‹ Le carnaval fleuriChapitre 27 sur 41 · LE RAM ASSBUR DE BOUTS DE BÉVBS · texte numérisé non relu

LE RAM ASSBUR DE BOUTS DE BÉVBS

grants, du havre-sac de toile d'un mission* naire, j'en ai fait de la lumière ! et voici que, à jamais, à jamais, pour mon infini ravissement qui n'a pas besoin de paradis, les murs de mon sépulcre sont parés de tout l'idéal humain.

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La Cruelle et Glorieuse Aumône

Mais il peut arriver que l'ironie de l'Inconnu se trompe, et, croyant humilier l'homme, l'exalte. Le Mystère, s'il se hasarde à faire des farces aux poètes, a lieu de craindre que ceuxci ne les transforment en sublimités glorieuses. Par une nuit d'août, toute resplendissante d'étoiles, le bon rimeur Albert Glatigny, ayant monté la longue côte, s'assit sur une pierre, essoufflé, et si triste. La journée, dans la ville, lui avait été cruelle. Les éditeurs lui avaient dit : «Vos vers? qu'en ferions-nous?» Les belles filles lui avaient dit : «Votre amour? nous n'en voulons point !» et le meilleur de ses amis, à l'heure du dîner, lui avait refusé deux francs. Glatigny s'en était allé dans la campagne. 11 était assis sur une pierre. Il regardait le ciel éblouissant, et il tendit la main vers la charité divine. « Cieux éternels ! dit-il.

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Cieux énormes ! Cieux de splendeurs et de clémence ! puisque la terre avare m'a refusé , non seulement la gloire et Tamour, mais le pain, c'est vers vous que je me lève, c'est vers vous que je mendie. Dieux,ou Dieu, n'importe, donnez-moi un petit sou, pour que j'achète un petit pain d'un sou ! » Or, en l'éternité, leMystère résolut de se réjouir par une plaisanterie. « Voici, dit-il, un poète qui demande une pièce de monnaie. Je pourrais la lui donner, mais .'aime mieux lui faire un bon tour. » Et, sur un signe, une étoile filante se détacha du ciel et tomba dans la main mendiante, et la brûla, et brûla le bras aussi, et fit grésiller l'épaule. Alors le Mystère, en éclatant de rire : « Ahl ah! ah ! il n'a pas eu le sou qu'il voulait ! et il est en fort piteux état! et il mourra de faim ! » Mais Albert Glatigny, debout sur la pierre, et dressant son bras de braise, cria, plein d'orgueilleuse joie : « Oui, je souffre ! Oui, je crèverai de jeûne ! Mais j'ai eu un astre dans la main ! »

L'Opinion de l'Image

Sous le rougeâtre prolongement, aux loques de leurs dos, de Taube, les deux terrassiers, la pioche à Tépaule, montent la rue presque route aux ornières amollies par la rosée du matin en boues, vers la butte du haut de laquelle ils verront toute la ville on ils vont gagner leur vie, en piochant. Ils se courbent, le dos rouge, ils ahannent, ils montent, ils sont sur la cime, ils considèrent Fénorme cité, ombre et clarté, nuit, gaz et petit jour ensemble, sotameil et réveil, et ils entendent ce profond et ténébreux grondement sourd d'humanité qui est comme tous les borborygmes mêlés des consciences qui digèrent mal. L'un des deux terrassiers brandit sa pioche et dit : « On nous a loués pour démolir une bâtisse, on en mettra une autre à la place, pareille à la première. Ça n'est pas sérieux. Ce qu'il faut démolir,

avec cette pioche-là, ce n'est pas une maison, c'est toutes les maisons, qu'on ne rebâtira pas comme elles étaient bâties, c'est les Palais, tes Tribunaux, les Eglises ! » Le démolisseur ajoute, en désignant tour à tour son outil et les édifices de la ville : « Ceci renversera cela. » L'autre ouvrier hausse l'épaule. « Littérateur ! ditil. Moi, je gagne trois francs dix sous par jour. -» Ils descendent vers la ville, vers la besogne. Il semble que, le rouge de l'aube les ayant suivis, ils laissent derrière eux comme une glissante caresse de sang. Les balayeurs la balayent, avec les fanges plus obscures. Et les deux ouvriers passent devant une église. Il y a, derrière des grilles, une image de Christ, bronze doré, penchante. L'Image dit à Tun des terrassiers : « Pourquoi f inquiètes-tu des trois francs dix sous de ton salaire quotidien ! » et Elle dit à l'autre : « Puisque tu veux démolir, démolis. Ne tarde pas. Fais vite ! Ah, homme, en Yérité, je te le dis, je ne me défendrai pas contre ta pioche; car enfin, mes augustes bras crucifiés sont las de leur éternel effort vers la bénédiction universelle ! et ils m'auraient dû, les hommes, ôter, des paumes, les clous, s'ils

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voulaient être bénis. Toi, ouvrier, terrassier, brute, assaille-moi à coups de pioche, démolismoi, j'en ai assez de mon inutile exemple de résignation rédemptrice, et il y aura peut-être, dans mon débris, des morceaux de salut, que ramasseront les petits enfants des désespérés !» Mais les deux ouvriers n'ont pas entendu. Ils suivent leur chemin. Ils vont au chantier, comme tous les matins. On ne sait pas ce qui arrivera, un autre jour.

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