LE VOYAGE ATANT DINER
vers qu'ils murmurent d'une voix frêle de petit oiseau. * Eh ! c'est M. Gauron-Delesmes.
— Bonjour, monsieur Gauron-Delesmes ! — Vous êtes bien en retard ! — Nous ne vous attendions plus. — C'est que j'ai du monde à dîner... — Une tasse de-thé ? — Non, une tasse de vin de riz, plutôt, c'est un excellent apéritif. — Servez à M. Gauron-Delesmes une tasse de vin de riz. — Ah! il' est excellent! Ça, ça^ petite bouquetière, que je vous achète vos plus jolies fleurs. Mais ilfaut que je m'en retourne, on va servir le potage. — Allez, allez ! ne vous gênez pas ! et à demain ! » La chaise enfonce de nouveau, à travers toute la terre : il revoit les ténèbres, l'incendie intestinal du globe, Focéan de chrysoprases, de saphirs, de béryls, de diamants, les énormes chauves-souris des étangs souterrains, les boas colossaux qui sont des racines, les tuyaux d'égouts, les bouteilles bien rangées et les barriques des caves, la boutique du coiffeur, la salle à manger dorée où les trois belles personnes n'ont plus de chemises du tout, la salle à manger pas éclairée encore où, à présent, c'est la femme de chambré qui caresse le maître d'hôtel, la salle à
manger d'acajou, très élégante, très lumineuse : (« Ah ! ah ! c'est le voisin ! Vous avez fait un bon voyage, voisin? — Merci, merci I très bon voyage ! » ) Et le voici devant sa table, sur sa chaise, parmi ses convives :
« Excusez-moi, je suis un peu en retard. — Mais non ! — Mais non ! — Si fait, dit Mme Gauron-Delesmes. Tu as mis plus de dix minutes. Regarde, on a apporté la soupière. — Oui, fait remarquer Fun des notaires, en riant, mais le potage fume encore. » M. Gauron-Delesmes ajoute : « Que ceci obtienne mon pardon. » Et il remet deux rhododendrons de Chine aux femmes des notaires, un cactus écarlate à la fille de l'avoué, un œillet de Nangasaki à la sœur du négociant retiré du commerce de la soierie et, à la femme de l'inspecteur des finances, un lys des Montagnes de la Lune. Et cela est tout simple. Et ce qui étonnerait les bourgeois, ce serait qu'il en fût autrement. Car la Chimère est dans le monde.
Pour le Bonheur de rHumanité
Tout le monde a reçu, ou va recevoir, cette circulaire :