SCÈNE VU
BLAIREAU, FOUINARD, puis LE MARCHAND DE BILLETS et LE MARCHAND DE COMES- TIBLES.
BLAIREAU, au comble de la joie. Ah! sapristi!., saprelotte... je suis content d'être venu...
FOUINARD. Hein !.. quand je te disais que nous ferions un délicieux carnaval!
BLAIREAU. Mon cher, j'ai un pressentiment... ce sont des femmes ravissantes!..
FOUINARD. Parbleu! j'en suis sûr... j'ai remarqué des mains... des pieds...
BLAIREAU. Et puis c'est cette grâce... celle désinvolture...
FOUINARD, Tu comprends qu'une fois à lable... à bas les masques!..
BLAIREAU, <ra7i>/)ort^. Ahl Fouinard! mon ami! {Avec tristesse.) Ça me fâche pour Louloute. (Gaiement.) Mais bah!., une fois n'est pas coutume... et dès demain...
FOUINARD. Vite! occupons-nous du souper...
BLAIREAU. Et de la loge.
LE MARCHAND DE BILLETS, reveuajit. BJllets de bal... billets d'Opéra!..
FOUINARD. Voilà notre affaire!., pst?..
BLAIREAU. Moi, j'entre chez le marchand de comestibles. [Il entre dans la boutique.)
FOUINARD, au marchand de billets. Avez-vous une loge?..
LE MARCHAND. Oui, Mousicur, la dernière, loge à salon, loge d'amoureux, ça doit faire l'affaire de Monsieur.
FOUINARD. Il ne s'agit pas de ça!
LE MARCHAND. Pardon!., je croyais... je vous avais vu causer tout à l'heure avec deux petites fées...
FOUINARD, à part, vexé. Ce que c'est!., s'il y avait eu du monde de connaissance par là... {Haut.) Voyons, combien votre loge?..
LE MARCHAND. Pour VOUS, LMousicur, quatrcvingt-dix francs.
FOUINARD. Quatre-vingt-dix francs!., mais c'est affreusenicnt cher...
BLAIREAU, reparaissant. Fouinard, les homards sont hors de prix !
FOUINARD. Diable! c'est comme les loges.
BLAIREAU. Vingt francs les gros!
FouiNABD. Alors prcnds-eu un petit. {Blaireau rentre dans la boutique, au même moment un monsieur en sort avec un homard sous le bras.)
FOUINARD, à lui-même. Il faut pourtant aller au bal!., qualre-vingl-dix francs! enfin, ce n'est pas Ions les jours fêle!., ehl.. l'homme!., je prends voire loge. {Il fouille à sa poche.)
BLAIREAU, reparaissant. Fouinard... il n'y a plus de gros .. et les petits sont en hausse ! trente francs un petit...
FOUINARD, Alors tu aurais dû en prendre un
gros!.. Prends-le vite!., les petits n'auraient qu'à hausser encore! {Blaireau rentre.) Ah! diable!,, ah! sac à papier!., j'ai oublié de l'argent .. {Au marchand.) Attendez un moment.., je vais vous donner ça!..
BLAIREAU, sortante Préparez la facture... je vais vous payer.
FOUINARD. Blaireau?
BLAIREAU. Fouinard?
FOUINARD
Quatre-vingt-dix francs?
BLAIREAU
Soixante francs?
FOUINARD. Hein?
BLAIREAU. Tu dis?..
FOUINARD. Je te demande quatre-vingt-dix francs.
BLAIREAU. Je t'en demande soixante.
FOUINARD. Tu n'as donc pas d'argent ?
BLAIREAU. J'ai neuf francs !
FOUINARD. Comment, neuf francs?
BLAIREAU. Mais dame .. j'ai pensé que pour aller faire un inventaire.,.
FOUINARD, Et moi qui ai oublié ma bourse... nous voilà gentils garçons!..
BLAIREAU. Et ce souper...
FOUINARD. Cette loge!,, ces femmes qui nous attendent,
BLAIREAU. Une si belle occasion perdue!
FOUINARD, Dis donc Blaireau,,, si nous allions nous coucher...
BLAIREAU. Ah ! tu me dis ça maintenant...
LE MARCHAND DE COMESTIBLES, Sortant de ckez lui. Monsieur, voilà votre note...
LE MARCHAND DE BILLETS. Ah çà, diteS doUC,
bourgeois, avez-vous bienlôt fini de vous décider?
FOUINARD. Eh bien!., oui!., je me décide... je ne prends pas la loge.
LE MARCHAND DE BILLETS. Comment ! comment... vous ne prenez pas?
BLAIREAU. Je décommande les comestibles.
LE MARCHAND DE COMESTIBLES. Mais, MonsicUP,
on ne vient pas dans une boutique faire des achats...
FOUINARD. Nous avoDS changé d'avis.
LE MARCHAND DE BILLETS, menaçant. Vous allez me payer ma loge tout de suite...
LE MARCHAND DE COMESTIBLES. Et ma marchandise.
LE MARCHAND DE BILLETS. Ou je VOUS aSSiedS
dans le ruisseau.
LE MARCHAND DE COMESTIBLES. El mol de
même. .
FOUINARD. Dans le ruisseau!., allons bon!., une querelle... des avanies...
BLAiRE.\u. Us vont attirer du monde.
LE MARCHAND DE BILLETS. Ih bien ! pour quand est-ce?..
FOUINARD. Voyons, Messieurs, pas de bruit...