LXXII I.A RÉFORMATION
connaissait que par révélalion. Soit à cause de ces incertitudes, soit pour tout autre molif, ia vérité peut-être la plus essentielle à la vie humaine n'entra pas assez généralement dans les spéculations des métaphysiciens, el plus lard elle fut entièrement bannie d'une philosophie superficielle. M. Bordas-Demoulin vient rappeler l'allention sur ces matières si importantes, el qui tirent un intérêt particulier de la disposition actuelle des esprits par rapport à la religion. Comme philosophe et comme hislorien du cartésianisme, c'était son devoir. Mais on aurait dit qu'il y avait prescription; sa tentative a excilé une espèce de surprise au sein du Corps savant qui rejjrésente chez nous la philosophie (1).
Et pourtant, aux yeux de quiconque n'a pas peur d'un mot, esl-il un fait plus avéré, plus clair que le péché originel? En est il un dont les conséquences inqiorlenl davantage à l'humanilé? Quoi de plus visible que ce penchant au mal, que cha-
(1) M. Cousin, parlant au nom de l'Académie des Sciences morales et politiques, a cru devoir reprendre, dans cette partie du travail de l'auteur, « un caractère théologique trop marqué, que l'Académie, dit-il, n'a « pas voulu autoriser. » Voir, dans le Journal général de l'InslrucUon publique, 19 mai 18il, des extraits du discours de M. Cousin, alors président de l'Académie. M. le rapporteur de la section de pliiiosoiihle déclde que « ces matières n'appartiennent précisément ni à la pliilosopliic " de Dcscurtcs, ni même à la pliilosopliic proprement dite'» Voir le rapport déjà cilé.
Dt; LA l'HlLOSOPIllK. LWIII
<'un porte loujours en soi-même, qui se développe (lès la plus teiKlrc enfance, et qui lient aux entrailles mêmes de notre nature pervertie? Plus la philosophie nous élève, plus elle nous fait contempler de haut l'î^baissement de notre condition actuelle. Quanti des sublimes méditations où la pensée se voit en communication directe avec le centre des intelligences, puisant à la source de la lumière et de la vérité, Ton vient à retoml)er sur la terre, où l'on aperçoit un si effroyable mélange de vices et d'erreurs, de préjugés et de souÛVances, le roi de la création, l'être raisonnable et immortel condanmé par sa naissance à la misère, à l'ignorance, et trop souvent à l'esclavage, à l'abrutissement, ne faut-il pas fermer les yeux à la lumière, ou avoir perdu tout sentiment de dignité morale, toute idée de la perfection et de la bonté de Dieu, pour croire que cette opposition monstrueuse et cet immense désordj'e sont des choses naturelles, qui s'expliquent d'elles seules, et dont on n'a pas môme le droit de s'étonner? Ah ! s'il est une vérité que la philosophie démontre, qu'elle fasse toucher au doigt, en quelque sorte, c'est que nous sommes dégradés, et que la vie a été empoisonnée dans sa source.
Un écrivain célèbre a dit que l'homme naît bon et que la société le déprave; c'est prendie le con Ire-pied du vrai. L'homme naîl ignorant et esclave;