‹ Le CartésianismeChapitre 19 sur 46 · I.XXXII LA llLI ORMATION · texte numérisé non relu

I.XXXII LA llLI ORMATION

( aprice d'un despote, ou du vole d une assemblé<' délibérante? Que Ton éearte les préjugés que fait naître une vue superfseielle du passé, et l'on reconnaîtra que le régime propre à la religion chrétienne, celui auquel elle tend par la force des choses,, c'est le régime de tolérance et de liberté, la distinction et 1 indépendance mutuelle de lÉtal et de r Eglise. Aussi la tolérance complète, 1" abolition de toute religion d'État, n'a-l-elle été proclamée et ne le sera-t-elle jamais que chez des nations chrétiennes. En donnant la première cet exemple à TEurope, la France a mérité encore une fois son litre de fille aînée de l'Église.

J'ai dit que le sacerdoce , comme autorité spirituelle et catholique ou universelle, a une existence distincle de celle de l'État, qu'il s'accommode à toutes les formes de gouvernement, sans exercer sur la société aucune action immédiate; toutefois, son influence sociale, quoique indirecte, est immense, inévitable, autant qu'elle est salutaire. Elle rend sans cesse les individus plus intelligents, plus moraux, plus dignes de la liberté, plus capables de l'obtenir. En assurant le progrès spirituel , elle favorise et provoque l'établissement des sociétés à base naturelle . oîi l'homme s'appartient, où il n'est plus, comme autrefois, la propriété de l'Étal, et où l'Eglise ellemême pourra se donner enlin une organisation

DE LA l'IllLOSOPllI!:. LXXXIII

en harmonie avec l'esprilinlime du catholicisme. Tout peuple chrétien est libre ou le sera; mais comme la capacité des dioits naturels tient à la force de la raison, et que cette force elle même, dans l'homme déchu, tient à l'action continue du sacerdoce, on peut affirmer avec la même confiance, que tout peuple qui cessera d'être chrétien cessera d'être libre, et retournera aux lénèbies et à la servitude.

Les théocrates de toutes nuances ne cessent de répéter, de nos jours, que l'Étal qui proclame la tolérance se déclare athée: c'est insulter à l'acte social le plus grand peut-être qui ail jamais honoré le genre humain. Qu'est-ce que la tolérance légale? que suppose-t-elle? Quand la société, après tant de siècles d'une oppression forcée, abdique enfin son despotisme sur la pensée et la conscience, loin de consacrer l'anarchie, l'indifférence ou l'athéisme, elle reconnaît que chaque individu s'élève par lui-même et directement à la source des principes de l'ordre, de la vertu et du droit, qu'il est par conséquent en rapport intérieur et immédiat avec Dieu, et qu'il suffit, pour l'y maintenir, des secours spirituels et librement acceptés de la religion positive. La tolérance est un hommage à l'efficacité du christianisme, qui a relevé la raison humaine; c'est, dans Tordre social, cette glorieuse liberté des enfanis de Dieu^ à la-

LXXXIV LA IlÉFORMATiON

quelle l'Apôlre convie lous les chrétiens. C'est aussi une déclaration solennelle de spiritualisme. En s'arrêtant devant l'asile de la conscience, l'État proclame qu'en elle réside quelque chose de sacré, d'inaccessible à la force matérielle, et une pensée unie à la vérité absolue. Il faut que les opinions sortent de cet asile, il faut qu'elles se produisent en faits subversifs et matériellement saisissables, pour que la loi tolérante les atteigne; elle frappera donc les doctrines immorales publiées ou propagées, l'athéisme, le matérialisme, etc. ; elle les frappera, non comme des théories fausses, la vérité n'est point de sa compétence, mais comme des actes nuisibles et. antisociaux, en tout semblables aux autres délits, qui peuvent naître aussi d'un égareinent systématique de lintelligence. L'État na point de système à faire prévaloir; il n'impose rien, mais il observe, surveille, encourage ou réprime, au nom de la raison publique, tout ce qui prend le caractère de fait intéressant, à quelque degré, la conservation de l'ordre social. La tolérance est essentiellement spiritualiste et chrétienne, et à leur tour la philosophie des idées et le christianisme sont le seul système philosophique et la seule religion qui consacrent la condition indispensable de la tolérance; car seuls ils établissent endroit et maintiennent en fait l'union intérieure de chaquo esprit créé avec la raison éternelle

Page 1