‹ Le carnet d'un ténorChapitre 16 sur 22 · EN MER · texte numérisé non relu

EN MER

Bradshe s'éloigne, trois hurras partent du rivage, les mouchoirs s'agitent aux cris de : Yive Jenny Lind! Hurra for her mother! hurra pour sa mère ! Nous entendons nos noms mêlés à cette ovation ; on nous demande un prompt retour. Hélas! je crois bien que c'est un adieu.

Nous voilà partis. — Quoique la mer fût tranquille, chacun s'interrogeait pour savoir s'il serait indisposé. Chose qui semble impossible, Rémusat devenait plus pâle, Hermann faisait semblant de comprendre ce qu'il lisait, Balfe mangeait du biscuit et buvait à même la gourde de brandy pendue à son côté, Fanny riait aux éclats de n'importe quoi. Mauvais signe, il y avait de l'inquiétude dans l'air.

Deux ou trois passagers avaient déjà rendu des comptes et liquidé leur situation. Nous étions hors de la vue de toute terre, avec une petite houle qui se fait toujours sentir dans le détroit, même par le plus beau temps. Tout à coup Lumley se lève, rassemble ses musiciens et les prie de faire un peu de musique. Chacun court ou plutôt chancelle jusqu'à son instrument et Balfe leur fait attaquer.... quoi? La

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Ma7'seiUaise! Voyez-vous cela? cette endiablée de Marseillaise qui se fait jouer sur un navire de la marine royale ! Les fronts du capitaine et de l'équipage se couvraient de nuages.

Mais bientôt le God save the Queen et le Ride Britannia sont venus éclaircir les physionomies ; les chapeaux se sont levés avec respect devant les airs nationaux. La polka, la valse leur succèdent. Je prends Jenny Lind par la taille. D'autres nous imitent, et nous voilà, par un soleil magnifique, tourbillonnant dans ce bal improvisé, tandis que le bateau file comme une flèche et abandonne au sillage une longue traînée d'écume, de vapeur, de cris de joie et de fanfares.

Nous valserions encore, je croîs ; malheureusement, notre orchestre, un à un, s'était égrené ; la musique avait cessé, et lorsque nous jetâmes un regard inquiet autour de nous pour nous rendre compte de ce silence, nous aperçûmes tous nos musiciens, la poitrine appuyée aux bastingages, les bras convulsivement tendus vers l'Océan, dans la position navrante de Polichinelle assommé par le commissaire

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