‹ Le carnaval des marisChapitre 33 sur 45 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, ACHILLE et DUBOURG.

ACHILLE, à Dubourg. Je n'aperçois pas nos donzelles. {Entrant et appelant.) Garçon!

LE GARÇON. Mousieur !

ACHILLE, Avez-vous VU deux dames?

LE GARÇON. Dcux dames?

ACHILLE. Deux dames seules... en costume de pierreltes.

DDBOURG. Des jupes blanches, des revers bleus.

tE GARÇON, réfléchissant. Des pierreltes... attendezdonc... ça ne serait pas deux polichinelles?

ACHILLE. Imbécile!

DCBOURG. On vous dit des pierrettes.

LE GARÇON. C'est différent... nous n'avons pas ça ici.

ACHILLE. Sacrebleu!

LE GARÇON. Ccs messicurs veulent-ils souper ?

ACHILLE, Non ! va-t'en au diable !

LE GARÇON. Bien, Monsieur... {A part, en remontant.) 11 a l'air d'un fameux crâne !

ACHILLE. Je suis d'une colère !

LE PAILLASSE. Eh ! maisjc ne me trompe pas!.. Achille et Dubourg! (Se levant et venant leur serrer la main. A Achille.) Ah çà, loi, je le croyais en province?

ACHILLE, brusquement. Je suis arrivé il y a deux jours.

LE PAILLASSE. Peut-on VOUS Offrir un verre de Champagne?

ACHILLE, de même. Merci.

LE PAILLASSE. Ah! moH Dieu, quel air rechigné! Qu'est-ce que lu as donc ?

ACHILLE. J'ai... j'ai que l'on vient de se moquer de nous.

TODS. Ah bah!

LE PAILLASSE. Et qui douc?

ACHILLE. Des femmes, parbleu!.. (D'un air menaçant.) S\ c'était des hommes, mille tonnerres!

LE GARÇON, çui a écouté, et à part.) Je disais bien, c'est un crâne!

LE PAILLASSE, à AcMlle. Voyons, conte-nous

ça.

TOUS. Oui, oui, l'histoire! l'histoire!..

LE DÉBARDEUR. AUeZ-y !

ACHILLE. Eh bien! il s'agit de deux femmes... deux femmes charmantes, ma foi... que nous avons rencontrées celle nuit au bal de l'Opéra.

DUBOURG. Elles étaient seules, et erraient à l'aventure comme des brebis égarées.

ACHILLE. Nous Hous approchons d'elles, et saus perdre de temps en préambules, nous offrons à souper... A ce mol, grand effroi. {Imitant une voix de femme.) « Messieurs, de grâce, laisseznous!., nous ne sommes pas ce que vous croyez.» Enfin, toutes les rocamboUes d'usage.

DUBOURG. On cherche à fuir.

ACHILLE. Nous nous attachons à leurs pas

nous devenons plus pressants... « Eh bien! finit par dire l'une d'elles, à une heure, au foyer, près de l'horloge... » Oh! oh! pardon, mes belles, nous connaissons ça !.. Ce n'est pas à nousqu'on monte des couleurs... il nous faut des gages... comme aux jeux innocenls... El moitié de gré, moitié de force, nous nous emparons...

DUBOURG. Moi, du mouchoir brodé de l'une. ACHILLE. El moi de l'éventail de l'autre.

TOUS. Bravo !

DUBOURG. De celle manière nous nous croyions sûrs de revoir nos deux conquêtes.

ACHILLE. Eh bien ! pas du tout !

Air : Qu'il est flatteur.

En vain, au rendez-vous fidèles, Dans le dessein de festoyer, Nous avons attendu nos belles Près de l'horloge du foyer ; Malgré ces gages, de vrais leurres, Nous entendîmes, sans bouger , Sonner, tinter toutes les heures...

Excepté celle du berger.

Mais je ne me liens pas encore pour battu. DUBOURG. Ni moi !

ACHILLE. Je vais avec Dubourg parcourir les cafés, les restaurants des environs et si je renconlre nos farceusesaubrasde quelques cavaliers... DUBOURG. Ça ne se passera pas comme ça. ACHILLE. Ils apprendront de quel bois je me chauffe. {A Dubourg.) "Viens, suis-moi! {Us sortent.)

LE PAILLASSE, retournant à sa table. Et nous, mes enfants, un dernier verre de Champagne, et au bal.

FiFiNE. Allons, père GorenQot, payez.

LE PAILLASSE. Garçou, l'addition!

LE GARÇON, tirant la carte de sa poche, et la lui présentant. Voilà, Monsieur.

GORENFLOT, OM garçon. Jeune homme, combien vous dois-je?

LE GARÇON, lui présentant une autre carte. Voici votre carte.

GORENFLOT, 'retordant la carte, et à part. Dixneuf francs quatre-vingt-quinze!., c'est poivré... mais celte Fifine est si appétissante... ah! si Azéma se doutait jamais!.. {Au garçon.) Tenez, voilà vingt francs... le reste est pour vous.

LE GARÇON. Un SOU !

GORENFLOT. Ah! ditos donc! j'ai laissé de l'homard,vous'nousle mettrez en réserve, pour si nous voulons nous rafraîchir en sortant de l'Opéra.

LE GARÇON, à part. En v'ià des panés! {Il retourne près des autres masques qui le paient.)

FIFINE. Allons donc, père GorenQot, allons donc danser...

sciPiON, entrant par le fond, et à Sylvestre qui le suit. Par ici!..

FIFINE, l'apercevant. Dieu! mon bourgeois!.. {Elle met vivement son masque.)

GORENFLOT, à part. Le nouveau locataire!

ENSEMBLE

Air : Final de la Filleule des Fées.

Partons, (Bis.) Au bal gaîment rentrons!

Pour que la fête Aujourd'hui soit complète,

Plus de retard.

Sur les airs de Musard, Allons pincer un quadrille chicavd.

{Ils sortent par le fond.)

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