‹ Le carnaval fleuriChapitre 30 sur 41 · LE MARCHAND DE FUMÉE · texte numérisé non relu

LE MARCHAND DE FUMÉE

ce que j'ai à faire, moi, est-ce que je tien^ aucun compte, moi, qui, en même temps que négociant en cette boutique, suis le Cardinal de la cathédrale qui est à gauche et FEmpereur du palais qui est à droite, des espoirs et des souffrances des hommes ? Un million ! Je pense que vous ayez perdu le sens. Allons, allons, monsieur^ hors d'ici ! Pas la moitié d'un liard. » Alors, l'homme, qui aurait bien voulu être fou, se retira fort déconfît. Eh ! quoi, cela était-il vrai? L'espérance humaine, l'angoisse humaine n'avaient-elles aucune valeur ? Il avait peut-être eu tort de passer le temps à les recueillir dans une pochette de toile goudronnée, comme on prend des papillons. Et il était bien triste, étant charitable, à cause de tant de misères lointaines — femmes, vieillards, fillettes et beaucoup d'autres gens, — qui ne seraient pas secourues.

Comme il venait de s'asseoir, un peu las, devant la porte d'un petit cabaret d'où sor-

talent des musiques : « Monsieur, lui dît un jeune homme étrangement pâle et maigre et qui, sans gilet, portait un frac où il y avait beaucoup de taches et une rose blanche à la boutonnière, vous me semblez chagrin; et, fort peu en joie moi-même, car je suis le poète qui loge à l'hôtel de la Famine, je me sens enclin à m'apitoyer sur vous, — Hélas ! monsieur, dit Taiitre, vous ne piouvez rien pour moi. Le Négociant-Cardinal-Empereur a refusé de conclure le marché. » Et il conta toute l'histoire. Et l'étrangement pâle et maigre jeune homme : € Réjouissez-vous, monsieur!

Je vous l'achète, moi, ce qu'il y a dans le petit sac. »

vu

L'homme qui aurait bien voulu être fou, mais qui ne l'était pas, répondit en hochant la tête : « D'abord, vous ne sauriez qu'en faire, de la fumée des âmes ; puis vous n'avez pas le million qu'il faut pour venir en aide aux misérables de qui je vous ai parlé. — Non ! je

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