LANNKAU D*OR AVEC UNE PETITE PERLE
dit: « Ce serait une affaire, tout de même, si on ne reconnaissait pas la petite, à cause d'une bague qu'elle n'aurait pas à son doigt pas brûlé ; on ne la mettrait pas au caveau du Père- Lachaise, elle irait dans une fosse avec d'autres, la petite. — Quelle petite? — Fichemoi la paix ! » dit Sizotte. Elle traversa l'avenile. Devant un guichet, il y avait quelqu'un qui était chargé de recueillir les renseignements. Elle dit, très vite : « Je ne suis pas bien sûre... Mais s'il y avait, là, parmi les morts, une personne, une jeune demoiselle, que ses parents n'auraient pas reconnue, à cause d'un anneau qui lui manque au petit doigt...
— Un anneau ?
— Oui, monsieur.
— Avec une .perle ?
— Oui, monsieur.
— Précisément, le comte et la comtesse de Lormigny viennent de reconnaître leur enfant à la bague que vous dites. Hier, on n'avait pas remarqué qu'elle eût cette bague à son petit doigt, qui n'est pas brûlé.
Stupéfaite, Sizotte fourra la main dans son corsage, elle saisit le bouton de chemisette,
elle ne trouva pas ranneau, elle bégaya: « Alors... alors... ^, puis : « Bien, bien... en ce cas... » et elle s'enfuit.
Elle rejoignit Clapin, elle l'embrassa, elle le serra, elle le baisa dans le cou, en sanglotant, en disant : « Ah ! bien, elle s'en passera, la mère Lecru, de la bague, et, pour ce qui est de déjeuner, mon pauvre homme, mon pauvre homme, tu peux en faire ton deuil, ton deuil, — le deuil, comme tout le monde !
Moi, ça ne me fait rien de ne pas déjeuner... Mais, je suis fâchée, je suis très fâchée... Elle n'a pas eu confiance en moi, la petite, elle n'a pas cru que je rendrais l'anneau pour qu'elle fût enterrée dans le caveau J avec des arbres et des fleurs autour ; elle a préféré venir le prendre elle-même, cette nuit, pendant que je dormais, elle a eu tort, c'est humiliant... elle n'a pas eu confiance... elle a eu tort! » EtSizotte pleurait en répétant : « Suzette ! Suzette ! »
La Reconnaissance du Cornet à Piston
11 faut bien reconnaître que, soit par une singularité personnelle de l'éternel Dessein qui préside aux destinations adamiques, soit par suite d'un abaissement de la valeur humaine, qui n'oblige rinconnu qu'à de moindres efforts et l'autorise même à des bafoûments, les manifestations du Mystère perdent tous les jours de leur sublimité, et, parfois, vont jusqu'à revêtir des extériorités puériles et falotes. Elles ne sont pas moins extraordinaires, mais il semble qu'elles ne vaillent plus la peine de l'être. Sans cesser d'être inexplicable, le prodige se fait bouffon. On dirait que, dans le drame de l'incompréhensible, le grand premier rôle tragique est doublé par quelque pitre forain. Pour moi, j'ai été fréquemment témoin de miracles drolatiques, bien faits
pour divertir, non sans faire suer froid, de peur.
Je veux vous conter l'histoire d'un cornet à piston, qui, très certainement, n'a jamais eu sa pareille. Il faut vous dire que, dans une petite ville du Nord de la France, j'avais été membre du jury pour un concours de fanfares, et j'avais admiré un instrument qui émettait des notes d'une force et d'un charme tout à fait exceptionnels. J'insjstai vivement pour qu'un prix fût donné à la fanfare dont il faisait partie ; et,. à plusieurs reprises, je dis à mes collègues du jury :
« Avez- vous remai'qué ? il y avait un cornet à piston, surtout ! Ah ! qu'il sonnait bien ! » Or, après le banquet, oii l'on porta plus d'un toast à l'union des Sociétés chorales et instrumentales, je me dirigeais, seul, de réverbère en réverbère, vers une petite brasserie dont on m'avait vanté la bière, lorsque je sentis quelque chose d'assez dur se glisser sous mon bras. Je baissai les yeux. C'était un cornet à piston. Je ne m'émerveillai pas le moins du monde. Je compris tout de suite et môme je fus très touché.