‹ Le carnaval fleuriChapitre 6 sur 41 · INCONVÉNIENT DES MÉTAPHORES · texte numérisé non relu

INCONVÉNIENT DES MÉTAPHORES

Ainsi s'excusa de m'aimer Texquise et barbare jeune femme. Mais elle ne m'en fit point accroire, — encore que Tappàrition d'une fée rendît le conte si vraisemblable ; et je savais bien que si elle repoussait mes ardentes prières et mes gestes en vain décisifs, c'était parce que, l'autre semaine, à la Plaza de Saint- Sébastien, elle avait eu le cœur atteint par le regard d'un souple et nerveux torero, au brun visage, comme par une banderilla de flamme.

L'Immorale Honnêteté

tanche de la Saison pasidi, la petite Mme de la mariée depuis si peu de ?,. ou joliette, caillette, achevait de boutonner i dernier coup d'oeil au lilette baissée jusqu'aux •sque la vieille baronne dvement dans la chamdans un fauteuil, essoufr

vous, ma tante !

ce, moi,

Lutelayne paraissait fort

ns ses yeux de vieille

tillements de colère et,

dans ses boucles blanches, le désordre grognon d'une perruque mise de travers.

Elle reprit très vite :

— Où vas-tu, de si grand matin ?

— Moi, dit Mme de la Pailletterie, troublée, en se baissant pour ramasser un bouton, qui n'était pas tombé, c'est aujourd'hui dimanche, je* vais à la messe.

— Tu mens.

— Matante !

— Je te dis que tu mens. Tu n'as pas la moindre envie d'aller à la messe. Tu vas chez M. Justin d'Hersan, rue de Penthièvre, 17.

— Ce n'est pas yraî !

— C'est parfaitement vrai. Ne perds pas le temps à dire non, je sais tout. J'étais derrière la porte de la serre, au bal de la princesse d'Ermelines, hier, pendant que M. d'Hersan te suppliait de venir chez lui. Pleurniche, si tu veux. Ça ne t'empêchera pas d'avoir répondu en détournant la tête et en tendant la main : « Eh bien ! oui, je viendrai. i» La voix avait un tremblement d'épouvante fort joliment imité, et le geste, plein de pudeur à la fois et de gracieux abandon, était on ne peu plus gra-

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cieux. Vous promettez, ma nièce. Bref, si tu sors d'ici, ce matin, tu auras un amant dans deux heures ou dans une heure, selon qu'il plaira à M. d'Hersan de triompher d'une plus ou moins longue r^istaiH^e.

Mme de la Pailletterie, les yeux à peine humides, releva la tête hardiment, et dit en frappant du pied :

— Eh ! bien, ce sera de vobre faute ! pourquoi m'avez-YOus mariée à un homme que je n'aimais pas, et qui est laid, et qui est vieux ? Est-ee que vous croyez que tout le cœur ne me lève pas, dans l'étreinte de ces bras qui défaillent, sous l'haleine de cette bouche pâle qui tremble dans le baiser? Je suis malheureuse, ma tante, et triste à mourir; puisque je m'ennuie, il faut bien que je prenne un amant.

— Tu crois que tu t'amuseras quand tu en aura;5 un ? Ecoute. Tu es franche- Je veux l'être aussi. Assieds-toi là, écoute bien. Tu as le temps. M. d'Hersan, la première fois, ne se plaindra pas d'avoir attendu, et si, quand je t'aurai parlée tu n'as pas changé d'avis, eh ! bien, tant pis, tu feras à ta guise.

« Sois tranquille, ma petite. De la morale ?

non, je ne t'en ferai pas. Il s'agit bien de la morale. La morale, c'est bon pour la province, et dans la banlieue encore. Tu vis dans un monde où il suffit à une femme d'éviter le scandale pour être tout à fait estimée ; oîi le scandale lui-même ne déshonore que d'une façon relative. Si je te disais ces grands mots : « Vertu, pudeur, honneur du nom », tu me regarderais avec de jolis yeux étonnés. Va, va, je suis de ton temps, après avoir été du mien. Je ne trouve pas d'inconvénient à ce que de fort grandes dames, ayant traversé, la veille, au bras de leur mari, adulées et adorées, le bal de l'ambassade russe, s'en aillent souper, le lendemain, en cabinet particulier, avec un baryton d'opérette qui les tutoie devant le garçon. Quand j'apprends que Mme deGottschalk rejoint son cocher trois nuits sur sept, dans la paille et le foin, au-dessus de l'écurie, et que Berthe de Candème est partie pour la Belgique

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avec le nègre qui la massait, je me sens choquée, un peu, pas trop. Ce sont là des équipées excessives sans doute, mais qui seront m pardonnées ; et ces tllents dîners. Tu peux lignonne, que je ne suis naliser à propos de la le témoigne à un homme mes M. d'Hersan ? rien ;t aussi noble que toi, loindre que la tienne. A i une liaison de conve- , les gens de goût ne t'approuver, comme je Pour blâmer les autres, ne exempt de reproche, u vingt ans, j'ai eu trente s surtout ! Tu n'exiges nés folies ? J'en ai fait, crois même que tout le de Hautelayne n'a pas ait un trop parfait gen- Biraître qu'il eût connaisdétails- Voilà donc qui i nous, ma nièce : aucune

morale ! et, si je te conseille d'éviter l'adultère, — quel gros vilain mot, pardon ! — ce n'est pas parce que l'adultère est criminel, c'est parce qu'il est ennuyeux. Oh ! profondément ennuyeux.

De Tamant que tu vas prendre, qu'attendstu? L'oubli de toute tristesse, la joie, l'amour enfin? Ton mari est laid, M. d'Hersan est fort joli garçon ; ton mari est vieux, M. d'Hersan est jeune encore ; de sorte qu^ tu te dis : « Autant j'ai souffert par l'un, autant je serai' heureuse par l'autre. » Puis, parce que tu es encore une toute petite fille, des souvenirs de roman te montent à la tête et te grisent : tu songes à de tendres paroles éternellement répétées, qui ne lassent jamais, à des abandonnements rêveurs sur une épaule aimée, à de délicieuses prières qui s'agenouillent, près de la chaise longue qui se pâme déjà, ou devant le lit entr'ouvert. Etre deux ! être seuls ! Vivre dans l'extase d'une exquise adoration mutuelle ! Ah ! c'est le paradis sur la terre ! « Et je refuserais ce suprême délice ? je repousserais la souriante destinée qui s'offre et me convie ? non, non, j'aime et je $uis aimée, ce

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serait une sombre folie que de ne pas accepter le plus parfait des enchantements! » Ma nièce, vous êtes une sotte.

L'amour, tel que vous le rêvez, n'existe pas, n'a jamais existé en ce monde ; et sachez une chose, mignonne : tout amant, en peu de jours, devient un maifi.

Il n'y a pas d'amants, il n'y a que des maris !

Les grâces, les délicatesses du commencement s'évanouissent après la possession. Les commencements sont tout de suite la fin.

Bientôt, parmi les illusions amoureuses que la femme s'obstine à conserver, — qui donc a dit ce mot : « C'est extraordinaire tout ce qu'un homme peut faire devant une femme sans cesser d'être un ange pour elle ?» — bientôt, au milieu des rêves persistants de la maîtresse, apparaît le mariage avec ses inattentions, ses maussaderies, ses heures silencieuses, ses baisers qui songent à autre chose. Et l'émerveillement se dissipe. Le mari était laid ? mais, à cette heure, l'amant omet les soins élégants et subtils auxquels il devait son charme : il fume énormément, comme le mari, et, souvent, il oublie de parfumer sa barbe. Le mari

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était vieux, la femme sentait le dégoût lui monter à la gorge, dans l'étreinte où les bras défaillent, sous les lèvres pâles qui tremblent dans le baiser ? Mais Tamànt, déjà, n'est plus jeune. Est-ce que les adolescents eux-mêmes .ne sont pas des vieillards, aujourd'hui ? Est-ce que la force de leurs bras ne s'est pas énervée, est-ce que leurs lèvres ne se sont pas décolorées dans les sales amours complaisantes?

Laisse toute espérance, toi qui entres dans l'adultère. Car je l'ai dit, et je le crie, l'adultère c'est le mariage lui-même avec son gilet de flanelle, après quelques semaines, et son bonnet de coton, au bout de quelques mois.

Et n'espère- pas le divorce.

On peut. quitter son mari ; il est beaucoup plus difficile de quitter son amant. ' On l'a choisi, on Ta voulu. On a pris envers soimême un engagement auquel on se résigne malaisément à manquer. Avouer que Ton a eu tort, que Ton s'est trompée, c'est cruel. A moins d'être de celles qui ne reculent devant aucune extrémité, ou quioht énormément d'expérience, on s'acharne, par une espèce d'honnêteté, à la faute commise, on se cramponne à

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son bonheur mort. Mais la souffrance est intolérable, et plus d'une malheureuse pécheresse, — tandis que son amant, insoucieux, s'ensommeille auprès d'elle et va ronfler peutêtre, — songe avec toutes les angoisses du spleen, et qui sait? du désir, à l'autre lit, au lit conjugal, oîi elle pourrait dormir, elle aussi, tranquille. »

Pour dire le vrai, comme un honnête conteur, j'ignore totalement quel effet produisit sur les intentions de la petite Mme de la Pailletterie — douillette, caillette, paillette, — l'étrange sermon de la baronne. Comprit-elle, la jeune femme, à quelles tristesses elle se vouait en prenant un amant? Se résignat-elle, crainte de pis, au mari vieux et laid? Ce qui est probable, c'est que, ce matin-là, elle n'alla pas rue de Penthièvre; mais il y a de dévotes personnes qui vont à la messe le lundi.

Le Médecin congédié.

Chose abominable ! Incomparable désastre ! Bérangère engraissait. Quoiqu'elle eût vingt-six ans à peine, ellecessaitde ressembler à cette Bérangère de jadis dont la gracilité, sans exclure d'aimables saillies charnues çà et là, où il convient, imitait la sveltesse des roseaux longs et frêles. D'abord, par d'adroits artifices de toilette, elle était parvenue à dissimuler le développement de sa personne ; tant qu'elle n'avait été qu'un peu trop dodue, il lui avait suffi, pour sauver les apparences, de serrer un peu pliis son corset, de porter des robes plates, montantes, sans fanfreluches, en soie mince et bien tendue ; la plénitude des étoffes, quand elle évite de se hausser jusqu'à un excès de volume, ne laisse pas d^avoir quelque chose

d'agréable aux yeux. Mais à présent Bérangère s'arrondissait partout, d'une débordante façon; le rebelle grossissement de sa gorge ne se sou-, mettait pas aux plus solides armatures de baleines, — telle une poussée d'eau montante riienace de rompre Técluse, — et, même quand ce ne fut plus la mode des poufs, elle avait l'air d'avoir un pouf extravagant. Ce fâcheux état de choses devait-il être attribué aux longues somnolences des grandes matinées, dans la chambre tiède oîi le jour n'entre pas? Avait-il eu pour cause une gourmandise invétérée, dont s'étonnaient jusqu'à l'impatience, à la fin des soupers, les amoureux , pleins de hâte, comprenant mal que Bérangère préférât à leurs baisers les pattes d'écrevisses, le foie gras et les truffes ? C'est ce qu'elle ne perdait pas le temps à examiner. Le mal existait, indéniable, flagrant, et il n'y avait rien d'aussi pressé que d'y trouver remède. Promenades à pied, bains de mer, douches froides, massages, hygiènes bizarres, sommeils interrompus, abstinences diverses, Bérangère essaya des nombreux procédés usités pour obtenir l'amaigrissement. Elle s'adressa anx plus fameux mé-

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