archiépiscopal de Westminster, établi par les lettres apostoliques ci- dessus, nous conférant en même temps l'administration du siège épiscopal de Southwark. Ainsi, à présent, jusqu'à nouvel ordre du Saint-Siège, nous gouvernons et continuerons à gouverner les comtés de Middlessex, Hereford et Essex, comme Ordinaire, et ceux de Surrey, Sussex, Kent, Berkshire et Hampshire, avec les îles annexées, comme administrateur, avec juridiction ordinaire. »
Les effets d'un tel langage furent immédiats. La presse, le clergé anglican, les hommes d'État en vue protestèrent contre lui dans les termes d'une indignation et d'une violence toujours croissantes.
« Pio Nono n'est plus le doux pontife du laisser-aller y tel qu'il fut dans la première moitié de ce siècle, écrivait un journal. Il revendique toutes les prétentions d'un Hildebrand. Lui et son clergé ont ressuscité en Piémont notre vieille querelle entre Becket et Henri II, et, au lieu d'exhorter leurs coreligionnaires à progresser par les voies que laisse ouvertes aux autres dénominations religieuses un gouvernement libéral et constitutionnel, ils envoient un légat en Irlande pour décrier et ruiner l'édu-
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■cation; ils expédient un cardinal arclie\êque à Westminster pour attraper les sots avec son titre et asservir les bigots de leur espèce par son usurpation d'autorité • et de dignité. Mais en Piémont, Azeglio est ferme, et uae résistance d'un esprit vraiment politique se fait jour rapidement. Nous n'avons pas davantage à Westminster à nous alarmer de l'arrivée du cardinal Wiseman. La coupable folie du papisme, en somme, amène rapidement à un point d'arrêt tous les hommes modérés qui s'étaient engagés dans la réaction. Le Pape libéral et bienveillant s'est transformé en un Pape cruel et fanatique. »
Le Tùnes devenait de plus en plus furieux, en énumé- ^rant les différents articles du bref pontifical, comme si chacun des nouveaux diocèses dont les limites étaient indiquées constituait une nouvelle insulte au peuple anglais. Sans tenir compte du fait que le Saint-Siège venait récemment d'adopter une décision absolument semblable dans les colonies anglaises, sans soulever aucune opposition de la part du gouvernement, il traitait l'acte pontifical de mesure inouïe et monstrueuse :
« Tant que nous n'eûmes pas vu devant nous, en noir et en blanc, dit-il, l'ensemble du projet, nous avouons que nous ne pouvions croire à l'étendue de son impudence et de son absurdité et nous pensons qu'il faudra encore un peu de temps avant que le peuple anglais se rende compte exactement de la portée de ces étonnantes prétentions. Un archevêque de Westminster, un évèque de Southwark, pour les deux divisions de la métropole et des comtés adjacents, un évêque de Beverley, pour l'administration spirituelle du Yorkshire ; le Lancashire j)artagé entre les sièges de Liverpool et de Salford ; le
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pays de Galles, entre Salop et Menneviacùm-Newport ; les évêchés de Clifton et de Plymouth comprenant chacun trois comtés, dans l'ouest de TAngleterre ; dans le district du centre, les deux sièges épiscopaux de Nottingham et de Birmingham, flanqués de celui de Northampton à Test ; tout cela réglé, avec l'autorité et la précision d'un acte du Parlement, par une bulle pontificale, constitue certainement une des plus étranges comédies que nous nous souvenions d'avoir jamais vues ; si cela n'était pas accompagné de l'évidente détermination de convertir ces dénominations pompeuses en titres effectifs, nous regarderions un pareil document émanant d'un gouvernement étranger comme absolument incroyable. Tel qu'il est, nous ne pouvons le considérer que comme une audacieuse et éclatante manifestation des prétentions de Rome à reprendre sur notre île son absolue domination spirituelle, à laquelle elle n'a jamais renoncé, mais qu'avec l'aide de la Providence et par la volonté du peuple anglais, elle ne réussira jamais à exercer. Jamais, depuis la Réforme, la cour de Rome n'a aussi péremptoirement nié la validité des Ordres anglicans qu'en divisant ainsi notre pays tout entier en nouveaux sièges épiscopaux, comme si les anciens évêchés de l'Angleterre, dont plusieurs remontent jusqu'à l'introduction du christianisme dans ce pays^ étaient en réalité vacants ou abolis. Et, en même temps qu'on se conforme à la lettre de la loi qui interdit à des prélats catholiques l'emploi des titres épiscopaux anglicçins, on en méconnaît l'esprit. La présence en Angleterre de dignitaires de l'Eglise romaine, revêtus d'une certaine autorité sur leurs fidèles ne rencontrait et ne pouvait rencontrer aucune opposition ; mais la création d'une hiérarchie assignant aux titulaires des
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noms de villes et de provinces, distribuant nos comtés entre les diocèses, c'est là une mesure que le Pape n'aurait pu prendre dans aucun autre pays civilisé de l'Eu- • rope et elle est à peine moins absurde que la bulle d'un de ses prédécesseurs du XV* siècle, assignant à la couronne portugaise la possession de toutes les terres encore non découvertes du Nouveau Monde .' »
Le 4 novembre, Lord John Russel écrivit sa fameuse lettre à l'évêque de Durham qui avait adressé au premier
1. L'article continuait ainsi : « Il semble, cependant, qu'après la publication de cette bulle les catholiques romains anglais actuellement à Rome furent présentés par le cardinal Wiseman au Pape pour remercier Sa Sainteté de cette mesure.
« Pie IX, raconte un prêtre catholique français, parla ainsi dans cette circonstance :
<i Je n'avais pas Tintention de renvoyer le nouveau cardinal « (Wiseman) en Angleterre, mais d'utiliser ici ses talents. Mais je « suis persuadé, ajouta le Pape, que le temps est venu de mettre la € main à la grande œuvre pour laquelle vous venez de me remer- « cier. Je crois qu'il n'a rien à craindre en Angleterre. J'en ai parlé, « il y a quelque temps, à Lord Minto et j'ai cru comprendre que le « gouvernement anglais ne ferait aucune opposition à l'exécution de « mes projets. Je renvoie donc l'éminent cardinal en Angleterre, et « je vous conjure de prier sans cesse pour que toute difficulté « s'aplanisse et qu'un million, que trois millions plutôt de vos « compatriotes encore séparés denous,entrentdans l'Eglise jusqu'au « dernier. »
« Nous reproduisons cette extraordinaire déclaration d'après VAmi de la Religion ; elle est bien faite pour compléter l'étonnement où nous jette toute celte affaire. Le projet, semble-t-il, fut communiqué par le Pape lui-même à Lord Minto, lors de sa mission, il y a trois ans, et pourtant le gouvernement ne jugea pas à propos d'élever contre lui la moindre objection. De sorte que, tandis que, d'une part, le résultat dé la malheureuse mission de Lord Minto fut de fomenter la révolution en Italie, elle contribua d'autre part à favoriser le rétablissement de la hiérarchie romaine en Angleterre. Pour un noble Écossais, qui n'est certes ni jacobin ni fanatique, il faut avouer que ce sont là d'étranges preuves d'habileté diplomatique ; et Lord Minto passera à la postérité entre Giceruacchio et l'archevêque de Westminster. »
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minisire une énergique protestation dans laquelle il qualifiait Tacte du Pape « d'insolent et de séditieux. »>
La lettre de Lord John Russell donna non seulement le signal des violences populaires, mais elle en désignales sujets. Il est intéressant de remarquer que ses plus fortes expressions sont dirigées, non contre lescatholiques romains, mais contre ces ecclésiastiques de l'Église établie qui se faisaient les avocats du culte catholique dans le sein de l'Église anglicane. Leur» agissements sont taxés par lui de « procédés perfides » employés par « d'indignes fils de l'Église d'Angleterre » qui s'efforçaient d'introduire « les mômeriés de la superstition » pour « rétrécir l'esprit et asservir l'âme ». L'évéque anglican de Londres et d'autres évêques parlèrent sur le même ton et la fureur nationale se trouva ainsi tournée contre les pionniers de ce même système de croyance qui est considéré de nos jours comme le dogme essentiel de l'Église nationale.
Voici la lettre du premier ministre :
« Mon cher Lord, — Je suis d'accord avec vous pour envisager comme insolente et insidieuse la dernière agression du Pape contre notre protestantisme, et l'indignation que j'en ressens est égale à la vôtre. Non seulement je favorisais de tout mon pouvoir les prétentions des catholiques romains à tous leurs droits civils, mais je croyais juste aussi et même désirable que leur organisation ecclésiastique eût les moyens de donner l'instruction aux nombreux Irlandais qui émigrent à Londres ou ailleurs et qui resteraient autrement dans une païenne ignorance.
a Mais tout cela aurait pu se faire sans aucune de ces innovations dont nous sommes les témoins. Il est impos-
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Le premier ministre, quelques jours après, fil suivre sa lettre d'un discours sur le même ton, à Guildhall.
Le Lord Chancelier, dans un dîner à Mansion House, le 9 novembre, prit la parole et cita au milieu d'un tonnerre d'applaudissements ces deux vers :
Under our feet weUi stamp thy CardinaVs hat, In spite of pope and dignities of church.
Sous nos pieds nous foulerons ton chapeau de cardinal, Malgré le Pape et les princes de TÉglise. ^
Ces écarts de langage des célèbres ministres jetèrent de Thuile sur le feu, et les évêques anglicans se laissèrent aller à des expressions bien propres à nous rappeler la profondeur de malveillance contre la foi des catholiques, qui persistait même dans des esprits cultivés et religieux. Nous ne citerons pas tous ces discours, mais il est intéressant d'en retenir quelques phrases où se reflètent les sentiments et les préjugés héréditaires de toute une époque. Dans quelques-unes, on retrouve des allusions au fameux complot des jésuites, opinion qui avait persisté dans toute sa force, depuis Elisabeth. L'archevêque de Cantorbéry décrit le clergé catholique comme un clergé « artificieux, habile et insinuant » . — a Nous ne sommes pas assez dégénérés, écrit l'archevêque d'York, pour nous laisser séduire par les ruses que l'ambition toujours éveillée de Rome est en train de combiner pour nous asservir et nous perdre. » L'évéque de Londres qualifie le clergé catholique « d'émissaire de ténèbres ». Des sentiments, toujours vivaces depuis l'époque de l'Armada, se retrouvent dans les expressions, « esclavage étranger », « intrusion étran-
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gère », « prince insolent dans sa dégradation » , dont se servent respectivement les évoques de Salisbury, d'Oxford et de Bangor. C'est l'attitude de l'archevêque Grindal à l'égard de la foi des catholiques romains plutôt que celle de l'évêque Creighton qui revient à la mémoire , quand on lit des expressions de ce genVe : « Rome reste attachée à ses abominations », « la sentine du romanisme , » « la coupe d'un sorcier » , ruses de Satan », « artificieuse et impure », « revendications profanes, blasphématoires et antichrétiennes » ; « L'Angleterre est souillée de ses pollutions», que nous relevons au compte des évêques de Ripon, de Manchester, d'Hereford, d'Oxford, de Carlisle.
Le rétablissement lui-même de la hiérarchie, mesure Acceptée dans les colonies anglaises sans la moindre protestation, est qualifiée par l'évêque de Gloucester et Bristol « d'usurpation révoltante et effroyable », par l'archevêque d'York d' « agression sans pareille », par l'évêque de Londres « d'agression rusée », par l'évêque d'Oxford d' « agression indécente », par l'évêque de Chichester d' « agression audacieuse ». Le bref du Pape est pour l'évêque d'Hereford « un document frivole et méprisable », et pour l'évêque d'Exeter « une démonstration effrontée, un audacieux manifeste de l'ambition romaine. »
Tous les évêques anglais, à l'exception de deux, signèrent une adresse à la reine, où l'acte du Pape est taxé « d'inexcusable insulte ». — « Nous considérons de notre devoir, disent-ils, de rappeler notre protestation unanime contre cette tentative de soumettre notre peuple à une tyrannie dont la Réforme l'avait libéré; nous présentons à Votre Majesté notre humble requête qu'elle
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déjoue par tous les moyens constitutionnels, les prétentions et les usurpations de l'Église de Rome, qui fomente les discordes religieuses et empêche nos clergés de travailler avec succès à répandre la lumière de la vraie religion. »
«■ Je suis de tout cœur avec vous, répondit Sa Majesté, dans votre attachement à la foi protestante et aux grands principes de liberté civile et religieuse... Vou& pouvez être assurés de mon très vif désir et de ma ferme détermination, avec la grâce de Dieu, de maintenir intacts les principes de liberté religieuse... et de soutenir, comme leur plus sûre sauvegarde, le culte pur et biblique de la foi protestante... Vous pouvez compter sur ma détermination de maintenir ensemble les droits de ma couronne et Tindépendance de mon peuple contre toute» agression et toute usurpation d'une puissance étrangère^ quelle qu'elle soit. »
La lettre de Lord John Russell avait eu la fortune de paraître la veille de Guy Fawkes, et cette fête inaugura une série de troubles populaires qui mirent tout le pays , pendant cinq ou six semaines, dans un continuel état d'agitation. Voici le récit de quelques-uns de ces désordres , d'après les journaux de l'époque :
« Bradninch, Les démonstrations contre Haynau et les tractariens se sont produites de belle façon. Une immense procession se forma près de Guildhall, vers huit heures du soir, dans lesquelles figuraient des effigies fort bien réussies de Haynau et du cardinal Wiseman, Les cloches des églises sonnaient, les fanfares jouaient la Rogue's March^ et la procession se déroulait, éclairée d'innombrables torclies, par toute la ville. On portait des affiches où se lisaient ces inscriptions : « Le brutal
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Haynau ! A bas la tyrannie ! A bas le papisme ! Plu& de puseyistes! Plus de traclariens, etc. ». Il y avait un certain nombre de personnages masqués ; enfin, jamais on n'avait vu pareille chose dans le vieux bourg. Après avoir parcouru la ville, etc., etc. »
« Salishury. Mercredi furent acherées les effigies du- Pape, du cardinal Wiseman et des douze évêques. Vendredi soir, vers cinq heures, Castle Street était rempli d'une foule si considérable que la circulation y devenait impossible. Quelques instants après, des centaines detorches allumées éclairaient des milliers de têtes. Vers six heures et demie, Sa Sainteté fut apportée au milieu des applaudissements de la multitude. La procession s'étant formée, elle se déroula dans Tordre suivant : portetorches, fanfare, porte-torches. Sa Sainteté en ornements pontificaux, assise dans un vaste fauteuil ; portetorches, les évêques, trois de front; des torches, le cardinal Wiseman, etc. A nuit close, on joua l'hymne national parmi de frénétiques applaudissements. La scène était alors des plus imposantes. La procession ayant parcouru la ville, les effigies furent apportées dans Green Croft où, au-dessus d'un immense tas de fagots et de tonneaux de goudron, s'étendait une vaste estrade. On y plaça les efligies et on les cribla d'une volée de fusées. La fanfare joua la Doxologie, accompagnée de bravos assourdissants. Une torche approchée des matières combustibles embrasa bientôt tout le bûcher et les flammes gagnèrent la plate-forme. On lança alors contre les effigies des centaines de fusées. Puis^ on joua l'hymne du matin et l'hymne national, accompagnés par des milliers de voix. »
« Ware, Sa Sainteté Pio Nono a été brûlée en effigie
ur une éminence en face de la ville. Le mannequin était evêtu de tous les ornements pontificaux, avec la triple ouronne sur la tête et une paire de grandes cornes de erf. Sur la voiture se trouvait un baudet représentant )on Excellence le cardinal-archevêque de Westminster. Lprès un défilé solennel dans les rues, Teffigie, escortée l'un immense concours de peuple, arriva à Musley Hill, >ù elle fut solennellement pendue par le cou à une ►otence élevée au-dessus d'un amoncellement de fagots it de tonneaux de goudron, et brûlée au milieu des vociérations et des malédictions de la foule. nPeckham. Le Pape a été brûlé en effigie dans Peckham ^ommon. Un chariot, traîné par quatre chevaux, vint ;e ranger le long d'une maison sur le Green, d'où sorirent environ une douzaine d'individus armés de toutes lortes d'armes , portant chacun un mannequin revêtu lu surplis d'un ecclésiastique romain, qu'on hissa sur le îhar au milieu des hurrah de plusieurs milliers de personnes. Puis venaient deux espèces de colosses figurant 'un, un cardinal, l'autre, son chapelain. Quelques mètres m avant, marchait un individu aux formes herculéennes )ortant une effigie burlesque du Pape ; celui-ci tenant à a main un papier destiné à figurer la fameuse dernière )ulle, etc., etc. Le cortège se déroula dans Camberwell, luivi par au moins dix mille personnes. Tout le long lu parcours, dans les rues de la ville, il était accueilli )ar des acclamations et des cris nourris de : A bas le ^ape ! Hurrah pour la reine ! Point de prêtre étranger ! ))etc., etc.^
1. Ces exemples de manifestations si communes entre la Saint- Michel et Noël 1850, ont été recueillis par le cardinal Newman >our rappeler les circonstances dans lesquelles il prêcha son iei*mon sur le Second printemps.
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Ces démonstrations n'allaient pas sans de très désagréables manifestations contre les catholiques en général. Il n'était pas rare de voir un prêtre catholique poursuivi par des huées et des insultes. Des rassemblements avaient lieu devant les églises catholiques dont on brisait les fenêtres. La précédente « émeute de Gordon » avait montré ce qu'on pouvait attendre d'une agitation antipapiste ; aussi, pendant quelque temps, ne fut-on pas sans inquiétudes de voir éclater une réelle et cruelle persécution dans laquelle les biens et même les vies des catholiques eussent couru de sérieux dangers. Le P. Whitty nous a laissé le tableau suivant des anxiétés des catholiques à cette époque :
« Il régnait alors une grande incertitude et une grande timidité dans les esprits des catholiques. Personne ne pouvait prévoir ce qui allait arriver, ni, par conséquent, conseiller les meilleures mesures à prendre. Un evêqiie proposa que tout l'épiscopat (catholique) présentât, en corps, à la reine une adresse pour affirmer son inviolable fidélité à sa couronne. Mais M**" Briggs, le doyen des évéques, s'y opposa avec force, et on en resta là. J'écrivis à Newman pour le consulter, et il recommanda de ne faire aucune démarche publique avant le retour du cardinal.
« Il devenait urgent de prévenir le cardinal Wiseman lui-même, dès son arrivée à Bruges, de l'état de l'opinion publique en Angleterre, et dans ce but. Sir G. Bowyer (alors M. Bowyer), m'offrit ses salons au Temple pour y convoquer une petite réunion des amis du cardinal, afin que je pusse prendre leur avis, s'il valait mieux qu'il revînt immédiatement à Londres ou qu'il restât sur le continent à attendre le cours des événements en Angle-
terre. Je ne me souviens plus de tous ceux qui étaient là; mais il y avait certainement, en outre de M. Bowyer luimême, des personnages tels que le chevalier de Zulueta, Bagshawe (probablement même le père et le fils), Lord Petre et M. FuUerton ; en tout, dix ou douze personnes. On discuta à fond la question. Autant que je puis m'en souvenir, deux au plus, si même il y en avait deux, étaient d'avis que le cardinal revint à Londres immédiatement. Quelques-uns pensaient qu'il valait mieux qu'il retournât à Rome consulter le Pape ; d'autres qu'il était préférable qu'il restât quelque temps en Belgique ou en France; d'autres, enfin, qu'il fallait laisser l'affaire complètement à sa décision personnelle. Je fis au cardinal un rapport détaillé de cette réunion, mentionnant les raisons, les craintes de chacun, et toutes le& autres circonstances, afin qu'il pût juger en toute connaissance de cause. Dans les années qui suivirent, il me parla souvent avec grande satisfaction de la décision qu'il avait prise alors. Il sentait que c'avait été là une heure décisive dans sa vie et il remerciait la Providence de l'avoir dirigé. Jamais il ne me blâma, comme d'autres le faisaient, d'avoir publié sa lettre pastorale de la Porte Flaminienne.
« Il se mit donc en route pour Londres, où il arriva le lundi matin, 11 novembre. Sa maison se trouvant entre les mains des peintres et des décorateurs, il descendit chez M. Bagshawe, Fitzroy-Square, où il demeura quelques jours, puis fixa provisoirement sa résidence à Saint-George, Southwark. Je logeai alors dans Queen- Square, Bloomsbury, et il me manda immédiatement. Sa résolution avait été prise si vite, que c'est ainsi que j'appris qu'il avait décidé de quitter Bruges, aussitôt
^près avoir reçu ma lettre. Comme je lui, parlai de l'excitation des protestants, une des premières choses qu'il me montra fut une feuille de papier placée devant lui sur son bureau. Je me plaçai derrière lui pour regarder et je lus ces mots : « Un appel au peuple anglais », et deux ou trois lignes d'écriture. « Oui, me dit-il, je sais que l'agitation est grande, mais j'écris là quelque chose qui, je pense, la calmera. » — « Ah I pensai-je à part ttioi, vous êtes vraiment bien présomptueux de compter qu'un •écrit, le vôtre ou un autre, calmera cette tempête. »
Le cardinal se rendit compte de la nécessité de négocier avec le gouvernement, tout en faisant appel à la nation. Il manda donc Sir Georges Bowyer, qui décrit ^insi leur entrevue :
« Le cardinal Wiseman arriva en Angleterre le matin, <le bonne heure, et il m'envoya chercher. Après un long •entretien, pendant lequel le cardinal déplora le malentendu et la confusion qui avaient égaré l'opinion, il me pria de présenter, de sa part, au gouvernement de Sa Majesté, les explications nécessaires. Sur le conseil de M. Charles Gréville, je me présentai chez Lord Lansdowne, alors président du Conseil. Je trouvai le noble Lord profondément attristé de l'état des choses dans le pays. Il m'affirma que Lord John Russell avait publié sa lettre de Durham, sans la communiquer à ses collègues, et que lui (Lord Lansdowne) la regrettait vivement... J^eus trois ou quatre longues entrevues avec Lord Lansdowne et je crois que mes explications furent si satisfaisantes que le noble Lord demeura convaincu que la conduite du cardinal Wiseman avait été parfaitement droite et honnête, et qu'on n'avait pas eu la moindre pensée agressive ou insultante pour ce pays. Le noble Lord déplora
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à plusieurs reprises la direction prise par Topinion publique. Il sentait qu'il y avait là un énorme malentendu. Il constatait qu'à Rome on s'était efforcé de tout concilier avec le respect des lois existantes en Angleterre. Mais il était impossible de contenir le sentiment public, ni de le ramener à des idées plus calmes autrement que par des mesures telles que l'acte sur les titres ecclésiastiques. »
Cependant, remarque le P. Whitty, le cardinal était le point de mire de tous les regards, chaque fois qu'il sortait de chez lui. Le mardi, 12 novembre, quand il se rendit à la cathédrale Saint-George, la nouvelle de son retour s'était déjà répandue et une foule l'attendait, plus curieuse qu'hostile dans ses manifestations.
o L'annonce dans les journaux de mardi de l'arrivée soudaineetinattendue du cardinal Wiseman, lit-on dans le Times du mercredi, a excité un vif intérêt parmi les catholiques et les protestants, et de bonne heure un grand nombre de personnes des deux confessions, attirées par la curiosité, s'assemblèrent autour de la chapelle Saint- George, dans l'espoir d'apercevoir le nouvel archevêque. Plusieurs, supposant que le cardinal officierait au service du matin, entrèrent dans l'église, mais ils se trouvèrent désappointés, car le cardinal, non seulement n'assista point à l'office, mais il n'arriva pas à sa résidence provisoire avant le départ de ceux qui étaient ainsi venus l'attendre par curiosité. A onze s précises, cependant, une voiture particulière, e de deux chevaux gris-pommelé, arriva à la porte rêtre chargé de la chapelle Saint-George et le lal en descendit, accompagné de son chapelain qui it une petite valise de cuir et un gros paquet de
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lettres. Son Éminence qui paraissait en excellente santé, était enveloppée d'un vaste manteau violet et tenait à la main un bréviaire romain superbement relié. »
D'autres fois, la foule se montrait beaucoup moins respectueuse. Le cardinal fut souvent hué, et plus d'une fois des pierres furent lancées dans les portières de sa voiture. Ses amis étaient inquiets pour sa vie; mais on ne tarda pas à s'apercevoir que les démonstrations populaires se borneraient à ces grossièretés.
Le résultat des démarches de Sir Georges Bowyer laissait peu d'espoir d'obtenir une intervention officielle pour calmer l'orage soulevé; le cardinal s'en hâta davantage de rédiger son Appel au Peuple anglais, dans l'espérance d'agir directement sur la foule elle-même et de l'amener à un état d'esprit plus raisonnable. Il l'écrivit avec une grande rapidité, au milieu des continuelles interruptions que lui occasionnait la crise, car, à tout instant, quelqu'un venait solliciter ses instructions et ses conseils sur la meilleure manière de s'y prendre pour tenir tête à quelque manifestation locale de l'hostilité publique.
Le D*" Whitty raconte ainsi comment fut composé TJ.;*pel : « Le cardinal commença à l'écrire, le matin même de son arrivée, lundi 11 novembre, et, à l'exception des deux ou trois dernières pages, je le portai à l'imprimeur Cox, le jeudi ou vendredi suivant. Pendant le trajet en voiture, j'y jetai un coup d'oeil et fus surpris de n'y découvrir ni ratures ni corrections d'aucune sorte. Mais ce qui me causa le plus d'étonnement alors, ce fut de constater comment, parmi les incessantes interruptions et les continuelles visites de cette époque, il put trouver le temps d'écrire en si peu de temps une bro-
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chure si complète et si concluante. C'est un exemple de cette facilité de travail qu'on ne sut jamais assez reconnaître. La première nouvelle qui lui parvint de Tagitation créée en Angleterre au sujet de la hiérarchie lui fut portée à Vienne par un numéro du Times. C'était, du reste, l'aliment quotidien des journaux. Pour ma part, je suis persuadé que la première idée d'écrire son Appel lui vint de très bonne heure et qu'il eut le loisir d'y réfléchir à tête reposée pendant le reste de son voyage. Il avait, d'ailleurs, une très fidèle mémoire des pensées qui se présentaient à son esprit, pour ses sermons, ses Lectures ou ses essais, et n'éprouvait pas le besoin de les écrire à mesure qu'elles se présentaient. Je mentionne cette idée, telle qu'elle me vient, comme une sorte d'explication des merveilleuses aptitudes que le Times son principal adversaire se vit obligé de lui reconnaître à l'occasion de V Appel.
« Le succès de la brochure fut énorme. Publiée chez Richardson, le 19 novembre, elle paraissait in extensole 20 dans cinq journaux quotidiens de Londres. Elle remplissait six colonnes et demie, en très petit texte, du Times. Le tirage tiu Times était alors de cinquante mille numéros. Il me souvient qu'il me fut impossible d'en trouver, vers quatre heures de l'après-midi, un seul exemplaire, ni un numéro de journal pour l'envoyer à un de mes amis du Nord.
« Le lundi suivant, je crois, Richardson m'affirmait que trente mille exemplaires de la brochure étaient déjà vendus ^
1. <!i Je me suis laissé dire dans le temps que le jeune M. Bagshawe, (aujourd'hui le juge Bagshawe) se serait servi d'un petit stratagème, pour obtenir du Times la publication in extenso de VAp-
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a 11 suffît de quelques jours pour me convaincre que V Appel avait produit plus d'effet que je ne m'y attendais. Son résultat me rappela les conséquences de l'explosion de V Orient à Aboukir. 11 ne mit pas fin à la bataille, mais il amena une trêve d'au moins une semaine, la trêve du silence et de l'attention. »
L'Appel était une brochure de trente-et-une pages •que précédait une explication (citée plus haut) du véritable but visé par la mesure pontificale qui avait soulevé une si grande tempête. Il débutait par un tableau rapide <le l'agitation «Ile-même, tableau que ceux qui se souviennent des événements d'alors déclarent exempt de toute exagération.
« L'établissement d'une hiérarchie catholique dans ce pays, disait le cardinal, a excité une agitation sans égale peut-être dans l'histoire contemporaine. Elle a eu la violence d'un tourbillon, et, tant qu'elle a duré, il eût été insensé de demander à être entendu. Après que la nouvelle de la mesure prise par le Saint-Siège fut parvenue en Angleterre, quelques jours se passèrent sans aucun signe de trouble ; mais c'était le calme précurseur de l'orage. L'orage n'a pas tardé, en effet, à éclater avec une violence extraordinaire ; tous les journaux, à quelques exceptions près, paraissaient lutter à qui l'emporterait •en acrimonie, en virulence, en persévérance dans les attaques. Les libéraux et les conservateurs, les anglicans et les dissidents, quels qu'aient été auparavant
pet. Il obtint préalablement cette promesse de quatre autres journaux quotidiens et ne se présenta aux bureaux du Times qu'à neuf ou dix heures du soir. On lui répondit d'abord qu'on ne publierait que des extraits; mais quand il eut fait savoir que les autres jour" naux reproduiraient V Appel tout entier, il fallut bien céder. »
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leur ton ou leur caractère ordinaire, grave ou léger, tous semblaient concentrer leurs efforls vers un seul but, celui d'étouffer, s'ils le pouvaient, ou du moins dévouer à l'exécration publique la nouvelle forme de gouvernement ecclésiastique que les catholiques regardaient comme un bénéfice et un honneur. A cet effet, les feuilles mêmes dont le ton est d'ordinaire poli et honnête accueillirent les bruits les moins fondés et les plus offensants. Les journaux s'empruntèrent les uns aux autres leurs calomnies ; ils répandirent au loin une foule d'anecdotes où il n'y avait pas un mot de vrai, ou, qui pis est, renfermaient quelques parcelles de vérité dénaturée. Le sarcasme, le ridicule, la satire la plus grossière, les dissertations théologiques ou légales les plus subtiles et les plus habiles, les déclamations hardies et effrontées, les raisonnements artificieux et captieux, rien ne fut épargné ; et tous les moyens imaginables, depuis le procureur général jusqu'à Guy Fawkes, depuis les lois du premu^ nire jusqu'au tumulte de la rue, tout fut employé pour exciter l'indignation populaire et pour prêter appui aux vengeances des hommes qui avaient soulevé ces clameurs. »
Le cardinal Wiseman continuait en faisant ressortir la lourde responsabilité qui pesait sur Lord JohnRussell^ l'instigateur de cette agitation, alors qu'une seule parole de lui aurait contribué à la calmer. Et il opposait cette attitude à celle de Sir Robert Peel, lors de l'agitation soulevée contre les catholiques dans une autre circonstance.
« Il y a quelques années, disait-il, la proposition de donner plus d'extension au collège catholique irlandais de Maynooth causa une agitation analogue, sous quelques
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rapports. Les passions politiques et religieuses unirent des partis, d'ailleurs tout à fait ennemis, dans la même opposition systématique contre la mesure. Mais le grand homme d'État qui présidait le conseil de Sa Majesté et dont le pays a si sincèrement déploré la perte, il y a peu de temps, résista courageusement au torrent ; il présenta avec une dignité calme son projet de loi aux Chambres et ne fit aucune concession aux clameurs publiques. Dans la crise actuelle, les catholiques d'Angleterre n'avaient aucun droit à compter sur Tappui du gouvernement, et ils ne Tout pas demandé, mais ils avaient les mêmes droits que tous les citoyens à son impartialité. Ils auraient pu bien naturellement escompter que celui à qui était confié le timon de l'État se serait mis au-dessus des influences de parti qui rendent l'esprit incapable de saines et généreuses pensées ; qu'il ne se serait pas exposé à prononcer un jugement prématuré et impolitique ; qu'il serait resté sur le terrain neutre de sa responsabilité publique ; qu'il aurait réprimé tous les excès des deux côtés et modéré les emportements dangereux des deux partis. Tout au contraire, le chef du Gouvernement de sa Majesté a étonné non seulement le pays, mais l'Europe entière, par une lettre qui ne nous laisse guère d'espoir qu'un appel à l'autorité suprême de cet empire soit accueilli avec faveur. »
Le cardinal signale l'inconvenante sortie du Lord Chancelier à Mahsion House comme un autre exemple des passions soulevées en haut lieu.
Puisque le gouvernement, en qui aurait dû s'incarner la raison et la justice de la nation, s'était transformé en agitateur ; puisque la presse employait son action à exciter les fureurs populaires, il n'y avait plus qu'à faire
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appel au bon sens et à la générosité des populations ellesmêmes, à rencontre des fausses imputations élevées contre les catholiques par les membres du gouvernement :
« Tout accès à la justice publique nous étant donc fermé; après nous avoir condamnés et avoir poussé des cris de mort, malgré nos explications la presse se faisant sourde à toute réclamation à fin d'être loyalement entendus; n'ayant aucun espoir que la porte du premier ministre s'ouvre devant nous, si nous y frappions pour demander, non pas des pensions et de l'argent, mais une simple audience pour nous expliquer, là plus haute autorité judiciaire du pays ayant préjugé la question et nous ayant enlevé tout moyen d'appel, quelle ressource nous reste-t-il, quelle perspective d'obtenir justice ? Il nous reste cependant un tribunal qiii, après la Providence infaillible de Dieu, est celui en qui nous plaçons le plus justement toute notre confiance ; il nous reste le sens droit et le cœur honnête d'un peuple généreux, cet amour de la probité et de la loyauté qui est l'instinct naturel de l'Anglais en toutes choses, dans les affaires sérieuses comme dans les affaires futiles, cette répulsion pour tout avantage usurpé, toute triéherie , toute embûche malhonnête , toute clameur de parti, employés pour renverser même un rival ou un ennemi, et nous en appelons à ces sentiments.
« C'est à ce tribunal impartial, franc et humain que j'en appelle et que je demande pour moi et pour mes coreligionnaires catholiques d'être entendu librement, loyalement et avec impartialité. Sujets comme lions de Sa Majesté, Anglais, soyez du moins justes et équitables! Vous avez été trompés; vous avez été. égarés, quant aux faits et quant aux intentions. »
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Le cardinal aborde ici, en premier lieu, la prétendue usurpation sur la suprématie royale, dont se serait rendu coupable le Pape en nommant les évéques catholiques, Sans doute l'acte du Pape est une négation de la suprématie royale dans les choses purement spirituelles. Mais n'en est-il pas de même de l'attitude de tous les dissidents, et telle n'a-t-elle pas été toujours depuis la Réforme l'attitude des catholiques? Confondre cette dénégation avec la déloyauté vis-à-vis de la couronne, ce serait aboutir à l'entière destruction de la liberté religieuse :
« La suprématie royale n'est pas plus admise par l'Église écossaise, par les baptistes, par les méthodistes, par les quakers, par les indépendants, par les presbytériens, par les unitariens et autres dissidents que par les catholiques...
« ...Quand un dissident récuse la suprématie royale, par ce mot nous entendons la juridiction spirituelle et ecclésiastique attribuée à la couronne, il la remplace peut-être par quelque autre autorité, celle d'un synode ou d'une conférence, ou bien il n'y substitue rien du tout ; mais quand un catholique la récuse, c'est parce qu'il croit qu'une autre suprématie, une suprématie vraiment ecclésiastique et spirituelle, réside dans le Pape ou évêque de Rome, suprématie qui s'étend sur toute l'Église catholique. Pour lui les deux actes se résolvent en un seul : la négation de la suprématie royale implique l'affirmation de la suprématie papale. Et comme il a légalement le droit de récuser la première, il a légalement celui d'affirmer la seconde. C'est pour cela que Lord Lyndhurst, Chancelier d'Angleterre, s'exprimait ainsi dans la Chambre des Lords, le 11 mai 1846 :
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« Ce n'est pas crime chez un catholique, disait-il, que « de reconnaître et de défendre la suprématie du Pape ; « mais si ce catholique le fait dans une mauvaise inten- « tion, s'il propage des doctrines et des opinions immo- « raies, il est passible d'une peine, en vertu de la loi « commune. Si, au contraire, il s'est borné à recon- « naître et à défendre, comme il est tenu de le faire^ la « suprématie spirituelle de son supérieur, il n'est cou- •< pable d'aucune offense envers les lois du pays. Le « très révérend prélat (l'évêque d'Exeter) a demandé « mon opinion et celle des juges éclairés sur le droit des « catholiques romains à reconnaître et à défendre la « suprématie du Pape dans les afîaires spirituelles. Je « dis qu'ils n'offensent pas la loi commune en agissant « ainsi. »
« Les évoques et le clergé tâchent naturellement de faire tourner la crise à leur profit et de confondre leurs prétentions avec les droits du Souverain. Il s'efforcent et s'efforceront de ressaisir par ce moyen cette influence qu'ils n'ont plus sur le cœur du peuple et de reconquérir, par une explosion de fanatisme, cet ascendant religieux que les années ont emporté et détruit. Mais c'est là ce que ne permettra pas une nation aussi éclairée que la nation anglaise sur les questions qui touchent à la tolérance religieuse ; elle ne laissera pas escamoter les privilèges dont elle jouit. La nation s'opposera avec énergie à toute tentative qui serait faite pour mutiler ou pour rétrécir ses droits, même quand les catholiques devraient en ôlre les seules victimes. Croyez-moi, les dangers que courent en ce moment les libertés religieuses et civiles de l'Angleterre ne viennent par des empiétements qu'à pu commettre le Pape en accordant aux catholiques
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L AGRESSION PAPAl.E 577
anglais une faveur qu'ils avaient pleinement le droit d'attendre de lui, ainsi que j'espère pouvoir le démontrer ; ils viennent de ceux qui profitent de cette occasion pour faire reculer de quelques pas, s'ils le peuvent, la législation de la tolérance, et pour ravir à une grande partie des citoyens anglais des droits qui sont également acquis à tous aujourd'hui et qui leur permettent le libre exercice de leur religion. »
Le cardinal continue en établissant que la tolérance de la religion catholique implique logiquement l'autorisation d'établir une hiérarchie catholique :
« Si la loi, a fait remarquer Lord Lyndhurst, permet les doctrines et la discipline de l'Église catholique romaine, il faut qu'elle permette qu'on la professe complètement et convenablement * . »
Ainsi, c'aurait été une dérision et une tyrannie que de dire aux catholiques : « Vous avez une liberté religieuse parfaite ; mais vous n'enseignerez pas que l'Église est infaillible» ; ou de leur dire : « Vous jouirez d'une ontière tolérance ; mais il ne faut pas que vous osiez croire que les Ordres sacrés sont un sacrement. » Or ies Ordres sacrés doivent être administrés par des évêques ; il faut donc une succession d'évêques.
« C'est pourquoi l'Église catholique est essentiellement «piscopale et dire aux catholiques : « Vous jouirez d'une « entière tolérance religieuse, mais vous n'aurez point « d'évêques pour vous gouverner », c'eût été une contradiction flagrante dans les termes ; c'eût été l'équivalent d'un refus absolu de tolérer leur religion. »
i. Discours prononcé à la Chambre des Lords, 20 avril 1846. Hansard, v. 83, p. 1261.
LE CARDINAL WISBHAN. — 1. 33
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Le cardinal s'attaque ensuite à la racine même de^ Terreur qui s'est enfoncée si profondément dans l'esprit public, et montre que le rétablissement de la hiérarchiene constituait pas une nouvelle sorte de mainmise surle pays par les catholiques romains. Il établit qu'en fait le titre d'archevêque de Westminster lui confère justeautant de droits réels sur la cité qu'il en possédait auparavant sur le district de Londres : « Il paraît évident que les agitateurs ecclésiastiques s'efforceront de fairecroire au peuple qu'il a été octroyé aux nouveaux évêquesla possession de quelque avantage palpable dans chacun de leurs sièges, ou, comme on l'a déjà dit, « quelquechose de territorial ». Le temps démasquera ce mensonge et montrera qu'il n'a pas été enlevé un pouce de^ terre ni un shilling d'argent aux protestants pour ledonner aux catholiques^
« Les nouveaux évêques n'auront aucune occasion debarrer le chemin aux prélats de l'Église anglicane dansl'accomplissement de leurs devoirs. Ils auront assez à faire en dehors de leurs fonctions épiscopales, à pourvoir aux besoins de leurs pauvres enfants spirituels et surtout de cette multitude de pauvres Irlandais, dont la conduite pacifique et réellement catholique, au milieui du tourbillon d'outrages qui les a assaillis, prouve qu'ilsn'ont pas oublié les instructions de leurs prêtres, dont ils ont appris à ne pas insulter ceux qui les insultent et à souffrir sans menacer. »
Quant aux clameurs soulevées par la publication ei> Angleterre de la lettre du Pape, Wiseman établit que Lord John Russell et Lord Lyndhurst ont tous deux reconnu que la publication des bulles pontificales était inévitable :
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« Je ne pense pas (dit le premier ministre), qu'il soit possible d'empêcher l'entrée d'une bulle dans ce pa^ys. Il y a certaines bulles du Pape qui sont absolument nécessaires pour la nomination des é vécues et des pasteurs de r Église romaine. Il serait tout à fait impossible d'em-^ pêcher l'introduction de ces bulles-là*. » Le Lord Chancelier Lyndhurst a dit aussi : « On a toléré les prélats catholiques et l'on savait queces prélats ne pouvaient remplir leur mission ecclésiastique ni régler la discipline, sans se tenir en communication avec le Pape de Rome. Les évêques catholiques ne peuvent être nommés qu'en vertu d'une bulle du Pape ^ . . . »• En réalité, la seule manière de concilier la tolérancenécessaire des communications entre le Pape et les catholiques anglais avec la négation légale de l'autorité papale en Angleterre, était de considérer comme nonavenues, au point de vue de la loi, les instructions du Pape aux catholiques anglais. C'était la manière d'agir suivie précédemment, et elle avait été formellement reconnue par Lord John Russel lui-même. Son abandon^ dans un moment d'irritation a mis le premier ministredans une impasse d'illogisme sans issue. Le document papal était adressé aux seuls catholiques anglais; il' ignorait, selon la coutume et la convention officielle, les autres Anglais qu'il ne concernait point, et le gouvernement aux yeux duquel de telles pièces sont non avenues ; et tout à coup on l'incriminait comme s'il eût été adressé à l'ensemble de la nation anglaise.
C'est ce qu'expose en ces termes le cardinal :
« Dans un grand nombre de documents, y compris 1»