De sacra Poesi, p. 318. (Oxford
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êlO LE CARDINAL WISEMAN
est nécessaire d'en tenir compte pour le bien comprendre. Ainsi, par exemple, pour les morts, l'office, les obsèques, la messe se rapportent au moment de la mort et ramènent imagination à l'instant terrible et critique de la séparation ' de l'ûme et du corps. Peu importe que l'anniversaire d'un défunt soit célébré un siècle et plus après sa mort, et que le but ne soit que d'obtenir pour lui sa délivrance d'un lieu d'expiation temporaire, d'où son entrée finale dans Téternel repos lui est assurée, les prières de TÉglise le représentent en danger, en lutte contre ses ennemis, sur le bord escarpé d'un abîme de malheur sans fin. Dans le pathétique oCFerloire de la messe, Notre-Seigneur est conjuré ^ de l'arracher de la gueule du lion, de peur que l'enfer ne l'engloutisse et qu'il ne tombe dans les ténèbres ». Dans le graduel, on supplie le Seigneur d'absoudre de son péché le défunt, « afin qu'il puisse échapper au jugement de la divine vengeance » ; dans tout l'office revient constamment ce verset : « Des portes de l'enfer arrachez leurs âmes, ô Seigneur! » De la même manière, l'Église place sur les lèvres des défunts des paroles d'une expression 1res solennelle, qui les représentent comme engagés encore dans une lutte indécise. Tout cela quand on Tétudie du point de vue que j'ai indiqué est excessivement effrayant et magnifique. La pensée est ramenée à. cette scène où se livre réellement un combat entre la justice et la miséricorde, et nos sentiments de ferveur et d'anxieuse préoccupation s'en élèvent à toute l'intensité et l'énergie que la prière peut inspirer à cette heure décisive.
De la même manière et dans le même esprit de beauté dramatique, l'Église nous prépare pendant l'A vent à la commémoration de la nativité de notre Rédempteur, comme si Béellement l'événement allait encore se produire. Ce n'est pas une sèche exhortation à profiter de cet heureux événement et de sa célébration; mais elle nous fait chaque jour soupirer avec les Pères de l'ancienne loi : « Cieux, laissez tomber d'en haut votre rosée sur la terre et que les nuées pleuvent le juste; que la terre s'ouvre et qu'elle germe le Rédempteur. » Les collectes de trois ou quatre dimanches de l'Avent commencent par ces mots: c Seigneur, excitez fotre puissance et venez » ; comme si nous redoutions que
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nos iniquités Tempêchent de naître... Toute la liturgie de TA vent avive ce sentiment, le précisant davantage à mesure que la solennité approche ; et le jour même de Noël, Toffice exprime le même retour idéal à Tinstant môme et aux circonstances de la naissance de notre divin Rédempteur. Les bergers sont invités, dans un poétique langage, à dire ce qu'ils ont vu, et tous les glorieux mystères de ce jour sont représentés à Tûme comme s'ils venaient de se produire.
Dans tout cela, il est impossible de ne pas reconnaître la plus haute expression poétique de sentiments en harmonie avec l'événement rappelé, l'imagination se trouvant ramenée par la puissance dramatique, à la scène elle-même. Ce principe qu'on voit présider à la liturgie de toutes les époques de l'année ecclésiastique, inspire tout particulièrement la liturgie de la Semaine sainte et lui donne l'âme et la vie. Cette liturgie n'est pas seulement dans la pensée de l'Église destinée à être simplement commémorative et historique; elle est, à strictement parler, représentative. L'Église se met .en deuil, comme si son Époux allait actuellement subir sa cruelle destinée ; elle pleure sur Jérusalem, comme si la mesure de son iniquité n'était pas encore comble et si le châtiment qui l'a ruinée pouvait encore être détourné. Dans les beaux improperia du Vendredi saint. Notre Seigneur est supposé s'adresser aux juifs, comme s'ils étaient encore son peuple, et il leur reproche leur ingratitude pour ses bienfaits; et ce n'est pas, naturellement, aux débris infortunés de ce peuple dispersé dans le monde qu'il s'adresse, mais à la nation entière, comme si sa cruauté s'acharnait encore contre lui. Ne pas assister dans ce sens à ces cérémonies, ne pas lire dans ce sentiment les offices chantés ou récités en ces jourg, ce ne serait certes pas les goûter ni les comprendre.
Pourquoi, demandera-t-on, chanter sur un mode si pathétique les Lamentations de Jérémie, qui se rapportent à la destruction et à la captivité du peuple juif, tandis que nous devrions gémir sur nos péchés qui ont crucifié le Fils de l'Homme? Parce que l'Église espère mieux arriver à nos cœurs en y produisant au sujet de l'ancien peuple de Dieu:, par ce mélange d'indignation et de compassion dessentiments semblables à ceux qu'on aurait ressenti si puissamment
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en assistant à la perpétration de son forfait. Pourquoi don< constamment les antiennes, les versets et aulres parties moi importantes de Toffice se composent-ils de paroles choisies de telle sorte qu'elles puissent paraître n'avoir été pronon«> cées que par Notre-Seigneur lui-même pendant sa Passion. C'est parce que l'Église voulait représenter cette scène de façon à remuer nos âmes, commes elles l'auraient été si Jésus nous eût parlé ou parlé à son peuple en cette heure solennelle et touchante, c'est-à-dire beaucoup plus qu'elles ne le seraient vraisemblablement par nos froides médita^ tions personnelles.
Mais l'analyse de quelques-unes des cérémonies fera mieux ressortir encore la richesse poétique de cette idée. Lft dimanche des Rameaux a pour objet de rappeler l'entré*' triomphale de Notre-Seigneur à Jérusalem et les première»' étapes préparatoires de sa Passion. Ce but aurait pu être atteint par une leçon ou une exhortation informant le«: iidèles de l'objet et du caractère de cette fête. Mais au liea de cette méthode froide et compassée, un chœur, précisée ment comme dans les meilleures tragédies grecques, e^ chargé de ce devoir. Il ouvre l'ofûce d'une façon vraimenl dramatique en chantant avec une noble simplicité : « Ho», sanna au Fils de David ; béni soit celui qui vient au nom dïi Seigneur. 0 roi d'Israël, hosanna au plus élevé des cieux. • Après cet élan, le prêtre ou l'évêque officiant commence l'office par une courte mais expressive prière, implorani une bénédiction sur la commémoration de la Passion Christ qui va commencer. Le sous-diacre lit alors une leç de l'Exode dans laquelle, par une analogie parfaite avec l^i fête, et belle par conséquent. Dieu, après qu'Israël s'e^^ reposé sous les palmiers d'Elim, promet, avec preuves l'appui, de délivrer complètement son peuple de la servitud <^'Égyp^6** Une telle introduction est à la fois harmonieusec3 noble et très appropriée. Elle renferme le type dont la réaljj lisation va retenir notre attention. Le chœur rentre en scèr et prépare la voie à ce qui va suivre, en racontant la confl piration des prêtres juifs pour perdre le Christ, et la pro phétie de Caïphe, qu'il faut qu'il y en ait un qui meure pou