‹ Le carnaval fleuriChapitre 16 sur 41 · CONTE RUSSE · texte numérisé non relu

CONTE RUSSE

A M, Louis Léger,

« Non, dit le Vieux-qui-Passe quand il fut saoul de cacha et ivre de wodki comme un pope qui a été invité à' la noce du Barine, je ne vous conterai pas le conte de celui que les nourrices appellent le Petit-Doigt, parce qu'il naquit derrière le poêle, du pouce, ou du poucet, que sa mère se coupa en hachant des choux rouges ; ni le conte de la dame de ville, sauvée d'aller en enfer par la grâce de la Panagia qui la donna comme une poupée d'oraux chérubins du paradis ; ni le conte du soldat qui fit la soupe en mettant dans la marmite la hache, au lieu d'en trancher le cou de la mauvaise

hôtesse. Et il faut renvoyer les filles de la chambre oii nous buvons. Et qu'elles aillent se promener sur la route, en se tenant par la taille et en chantant des chansons. Moi, je dirai, non pas comme d'autres la disent, mais telle que je la sais, une histoire qui fait se lever du banc, après un coup de poing sur la table, les garçons qui ont du courage quand ils sont ivres.

Il y avait un loup qui avait faim. Il avait gueule pour prendre et dents pour mordre. Mais il n'osait pas prendre, et, s'il avait pris, il n'aurait pas osé mordre. Parce qu'il était bon. Et il était très maigre. Il s'en alla trouver Dieu, qui est le tsar du ciel, et, .quand il fut devant Dieu:

— Seigneur très puissant et très équitable, éternel tsar du ciel et de tous les mondes, ditil, je crèverai avant peu, si vous ne me donnez à manger,

Dieu répondit :

— Il est juste que je te donne à manger, puisque j'ai créé ta faim. Tu vois d'ici la

Page 1