‹ Le carnaval fleuriChapitre 10 sur 41 · LE VOYAGE AVANT DINER · texte numérisé non relu

LE VOYAGE AVANT DINER

Merci, merci ! — Bon voyage ! » Le voyageur traverse, au second étage, une autre salle à manger où le's lampes ne sont pas encore allumées ; le maître d'hôtel, qui caressait la femme de chambre, s'écrie : « Il est ennuyeux, ce cocolà, d'entrer comme ça par le plafond, sans frapper ! » Au premier étage, c'est une salle à manger de bibelots et de dorures jolies et de camaïeux roses au-dessus des portes ; trois belles filles, qui, à en juger par leur habillement, composé, pour chacune, d'une chemise sans manches, viennent de se lever ou vont se coucher, sucent des écrevisses entre des bouteilles de moët en leurs seaux embués de mousse blanche. « Eh ! dites donc, arrêtez-vous un instant, monsieur I Tenez, un verre de Champagne. Vous êtes donc bien pressé, aujourd'hui? — Je vais vous dire, j'ai du monde à dîner, je n'ai que le temps de faire un petit tour de l'autre côté de la terre. — Allez ! allez! ce sera pour une autre fois, pour demain?

— Pour demain, c'est convenu. » M. Gauron- Delesmes traverse, de haut en bas, la boutique du coiffeur. « Un coup de fer. Monsieur? Une barbe? — Non, non, une autre fois. » Il dis-

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parait, il enfonce, il enfonce, il voit, dans la pénombre qui coule du soupirail, les barriques de lacave et les bouteilles bien rangées. Il descend toujours. Sa chaise a failli être arrêtée par les énormes tuyaux des égouts. Il descend. Voici la noire terre, veinulée de gris et de blanc, comme l'intérieur d une énorme truffe. Et de colossales racines d arbres sont comme d'effrayants boas noirs, qui, repus, ne bougeraient point. Flac ! M. Gauron-Delesmes plonge, assis sur sa chaise, dans un lac souterrain, d'où s'envolent d^immenses ailes flasques qui sont les chauves-souris de la nuit intérieure. Il voit, pareilles à des braises remuées par d'invisibles pelles, des mines en fusion de diamants, de béryls, de saphirs, de chrysoprases. Il traverse le mouvant, mêlé, roulant incendie qui est le centre, le ventre du globe. Il se retrouve dans de l'ombre. Il voit d'autres lacs souterrains, d'autres racines géantes, écarte, do bas en haut, des ténèbres puantes, aspire un air léger, frais, s'élève entre de hautes herbes, se trouve dans une hôtellerie de laqué rose et de porcelaine, où trois ou quatre Chinois prennent le thé, en rythmant de leur éventail les

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