‹ Le carnaval fleuriChapitre 28 sur 41 · LE PETIT JARDIN DES RÊVES · texte numérisé non relu

LE PETIT JARDIN DES RÊVES

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Le Marchand de Fumée

Cet homme, qui n'était point fou, hélas !

mais qui aurait bien voulu Têtre, apprit qu'il y avait une grande misère dans un pays très lointain (du côté, je pense, de la rivière Rose, charrieuse de sable de pâles rubis), et qu'il ne faudrait pas moins d'un million pour secourir tant de misérables. Or, charitable quoi qu'il ne fût point fou : o Ce million, certes, je ne l'ai point, se dit-il, mais je puis aisément me le procurer en vendant ce que je garde dans le petit sac de toile goudronnée que voici. » Làdessus, il prit sa houppelande et son bâton, et s'en alla vers la ville afin de vendre ce qu'il y avait dans le sac.

Entré dans la ville, il ne tarda pas à voir, entre la cathédrale et le palais impérial, un vaste magasin fort somptueux qui érigeait une enseigne où on lisait en lettres de carmin sur fond d'or : « Vente et achat de toutes sortes de marchandises » ; en outre, sans doute pour inspirer confiance aux personnes qui voulaient se défaire d'objets précieux, des piles énormes de monnaies, des sébiles débordantes de pierreries, étincelaient parmi des liasses d'obligations et de billets de banque derrière les vitrines illuminées de riche soleil. L'homme qui n'était point fou : « C'est ici, sans doute, se dit-il, que je ferai affaire », et, le chapeau à la main, il entra dans l'opulente boutique.

A peine avait-il franchi le seuil, qu'il aperçut le Négociant. C'était quelqu'un de haute taille, et qui, chose assez rare chez les gens

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