ACTE PREMIER
l'oncle ANTHIME
Oh! Marcel! le pauvre enfant!... Avec ses leçons et son traitement, qu'est-ce qu'il gagne par mois? pas même quarante francs... Je sais qu'il a fait quelques dettes pour nous... Déjà nous n'aurions pas dû accepter... Il ne nous est rien, après tout, ee petit Marcel...
HÉLÈNE
Oh! voyons, mon oncle, écoutez, mon oncle...
l'oncle anthl\ie
Et tes tantes, d'ahord, qu'est-ce qu'elles en penseront !
HÉLÈNE
Avec mes tantes, il ne peut venir que du malheur...
l'oncle ANTHIME, il va et vient.
Tu es folle !... Tiens, j'aime mieux partir, je vais finir, oui, partediredes choses méchantes... Et puis, je ne tiens pas à manquer tes tantes quand elles descendront du train... Mais pourquoi as-tu sur tes tantes de telles idées?... Ça
va être amusant pour moi de me trouver entre vous... Sois raisonnable, voyons, Hélène... sois raisonnable!... Je t'assure, quand on est comme nous, dans les ennuis, il n^ faut pas regarder tout le monde ïivec des yeux de méfiance... Et moi qui comptais même sur toi pour préparer doucement ta mère, pendant que je serai
dehors... (Il a mis son paletot et se trouve près de la porte.) Est-
ce que je veux ton malheur, moi, ma fille?...
HÉLÈNE, appuyant.
Nous n'aurions pas dû...
l'oncle ANTHIME, avec bonté, en s'en allant.
Oh ! non! Tu m'agaces!...
L oncle est parti. Hélène reste une seconde sur le pas de la porte, un jour assez vague l'éclairé. Bientôt, elle referme, elle vient se poster près de la cloison ; elle jette un regard dans l'arrière-boutique où Céline, endormie, commence à remuer et às'agittr, tandis que la Petite Lie joue paisiblement. Ensuite, elle se tourne de nouveau du côté de la porte de la rue, elle semble inquiète et comme aux aguets. 11 fait dans le magasin une lumière gris-bleu. A côté, on dirait que la lampe a baissé. Soudain, on frappe dehors plusieurs coups légers. Hélène se hâte d'aller ouvrir. Sur le seuil, on distingue la silhouette d'un jeune homme.