HISTOIRE DU BON LOUP ET DE LA JUSTICE DE DIEU
prairie que baigne un grand fleuve? va dans
cette prairie et mange la brebis qui broute rherbe..
— Merci, Dieu !
— Bon appétit, loup.
Tropp ! tropp ! tropp ! le loup, le loup galope. Le voilà dans la prairie. Il voit la brebis.
— Bonjour, brebis, dit-il, récitez vite vos prières. Je viens pour vous manger, avec la permission de Dieu.
— Me manger? Qui donc êtes- vous ?
— Je suis le loup qui est à jeun.
— Vous ressemblez plutôt à un chien. Mais, ioup ou chien, auriez-vous le cœur de me dévo- Ter quand j'ai de petits agnelets qui me fêtent encore et qui ne manqueraient pas de mourir si le lait de ma' mamelle venait à leur manquer ? Voyez comme il sont gracieux et comme ils sautent légèrement avec de petits bée ! bée ! par-dessus les fleurettes.
Le loup se sentit attendri.
Il s'en retourna chez Dieu.
— Eternel tsar du ciel et de tous les mondes, dit-il, je n'ai pas fait mon repas de la brebis à cause de ses petits^ qui jouaient dans
rherbe. Je vais crever sur l'heure, si vous ne me donnez à manger.
Dieu répondit :
— Tu as eu raison de ne point nuire à la brebis, mère des agneaux, qui ne fit jamais de mal à personne. Tu vois d'ici, tout près de Téglise, le pâturage où. paissent les deux taureaux blancs du pope ? va de ce côté. Ne touche pas aux bêtes blanches, car les taureaux tirent la charrue par qui les pauvres gens ont du pain quelquefois. Mais entre dans l'église. Tu y trouveras le pope. Il est très gras. Tu peux le manger. 11 a bien mérité^ qu'il lui arrive malheur, depuis le temps qu'il ment et blasphème, et qu'il prend la bouillie dans la bouche des mendiants pour s'en enfler la panse.
— Merci, Dieu !
— Bon appétit, loup.
Tropp ! tropp ! tropp ! Le loup, le loup galope. 11 traverse le pâturage. 11 ne touche pas aux taureaux. Il entre dans l'église et il voit le pope, ^— Je vous salue, pope, dit-il, récitez vite vos prières. Je viens pour vous manger, avec la permission de Dieu»