LE MÀRCHANO DB FUMÉE
de son état, portait sacerdotalement une robe de pourpre cardinalice et impérialement une couronne de fer incrustée de diamants en manière d'étoiles ! Mais il s'avança, avec une hâte empressée : « Qu'y a-t-il pour votre service, monsieur? Nous avons eu, tout récemment, des arrivages... — Je viens pour vendre, et non pour acheter. — A la bonne heure ; que désirez-vous vendre ? — Ce qu'il y a dans ce petit sac de toile goudronnée. Mais je vous préviens que j'en veux un assez bon prix. Un million, pas moins. — Un million, soit, si la chose vaut quatre fois davantage, car il faut bien, n'est-ce pas, faire un petit bénéfice ? Mais ouvrez le sac, je vous prie, afin que je voie la marchandise. — Eh? si j'ouvrais le sac, il n'y aurait plus rien dedans ! »
Puis, l'homme qui aurait bien voulu être fou expliqua les choses. Chez ses parents, qui furent de pauvres habitants du faubourg, il avait été élevé de compagnie avec un chat
dont c'était le plus grand plaisir de rôder nuit et jour sur les toits ; ils avaient rôdé sur les toits, tous les deux. Et il s'était épris des fumées, des jolies fumées, des fumées tristes, des légères fumées, parfois mêlées d'étincelles,qui, par les cheminées, sortent des maisons. En bas, dans chaque logis, dans la chambre de chaque logis, des âmes songent, espèrent, aiment, souffrent, et c'est les songeries, les espoirs, les amours, les souffrances des âmes, c'est toute la respiration des âmes qui s'élève des cheminées vers l'infini ! Et, pendant bien des années, il avait passé le temps, — comme on prendrait des nuées de papillons dans im filet à papillons, — à prendre la fumée des âmes dans une pochette de toile goudronnée Et voilà ce qu'il y avait dans le sac.
L'homme qui n'était pas foU n'avait pas encore achevé que le Négociant se tordait de rire, et il disait : a Hi ! hi ! hi ! c'est une drôle de marchandise que l'on me propose là ! Est-